jeudi 26 septembre 2019

Ce que le sport m'a apporté

Source – Sebastien Salom-Gomis \ AFP

Je n'avais pas envie d'écrire un article triste, où j'expose encore le filet de mes problèmes psycho-existentiels. Ça va venir, parce que j'ai encore des choses à raconter sur mon rapport au corps, mais aujourd'hui j'avais envie d'être positive et de parler d'une avancée plutôt que d'un recul ou d'une stagnation. Et je pense que ça tombe bien parce que même pour vous ça doit être un peu agaçant de toujours lire la même chose... Alors aujourd'hui je vais vous parler de comment le sport a changé ma vie (au moins).


Le sport et moi



Je n'ai jamais aimé le sport. Jamais. Parce que j'étais très nulle, que ça fatigue, et puis, chose que j'avais oubliée, parce que ça fait transpirer. Ce sont mes parents qui, au cours d'une discussion il y a quelques années, m'ont rappelé ça et j'étais très vexée qu'ils me voient encore comme ça alors que c'était quelque chose que j'avais dite quand j'avais douze ans. Mais le fait est que je n'ai jamais aimé le sport. Encore moins la piscine – étant donné que j'ai failli me noyer – à laquelle j'ai échappée au lycée grâce à mes oreilles fragiles (et une réussite à persuader mon médecin traitant du nécessaire d'une dispense). Le sport, c'était mettre en mouvement, je pense, un corps que je n'aimais pas ; mais aussi avoir des interactions sociales pas évidentes avec des gens avec lesquels je n'étais pas spécialement amie, surtout au lycée.

Pendant une (très) courte période j'ai essayé de faire du jogging. C'était terrible. Courir pour courir, très franchement, ça ne m'a pas plu du tout. J'ai dû le faire deux fois, puis j'ai laissé tomber. Aucune discipline ne m'intéressait. J'avais fait un peu d'escalade en EPS dans mon second lycée, j'avais adoré, mais je n'ai jamais sauté le pas car, vous comprenez, on ne commence pas un sport à dix-sept ans : un sport, ça se commence enfant. Je me suis intéressée au saut à la perche, aussi, mais ils ne prenaient plus de débutant au-dessus de quinze ans – une preuve de plus qu'on ne commence pas un sport à l'adolescence.


Nouvelle ville, nouvelle vie



Il y a deux ans j'ai changé de ville pour mon service civique. J'allais vivre toute seule, à mon rythme, et je me suis donc dit que j'allais me mettre au sport. Aussi parce que, chez mes parents, c'est très bête à dire, mais je n'aime pas sortir parce que j'aime pas la question "tu sors ? tu vas où ?" même si elle n'est posée s'en reproche ni rien de négatif du genre mais simplement à titre informatif. Je crois que j'ai l'impression qu'on va juger ma sortie (oui, c'est bête). Et avec le sport, c'est pire, comme ça touche à ce que je vais faire de mon corps, que ça me met face à mes limites physiques et psychologiques. Mais, vivant toute seule, cet obstacle disparaissait.

Je suis donc allée voir la liste des associations sportives de la ville sur le site de la mairie. Rien ne me tentait vraiment mais j''ai découvert l'aïkido et quand je suis allée voir des vidéos sur internet j'ai réalisé que c'était exactement ce dont j'avais besoin. Pour ma coordination, j'ai pensé. Au bout de quelques jours j'ai enfin songé que j'allais devoir toucher des gens et me laisser toucher par des gens.  Ce que je déteste. Oups. Mais je ne pouvais plus vraiment reculer, alors j'ai sauté dans le schmilblik.

J'ai adoré, mais le démarrage a été difficile à cause de ma caboche détraquée. Par exemple, si j'arrivais en retard en bas du bâtiment, je rebroussais chemin, étant entendu qu'arriver en retard c'est déjà tout pourri mais à un cours d'art martial, en plus, c'est vraiment pas possible. Des fois, je n'y allais pas, car j'étais fatiguée ou j'avais pas envie, et je m'en voulais beaucoup pour ça. Du coup, j'y allais pour ne pas m'en vouloir de ne pas y être allée (ça s'appelle la régulation introjectée, en psychologie, et c'est très mauvais car c'est une motivation extrinsèque, c'est-à-dire extérieure à vous).

Mais en changeant encore de ville pour mes études, j'ai décidé de continuer l'aïkido et j'ai dû choisir une autre discipline pour une unité d'enseignement facultative. J'ai choisi le volley, et j'ai repris cette année. J'ai aussi ajouté l'escalade (pas encore commencée).


Réappropriation du corps



L'année où j'ai commencé, il s'est déjà passé un truc très bizarre. Quand je revenais de la séance et que je me déshabillais pour aller me doucher, j'étais capable de le faire dans le salon alors que d'habitude je suis incapable de me mettre nue hors de la salle de bain, y compris dans ma chambre et y compris pour me mettre en pyjama : quand je me change je fais toujours en sorte de porter toujours au moins un vêtement. C'était vraiment bizarre, pour moi.

Ce mois-ci j'ai repris le sport après six mois de pause. J'ai commencé par l'aïkido, puis j'ai repris le volley, et je vais rajouter l'escalade par-dessus. J'ai choisi d'y aller progressivement car tout à la fois alors que je suis en jachère depuis une demi-année ça ferait quand même beaucoup. Ces derniers jours, j'ai eu une sensation nouvelle très étrange aussi pour moi : j'ai davantage conscience de ce que je fais en comparaison de d'habitude. Par exemple, au volley, je sens que je ne décolle pas mes pieds du sol (ce qui rend n'importe quelle manchette difficile à réaliser et fait perdre beaucoup de ballons...). À l'aïkido j'ai l'impression que je me rends mieux compte des distances et de mes déplacements. Pour moi, c'est étrange, car habituellement je ne sais pas trop situer mon corps, même mes pieds alors qu'ils touchent le sol. Mes mains et mes bras ça peut encore aller, car je les vois. Le reste, c'est un peu un tas que la plupart du temps je ne peux pas placer.

Je me rends compte aussi que je m'améliore (et que donc tout n'est pas perdu). Mais ça me met aussi face à mon manque de confiance en moi, alors que les autres peuvent parfois me renvoyer l'image d'une fille trop sûre d'elle au point d'être méprisante. Je dois composer avec la peur de mal faire. Je dois aussi composer avec ma nullité. Car, si j'ai compris la théorie, comme j'ai peu conscience de mon corps et peu de coordination, la pratique est plus compliquée. Dès qu'un enseignant me fait une remarque, ma première réponse est "oui, je sais, mais".

Ça me met aussi face à mes blocages. Par exemple, en aïkido, le cri (dont j'ai oublié le nom) fait partie de la pratique, il doit s'entendre. Mais, moi, je suis incapable de crier, et quand le prof dit "plus fort" et que j'essaye de me forcer, j'en ai presque les larmes aux yeux tellement ça ne veut pas. Alors que par ailleurs, dans la vie, quand je m'énerve, je peux élever vite la voix.

Mais le sport me permet aussi de ne plus penser, moi qui ai toujours un petit vélo dans la tête. C'est particulièrement vrai avec l'aïkido.


Relations sociales



C'est très bête à dire mais, quand on fait du sport, on rencontre des gens. C'est d'autant plus bête à dire que je pense que les autres pensent que je ne participe pas assez. Par exemple je ne vois pas ces personnes en dehors des séances, je ne vais pas prendre de verres, etc. Ça limite donc le temps pour discuter et apprendre à se connaître. Mais, pour moi qui ne suis pas très sociable et très casanière, c'est déjà beaucoup et c'est bien suffisant pour remplir mes besoins de discussions informelles et de rigolades.


Des fois, dans les articles lifestyle, on lit des choses comme "mettez-vous au sport" sur le thème de se forcer un peu et de se faire violence. Mais, pour se mettre au sport, il faut "le sentir". Trouver, instinctivement, je dirais, la discipline qui nous ira. Et, surtout, s'y mettre au moment où l'on est prêt, et pas se forcer pour espérer en tirer quelque chose. Quand on se force, ça n'amène rien. Je dirais même que c'est contre-productif. La motivation doit être intrinsèque. Des motivations intrinsèques, il y en a trois types : la motivation à la connaissance, la motivation à l'accomplissement, et la motivation à la sensation. Le reste, c'est le mal. (Bon, en vrai, c'est un peu plus compliqué, la motivation extrinsèque peut donner un coup de pouce, mais elle ne doit pas être le moteur).

On peut commencer le sport tard. D'ailleurs, l'une des personnes du club d'escalade, rencontrée l'année dernière pour un projet de cours, a commencé dans la quarantaine, il me semble.

Quoi qu'il en soit, parlez-moi de votre rapport au sport, je suis bien curieuse ! :)

mercredi 4 septembre 2019

Confiance en soi

Source – Rufus Gefangenen
Il y a quelques jours l'un de mes moniteurs de conduite, à la fin de l'heure, m'a dit qu'il pensait que si je n'y arrivais pas c'était parce que je manquais de confiance en moi et que j'avais peur ; peur de mal faire, peur d'abîmer la voiture, peur de faire une bêtise... Je crois que dans le fond c'est assez vrai. C'est bizarre d'ailleurs parce que je sais que je peux renvoyer l'image d'une fille méprisante qui se trouve plus importante que tout le monde. Alors que dans le fond ce n'est pas ça.

Je vous avais parlé de mon discours intérieur qui ne dit jamais "je" pour autre chose que critiquer et du fait que, si le discours intérieur peut servir la personne, il peut aussi lui nuire. Je pense que dans le fond il existe une sorte de cercle vicieux où mon manque de confiance en moi influence mon discours intérieur et où, en retour, mon discours intérieur influence mon niveau de confiance en moi. Le discours intérieur a valeur de discussion pour le cerveau. Ce qui signifie que quand je me dis que je suis trop nulle c'est comme si quelqu'un d'extérieur me disait que je suis trop nulle. Or, on a tous déjà je pense un peu expérimenté le fait que quand une personne répète certaines choses à une autre, cette seconde personne finit par y croire. Du coup, j'ai un double travail à faire sur mon discours intérieur. Le premier n'était déjà pas bien simple alors celui-là...

Dans une de ses hypnoses sur la confiance en soi (on avait parlé du fait que des hypnoses très générales comme celles-là n'étaient pas forcément bonnes, du coup je fais attention maintenant à ce qu'elles produisent sur moi et je n'utilise pas celles qui ont un mauvais effet sur ma respiration), Benjamin Lubszynski invite notre inconscient à se débarrasser de quelque chose qui empêche la confiance en soi et cite des exemples. Il cite notamment des ruminations sur la qualité de ce que l'on est en tant que personne. Je pense que dans mon cas, et étant donné l'état déplorable de mon discours intérieur, il y a de fortes chances que ça vienne de là. Il y a quelque jours je vous disais que beaucoup de mes problèmes sont enchevêtrés. Eh bien ça se vérifie encore ici. Dans l'introduction d'une hypnose sur la colère, Benjamin Lubszynski dit que la colère peut venir d'un manque de confiance en soi. La boucle est bouclée.

Je pense aussi que, quoi qu'on en dise, le physique a sa part d'importance et que la part de confiance que l'on a en notre physique joue de manière assez grande dans notre niveau de confiance en soi. Quand ma tante, qui fait de la photo, a voulu me tirer le portrait, j'étais moyen sûre, parce que je déteste être prise en photo ; mais je me suis dit que ça me forcerait à me voir sur une photo et donc de l'extérieur et que donc peut-être j'aurais un autre regard sur moi et que ça m'aiderait à me réconcilier avec mon image. Tu parles !... "J'suis trop laide !" que je me suis immédiatement dit, déçue de la triste réalité et que mes attentes n'aient pas été exhaussées (même si je sais que l'on ne se voit jamais tel que l'on est).

Je n'ai pas fait de recherches (ou plutôt je n'ai trouvé aucun article pour répondre à ma question) donc ce que je m'apprête à dire relève davantage de l'intuition que de la réalité scientifique, mais j'ai cette idée que le niveau de confiance en soi peut aussi être influencé par notre niveau de confiance en les autres. Si on est capable de faire confiance en les autres alors quelque part, comment dire... plutôt disons que si les autres nous prouvent qu'on a eu raison de leur avoir fait confiance et que l'on a eu raison sur notre jugement sur eux, alors on prend confiance en nous parce que l'on a réussi à établir un lien avec quelqu'un et que l'idée que l'on se faisait de ladite personne était à peu près juste. Mais on pourrait aussi se dire que je construis cette réflexion pour tenter de trouver des explications à mon manque de confiance en moi ou même de prouver par A + B que je n'ai pas confiance en moi, donc dites-moi si mon raisonnement vous paraît absurde, surtout !

Je crois surtout que les mécanismes de la confiance en soi sont hyper complexes et qu'ils mettent en mouvement beaucoup de choses différentes. Alors disons que pour commencer, agir sur mon discours intérieur ne me fera pas de mal. Cependant il ne faut pas tomber dans l'excès inverse, puisque la pensée positive n'a pas que des bénéfices et qu'on n'a droit à des coups de mou (sauf que moi, les coups de mou, c'est tout le temps xD).