vendredi 27 novembre 2020

Mes 5 derniers livres lus (n°2)

La dernière fois je vous avez dit que j'avais bien envie de revenir à des articles un peu plus légers alors me voici ! En vrai, j'ai un peu triché parce que je n'ai pas vraiment pris mes cinq derniers livres lus ; j'ai plutôt pioché parmi les cinq derniers dans la longue liste de ce que j'ai lu depuis quelques mois. Mais on s'en fiche parce que c'est mon article, je fais ce que je veux, puis je voulais aussi faire de l'unité entre les articles et donc garder le "cinq derniers". Bref. J'ai des trucs sympa :)


Pérismer – Franck Dive

Ils sont cinq. Cinq adolescents qui vivent depuis leur plus jeune âge dans un monastère isolé du monde extérieur. Par une nuit tragique, ils échappent de justesse à l’agression de ténébreuses créatures et, pour survivre, doivent se résoudre à l’exil.

Un long périple les attend, au cours duquel ils n’auront pas d’autre choix que d’apprendre à s’entraider et à dépasser leurs différences, car face à eux se dresse la Reine des noctères, un fléau qui les considère déjà comme ses pires ennemis.

C'est ma première triche : je ne vais pas vous parler que du premier tome mais de la trilogie (sans rien divulguer, évidemment ;P). C'est assez facile parce qu'il y a une grande unité dans cette trilogie, à la fois dans le bon et dans le moins bon.

Je dois dire que cette trilogie m'a énormément frustrée. À tel point que je vais commencer par les points négatifs et finir sur le positif, parce qu'on se souvient toujours mieux de ce que l'on a lu ou vu ou entendu en dernier et que ça m'embête que vous vous souveniez du "mauvais" (oui, l'autrice de ce blog vient d'admettre chercher à manipuler ses lecteurs, à part ça tout va bien ! xP).

En fait, pour résumer le moins bon, j'ai trouvé que ça manquait d'écriture. J'ai eu beaucoup de mal à imaginer les lieux des actions car les descriptions succinctes n'étaient pas toujours claires, par exemple. Ce n'est pas grave quand ça n'importe pas à la scène, mais quand le lieu est central c'est déjà beaucoup plus embâtant. J'ai aussi trouvé que ça allait souvent un peu trop vite, presque comme si l'on sautait d'une action à l'autre. Parfois, des choses semblent sorties du chapeau ; soit que l'on n'a pas été préparés soit que l'on a été mal préparés. On reçoit donc des vérités ou des actions auxquels on doit dire "oui, d'accord" alors que ça semble venu de nulle part, là parce que l'auteur en a eu besoin. C'est vraiment dommage parce qu'en réalité l'univers est vraiment travaillé, donc ces vérités sorties de nulle part font sans doute réellement partie de la construction de l'histoire.

Le dernier tome est celui qui a le moins ce problème de manque d'écriture mais d'un autre côté il comporte quelques incohérences qui, même si elles ne sont pas méchantes, font tiquer et sortent de la lecture comme par exemple quand à une page on vous dit que le dragon tient un soldat dans une patte et que trois pages plus tard c'est deux. Par contre, bon point pour le tic de langage du tome un ("avoisiner" utilisé tout le temps) qui disparaît.

Ce manque d'écriture m'a beaucoup frustrée parce que, derrière ça, l'histoire est géniale ! Assez sombre (digne de la dark fantasy, je dois dire) mais traitée d'une manière idéale pour un livre classé Jeunesse. Le point de départ est la lutte contre le Mal, rien de bien original mais ça marche ! L'univers est sympa, bien construit, le scénario fonctionne, et les personnages !... Les personnages, principaux comme secondaires, sont vraiment, vraiment bien construits, ils ont des personnalité à eux sans tomber dans la caricature, leur développement est parfait et le traitement de leur vraie nature (pas tout à fait humain) est très bien traitée que ça soit du point de vue du scénario ou de l'évolution psychologique des ado. C'est vraiment une très jolie histoire avec une fin parfaite (qui moi m'a mise par terre mais je suis fragile xD). Et du coup, toutes ces qualités de fond portées par une écriture qui manque un peu, n'est pas tout à fait à la hauteur, m'a beaucoup frustrée !

J'ai passé un moment très sympa et je vous le conseille pour quand on ne veut pas se prendre la tête ! Et puis les personnages sont vraiment attachants, c'est difficile d'avoir son préféré (même si moi Erian me tape un peu sur le système, mais bon, justement ça démontre qu'il est bien construit parce qu'il a ses qualités mais ses défauts sont bien dosés et me saoulent). Je pense qu'il est facile de pardonner le "manque d'écriture" face à la très jolie histoire !


Le Charognard
– K.-J. Parker

Un homme se réveille au milieu de nulle part, parmi des corps éparpillés, sous le regard inquisiteur des corbeaux. Il ne sait plus qui il est, ou comment il est arrivé là. Le seul lien le rattachant à son existence ultérieure est son don naturel pour manier l’épée, et les rêves fragmentaires qui hantent son sommeil.

Perdu dans un monde hostile, il erre de village en village, jouant au dieu pour trouver le gîte et le couvert. Mais l’ombre de son passé ne cesse de le poursuivre. Elle lui évoque un mystère bien plus grand qu’il ne l’aurait imaginé, une vérité qu’il préférerait sans doute ne pas croire.

Je vous présente encore une trilogie. J'ai lu récemment le tome deux, mais je me suis dit que pour vous présenter la saga, il valait mieux mettre ici la quatrième de couverture du premier tome. Je dois dire avant de commencer que cette trilogie n'est pas complète en français. Bragelonne n'a publié que les deux premiers tomes, je pense qu'ils ont renoncé au dernier devant le peu de ventes. Et pourtant !...

Je suis actuellement en train de lire le tome trois en anglais en livre numérique. Autant dire que je fais des aller-retours avec un dictionnaire et qu'encore plein de petits détails m'échappent, mais je comprends suffisamment pour savoir ce qu'il se passe. C'est ça, ou ne jamais savoir du tout, ce qui serait bien pire côté frustration !

Ce que je vais dire est un peu méchant : je comprends que des lecteurs, après la lecture du premier tome, n'aient pas voulu lire le deuxième et que ceux qui sont allés au deuxième aient voulu abandonner. C'est que c'est un peu mou, on a l'impression qu'il ne se passe rien en presque six cents page à chaque tome. En réalité, c'est une mollesse et un rythme parfaitement maîtrisés, qui installent un univers, une ambiance, et un déroulement parfaitement maîtrisés. En fait, c'est un bonbon. Chaque pièce se positionne, et on lit en se disant "oh non... la vache !". Surtout dans le dernier livre où tout va se résoudre.

En fait, je comprends que la plupart des lecteurs aient abandonnés et que Bragelonne n'ait pas pris le risque de publier la suite : ça tient à la construction de la trilogie. Normalement, une trilogie commence par un tome qui installe le truc ; puis le tome du milieu fait avancer l'histoire, les actions, monte en puissance ; et enfin le dernier tome résout tout. Là, ce n'est pas ce qu'a choisi de faire l'auteur. Il a fait un premier tome qui installe les enjeux, et un deuxième qui sert de pivot. Pour le coup, c'est un tome de révélations sur Poldarn et en terme d'actions il ne se passe réellement que deux grosses choses. Je comprends que ça puisse dérouter. Mais en réalité il est hyper bien construit et permet de se poser pour donner au lecteur comme au personnage les infos dont il a besoin pour la suite. Et, de fait, dès le début du dernier tome, l'auteur met son personnage – et donc le lecteur – en position d'apprendre des tas de trucs sur lui. L'histoire se déroule aussi un peu plus vite que dans les autres tomes. Mais toujours dans une sorte de lenteur qui correspond bien à l'ambiance.

En gros, même si je comprends les critiques du point de vue du lecteur, l'autrice en moi a vu comment les romans sont construits et vraiment, cette trilogie est un bijou extrêmement bien réussi ! Après, c'est aussi une question d'attirances personnelle : si on n'aime pas quand c'est mou, on n'aime pas quand c'est mou ! De mon côté je suis hyper admirative de la manière dont c'est construit !


Un Long voyage – Claire Duvivier

Issu d’une famille de pêcheurs, Liesse doit quitter son village natal à la mort de son père. Fruste mais malin, il parvient à faire son chemin dans le comptoir commercial où il a été placé. Au point d’être pris comme secrétaire par Malvine Zélina de Félarasie, ambassadrice impériale dans l’Archipel, aristocrate promise aux plus grandes destinées politiques. Dans le sillage de la jeune femme, Liesse va s’embarquer pour un grand voyage loin de ses îles et devenir, au fil des ans, le témoin privilégié de la fin d’un Empire.

Ce livre m'a été conseillé par FeyGirl sur Twitter tandis que j'étais à la recherche d'un one-shot de fantasy de préférence francophone. Pas trop exigeante, la fille ! Et encore, j'avais pas précisé que j'aime pas les récits à la premières personnes ! C'est heureux parce que précisément ce livre est rédigé à la première personne, et du coup on ne me l'aurait pas conseillé, et du coup je ne l'aurais pas lu. Ça aurait quand même été dommage. J'ai adoré.

Le truc c'est que comme c'est écrit comme des mémoires, le fait que ce soit à la première personne ne m'a pas du tout dérangé, au contraire c'est passé tout seul !

J'ai trouvé que c'était un récit très tendre, bien écrit. Il aborde plein de sujets importants, comme la tolérance, par exemple, d'une manière très délicate sans avoir trop l'air d'en toucher. Je l'ai par contre trouvé très triste. En vrai, il m'a mise par terre (mais je suis fragile).

C'est bête, mais je ne sais pas trop quoi dire d'autre. Ah, si ! Même si vous ne lisez pas de fantasy habituellement, vous pouvez y aller en fermant les yeux, parce que finalement le côté fantasy ne ressort pas trop. On se trouve dans un Empire imaginaire qui ma foi pourrait tout autant être une puissance du passé. La magie à laquelle on est confronté, on l'est de manière indirecte. Pas de dragons, pas de sorciers, pas de guerres interminables, de complots... c'est tout doux et convient parfaitement à quelqu'un qui n'aime pas la fantasy. Alors foncez :)


Des Sorciers et des Hommes
– Thomas Geha

Sur la Grande Ile de Colme, quand on sait mettre toute morale de côté, la vie offre de nombreuses opportunités. Boire, voler, rudoyer ou tuer, tel est le quotidien de Hent Guer, un guerrier redoutable, et de Pic Caram, un sorcier aux rubans. Toutefois, leurs plans se trouvent contrariés lorsqu'un matin de gueule de bois, Hent constate, impuissant, la disparition de Pic. Sur la Grande Ile de Colme comme ailleurs, les talents d'un sorcier aux rubans attirent bien des convoitises ! Pour le guerrier, pas question d'abandonner son partenaire de crime : spolier son prochain est beaucoup plus drôle avec l'aide d'un sorcier à la morale légère.

Bon. Il y en a des trucs à dire. En un mot ? Frustrée. Mais pas frustrée ascendant contente comme Pérismer. Frustrée ascendant déçue, voire quel-gâchis. Et pourtant ça commençait tellement bien !

Pour commencer, ne vous fiez pas à la quatrième de couverture : Hent retrouve Pic dès le premier épisode, donc circulez, y a rien à voir. L'intrigue générale ne tourne pas autour de ça mais bien davantage autour de vengeance. Sauf que cette vengeance a du mal à passer. Je m'explique : le roman est construit avec des épisodes, qui se suivent sans que l'on sache toujours très bien combien de temps passe entre chacun et ce n'est pas grave. On suit donc les aventures de nos deux salauds plus intéressés par le fric que par le fait d'aider des gens. Pas de problème : les anti-héros, c'est cool aussi. Et puis, à la moitié du roman, rien ne va plus. Exit les épisodes relativement courts : c'est désormais un seul et long épisode qui couvre la seconde moitié du livre, comme un roman classique. Sauf que, sauf que.

Dans cette seconde moitié, on ne suit plus Hent et Pic mais un groupe de personnes qu'ils ont arnaqué chacun de leurs côtés et qui se réunissent pour les attraper et se venger. Soit. Sauf que du coup on les suit eux, et plus du tout les deux anti-héros dont on n'aura plus jamais le point de vue. Drôle de choix de la narration. Ensuite, ça va à toute vitesse ! On aurait dit que vite-vite, il fallait finir pour ne pas dépasser un nombre de pages prédéfini et tout faire entrer dedans ! On saute de personnages en semaines, on est un peu perdu parce que la ligne de temps repart en arrière, fort heureusement des balises nous permettent de nous repérer plus ou moins. Mais ça va vite, tellement vite !...

Ces personnages sont réunis par une sorcière très méchante et très puissante dont on a entendu parler dans un épisode de la première moitié du livre et pourtant elle m'a donné l'impression d'être sortie d'un chapeau. On se retrouve pris dans une vengeance de personnages manipulés par elle, en suivant leur point de vue mais sans jamais vraiment aller au fond des choses. Ça galope, ça galope jusqu'à une fin un peu sortie de nulle part, mal amenée. Et décevante. Je n'ai pas envie de la divulgâcher donc je vais tâcher de la faire comprendre : en gros, Hent et Pic sont punis de manière à ne plus jamais faire de mal à personne mais restent en vie pour bien profiter de la merde éternelle dans laquelle ils sont. C'est une fin en mode "le méchant perd toujours" alors que jusque-là ils trouvaient toujours un moyen de s'en sortir. Presque, je n'ai pas trouvé ça crédible. Ou trop facile.

En fait, non, je vais m'expliquer mieux ça. L'idée c'est que, quand on a une bonne technique d'écriture on peut écrire à peu faire avaler à peu près n'importe quoi au lecteur sans qu'il bronche. La fin de Des Sorciers et des Hommes n'est pas mauvaise en soi. Le choix de punir de la sorte les deux anti-héros en mode "le Mal perd toujours" se défend, dans le fond. Mais là, c'est mal amené. Trop rapide, on survole tout ce qu'il se passe, et surtout j'ai du mal à comprendre ce choix de ne plus jamais faire appel au point de vue de Hent et Pic pendant la séquence vengeance.

Si je dois adoucir un peu ma critique, je dirais que tout ça tient en la construction du roman et son origine. Il me semble avoir lu dans les pages annexes que ce roman à épisodes était né de nouvelles. Sauf qu'on n'écrit pas une nouvelle ou un épisode comme on écrit un roman. Du coup, la première moitié du roman, avec les épisodes, correspond à ce que l'auteur maîtrisait pour ces personnages et cet univers. Ensuite, la seconde moitié est plus comme un roman classique, sur le long-terme, et du coup ça ne fonctionne plus.


La Mésopotamie
– Bertrand Lafont et al.

Entre désert aride et riches vallées fluviales, se sont développés des civilisations brillantes et ouvertes. Au tout début du IIIe millénaire avant notre ère, les Sumériens y ont inventé l'écriture cunéiforme, l'agriculture céréalière irriguée, la civilisation urbaine autour de vastes palais ainsi que les premières formes de l'État. Par la suite, alors que les caravanes des marchands allant de l'Anatolie jusqu'à la vallée de l'Indus dessinent les routes commerciales et transportent métaux et produits précieux, les rois font mettre par écrit la législation, établir les règles de la comptabilité publique et de la diplomatie... Au tournant du Ier millénaire, la Mésopotamie est le centre de gravité de grands empires : assyrien, babylonien, puis perse achéménide. Leurs capitales ont laissé des vestiges impressionnants et l'activité de leurs scribes nous a transmis l'essentiel de leur tradition écrite, associant les Annales royales assyriennes, l'Épopée de Gilgamesh ou l'astrologie mésopotamienne…

C'est de la triche parce qu'il ne fait pas partie des cinq derniers. En vrai, le précédent de tout ce que je vous ai présenté ici, je ne m'en souviens pas, j'en ai lu tellement trop vite par rapport à mon habitude que mon cerveau a buggé. On s'en fiche. Ça me fait plaisir de vous présenter ce manuel, et c'est bien tout ce qui compte !

Je l'ai lu – oui, le millier de pages en tout entier :P – parce que ces périodes de l'Histoire et ces zones étaient assez mystérieuses pour moi, et aussi que je voulais m'en inspirer pour mon prochain roman. Piocher des trucs dedans. Et j'ai bien fait parce qu'il est très bien !

Déjà, il est bien écrit. Ça peut paraître bête de le signaler, mais dans les livres d'Histoire et compagnie, les auteurs n'ont pas toujours une plume très agréable à lire pour la raison toute bête que ce n'est pas du tout ce qu'on leur demande : on leur demande de la science, pas un truc à lire pour se détendre dans un transat à l'heure de la sieste. Mais là, c'est bien écrit. C'est bien.

Évidemment, on brosse quelque trois mille ans d'Histoire en un peu moins d'un millier de pages, donc on se concentre sur l'essentiel, mais j'ai trouvé que c'était bien fait et bien expliqué. On apprend plein de choses et c'est cool !


Voilà ! En avez-vous lu dans cette liste ? qu'en avez-vous pensé ? Avez-vous envie d'en lire ?
Je lis trop de trucs tristes en ce moment, donc si vous avez du joyeux et du gentil où tout est bien qui fini bien, en fantasy, avec même une romance en guise de cerise sur le gâteau, je prends vos conseils ! ;)

samedi 21 novembre 2020

Détraquée

Source – Miguel Á. Padriñán

Je ne sais pas si c'est l'hypnose contre les conditionnements que j'ai écoutée avant-hier, ou juste parce que j'étais quelque part entre le sommeil et l'éveil (j'aurais préféré dormir, mais que voulez-vous, mon esprit est incapable de lâcher-prise), mais hier soir j'ai repensé à des trucs de quand j'étais enfant, et ça m'a un peu perturbé parce que comme j'ai toujours le bourdon, et que je suis pessimiste de nature, j'ai tendance à interpréter ça comme la preuve que je traîne depuis bien, bien longtemps mes problèmes de rapports et interactions entre corps et émotions. Ces souvenirs sont brefs, un peu flous et à la fois très nets, c'est assez perturbant sachant que j'ai du mal avec mes souvenirs de l'enfance comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire ici. Je ne sais pas trop ce que j'attends en vous racontant ça, peut-être juste un exutoire, peut-être qu'on me rassure, ou peut-être que c'est juste un prétexte pour vous parler plus largement de mon état d'esprit du moment. Dans tous les cas il va falloir que je songe à écrire des articles un peu plus légers et joyeux un peu plus souvent, ne serait-ce que comme thérapie. Peut-être que j'écrirais un article avec des trucs chouettes, et je pense aussi vous refaire un article de "mes 5 derniers livres lus". Bref. (Le lecteur perspicace aura remarqué que je retarde le moment d'en venir au fait en racontant ces souvenirs qui sont venus m'emmerder alors que je cherchais le sommeil).

Le premier souvenir, c'est un truc un peu zarbi (genre, vraiment zarbi en fait). Je me souviens qu'avec ma sœur des fois dans les séries qu'on regardait il y avait des amoureux (comme dans beaucoup de séries pour enfants et adolescents, en même temps) et que c'était assez mystérieux et que parfois il y avait des scènes dans le lit (oui, alors bon on va éclaircir les choses tout de suite : on voyait rien que des bisous, hein, je vous rassure). Et du coup je me souviens (ou crois me souvenir ?) qu'avec ma sœur on jouait (c'est le bon mot ?) à ça. Disons que l'on se couchait l'une sur l'autre dans le lit et on se faisait des bisous. Alors quels bisous, combien de temps, etc. je n'en sais fichtrement rien du tout ! Je me souviens juste que je me sentais confusément honteuse et que j'avais suffisamment l'impression de faire une bêtise pour ne pas vouloir que ma mère l'apprenne. Je ne sais pas trop quel place ou quelle valeur je dois accorder à ce souvenir, je ne sais même pas si s'en est vraiment un dans le sens où on a peu de souvenirs intacts et qu'avec les années les souvenirs se troublent, se déforment, qu'on y met sans doute beaucoup de reconstructions.

Le deuxième souvenir c'est moi un peu plus vieille, sur un vélo. Je ne saurais pas trop vous dire mon âge, je pense que j'étais une jeune collégienne mais je ne pourrais pas le jurer. Je me souviens que, assise sur mon vélo, je me frottais à la selle pour avoir du "plaisir". Je le mets entre guillemets parce que c'est le mot que je mets dessus aujourd'hui, est-ce que c'est comme ça que je l'aurais décrit à ce moment-là, je n'en sais rien. Bien sûr, ça ne faisait que mal. Là encore, je ne sais pas trop quelle valeur je dois donner à ça, si on peut considérer que c'est juste la curiosité d'une gamine qui veut savoir comment ça marche, ou si c'est la preuve que j'étais déjà dérangée sur la question. Ça expliquerait mon rapport au corps compliqué... enfin non, ça n'expliquerait rien, ça donnerait juste un nouveau point de départ, une nouvelle balise sur le chemin pour démontrer que tout ça est compliqué pour moi.

Je vous avoue, je me sens un peu mal de raconter ça. Pourtant j'ai déjà raconté des trucs intimes sans éprouver de problèmes. Je dois dire que la seule chose qui me retient d'abandonner c'est que je suis anonyme, si vous me croisez dans la rue demain vous ne saurez pas que c'est moi, et je ne suis même pas sûre que quelqu'un qui me connaisse déjà puisse me reconnaître sur mon blog parce qu'au final je suis plutôt secrète sur ce genres de choses dans la "vraie vie".

D'ailleurs, ça me fait penser que dans l'hypnose que j'ai écoutée le monsieur dit une phrase vers la fin, du genre "vous avez le droit de parler et vous avez le droit de ne pas parler" et ça a plutôt fait tilt en moi parce que je suis plutôt secrète de nature mais ces dernières années j'ai eu tendance à essayer de parler plus, surtout à mes parents qui me le reprochaient, sauf que je commence à me demander si c'était vraiment une très bonne idée de forcer ma nature (surtout quand lesdits parents ne semblent pas avoir remarqué de différence alors que moi j'ai la sensation d'avoir consenti des efforts insurmontables). D'autant que je n'ai pas l'impression d'être vraiment soutenue (ou comprise, mais on ne peut pas être compris si on ne s'exprime pas donc je ne peux rien reprocher de ce côté-là) quand je m'ouvre. Alors je vais sans doute tout refermer pour me protéger.

Je vais aussi arrêter de dire aux militants radicaux sur internet quand je ne suis pas d'accord avec eux parce que le Débat est dans un état déplorable. Ma dernière mésaventure c'était moi, disant à une blogueuse qu'on ne pouvait pas se réjouir de la sortie du livre Moi les hommes, je les déteste parce que ça ne fait que diviser les gens dans la violence et que quand on lit les propos de l'autrice dans les interviews il y a de quoi être flippé (ce à quoi on m'a répondu que les journalistes ont déformé les propos ; certes, ça arrive, mais ont-ils aussi déformé les propos d'Alice Coffin invitée en direct dans C Politique sur France 5 ?). Je suis partie dans la même envolée lyrique que j'avais faite dans mon article sur les sensitivity readers, en disant que je n'étais pas qu'une femme blanche hétérosexuelle mais aussi que je tenais à l'honneur, tout ça. Cette partie, sur l'honneur, le juste-milieu utopiste, etc. se trouvait au milieu d'autres trucs sur moi, tout comme dans mon article. Sauf que la personne l'a sortie de son contexte pour dire que je montais sur mes grands chevaux et me faire passer pour un chevalier des temps modernes imbu de lui-même. Great. Sauf que pas du tout : c'est une donnée lucide sur moi, ce sont mes valeurs, fondées sur ma personnalité et mes expériences, ce sont à la fois une force et une faiblesse (on a souvent les défauts de ses qualités).

Ça et le reste... vraiment, il faut que j'arrête de discuter avec des gens comme ça, qui vous reprochent de ne pas considérer leur ressenti et leur agacement à répéter toujours la même chose, mais dénigrent le vôtre et vous accusent d'anti-féminisme sans vous connaître (et vous reprochent de vous en prendre à la forme du propos, sauf que la forme du propos en dit long sur l'état d'esprit et que l'état d'esprit impacte la qualité du débat et les réactions des débatteurs). Si vous n'êtes pas avec eux vous êtes forcément contre eux. Sale temps pour discuter. Je ne veux pas que vous croyiez que je règle mes comptes : j'ai pu m'expliquer auprès de cette personne, j'ai juste besoin de vider un peu mon sac ici, c'est bien pour ça que je ne cite pas son nom (ça n'aurait d'ailleurs pas grand intérêt).

Il faudra aussi que je me souvienne de ne pas donner mon avis à la suite d'un tweet d'une personne très suivie, parce qu'après on reçoit des centaines de notifications et ça me gave, moi en plus qui suis incapable de lâcher-prise !... De temps en temps je me dis que j'aimerais bien avoir une communauté un peu plus grande ou un peu plus active, mais quand je vois ça je me dis que je suis très bien comme ça et que je n'ai pas besoin de plus. Vous imaginez recevoir des centaines et des centaines de notifications et de messages à chaque fois que vous faites un tweet ? Je me demande même si je ne devrais pas arrêter de cliquer sur "j'aime" sur les tweet qui en ont déjà énormément parce que je me dis que le pauvre derrière va encore recevoir une notification, ce qui est stressant (je suis juste fragile, je pense xD).

La déprime n'est pas passée, je me dis que ça ira déjà mieux quand j'aurais trouvé du travail, sauf que le simple fait de dépendre des conditions extérieures pour aller bien ou pas est déjà un problème en soi. Évidemment, je n'ai pas appelé de psychologue alors que j'avais dit que je le ferai en octobre. Le truc, c'est que je n'ose pas. Le centre dont m'a parlé la psy du travail de Pôle Emploi précise qu'ils prennent les urgences. Or, si mon cas est suffisamment inquiétant pour que la psy du travail se fende d'un "Ah oui..." quand j'explique, ce n'est pas vraiment ce que l'on pourrait qualifier d'urgence (je ne compte pas me suicider même si j'aimerais beaucoup disparaître dans une cabane perchée dans un arbre dans la savane, dans une dimension parallèle où une nappe magique me donnerait à manger quand je la déplierai, et un tiroir magique me fournirait des livres, et sans pollution lumineuse je pourrais voir les étoiles et les lionnes chasser, comme une retraite dans un monde où je serais le seul être humain et où je pourrais me promener à dos d'éléphant sans les dresser, parce que je parlerais la langue des éléphants (je rêve de parler aux animaux depuis que gamine je regardais Marcelino et Yakari)). Je me dis aussi que si jamais j'appelle et qu'on me dit que mon cas ne peut pas être pris, je vais assez mal le vivre donc au final je préfère ne pas savoir et attendre d'avoir un travail pour payer un psy moi-même (ce qui me donnerait aussi moins l'impression d'être une grosse assistée).

Il paraît que la déprime ne peut pas passer toute seule. Donc je vais faire un effort et arrêter d'écrire des articles déprimants, ou au moins contrebalancer avec des trucs un peu joyeux ou légers.

Comment que ça va de par chez vous ?

lundi 2 novembre 2020

Livrovore

Source – Luisa Brimble

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais il y a quelques temps, dans un journal d'écriture, je vous disais que j'avais (enfin) repris la lecture. Je lis depuis mon enfance mais je ne crois pas avoir été un jour une grosse lectrice. Je me souviens avoir lu des journées entières pendant mon adolescence, mais dans ma mémoire c'était quelque chose d'assez rare et ça s'est surtout arrêté avec les études, le développement d'autres centres d'intérêts, et au final je n'ai jamais vraiment lu qu'à raison d'une quinzaine de pages par soir avant de dormir. À ce rythme, trois cents pages me font sans doute presque deux mois (je n'ai jamais fait attention aux dates auxquelles je commençais et finissais mes livres).

Toujours est-il qu'il y a quelques mois je ne lisais quasiment plus. Déjà, je me suis retrouvée sans livres pendant le confinement, ce qui n'a pas aidé. Mais en réalité ça avait commencé bien avant ça... Cette année pendant mes études je ne me souviens pas avoir lu des masses. Finalement, mon article sur mes cinq derniers livres lus, cet hiver, doit bien contenir les seuls livres que j'avais lu depuis un moment (tous lus dans une période assez resserrée, en plus) (c'est un peu triste, quand on y pense). En fait, rien ne m'intéressait vraiment. J'entrais régulièrement dans les librairies à la recherche du bonheur, j'avais envie de lire, vraiment très envie, ça me démangeait, mais rien à me mettre sous la dent. J'ai fini par en avoir ma claque et à me dire que puisque rien ne me bottait dans la fiction, j'allais tenter avec les livres d'Histoire. Et c'est ainsi que j'en ai repris un de ma bibliothèque, que j'en ai acheté trois autres, et que j'ai repris les chemins du livre.

Depuis ce journal d'écriture où j'avais glissé l'information, en Juillet, j'en ai lu neuf. Neuf, c'est sans doute plus que ce que je lis habituellement en un an. La seule chose qui m'a arrêtée, eh bien... comment dire... je n'ai pas pris en compte les délais de livraison avant de passer commande (le jour de l'annonce du confinement, en plus) et je retrouve donc à attendre. Ça va être long. Trèèèèès, très long. Mais au moins, ça a le mérite de m'obliger à lire les National Geographic magazine que j'ai en retard. J'avais laissé en plein milieu celui d'Avril 2020, c'est vous dire... D'ailleurs, je pensais que je n'aimerais pas ça, passer au journalisme après la fiction ou l'Histoire, mais finalement ce n'est pas ce que je lis qui m'importe, c'est de lire. C'est assez nouveau pour moi, enfin, j'ai l'impression de retrouver l'ivresse vague qui subsiste dans les souvenirs de mon adolescence. En ce moment, je n'aspire qu'à passer des journées entières à lire (d'ailleurs, c'est bien parce que je dois économiser ce qu'il me reste à me mettre sous la dent que j'ai fait le ménage dans ma chambre hier, ahem (le pire, c'est que je n'exagère pas tant que ça)). Je commence même à me dire que j'aimerais bien vivre enfermée dans une bibliothèque et qu'une main anonyme me livre à manger par une trappe entre deux étagères. Ou que je serais la plus heureuse des petites filles du monde si je pouvais trouver un métier où je serais payée pour lire toute la journée. J'adorerais travailler entourée de livres. J'adorerais vendre des livres. Mais je n'ai pas fait d'études dans ce domaine et la plupart des recruteurs cherchent des gens avec de l'expérience. Encore une fois, je suis passée à côté de mon orientation. C'est un peu triste mais je vais peut-être tomber sur une opportunité en or, on ne sait jamais !

Pourtant de temps en temps je me dis que c'est une fuite. C'est chercher dans d'autres mondes une échappatoire, c'est mettre des œillères pour ne pas voir, ne pas penser, fermer les yeux, enfoncer sa tête dans le sable et attendre que le temps passe en croisant les doigts pour que demain soit meilleur (et qu'un employeur m'appelle pour me donner du travail ; on y croit très fort, c'est la pensée magique). Et je me dis que c'est un peu triste, ou alors je me demande si ce n'est pas le signe que je vais finir encore plus associable que je ne le suis déjà.

Du coup, entendre hier Thomas Snégaroff, dans sa chronique habituelle pour C Politique sur France 5, citer des études qui disent que lire est bon pour la santé mentale, c'est assez rassurant, quand j'y pense. Par exemple, au bout de six minutes de lecture, les muscles et le rythme cardiaque se détendent. Si on lit plus de trois heures et demi par semaine, l'espérance de vie s'en voit augmentée de vingt pourcents sur douze ans. Pour moi qui ai vraiment peur de perdre la boule (je songe d'ailleurs à m'épancher là-dessus un jour) c'est une bonne nouvelle. Ça veut dire que ma boulimie livresque actuelle n'est pas le signe que je vais m'enfermer dans un monde imaginaire pour toujours (cette exagération habituelle d'une pessimiste de base est assez extraordinaire ! (surtout quand ladite pessimiste se met à parler d'elle à la troisième personne)) mais que c'est un pansement à mes doutes, craintes, peurs actuelles.

Bon, je dois aussi dire que j'ai passé six mois à écrire mon roman et que je pense que j'avais besoin d'être en jachère pendant ma phase d'écriture. Maintenant que je n'écris plus (enfin, plus tous les jours, plus avec le même sérieux), je me remets à lire pour me gaver des techniques des autres.

Je ne sais pas si ça vous le fait aussi, mais quand je lis ça m'arrive d'être tellement plongée que quand je relève la tête je suis saisie le temps d'un battement de cœur d'un étonnement confus et la première pensée qui traverse mon esprit est  : "Ah ! Tiens ?... Mais je suis où ?". Dans ton lit, Enir, tu es dans ton lit. Sur Terre. En France. Nous sommes en 2020. Allez Enir, secoue-toi. Bref. C'est assez amusant d'ailleurs parce que ça ne m'est arrivé à ce point-là d'intensité que pour Ayesha, le livre qui m'a le plus marquée, relu il y a un mois et demi, et seul livre auquel je me suis véritablement identifiée au personnage. La plupart du temps, je ne m'identifie pas vraiment, je regarde comme un petit personnage extérieur ce qu'il va se passer. Peut-être parce que j'ai du mal à laisser parler mes émotions ; et qu'Ayesha a été une telle claque que ça a piraté mes défenses. Bref. Je suis aussi une vraie éponge. S'il me prend de lire de la dark fantasy vous pouvez être sûre que derrière j'ai le bourdon et que si je laisse mes pensées cavaler j'imagine des tonnes de scenarii catastrophes, glauques à souhait.

Toujours est-il que j'aime bien découvrir de nouveaux personnages et de nouvelles histoires. C'est en partie pour ça que les auteurs qui écrivent toujours dans le même univers ont tendance à m'irriter un peu...

J'espère que ma boulimie livresque ne va pas s'arrêter. Et en même temps je recommence à ne plus savoir quoi lire même si j'ai encore deux, trois trucs sur ma liste mentale. C'est qu'il y a des livres d'historiens qui m'intéressent, mais ils ont été publiés il y a "longtemps" du point de vue de la durée de vie d'un livre, et je n'arrive pas à leur mettre la main dessus... Me retrouver encore frustrée va vraiment me frustrer. Mais je ne peux pas me forcer à lire plus lentement pour attendre une sortie. D'ailleurs, Martyrs, tome 3, sort en Janvier, je crois (enfin !), ce qui va me pousser à relire les deux premiers tomes dont je n'ai pas assez de souvenirs (et comme l'histoire est compliquée, il vaut mieux ne pas se lancer dans la dernière partie à l'aveugle). Bref. Je ne pensais pas écrire autant sur la lecture...

À l'heure où j'écris ces lignes j'ai reçu mon colis de chez Mnémos. C'est la fin de toutes mes souffrances (au moins, ahem). C'est surtout que j'ai encore des National Geographic a rattraper. Donc le roman va devoir attendre un peu (je suis obligée, sinon je n'arriverais jamais au bout de ces magazines !).

Quel est votre rapport à la lecture ? Lisez-vous beaucoup ? Utilisez-vous une liseuse ?