samedi 21 novembre 2020

Détraquée

Source – Miguel Á. Padriñán

Je ne sais pas si c'est l'hypnose contre les conditionnements que j'ai écoutée avant-hier, ou juste parce que j'étais quelque part entre le sommeil et l'éveil (j'aurais préféré dormir, mais que voulez-vous, mon esprit est incapable de lâcher-prise), mais hier soir j'ai repensé à des trucs de quand j'étais enfant, et ça m'a un peu perturbé parce que comme j'ai toujours le bourdon, et que je suis pessimiste de nature, j'ai tendance à interpréter ça comme la preuve que je traîne depuis bien, bien longtemps mes problèmes de rapports et interactions entre corps et émotions. Ces souvenirs sont brefs, un peu flous et à la fois très nets, c'est assez perturbant sachant que j'ai du mal avec mes souvenirs de l'enfance comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire ici. Je ne sais pas trop ce que j'attends en vous racontant ça, peut-être juste un exutoire, peut-être qu'on me rassure, ou peut-être que c'est juste un prétexte pour vous parler plus largement de mon état d'esprit du moment. Dans tous les cas il va falloir que je songe à écrire des articles un peu plus légers et joyeux un peu plus souvent, ne serait-ce que comme thérapie. Peut-être que j'écrirais un article avec des trucs chouettes, et je pense aussi vous refaire un article de "mes 5 derniers livres lus". Bref. (Le lecteur perspicace aura remarqué que je retarde le moment d'en venir au fait en racontant ces souvenirs qui sont venus m'emmerder alors que je cherchais le sommeil).

Le premier souvenir, c'est un truc un peu zarbi (genre, vraiment zarbi en fait). Je me souviens qu'avec ma sœur des fois dans les séries qu'on regardait il y avait des amoureux (comme dans beaucoup de séries pour enfants et adolescents, en même temps) et que c'était assez mystérieux et que parfois il y avait des scènes dans le lit (oui, alors bon on va éclaircir les choses tout de suite : on voyait rien que des bisous, hein, je vous rassure). Et du coup je me souviens (ou crois me souvenir ?) qu'avec ma sœur on jouait (c'est le bon mot ?) à ça. Disons que l'on se couchait l'une sur l'autre dans le lit et on se faisait des bisous. Alors quels bisous, combien de temps, etc. je n'en sais fichtrement rien du tout ! Je me souviens juste que je me sentais confusément honteuse et que j'avais suffisamment l'impression de faire une bêtise pour ne pas vouloir que ma mère l'apprenne. Je ne sais pas trop quel place ou quelle valeur je dois accorder à ce souvenir, je ne sais même pas si s'en est vraiment un dans le sens où on a peu de souvenirs intacts et qu'avec les années les souvenirs se troublent, se déforment, qu'on y met sans doute beaucoup de reconstructions.

Le deuxième souvenir c'est moi un peu plus vieille, sur un vélo. Je ne saurais pas trop vous dire mon âge, je pense que j'étais une jeune collégienne mais je ne pourrais pas le jurer. Je me souviens que, assise sur mon vélo, je me frottais à la selle pour avoir du "plaisir". Je le mets entre guillemets parce que c'est le mot que je mets dessus aujourd'hui, est-ce que c'est comme ça que je l'aurais décrit à ce moment-là, je n'en sais rien. Bien sûr, ça ne faisait que mal. Là encore, je ne sais pas trop quelle valeur je dois donner à ça, si on peut considérer que c'est juste la curiosité d'une gamine qui veut savoir comment ça marche, ou si c'est la preuve que j'étais déjà dérangée sur la question. Ça expliquerait mon rapport au corps compliqué... enfin non, ça n'expliquerait rien, ça donnerait juste un nouveau point de départ, une nouvelle balise sur le chemin pour démontrer que tout ça est compliqué pour moi.

Je vous avoue, je me sens un peu mal de raconter ça. Pourtant j'ai déjà raconté des trucs intimes sans éprouver de problèmes. Je dois dire que la seule chose qui me retient d'abandonner c'est que je suis anonyme, si vous me croisez dans la rue demain vous ne saurez pas que c'est moi, et je ne suis même pas sûre que quelqu'un qui me connaisse déjà puisse me reconnaître sur mon blog parce qu'au final je suis plutôt secrète sur ce genres de choses dans la "vraie vie".

D'ailleurs, ça me fait penser que dans l'hypnose que j'ai écoutée le monsieur dit une phrase vers la fin, du genre "vous avez le droit de parler et vous avez le droit de ne pas parler" et ça a plutôt fait tilt en moi parce que je suis plutôt secrète de nature mais ces dernières années j'ai eu tendance à essayer de parler plus, surtout à mes parents qui me le reprochaient, sauf que je commence à me demander si c'était vraiment une très bonne idée de forcer ma nature (surtout quand lesdits parents ne semblent pas avoir remarqué de différence alors que moi j'ai la sensation d'avoir consenti des efforts insurmontables). D'autant que je n'ai pas l'impression d'être vraiment soutenue (ou comprise, mais on ne peut pas être compris si on ne s'exprime pas donc je ne peux rien reprocher de ce côté-là) quand je m'ouvre. Alors je vais sans doute tout refermer pour me protéger.

Je vais aussi arrêter de dire aux militants radicaux sur internet quand je ne suis pas d'accord avec eux parce que le Débat est dans un état déplorable. Ma dernière mésaventure c'était moi, disant à une blogueuse qu'on ne pouvait pas se réjouir de la sortie du livre Moi les hommes, je les déteste parce que ça ne fait que diviser les gens dans la violence et que quand on lit les propos de l'autrice dans les interviews il y a de quoi être flippé (ce à quoi on m'a répondu que les journalistes ont déformé les propos ; certes, ça arrive, mais ont-ils aussi déformé les propos d'Alice Coffin invitée en direct dans C Politique sur France 5 ?). Je suis partie dans la même envolée lyrique que j'avais faite dans mon article sur les sensitivity readers, en disant que je n'étais pas qu'une femme blanche hétérosexuelle mais aussi que je tenais à l'honneur, tout ça. Cette partie, sur l'honneur, le juste-milieu utopiste, etc. se trouvait au milieu d'autres trucs sur moi, tout comme dans mon article. Sauf que la personne l'a sortie de son contexte pour dire que je montais sur mes grands chevaux et me faire passer pour un chevalier des temps modernes imbu de lui-même. Great. Sauf que pas du tout : c'est une donnée lucide sur moi, ce sont mes valeurs, fondées sur ma personnalité et mes expériences, ce sont à la fois une force et une faiblesse (on a souvent les défauts de ses qualités).

Ça et le reste... vraiment, il faut que j'arrête de discuter avec des gens comme ça, qui vous reprochent de ne pas considérer leur ressenti et leur agacement à répéter toujours la même chose, mais dénigrent le vôtre et vous accusent d'anti-féminisme sans vous connaître (et vous reprochent de vous en prendre à la forme du propos, sauf que la forme du propos en dit long sur l'état d'esprit et que l'état d'esprit impacte la qualité du débat et les réactions des débatteurs). Si vous n'êtes pas avec eux vous êtes forcément contre eux. Sale temps pour discuter. Je ne veux pas que vous croyiez que je règle mes comptes : j'ai pu m'expliquer auprès de cette personne, j'ai juste besoin de vider un peu mon sac ici, c'est bien pour ça que je ne cite pas son nom (ça n'aurait d'ailleurs pas grand intérêt).

Il faudra aussi que je me souvienne de ne pas donner mon avis à la suite d'un tweet d'une personne très suivie, parce qu'après on reçoit des centaines de notifications et ça me gave, moi en plus qui suis incapable de lâcher-prise !... De temps en temps je me dis que j'aimerais bien avoir une communauté un peu plus grande ou un peu plus active, mais quand je vois ça je me dis que je suis très bien comme ça et que je n'ai pas besoin de plus. Vous imaginez recevoir des centaines et des centaines de notifications et de messages à chaque fois que vous faites un tweet ? Je me demande même si je ne devrais pas arrêter de cliquer sur "j'aime" sur les tweet qui en ont déjà énormément parce que je me dis que le pauvre derrière va encore recevoir une notification, ce qui est stressant (je suis juste fragile, je pense xD).

La déprime n'est pas passée, je me dis que ça ira déjà mieux quand j'aurais trouvé du travail, sauf que le simple fait de dépendre des conditions extérieures pour aller bien ou pas est déjà un problème en soi. Évidemment, je n'ai pas appelé de psychologue alors que j'avais dit que je le ferai en octobre. Le truc, c'est que je n'ose pas. Le centre dont m'a parlé la psy du travail de Pôle Emploi précise qu'ils prennent les urgences. Or, si mon cas est suffisamment inquiétant pour que la psy du travail se fende d'un "Ah oui..." quand j'explique, ce n'est pas vraiment ce que l'on pourrait qualifier d'urgence (je ne compte pas me suicider même si j'aimerais beaucoup disparaître dans une cabane perchée dans un arbre dans la savane, dans une dimension parallèle où une nappe magique me donnerait à manger quand je la déplierai, et un tiroir magique me fournirait des livres, et sans pollution lumineuse je pourrais voir les étoiles et les lionnes chasser, comme une retraite dans un monde où je serais le seul être humain et où je pourrais me promener à dos d'éléphant sans les dresser, parce que je parlerais la langue des éléphants (je rêve de parler aux animaux depuis que gamine je regardais Marcelino et Yakari)). Je me dis aussi que si jamais j'appelle et qu'on me dit que mon cas ne peut pas être pris, je vais assez mal le vivre donc au final je préfère ne pas savoir et attendre d'avoir un travail pour payer un psy moi-même (ce qui me donnerait aussi moins l'impression d'être une grosse assistée).

Il paraît que la déprime ne peut pas passer toute seule. Donc je vais faire un effort et arrêter d'écrire des articles déprimants, ou au moins contrebalancer avec des trucs un peu joyeux ou légers.

Comment que ça va de par chez vous ?

2 commentaires:

  1. Hey, salut ! Je ne sais pas quel "centre" tu as contacté mais ce n'est pas parce que tu toques aux portes des structures publiques que tu es une assistée. Actuellement, les structures publiques débordent de demandes du fait du covid et de ses conséquences (trouble anxieux, phobie, refus scolaire, dépression...), ce qui fait qu'elles sélectionnent plus qu'elles ne le devraient. N'hésite pas à te renseigner sur les assoc locales, les CMP, les psychiatres, avec ta mutuelle, les MDA,...

    Concernant tes souvenirs, je ne connais pas ton passé mais saches qu'en tant qu'adulte nous portons parfois un regard "d'adulte" sur des comportements normaux d'enfant et d'adolescent. Ce qui peut créer de la honte... Il y a des comportements masturbatoires chez les tous petits et c'est normal. La découverte de son corps et du plaisir se fait avec des copains/copines voire membres de la famille, du moment que l'âge est relativement similaire et que ça reste un jeu, RAS.

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    1. Ben techniquement j'en ai contacté aucun x)
      Mais je me souviens plus de ce que c'était comme structure...
      Je sais que c'est pas être assisté, mais c'est comme ça que je le ressens aujourd'hui, c'est bizarre !

      Oh lala comment ça me rassure ! :D
      Mais ma pauvre, à chaque fois que tu viens ici t'es en mode psy...

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