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Source – Vincent Brassinne |
L'autre jour, enfin, il y a un moment, parmi les cartes que j'ai tirées il y en avait une qui disait qu'il était temps de réfléchir ; de réfléchir au chemin parcouru. Je me suis dis "boarf", j'ai essayé de chercher des trucs, puis au bout d'un moment j'ai laissé tombé. Et pourtant !... Aujourd'hui, je me suis rendue compte que quelque chose a profondément changé. Ce n'est pas une question d'état d'esprit. Je crois que c'est plus profond que ça, comme un apaisement (alors que je jure toujours comme un charretier, allez comprendre...!).
Demain, avec ma partenaire de reportage photo, nous partons sur le terrain (je vous en reparlerais sans doute dans pas très longtemps), comme ça, au pied-levé, parce qu'il fait beau et que les personnes qui vont nous accueillir nous ont proposé. Elle m'a dit que ça la stressait. Moi aussi, ça m'aurait stressé, avant. J'aurais été stressé de ne pas avoir pu me préparer longtemps à l'avance. J'aurais été stressée de me retrouver avec des inconnus sans avoir pu les rencontrer avant. J'aurais été stressée par le simple fait que ça brise ma routine presque bien huilée. Mais là, bizarrement, rien. Oh, sans doute je stresserai demain sur le chemin vers le point de rendez-vous, mais, pour le moment, ça va.
Et puis, ma partenaire m'a dit, par SMS, qu'elle avait pris conscience que, là où nous nous rendons pour la journée, il n'y aurait pas de toilettes. Ça aussi, avant, ça m'aurait stressée. Il faut dire que j'ai toujours eu des problèmes avec ma vessie. Quand j'étais en primaire, je me souviens que, l'hiver, ça m'arrivait d'aller aux toilettes littéralement toutes les deux minutes pendant la récrée. Pendant ma première année de lycée, j'étais tellement stressée – et je pense que mes problèmes relationnels d'alors y étaient pour beaucoup – que j'y allais trois ou quatre fois avant d'aller en cours en sortant d'une récrée (oui, j'en étais là). Du coup, avant les cours, à la fac, je faisais bien attention d'aller aux toilettes, surtout s'ils duraient plus de deux heures, et je m'encourageais, en me disant que deux heures, en vrai, c'était que dalle.
Donc, j'ai une relation un peu conflictuelle avec ma vessie. D'ailleurs, j'ai longtemps fait pipi au lit, et si j'ai arrêté ce n'est que parce qu'un psychologue est passé par là. Les voyages en voiture sont pour moi le pire des cauchemars à ce niveau-là. Mais aujourd'hui, je ne stresse pas en me disant que là où nous allons y n'y a pas de toilettes (il y a des arbres, par contre), et que nous serons accompagnées de plus d'une dizaine d'inconnus (donc super facile de crier "pause pipiiiii !"). Zéro stress.
La première fois que j'ai remarqué que j'étais plus zen, c'était il y a quelques mois, pourtant. J'étais avec une amie dans sa voiture pendant les vacances, on discutait, et, tout à coup, j'ai pris conscience que les dates de rendu serrées demandées par les profs ne me faisaient pas du tout peur. Rien à battre. Vraiment ; rien à battre. Je ne sais pas si mon Service Civique en est la cause, si grâce à lui je connais mieux la masse de travail que je peux abattre, comme je le pensais alors, ou si ça vient d'autre chose.
Paradoxalement, j'ai parfois l'impression d'appréhender beaucoup plus les interactions sociales avec des personnes que je connais déjà. Pour mon avant-dernière séance de sophrologie, j'ai été prise d'une grande peur, peur de ne pas savoir comment dire bonjour, quoi dire, comment me comporter, alors même que je connais la personne depuis quelques mois maintenant, et que ça n'avait jamais posé problèmes. Alors peut-être que mon cerveau se re-paramètre, tente des trucs dans son coin.
Ce qui est perturbant, c'est que ça à l'air de tomber du ciel. Je n'ai rien fait pour régler mes "problèmes" de stress pour tout ce qui sort de la routine, tout ce qui n'a pas été prévu. Mais ça fait plusieurs semaines que je me rends compte que, sur des situations ou avant j'aurais regardé le chemin à faire avec Google Maps à plusieurs reprises une semaine avant minimum, j'attends maintenant la veille sans que ça ne me crée la moindre angoisse. Sauf que je ne sais pas d'où ça vient, et que c'est très bizarre d'avoir l'impression que c'est venu tout seul, sans que rien ne fasse tilt, sans que personne ne me dise quoi que ce soit ou ne fasse quoi que ce soit. Et du coup, ça sous-entend aussi que je n'en suis pas la cause, que je ne le contrôle donc pas, et que ça peut s'en aller du jour au lendemain.