jeudi 24 novembre 2022

Faire bêta-lire son roman

Source – Caio
Je voulais faire cet article quand je publiais encore sur Instagram et que je parlais d'écriture, et puis j'ai arrêté de publier sur Instagram et je me suis demandée si c'est article vous intéresserait, et puis je n'ai pas pris le temps parce que j'écrivais mon premier jet et puis… Puis j'ai discuté avec une membre du forum d'écriture que je vais bientôt quitter, et par hasard en cherchant des blogs sur Instagram je suis tombée sur l'article d'un auteur qui se plaignait d'avoir été l'objet d'un mauvais bêta-lecteur, et tout à coup je me suis dit que j'avais bien envie de faire cet article même si pour mes lecteurs habituels ça ne sera peut-être pas le plus parlant ou le plus intéressant (vous en faites pas, je raconterai bientôt ma vie haha xP).

Avant toute chose, nous allons nous mettre d'accord sur les définitions, parce que je sais que tous les auteurs ne parlent pas exactement de la même chose quand ils parlent de bêta-lecteurs. Pour moi, le bêta-lecteur dit à l'auteur tout ce qu'il voudra bien lui dire sur ce qu'il a pensé de son roman, de sa nouvelle, bref : de son texte ; un bêta-lecteur ne lit pas un premier jet (j'ai vu passer le terme "d'alpha" lecteur, mais personnellement j'aime bien qu'on me laisse tranquille quand j'écris mon premier jet) ; et un bêta-lecteur n'est ni un lecteur-expert (par exemple un policier pour un thriller, etc.), ni un sensitivity reader (et là je ne m'étends pas, vous savez déjà ce que j'en pense).

Si pour moi le bêta-lecteur ne lit pas de premier jet, c'est parce que je crois que l'écriture fonctionne comme un oignon. Quand on écrit, on habille l'oignon, quand on corrige, on lui enlève quelques couches, le bêta-lecteur en enlève d'autres, et en corrections on le rhabille un peu autrement. Mon idée c'est que, plus vous réglez des problèmes, plus vous pouvez voir les problèmes plus fins, les problèmes cachés. Si vous faites lire à vos bêta-lecteurs un premier jet (ou un roman que vous auriez pu corriger encore un peu), le bêta-lecteur va enlever à l'oignon des vêtements que vous auriez pu enlever vous-mêmes et surtout ces couches vont potentiellement les empêcher de voir des choses que vous n'auriez pas vues mais que eux auraient vues si vous aviez assez déshabillé l'oignon avant. Je ne sais pas si je suis trop claire mais en gros dans mon idée il faut envoyer le texte en bêta-lecture quand on ne peut plus avancer seul dessus.

Trouver des bêta-lecteurs


Je ne savais pas trop comment découper mon article alors je suis allée voir un peu les autres articles qui traitent de bêta-lecture pour savoir comment les autres avaient fait. Revient souvent cette question du comment diantre trouver des bêta-lecteurs et à qui demander. Donc je fais comme les autres et je fais un paragraphe là-dessus, voilà :P

Trouver des viviers de bêta-lecteurs, ma foi, c'est pas le plus compliqué. Il y a des blogs, des communautés d'auteurs sur les réseaux, sur Discord, et je suis persuadée que l'on a tous dans notre entourage, absolument tous, une ou des personnes capables de faire une bêta-lecture de qualité – ne serait-ce que notre ancienne prof de Français, ou la prof de nos enfants. Des lieux pour trouver, il y en a plein. Il y a même des gens qui vous font payer leur service (mouarf mouarf mouarf).

La question vraiment importante, c'est de savoir à qui on va demander. Je trouve que dans les articles qui existent sur le sujet, il y a une espèce de tendance à vouloir rationnaliser le choix d'un bêta-lecteur. Je pense que l'on ne peut pas plus rationaliser ça que le fait de se faire des amis. Des fois, on vous dira qu'il ne faut pas de personnes de votre entourage, parce qu'ils voudront éviter de vous blesser : c'est faux, il y a des gens parfaitement honnête intellectuellement et qui sont capables de vous dire quand ils n'ont pas aimé. Des fois, on vous dira aussi que c'est mieux si le bêta-lecteur fait partie de vos lecteurs-cibles et connaissent le genre dans lequel vous écrivez, pour pouvoir trouver les clichés, etc. Moi, je pense surtout que ça ne se rationalise pas vraiment : c'est l'instinct, et puis il faut savoir aussi ce que vous demandez à la personne.

Par exemple, dans mes bêta-lecteurs habituels, j'ai deux bêta-lecteurs qui pour ainsi dire ne lisent jamais de fantasy, qui sont des personnes de mon entourage à la retraite, et dont j'aime l'intelligence et le regard sur le monde : bien entendu, je leur demande avant tout un avis général, les séquences qui fonctionnent moins, etc. J'ai une amie qui écrit elle-même, quand je l'ai bêta-lue j'ai été bluffée par sa technique ; c'est ce que je recherche chez elle. Je ne lui demande pas que ça, mais c'est son avis technique que je vais chercher plus particulièrement.

Quand une autrice du forum m'a demandée de la bêta-lire, elle m'a demandé parce qu'elle avait l'impression qu'on s'entendait bien ; quand un membre m'a proposé de me bêta-lire, c'est parce qu'il appréciait la personnalité que je pouvais montrer dans mes messages sur le forum ; et quand j'ai proposé à un autre membre de le bêta-lire, c'est pour la même raison, et parce que ce qu'il disait de son roman m'intéresse.

Je crois que choisir un bêta-lecteur, c'est comme choisir un ami : ça ne se choisit pas vraiment. Il suffit juste de savoir ce que l'on cherche. Après, je porte de l'attention à la diversité de mes lecteurs en âge et en genre. J'aimerais aussi en classe sociale, mais je n'ai pas eu l'occasion. Plein de lecteurs d'horizons différents, c'est autant de visions du monde et des choses et c'est très intéressant de voir comme deux personnes vont comprendre des choses différentes sur un passage.

Par lubie, je cherche plutôt un chiffre impair, je me dis qu'en cas de désaccord ça sera plus facile de trancher x) Je reste autour de cinq bêta-lecteurs, parce que moins il me manquerait des retours, je pense, et plus j'en aurais trop et ce serait difficile de naviguer entre tous les avis, je pense.

À ce stade, vu que j'ai mentionné les bêta-lectures payantes, je vais détailler un peu mon point de vue. C'est très simple et très tranché : c'est inutile, ça sert à rien. Comme je le disais, je pense que l'on a tous dans notre entourage proche ou un peu plus éloigné quelqu'un capable de faire une bêta-lecture de qualité. Sans compter que certains prestataires font reposer leurs arguments commerciaux sur… rien. Autant quand vous avez des éditeurs indépendants, éventuellement directeurs de collections, qui ont fait des études là-dedans, on se doute bien qu'ils ont un regard de professionnel et qu'on en a pour notre argent, normalement. Autant quand l'argument commercial c'est de dire : "j'ai étudié la narratologie en autodidacte pendant dix ans" ou "j'ai fait soixante bêta-lectures pour des amis", j'ai envie de dire… bon. T'as fait soixante bêta-lectures, merveilleux, mais les auteurs ont été publiés, grâce à toi, ou ? Et quand ces personnes valorisent le fait d'être publiées en petites maisons d'éditions, elles sous-entendent que parce qu'on est un bon joueur, on est un bon entraîneur, et c'est faux. On peut bien écrire et avoir une mauvaise pédagogie/analyse (puis faudrait déjà admettre comme une consécration le fait d'être publié).

Une bonne bêta-lecture, c'est quoi ?


Je crois que l'on ne peut pas faire reposer la qualité d'une bêta-lecture seulement sur le bêta-lecteur. Une bonne bêta-lecture c'est une bêta-lecture qui est bien préparée, c'est-à-dire que l'auteur a expliqué ce qu'il cherche et le genre de retour qu'il veut, sur la mise en place des commentaires (personnellement j'aime bien recevoir/faire des commentaires à chaud sur le texte et un résumé à froid par mail, un peu global), etc. Par exemple, moi, je ne demande jamais de faire attention à l'orthographe parce que j'estime que c'est compliqué de faire attention au fond et à la forme et que je préfère qu'ils fassent attention au fond, et puis ils vont potentiellement corriger des fautes sur des passages que je vais potentiellement réécrire donc c'est inutile, et enfin je fais un passage exprès pour l'orthographe (s'ils corrigent des fautes en passant, je prends, mais ce n'est pas une demande). Enfin bref. Je leur demande aussi s'ils veulent mes questions avant ou pas, en fonction de s'ils pensent qu'ils peuvent être influencés par le fait d'avoir mes questions avant.

C'est très important de se mettre d'accord parce que ça change beaucoup de choses. J'avais envoyé mon premier roman à une amie qui m'avait dit vouloir le lire par curiosité. Elle me le rend avec tout plein de commentaires mis directement sur le texte, et me dit qu'elle était bien embêtée parce qu'elle ne savait quel type de retour je voulais. Ben évidemment ! Elle s'est lancée toute seule dans une bêta-lecture sans prévenir ! x) Et du coup, son avis a été celui qui m'a été le moins utile.

Une bonne bêta-lecture, c'est aussi une bêta-lecture pour laquelle le bêta-lecteur ne se laisse pas dépasser par ses émotions. Et je le dis d'autant plus que c'est une erreur que j'ai faite et que je regrette encore. J'ai accepté de bêta-lire une copinaute dont je n'avais pas mesuré l'hypersensibilité. J'ai accepté de la bêta-lire alors que je relisais en même temps mon propre roman, je me faisais donc des cessions de dix heures par jour et à la fin de la journée je n'avais plus de patience. Comme l'autrice était déjà publiée, j'avais une attente, je m'attendais à aimer son texte, et j'ai été déçue. Et le mélange de tout ça a fait que j'ai été trop dure, et du coup, j'ai fait une mauvaise bêta-lecture. Peu importe à quel point mes commentaires étaient pertinents ou mes remarques intéressantes : si l'autrice l'a mal vécu, alors je ne la mets pas dans de bonnes dispositions pour les prendre en compte. Une bonne bêta-lecture, c'est aussi une bêta-lecture bienveillante et j'admets en toute humilité que j'en ai manqué, voilà.

La qualité d'une bêta-lecture, c'est aussi l'auteur qui la fait. Il faut être prêt à se prendre des remarques, parfois sur des choses basiques, parfois un peu durement. Un ton un peu dur signifie aussi que la personne était émotionnellement investie dans sa lecture, et c'est une bonne chose (si c'est mesuré, bien sûr, il ne s'agit pas de dézinguer la personne). C'est le travail de l'auteur de ne pas se laisser bouffer. C'est aussi le travail de l'auteur de rester ouvert à toutes les remarques. Parfois, le bêta-lecteur fait un remarque qui n'est pas à prendre au pied de la lettre : il faut l'analyser.

Je me souviens sur Twitter qu'une discussion avait été lancée sur "vos bêta-lecteurs les plus insolites" ou un truc du genre. Une autrice s'était plainte de ce qu'un bêta-lecteur lui avait reproché ses "avoir" et ses "être" alors que le texte était au plus-que-parfait ; et une autre de sa bêta-lectrice qui n'avait pas cessé de lui demander où était passé le cheval des héros alors que les héros étaient dans un passage compliqué et que la bêta-lectrice aurait dû s'intéresser à eux. Alors oui, on ne compte pas les répétition de "avoir" et "être" quand ce sont des auxiliaires : n'empêche que, si le bêta-lecteur le mentionne, c'est probablement qu'il a trouvé ça lourd, et donc qu'il faudrait améliorer ce passage ou du moins considérer la question. Quant à l'affaire du cheval il faut se rendre compte qu'un cheval est un animal sensible qui sera donc considéré comme un personnage : vous ne feriez pas apparaître et disparaître un personnage sans explications juste en fonction de vos besoins ? Ben c'est pas pareil pour le cheval. En tant que personnage, le cheval peut aussi attirer une forme d'identification du lecteur, qui va donc se demander s'il a assez d'eau, assez de nourriture, est bien installé, etc. Donc pour moi cette bêta-lectrice avait raison de parler de ce cheval. L'autrice, au lieu de railler la remarque sur Twitter, aurait bien mieux fait de s'y intéresser : c'est comme ça qu'on s'améliore et qu'on fait une bonne bêta-lecture : non pas en corrigeant à tout va en suivant aveuglément tous les retours : mais en se posant les questions.

L'auteur que je mentionne en tout début d'article m'a donné l'impression de descendre complètement son bêta-lecteur, de dire, finalement, "il a été trop violent avec moi, donc rien de ce qu'il dit n'est juste". Je pense au contraire que, même si des fois on se trompe de bêta-lecteurs et qu'ils voient des problèmes qui n'existent pas, ou s'emmêlent les pinceaux, etc., il y a toujours quelque chose à en tirer. À titre d'exemple, l'autrice dont je parle plus haut a contacté des lecteurs sur Wattpad pour leur soumettre mes remarques et avoir leur avis, naviguer dans tout ce que j'avais dit ; elle a fait appel à une autre personne pour l'aider à corriger, etc. Bref : elle peut être fière d'elle parce qu'elle a su rebondir malgré toutes les émotions négatives que j'avais participé à lui faire ressentir. Et je trouve ça incroyable, en fait.

Donc pour faire une bonne bêta-lecture il faut que tout le monde y mette un peu du sien, voilà !

Je crois avoir fait le tour de ce que je voulais dire, et j'espère que c'est utile ! :)

jeudi 10 novembre 2022

N'importe quoi

Source photo – Andrew Neel
Je fais n'importe quoi. Je me plains de ne pas réussir à me lever le matin, mais je me couche tard. Je pousse alors que j'ai les yeux qui piquent. Dimanche, j'ai dû me forcer à aller au lit, sinon je serais restée devant la télé jusque minuit voire même une heure mat', comme en août avant la reprise du boulot. À ce moment-là j'avais parfaitement conscience que je faisais quelque chose que je ne fais pas d'habitude quand je travaille le lendemain avec cette pensée magique que si je me couchais tard peut-être que je n'aurais pas à me lever le lundi. Bien sûr, ça ne fonctionne pas comme ça (ce serait trop facile). Lundi, j'ai regardé un anime aussi, un shôjo à la con, très mimi tout plein, que j'ai déjà vu et voulu revoir un peu sur un coup de tête, parce que Netflix me l'a proposé (je suis influençable). D'habitude le lundi je ne regarde pas la télé, je n'allume même pas l'ordi ; puisque je termine tard je mange et je vais me coucher. Après, je me suis retrouvée à ne pas pouvoir lire parce que mes yeux piquaient (ils piquaient déjà depuis une bonne heure). Hier, j'aurais dû aller me coucher à 18h30. J'ai poussé, et au final en comptant aussi le temps de lecture, c'était davantage 23h. Et comme le jeudi je commence tard je m'étais mis dans la tête de faire des trucs (vaisselle, prise de rendez-vous médicaux, tout ça) si je me levais assez tôt. Du coup, quand je me suis réveillée vers six heures, je n'ai pas pu me rendormir, bouffée par des espèces de retours d'angoisses (que je me crée toute seule puisque je me rends de plus en plus compte que les fantasmes ne me font aucun bien, voire, creusement le mal) et avec une partie de mon cerveau concentrée sur l'heure. Alors que si j'avais gardé ma souplesse d'esprit, j'aurais juste dormi.

Au travail aussi, je fais n'importe quoi. On mettra sur le compte de la reprise les boulettes de lundi. Mais je repousse aussi des trucs qui me prendraient pas longtemps à faire mais me saoulent, et je zieute les forums et Discord à la recherche de temps à tuer (alors que par ailleurs j'ai un reportage à dérusher et des petits enregistrement d'une minute à monter). Mardi, j'ai fait une émission spéciale sur le harcèlement scolaire puisque c'est aujourd'hui la journée de lutte contre le harcèlement scolaire. J'ai tenu les deux heures. Au bout d'une demi-heure je trouvais que le temps avançait pas vite, mais c'était une impression différente de quand j'ai rien à mettre dans l'émission. Quand j'ai rien à mettre dans l'émission, je compte les secondes. Là, c'était différent, l'émission m'a demandée de la concentration, de l'attention, de l'organisation. J'aimerais qu'elles soient toutes comme ça.

Quand j'ai pris mon poste, le chef a dit que je n'aurais pas le temps de m'ennuyer. Ça me perturbe un peu. Je me souviens lors de mon stage de Master 2, à la com' de l'armée de Terre, le capitaine s'était montré surpris que je lui envoie avant le point en visio l'article qu'il m'avait demandé. Il m'a dit : "t'as travaillé vite !" et moi j'ai buggué en mode : "mince, ça doit pas être bien, j'aurais dû y passer plus de temps ?". En Master 2 les profs nous avaient dit qu'on n'aurait pas le temps de s'ennuyer. Mouais. J'étais loin du burn-out, mais pour le coup je ne me suis sans doute pas investie autant que d'autres camarades qui en avaient par-dessus la tête. En fait, je suis perturbée, je ne sais pas trop si c'est moi qui travaille trop vite (et donc mal parce que je devrais y passer plus de temps), si j'ai pas assez de trucs à faire (sachant qu'il y a des trucs que je repousse juste parce que je suis désœuvrée ou pas intéressée), ou si les autres, les chefs, les profs, estiment mal la charge de travail ou cherchent à nous faire peur ou nous impressionner. En gros : est-ce que je cloche ?

Je me demande aussi quand est-ce que l'on va se rendre compte que je manque de compétences. Je gère la page Facebook de la radio, mais je suis très loin d'être experte, et ça m'intéresse assez peu. Disons que le côté théorique du comment ça marche, qu'est-ce qui est mis en avant, les enjeux sociétaux, légaux, etc. m'intéressent davantage que la pratique. Je ne sais pas poser ma voix, non plus. Le chef dit qu'il "faut s'entraîner" mais enfin sans la technique c'est comme dire à un élève d'auto-école :bah, faut conduire.

On a reçu une demande de stage d'une jeune femme qui est passée par RCF. Elle doit être plus compétente que moi. Ce serait cocasse, une stagiaire plus compétente que la salariée. Ce qui me dérange, ce n'est pas que quelqu'un hiérarchiquement en-dessous soit plus compétent – on apprend de tout le monde de toute façon – mais davantage ce que cette personne pourrait penser de moi et de ma présence au poste. Un genre de "qu'est-ce qu'elle fout là ?" qui entrerait en résonnance avec mes propres insécurités et mes propres peurs. Le premier jour, le chef avait dit que si je lui avais dit en entretien que je n'ai aucune culture musicale, je n'aurais sans doute pas eu le poste. Quand j'ai dit à un bénévole (qui briguait le poste) que je n'ai aucune culture musicale, il s'est moqué de moi en me lançant : "et tu travailles dans une radio ?" oui 'fin bon mon coco, j'veux pas être méchante, mais si j'étais à RTL on se ficherait de savoir si j'ai une culture musicale ou non. C'est pas "la radio" qui fait le besoin en culture musicale : c'est en fonction des studios. Bref. Depuis, je n'arrive pas à m'enlever ça de la tête : je n'aurais pas dû avoir le poste. Conjugué à mon manque de compétences, ça fait un cocktail bizarre qui suinte pratiquement en permanence.

Aujourd'hui, au lieu d'avancer mes publications Facebook (ou plutôt de les terminer, comme demain c'est férié), j'ai perdu du temps à discuter sur Discord avec une membre réinscrite du forum d'écriture. La conversation était intéressante, et de mon côté j'avais besoin de vider mon sac et de bitcher un peu, mais n'empêche que j'ai retardé le moment de finir Facebook. Sauf qu'ensuite je devais encore discuter avec le chef. Si j'avais fini Facebook en vitesse, je ne serais pas partie du travail avec quasiment une demi-heure de retard.

Je fais n'importe quoi. Je crois qu'une partie de moi se morfond dans son malheur. Se "vautre" comme dit Oeil-de-Nuit à Fitz dans L'Assassin royal. Au moins maintenant, je le remarque. Et comme je sais ce que ça fait d'aller bien, je remarque aussi ma tendance à végéter dans mon état morose. Et du coup, une autre partie de moi se révolte, je crois, ou essaye, du moins. Donc demain, je vais lire. Ça fait un an que je n'ai pas avancé le Cycle des Anciens ; il me fallait au moins ça pour me remettre et prendre mon élan. Les personnages de Robin Hobb me font toujours quelque chose tout au fond, touchent toujours des cordes sensibles, que ce soit Fitz ou Althéa ; ça me bouleverse toujours de tout au fond, alors je ne pouvais pas enchaîner tout de suite. Là, j'aimerais terminer les deux intégrales de La Cité des Anciens en fin-décembre. Ce qui me fait réaliser la nuance que je voulais exprimer quand je parlais objectifs d'écriture avec un membre du forum : ce n'est pas un objectif, c'est un souhait. C'est moins carré, moins contraignant.

Fin-août, quand j'ai eu ma phase de grosse déprime, je n'arrivais pas à me concentrer en lisant, et j'avais peur de ne pas avoir retrouvé cette concentration. C'est peut-être pour ça que je traîne à me remettre à la lecture, que je végète dans mon malheur à regarder un anime tout mimi. Alors que, pour le moment, j'arrive à me concentrer ; c'est bien que le problème était juste dû à la déprime. Peut-être aussi que je redoute ce que Robin Hobb va encore me faire.

Je fais n'importe quoi, je me couche trop tard, je suis fatiguée, et après, forcément, je m'en veux de ne pas aller à l'aïkido, de me sentir trop fatiguée pour ça. Hier, j'ai sauté. Encore. Quatrième coup de suite (bon,la semaine dernière, j'étais en vacances à Brest). Le premier saut, j'avais super envie (ce qui est assez rare) mais je n'y suis pas allée car je voulais écrire et que je n'avais pas pu le faire puisque j'avais eu une amie au téléphone. Quand j'ai commencé l'aïkido pendant mon Service Civique il y a quelques années, c'était très dur d'y aller. Des fois, je rebroussais chemin à vingt mètres de l'entrée du bâtiment, en larmes, dans tous mes états, parce que j'avais du retard et que je ne savais pas comment faire, socialement parlant, et que je me détestais pour ça. Ou bien j'y allais en me flagellant, en me disant que sinon j'allais m'en vouloir, me détester (ça s'appelle la régulation introjectée, c'est une motivation extrinsèque, et c'est mauvais), ou bien je me disais : "si je n'y vais pas ce soir, je n'irai plus jamais". Au final, je suis toujours contente quand je repars du cours, je suis mieux dans ma tête. C'est en Service Civique, après les séances d'aïkido, que j'arrivais à me mettre complètement nue hors de la salle de bain (je crois que j'ai déjà raconté ça ?).

Des fois, j'ai peur de ça : de ne plus jamais y retourner si je rate trop de cours d'un coup. Alors à chaque fois je me promets : "j'irai la semaine prochaine, j'irai la semaine prochaine" et je me dis que OK, j'y vais pas cette fois-là, mais alors je fais mes exercices d'étirements de la kiné et de renforcement musculaires pour empêcher mon épaule de monter toute seule et d'être en avant. Mais je ne le fais pas, parce que j'oublie. C'est n'importe quoi. Je ne sais pas ce qui est le plus n'importe quoi entre vouloir compenser de pas aller au sport, comme une sorte de condition ou de punition, et finalement ne pas le faire. Ou peut-être que la pensée de la compensation vient par automatisme mais que je suis assez stable en moi-même pour passer outre au lieu d'obéir aux ordres du despote. N'empêche, il faudrait vraiment que je fasse ces exercices. J'avais commencé à les faire, à un moment. Ça dure quelques jours, et puis après je ne sais pas, j'oublie, ça sort de mon esprit, comme les petits exercices avant de dormir : j'ai réalisé hier que je ne les faisais plus et je suis incapable de vous dire quand est-ce que ça a commencé, si ce n'est que la semaine dernière je ne les faisais déjà pas. Je crois que je n'ai aucune volonté.

Ou bien, prendre soin de soi, c'est compliqué. Ça a toujours été compliqué.

La dernière fois que j'ai eu une amie au téléphone (il y a un mois, je dirais, puisque c'est le jour où je ne suis pas allée à l'aïkido) je lui ai parlé des emballages et autres bouteilles qui traînaient sur le bord de la fenêtre de la cuisine parce que je ne me décide jamais à les descendre dans la poubelle de tri et je me laisse envahir. Eh bien, depuis, j'ai eu une sorte de déclic, je ne sais pas, je n'ai plus pensé que c'était "comme ça parce que c'est mon environnement" et j'ai décidé de tout jeter. Je tiens. Y a rien sur le bord de la fenêtre de la cuisine (ni ailleurs, d'ailleurs). Je nettoie les pots en verre avant de les mettre dans le sac de tri, aussi. Va falloir que je nettoie le frigo dans pas longtemps… (Enfin, le "pas longtemps" de mon échelle ne correspond sans doute pas à la votre : je devais déjà le faire cet été.) Je crois que c'est finalement plus simple de prendre soin de mon environnement que de mon corps. Ce qui est un peu effrayant, d'ailleurs, car je pense que ça devrait être l'inverse. Mais même là, je fais petit à petit. Le linge traîne toujours sur le manteau de la cheminée du salon, la vaisselle dans l'évier, et je laisse les moutons de poussières paître dans la chambre (pas bien, mais mon sol est gris, et je ne les vois pas toujours, du coup (puis je repousse toujours à la semaine suivante)).

Des chansons se remettent à chanter dans ma tête. Des angoisses d'abandon et de solitude reviennent, je recommence à courir après les réponses des gens avec qui je parle. Moins qu'avant Haikyuu, donc ça va. Et avec ce côté où je le remarque et où je sais aussi que c'est en partie parce que je m'ennuie au travail. Avec cette conscience aussi que je fais n'importe quoi, et que je m'éloigne d'un état de bien-être et, surtout, qu'il est à ma portée de remettre le sens du courant dans l'autre sens, que mon environnement ou mon état n'a rien d'une fatalité, et que personne ne va venir me sauver (et surtout pas un amoureux venu d'on-ne-sait-où (surtout vu que je ne rencontre personne et qu'il est plus que probable que mon "âme sœur" n'existe pas)).

dimanche 30 octobre 2022

Ça va et autres nouvelles

Source – Melanie Wupperman

Vous allez vous dire que c'est une personne différente qui écrit cet article par rapport au précédent. Mais en fait, ça va. C'est grâce à un manga dont on m'a parlé, Haikyuu. C'est un shônen sur le volley, après avoir fini les quatre-vingt-cinq épisodes, j'ai enchaîné sur les tomes qui n'ont pas encore été adaptés, et depuis, ça va. Je ne sais pas trop pourquoi, parce que des shônen j'en ai lu et regardé un certain nombre, et ça ne m'a jamais fait ça. Mais là, ça va. Mes fantasmes m'envahissent, me submergent moins ; je m'y réfugie moins à chaque émotion négative, je ne m'y noie plus. J'ai l'impression d'avoir l'esprit plus souple, moins rigide, moins fixe. Je dors mieux, globalement. Je ne sais pas ce sur quoi ce manga a tiré, comme cordes, mais ça fonctionne super bien. Ça fait presque un mois que ça dure. Mes pensées accrochées qui m'empêchaient de réfléchir sur le roman me laissent tranquilles, j'ai pu avoir accès au roman, dans ma tête. Ça va. Même si je constate déjà de petits retours en arrière, l'incursion des fantasmes, de nouveau, ça fait un mois que, globalement, ça va mieux, bien. C'est un sentiment un peu bizarre, d'ailleurs. Et j'ai très peur que ça s'arrête, que plus le temps va passer, plus le manga sera un souvenir, et plus le chemin parcouru par la force des choses me ramènera en arrière. Et fatalement, plus j'ai peur plus j'angoisse, et plus j'angoisse, plus y a des chances que je revienne en arrière.

Je crois que je me suis fait flashée. Avant, j'aurais annulé mes vacances pour payer (financièrement et moralement) : j'y ai pensé, mais je ne l'ai pas fait. Donc je pars en vacances. Je vais voir la mer et les mouettes. Peut-être que je mettrais une ou deux photos sur Instagram même si j'ai supprimé toutes celles que j'ai publiées depuis l'ouverture. Peut-être que je vais renouer avec – ou plutôt découvrir – une sorte de spontanéité que je n'ai pour l'instant qu'avec une ou deux personnes, sans même savoir si recevoir des messages sur tout ce qui m'arrive quasiment en temps réel les saoule ou pas. Des fois, je me dis que je dois les saouler, ou que c'est mal de les utiliser juste pour décharger quelque chose, ou partager quelque chose. La psy dit qu'on a le droit d'avoir des émotions positive, et le droit de dire qu'on a des émotions positives. C'est marrant parce que, au collège et au lycée aussi, je crois, je me répétais souvent que dire quand on était joyeux c'était ridicule, que ça faisait genre : "je me la pète", qu'on s'en fichait.

Je vais voir la mer, parce que j'aime la mer. Je crois que mon écosystème préféré reste la forêt ; la mer, c'est un peu hors catégorie. C'est pour se ressourcer. C'est tous les possibles, c'est calme et fort. J'adore le bruit. Donc, je vais voir la mer. Je vais me balader dans les parcs. Je ne pense pas prendre mon ordinateur, même si la partie angoissée de moi craint un cambriolage. J'aimerais couper. Couper parce que je viens de passer quatre mois intensifs sur le roman, et aussi couper pour savoir si après, quand je reviendrai, l'effet manga sera toujours là. Je n'ai pas vraiment tout regardé. Je n'ai pas vu les films ni les épisodes hors série. Pour l'instant, je les garde pour les jours où je n'irai pas bien.

C'est assez perturbant de me sentir bien parce que c'est un sentiment parfaitement nouveau qui me fait réaliser à quel point avant, même quand je me croyais bien, j'étais juste moins mal ; qui me fait réaliser comme mon esprit est arcbouté toujours sur les mêmes choses, rigide. Qui me fait comprendre l'esprit ample de Musashi.


« Votre esprit doit être ample et déterminé, sans tension ni désinvolture excessives. Il doit rester centré et se mouvoir rapidement, librement, sans jamais s'arrêter, afin de ne pas rester figé lorsque la situation change. » – Miyamoto Musashi, Le Traité des Cinq Roues, traduction en français : Laurence Seguin, Synchroniques éditions, 2019.


Je le comprends mais surtout je le ressens. Ou plutôt je le ressentais vraiment quand j'étais en plein visionnage ; maintenant, c'est un peu estompé, déjà. Mais je sais vers quoi je dois tendre, à quoi je peux prétendre, en terme de bien-être mental, et c'est assez étrange, comme sentiment. Alors j'espère que ça va durer !

Je suis tellement bien que j'ai fini Roman 3 comme une fusée, en claquant des journées à presque 6 000 mots. Si ça pouvait être ça tout le temps, ça me simplifierait beaucoup la vie haha !

D'un autre côté, je me craque beaucoup les doigts, en ce moment, donc je me demande si ça va vraiment mieux que ça. Incapable de dire si je ma craquais les doigts quand le bingewatchais l'anime. Et en plus, j'ai perdu mon fidget cube…

En ce moment, j'essaye de lutter contre ma propension à ne pas ranger. À empiler les briques de lait et autres emballages sur le bord de la fenêtre de la cuisine, à ne pas nettoyer la cuisine après avoir mis de la farine partout (elle peut rester là, sur le plan de travail, deux semaines), à laisser mes pelotes de cheveux traîner sur le bord de la baignoire. Ce n'est pas que j'ai la flemme, c'est que, sur le coup, ça me paraît insurmontable, chronophage, empiéter sur mes autres activités (oui, on parle juste d'un coup d'éponge). Je le vois comme un environnement. Mon environnement est comme ça, alors je fais avec les miettes et les coques de noix sur la table comme je ferais avec une souche tombée en travers d'un chemin forestier ou un bosquet de ronces. On ne se promène pas en forêt avec une tronçonneuse. Ensuite, une fois qu'une mouche m'a piquée et que j'ai rangé, je réalise que le bordel qui frise de Hauru du Château dans le ciel m'oppressait, mais, sur le moment, je ne me rends pas compte que je suis oppressée. Un peu comme quand un bruit de fond s'éteint soudain et que ça va mieux. Donc, j'essaye de prendre un peu le taureau par les cornes. On verra.

Pour le moment, ça va.

Mais je vais quand même quitter mon travail.

Si j'y arrive. C'est pas parce que ça va que tout à coup je me prends pour une super-héroïne et que je ne vois plus toutes les barrières. Les probabilités ne sont pas trop de mon côté. Mais le fait que ça aille me permet aussi de voir que, si ce poste ne me plaît pas, ce n'est pas juste parce que je ne vais pas bien : c'est parce qu'il ne me convient pas.

Comment allez-vous ?

dimanche 2 octobre 2022

Coûts irrécupérables

Source – Rakicevic Nenad
Une amie m'a fait réaliser que j'étais tombée là-dedans. Je ne connaissais pas ce concept, mais elle avait raison. En fait, les coûts irrécupérables, c'est quand on se force à faire quelque chose qui ne nous plaît pas parce qu'on y a investit (par exemple, terminer de voir un film parce qu'on a dépensé de l'argent pour l'acheter).

Quand j'ai postulé à mon emploi actuel, je me disais que j'y resterai maximum cinq ans avant de revenir à un endroit où je pourrais faire plus de reportages, mais aussi me rapprocher de la mer (les goélands, ça manque !). Au bout du premier mois, j'étais tombée à trois ans. Au bout même des quinze premiers jours, d'ailleurs, je crois, dans mon souvenir. Finalement, le poste ne correspondait pas trop à la fiche ou en tout cas pas dès le début (quand dans l'annonce on te parle de faire des ateliers avec les jeunes (c'est le cas maintenant) et des prises de sons extérieures mais que dès le début le chef dit qu'on n'a pas le temps). Et puis aussi il y a ce moment où, disant que je n'ai aucune culture musicale, le chef me dit que si j'avais dit ça à l'entretien, je n'aurais pas eu le poste (en même temps, l'avait qu'à l'écrire dans l'annonce ! j'ai pas postulé aux endroits où ils écrivaient "bonne culture musicale exigée", "culture musicale serait un plus", etc.). Ça m'a un peu plombée. Aujourd'hui, je n'arrive pas à me concentrer sur le positif. Je trouve l'émission que je fais vide d'intérêt, la plupart du temps, puisque je ne fais que des annonces d'événements. Je prends mon pied quand j'ai un invité pendant une heure sur un sujet sérieux. Mais c'est rare.

J'ai voulu faire comme Jacques Salomé conseille : me responsabiliser : voir ce que je pouvais faire avec les cartes que j'avais pour améliorer ma situation. J'ai émis l'idée de faire une deuxième émission, mensuelle, sur le thème des journées mondiales, pour traiter des sujets sérieux. J'ai lancé des invitations à des structures et des personnes, dans l'idée de préparer le calendrier à l'avance et d'avoir deux ou trois émissions d'avance. Une seule personne a répondu (la super sexologue !) : je n'ai pas pu faire cette nouvelle émission. Du coup, j'essaye d'injecter du sérieux dans mon émission quotidienne, mais ce n'est pas facile. Je n'aime pas ce que je fais. J'aime mon travail quand j'ai du son à monter, que je peux m'amuser à tailler dans le gras ce que les gens disent pour en tirer le plus important. Mais je fais ça rarement, parce que je manque de temps. Gérer les publications sur les réseaux sociaux, ça ne m'intéresse pas non plus.

Quand j'ai pris mon poste, le chef a dit que répondre aux messages sur Facebook et tout ça ne le dérangeait pas tant que le travail était fait. Et j'ai pensé très fort que c'était très con, que j'étais là pour travailler, pas pour parler avec des amies. L'été dernier, j'ai commencé pourtant à parler avec des amies, à me connecter sur le forum d'écriture… en fin d'année, tout le monde est en vacances, donc c'est plus difficile de trouver des intervenants dans les émissions, et au final il n'y a pas grand-chose à faire. Et puis comme je n'avais pas grand-chose à faire, je repoussais ce que j'avais à faire pour en garder pour le lendemain. Quand j'ai minimisé auprès de la psy en disant que c'était juste parce que j'avais envie des vacances et qu'il n'y avait pas beaucoup de travail, elle m'a dit : "vous êtes sûre ?". J'ai dit oui. Nous sommes en septembre, et je me connecte sur le forum, je me connecte sur Discord, je joue au Sutom bien avant la pause déjeuner… je perds du temps de travail par dizaines de minutes pour répondre à un seul message privé. Et je n'ai plus l'excuse des vacances. D'ailleurs, il faut que j'arrête ça parce que l'autre jour le chef m'a demandé ce que je faisais – ça faisait plusieurs fois en quelques jours que, passant derrière moi, il voyait la page marron sur l'écran – et j'ai dû répondre que je prenais cinq minutes pour répondre à un truc important sur un forum. Comme il a le sens politique, je pense qu'il a demandé comme ça juste pour me faire comprendre qu'il avait bien vu malgré mes tentatives de changer de fenêtre avant son passage, etc. Donc je vais devoir me calmer x)

Mais j'avais dit que je restais trois ans, donc je devais faire cette année et la suivante. C'est là que mon amie m'a parlé des coûts irrécupérables, et que rien ne m'oblige à rester trois ans. C'est vrai. Et c'est intéressant d'ailleurs parce qu'à l'origine c'était "maximum trois ans" et au final mon esprit a dérivé sur "je dois rester trois ans" pour : faire de l'expérience, mettre de l'argent de côté pour le déménagement, espérer améliorer mes compétences (genre, je sais même pas poser ma voix). Mais le coût est trop important. Et, en fait, je suis vraiment soulagée et plus calme depuis que j'ai décidé que mon amie a raison, et de chercher du travail au printemps (le moment où les offres sont publiées dans mon domaine).

C'est bête parce que j'ai toujours pensé que je pourrais avoir un travail dans lequel je suis bien et je trouvais dommage mon camarade de Master qui partait déjà du principe qu'il aurait un job juste pour l'alimentaire et s'épanouirait dans ses passe-temps, distractions, passions, etc. Nous passons tellement de temps au travail, que partir du principe que nous n'allons pas nous y plaire, je trouve ça horrible ! Et de fait, j'aime travailler et avoir un chouette travail c'est chouette. Mon stage de M1 s'est bien passé, j'adorais aller travailler malgré les heures de trajets quotidiens, la fatigue chronique encore pire que d'habitude… Mon Service Civique aussi, j'ai aimé ! Les gens étaient sympa, l'émission que je faisais intéressante, j'apprenais plein de trucs. J'aimerais retrouver ça.

La région ne me plaît pas non plus. C'est vrai que les paysages sont jolis, mais bon, la France, c'est beau partout. Moi, j'aime la mer. Entendre les goélands piaffer à trois heures du matin en été, ça me manque. Et les voir dans le ciel, trancher l'air comme des lames, aussi. Puis, j'aime pas les gens. Partout où je suis allée, on vous demande : "tu viens d'où ?" – tout en s'attendant à peu près, réponse habituelle peut-être, à ce que vous donniez le nom du patelin du coin, mais au moins la question est ouverte – ; ici, on vous demande : "tu viens d'ici, du coup ?". Non. Non, je ne viens pas d'ici. Et je t'*mm*rd*. Je ne trouve pas les gens particulièrement sympa. Donc j'aimerais partir. L'herbe est toujours plus verte ailleurs, comme on dit. (Et donc j'ai peur que, partant, je me retrouve dans une région que j'aime pas non plus.)

Le chef, au début, quand je doutais, disait que j'étais la bonne personne pour le poste. Peut-être que je suis la bonne personne pour le poste, mais l'inverse n'est pas vrai : ce n'est pas le poste fait pour moi. J'aimerais faire plus de journalisme que d'animation, plus de montage, et aller au fond des choses.

Je vais partir. Enfin, "je vais"... C'est un grand mot. Je vais essayer. Étant donné le calendrier de recrutement et mon préavis de trois mois, je dois trouver avant fin-mai. Les offres sont publiées fin-mars, au plus tôt. Sachant qu'il me manque des compétences de bases qui vont forcément s'entendre dans la maquette, et que les patrons prêts à vous former ne courent pas les rues ; sachant que je ne suis pas aussi mobile qu'il y a deux ans pour passer des entretiens d'embauche en présentiel à l'autre bout de la France ; je ne donne pas cher de ma peau. À mon avis, je serais toujours là dans huit ans, incompétente et aigrie. Ou je me serais peut-être flinguée avant. Mais je vais essayer. Des candidatures spontanées et des réponses à des offres. J'aimerais une RCF, pour rester dans l'associatif tout en faisant du journalisme (alors que je suis agnostique, c'est quand même cocasse haha). J'aimerais près de la mer, mais pas trop dans le Sud. (Oui, parce qu'en plus j'ai une liste de critère longue comme celle d'un candidat à Recherche appartement ou maison, m'voyez.)

Avant, je regardais les annonces d'appartements à louer à l'autre bout de la France juste pour rêver, soulager ma frustration, maintenant je regarde pour voir comment je m'en sortirais dans une ville plus grande, donc plus chère, avec globalement le même salaire. Je vais devoir passer d'un trois-pièces à un deux-pièces, je pense, mais ça ne pose pas de problèmes !

J'aimerais partir.

mardi 6 septembre 2022

Je suis un gouffre

Source – ArtHouse Studio
Je ne sais pas comment titrer cet article, donc je verrai plus tard. Je vois la psy jeudi, il y aurait beaucoup de choses desquelles parler avec elle, mais je veux vraiment aborder le corps, cette fois ; je veux parler démangeaisons, ce qui va amener à parler relations sexuelles, j'imagine, rapport au corps. J'ai envie de parler de ça. De toute façon, c'est comme tout, c'est lié au reste, alors je peux bien tirer sur le bout du nœud que je veux : au final j'obtiens la même corde à la fin. Je coupe une séance d'écriture pour cet article, c'est dire si ça me travaille (des fois je me demande pourquoi je n'arrive pas à compartimenter mon esprit ; l'exercice des portes dans le couloir fonctionne assez bien, pourtant).

Je ne sais pas trop ce qu'il se passe chez moi, mais je m'accroche désespérément aux contacts sur internet. C'est très étrange, d'ailleurs, car avant j'ai l'impression que je le faisais moins. Ceci dit, j'ai peu de souvenirs de "avant", donc je ne sais pas trop, et puis je m'accrochais pas mal aux personnes de la vraie vie, camarades de classe, etc., même si c'était plus dans des projections que des envois de messages pour lesquels je m'inquiétais de ne pas avoir de réponse, je crois. Donc ce ne doit être qu'une impression. Ce qui est sûr, c'est que je parle avec beaucoup plus de personnes qu'avant. L'amie rencontrée il y a un an – celle qui rencontre une situation difficile –, un jeune homme qui m'a contactée sur Discord et qui doit être quelque part dans le coin à lire ces lignes (coucou ! :P), une membre du forum à laquelle j'avais demandé des nouvelles mais qui ne répond plus – je pense qu'elle n'a rien à répondre –, la membre qui m'avait contactée parce qu'elle avait l'impression que l'on pouvait bien s'entendre, et une autre membre qui m'a envoyé un message privé suite à quelque chose que j'ai dit dans un sujet, sur mon rapport à la nourriture ; il y a aussi une personne sur Discord qui m'a contactée d'abord pour une question d'écriture, nous parlons un peu de tout et de rien. Je parle aussi avec un membre que j'apprécie, surtout écriture et pas trop discussions perso – je crois qu'il n'a pas trop envie. Et puis deux amies, par SMS, de manière très irrégulière, comme on a presque toujours fait. Je n'ai jamais parlé à autant de gens d'un coup. Pourtant il y a...  neuf personnes. Ce n'est pas tant que ça, objectivement, si ? En tout cas, c'est à peu près sept fois plus que d'habitude ou depuis un certain temps. Je crois même que ce n'est jamais arrivé.

Je crois que c'est parce que je suis assez bien avec moi-même pour parler aux autres. Je suis aussi un peu plus active sur Discord et je dis des choses un peu plus perso sur le forum ; ça doit montrer une partie de ma personnalité et attirer des gens, j'imagine. Le problème c'est que, je m'accroche.

Par exemple, je n'ai plus de réponse de l'amie rencontrée il y a un an depuis à peu près une semaine. En soi, rien d'inquiétant dans le sens où avec mes autres amies on peut ne pas se parler plus longtemps que ça. Mais, simplement, je ne suis pas habituée. Depuis plusieurs mois, elle me répond plus régulièrement, et du coup j'en arrive à me demander si elle ne veut plus me parler. Le membre avec lequel je parle d'écriture ne m'a pas répondu pendant quelques jours, lui aussi, et quand j'ai reçu une réponse, je venais juste d'accepter le fait qu'il n'avait peut-être juste rien à me dire, ou qu'il en avait marre que j'écrive des pavés à chaque fois. En fait non, bien sûr : il a juste une vie, des trucs à faire, comme tout le monde.

Le problème des relations fictives c'est que l'on ne sait pas trop ce qu'il y a dedans, ce que l'on met dedans. Par exemple, avec l'amie rencontrée il y a un an, avec laquelle je parle sur Whatsapp, nous nous sommes construites je crois sur l'idée d'une acceptation mutuelle, d'une absence de jugement, de points communs au niveau personnalité/psychologie. Depuis quelques mois, du fait de sa situation, c'est plutôt elle qui se confie et moi qui gère, comme un journal intime qui répond. De mon côté, en tout cas, je sais que j'y trouve une personne dans laquelle me "projeter" dans le sens où je trouve une personne que je crois être un peu comme moi, et l'idée me rassure. J'ai aussi fini par comprendre que j'utilise le fil de la conversation Whatsapp comme une décharge de trucs qui m'arrivent, alors que ce n'est pas forcément intéressant, et que je pourrais juste sortir l'émotion en parlant à voix haute toute seule ou en écrivant sur un bout de papier, ou un brouillon de mail jamais envoyé. Je me demande si, du coup, c'est une vraie amitié, ou simplement, je ne sais pas, une espèce de décharge, où l'on se parlerait par besoin plutôt que par un intérêt mutuel.

Des fois je me dis que, s'il m'arrivait un truc grave, genre un viol (oui, j'ai ce genre de fantasmes un peu sombre et glauque), elle ne pourrait pas me réceptionner, parce qu'elle n'a pas le temps, que je suis un gouffre, et que la relation s'est basée plutôt sur un sens inverse. Plusieurs fois elle m'a dit qu'elle attendait le moment où elle pourrait m'aider à son tour, mais je crois qu'elle ne peut pas. Déjà parce qu'elle n'est pas actuellement en état et doit d'abord, en priorité absolue, se gérer elle-même ; et puis parce que si je suis un journal intime qui répond, on n'aide pas un journal intime. J'espère me tromper, ou j'espère que, si j'ai raison, nous pourrons faire évoluer notre relation vers autre chose, mais en fait, en l'état actuel des choses, je me demande si me parler l'intéresse vraiment, si je l'intéresse vraiment. Mais je sais aussi que souvent ma perception des choses et des situations, des autres, est liée à mes émotions, à mes humeurs, et que d'un jour à l'autre ça peut être complètement différent. Donc j'attends juste que ça passe.

Et je m'accroche. Ce membre avec lequel nous parlons d'écriture, j'adore quand je reçois un message. C'est bête, il ne dit presque rien de lui, au final je ne sais même pas vraiment quel genre de personne il est, c'est simplement une projection, un petit pansement sur mon cœur cabossé. Il m'intéresse, mais je ne sais pas s'il m'intéresse vraiment, ou si c'est juste l'effet de ma projection. Je crois qu'il m'intéresse, le sujet qu'il avait ouvert et sa manière de parler dedans m'intéressait avant la discussion en messages privés. Finalement, c'est un peu dur les relations humaines avec des relations fictives. Je cherche trop frénétiquement quelqu'un en qui avoir toute confiance, quelqu'un pour remplir le gouffre que je suis, et du coup ça influence ma manière de considérer les relations aux autres.

Je ne sais pas trop si je rattrape toutes les années passées à me couper de mes émotions (par exemple, je peux pleurer juste parce que je sens la vibration d'un concert de djembé dans mes poumons : est-ce que c'est de l'hypersensibilité ou juste l'effet d'un rattrapage ?), si le fait de me prendre en main, d'aller voir une psy, etc. me fait aller plus vers les autres, ou si c'est le signe que je me sens encore plus seule. En gros, est-ce un indice du fait que je vais mieux, ou un indice du fait que je m'enfonce ? Question un peu compliquée.

L'autre jour, j'ai eu une réponse beaucoup plus simple (comme ça, Petite ombre arrêtera de dire que je réfléchis trop huhu :P).
Si toutes ces personnes ne me répondent pas pendant plusieurs jours, alors, d'une part, je ne parle à personne de mes émotions, donc je ne les décharge pas et je les garde pour moi alors que, me connectant à elles, je cherche précisément à m'en débarrasser (et en même temps en parler en vrai c'est dur et même à l'écrit, des fois) ; et d'autre part, je ne parle à personne. Aujourd'hui, j'ai parlé à mon chef, j'ai dit bonjour à une dame d'un autre service, j'ai interviewé trois personnes, dont deux par téléphone, et je suis allée acheter du pain. Voilà. Donc si toutes ces personnes ne me parlent pas – ou que moi je ne me connecte pas sur les divers sites pour voir si j'ai une réponse et donc répondre à mon tour –, alors je ne parle à personne. Et en même temps, je ne peux pas leur dire (oui, je dis ça alors que certains lisent mon blog, mais j'ai décidé de ne pas me censurer ici, vu que c'est à peu près le dernier espace où je peux ne pas le faire), parce que si je leur dis, la pression devient trop forte.

Imaginez quelqu'un qui vous dit que, si vous ne lui parlez pas, il ne parle à personne ; que, les jours où vous n'envoyez pas de message, il ne parle à personne ? Si quelqu'un me disait ça, je trouverai ça horriblement triste, je me sentirais horriblement coupable de vivre ma vie sans penser à cette personne, et du coup je me sentirais sans doute obligée d'envoyer un message, ou bien je n'enverrais pas de message, mais une partie de moi se sentirait mal de ne pas l'avoir fait. Or, je refuse absolument de faire subir ça à quelqu'un. Je trouve ça horrible de faire peser une telle pression sur une personne qui peut-être ne va pas super bien elle-même. Je veux dire… quand on a besoin de parler à quelqu'un, on appelle SOS Amitié, et puis voilà (il y a sans doute un jour où ça m'arrivera, d'ailleurs…, je me suis dit ça, ce matin). Une relation d'amitié où l'un des deux au moins se sent obligé d'envoyer des messages et de répondre, même quand il n'a pas envie ou n'a rien n'a dire ou n'a pas le temps ou que sais-je, c'est une relation malsaine. Il n'y a aucune chance que ça dure. Ça fait juste souffrir tout le monde. Et puis ce n'est pas aux autres de gérer mon manque de réussite dans le domaine des relations humaines. De toute façon, personne ne peut. Je suis un gouffre.

Je suis sans doute dans un tel état de besoin affectif, de câlins, de confiance, que je suis un gouffre. Il suffit de lire les histoires – les romances – que j'écris en parallèle des romans pour s'en convaincre. Dans certaines, de plus en plus, d'ailleurs, le garçon finit très vite par prendre la fille dans ses bras à longueurs de pages. Je suis un gouffre. Le but, c'est d'être capable de me remplir toute seule. La psy est là pour ça, pour m'aider à détruire le gouffre ou faire le truc qu'on fait quand on a un gouffre dans le dedans. Mais personne ne peut le combler à ma place, ni le détruire à ma place, ni faire à ma place le truc qu'on fait quand on a un gouffre dans le dedans.

L'autre jour, quelqu'un (je ne savais pas si tu voulais que je mette le lien de ton blog donc je ne l'ai pas fait mais si c'est OK, je peux !) a commenté un article que j'ai écrit il y a à peu près trois mois. Je l'ai relu un peu en travers avant de lire le commentaire, pour me le remettre en mémoire. Je me souviens que, au moment où je l'ai écrit, je me trouvais très raisonnable, et stable, et "normale", dirons-nous. En le relisant, j'ai eu l'impression de lire l'article d'une autre, d'une fille complètement paumée et complètement par terre. Expérience très bizarre. Du coup, j'ai encore plus l'impression d'être un gouffre, et ça m'a fait un peu "peur" aussi, dans le sens où je n'ai plus eu l'impression d'avoir autant de recul que ça sur moi alors que j'ai toujours eu l'habitude de me regarder sous toutes les coutures.

Je suis un gouffre. Et je m'accroche aux autres, comme une moule à un rocher, pour ne pas tomber, ou pour ne pas avoir affaire à ce qu'il y a, au fond dans le noir.

Toutes ces discussions avec toutes ces personnes me font croire que je vois du monde, que j'ai une vie. C'est souvent ce que je dis, d'ailleurs ; qu'ils peuvent me répondre quand ils veulent, que je comprends qu'ils aient une vie. En creux, le sous-entendu est que, moi, je n'en ai pas. Mon amie sur Whatsapp m'a dit un peu légèrement que si, j'avais plein de trucs dans ma vie. Je cherche le "plein". Je voulais me remettre au japonais en septembre, j'ai raté ma première séance samedi, j'ai juste oublié. On était dimanche, je me suis dit : "je pourrais le faire aujourd'hui, à la place". Une partie rigide de moi a songé : "non, c'est le samedi". C'est pas gagné. Des fois je me dis que je pourrais m'engager dans plus de trucs, apprendre plus de trucs, mais ça me fait aussi peur parce que ça me ferait du temps en moins pour l'écriture, j'ai l'impression (alors que sans doute que non, puisque c'est du temps "libre").

Je suis un gouffre.

mercredi 17 août 2022

Relations fictives

Source – Maria Tyutina
Il y a quelque chose qu'a dit la psy qui revient souvent dans mes réflexions. Je lui ai parlé de cette amie que j'ai rencontrée sur le forum et avec qui nous discutons depuis maintenant plus d'un an. Nous avons quitté le forum pour Twitter, puis nous sommes passées à Whatsapp. Nous ne nous sommes jamais rencontrées parce que nous n'en avons pas eu l'occasion et, maintenant, elle est loin. Nous nous sommes eu au téléphone, mais jamais vues. La psy a parlé de relation fictive. Je n'ai pas aimé le terme, alors je me suis un peu fermée, j'ai essayé de me défendre, de dire qu'on s'est eues au téléphone. Je n'ai pas demandé ce qu'est une relation fictive, et internet n'est pas très bavard sur le sujet.

L'autre jour, je m'ennuyais. J'ai accepté l'ennui, je suis allée m'allonger dans mon lit j'ai laissé mes pensées divaguer un peu comme elles voulaient. Et j'ai réalisé qu'en fait, je n'ai que des relations fictives. Il me reste deux amies de fac, mais nous parlons par SMS ou téléphone, nous nous voyons peu : sont-elles devenues des relations fictives ? J'échange des mails et des messages privés à divers degré d'intimité avec une poignée de personnes, qui sont des relations fictives. Je lis des blogs, je parle à des blogueuses, aux commentatrices de mon propre blog, et ce sont des relations fictives. J'ai dans la tête mes fantasmes, ceux qui me font rencontrer un garçon, bien sûr, qui donnent lieu à une vie parfaite puisque contrôlée, et c'est une relation fictive. Un peu plus jeune, quand je marchais dans la rue, ça m'arrivais d'imaginer un chien à côté de moi. Parfois une personne, mais davantage dans l'intimité de la maison. Jamais très longtemps, juste une paire de minutes. Et puis j'ai mes personnages de roman aussi, ceux dont l'histoire est en cours d'écriture ou pas encore écrite. Ils sont fictifs.

En guise de vrais humains, je ne vois que mon chef, et ma collègue. La boulangère quand j'achète le pain. La fromagère et le maraîcher au marché. C'est tout. Ce sont des relations superficielles, juste le temps d'un bonjour et d'un sourire. Un sourire, cela fait beaucoup, mais ça ne fait pas tout.

Ce n'est pas tant de découvrir que je n'ai que des relations fictives, qui me dérange, que ce qu'il en résulte. Si toutes les personnes auxquelles je parle n'existent pas dans le sens où elles ne font pas vraiment partie de ma vie, il en résulte que je suis moi-même une relation fictive pour ces personnes. Du coup, c'est un peu comme si je n'existais pas vraiment ? Ma vie n'a pas davantage de retombées qu'une série télé ? D'un autre côté, j'avais lu que, quand on voit un smiley, on le ressent comme un vrai sourire (parce que le cerveau est con), et les émotions provoquées par une discussion réelle avec une personne sur internet sont réelles, elles aussi. Donc si les émotions sont réelles, alors il existe quelque chose ? Et si je provoque moi aussi des émotions et des sentiments réels alors je suis réelle ? C'est une question bête : je suis réelle, puisque je me vois, me sens, me touche, m'entends, me palpe et m'ausculte. C'est une question philosophique, et en même temps une vraie question. Comment sait-on, si on est réel ?

En fait, je ne sais pas trop comment me débattre avec cette notion de relation fictive. J'aurais mieux fait de ravaler ma fierté – ou ma peur ; celle de ne pas avoir la vraie amie, la vraie personne à qui me confier, que je pensais avoir trouvée – et demander franchement à la psy ce que c'est, exactement, une relation fictive. Je la vois dans pas longtemps, mais ce n'est pas de ça dont je voudrai parler à ce moment-là. Il y a un peu plus urgent, avec mon corps. De toute manière, tous les problèmes sont liés, c'est un gros sac de nœuds : tirez sur un bout et vous agissez sur l'autre côté.

J'ai trouvé sur un site une jeune personne d'à peu près mon âge qui imagine une vie future, elle aussi. Une des psy qui a répondu a dit que c'était un mécanisme de défense. Je sais bien. J'ai toujours fait ça. le soir dans mon lit, mais aussi bien éveillée, au lycée, quand je voyais tous les autres autour de moi avec leurs amis et que j'étais toute seule parce que je n'avais pas su me faire aimer, ou intéresser, ou je ne sais pas. Je ne sais pas trop me lier aux gens et rencontrer des gens. Je sais bien, que c'est un mécanisme de défense, un refuge, un petit endroit où tout se passe bien pour échapper à la réalité un peu fade, imparfaite, trop difficile à démêler. Et plus ça va, plus je m'y enferme, je crois.

C'est un peu dur, de se dire que les relations sont fictives. Si elles sont fictives, elles sont fausses, imaginées. Si elles sont imaginées, elles n'existent pas vraiment. Et donc, si elles n'existent pas vraiment, tous ces amis que je crois déjà avoir ou pouvoir me faire ne sont que des spectres. C'est drôle, d'ailleurs, il y a deux membres du forum avec qui je me dis que l'on s'entendrait sans doute bien, mais maintenant je me répète : "calme-toi Énir, ce sont des relations fictives".

Je trouve plus facile de rencontrer des gens sur internet. Plus facile de dire des choses un peu intimes, puisque personne ne nous regarde. J'ai balancé ici que je suis vierge, je l'ai balancé sur le forum aussi, à titre d'exemple à quelque chose que j'expliquais, mais je ne le dirais jamais devant un amphithéâtre de gens qui me regardent et m'écoutent. C'est plus facile sur internet, parce que l'on ne voit pas les gens. On parle à tout le monde et personne à la fois. Au final, on se parle beaucoup à soi-même. Les gens nous jugent mais on ne sait pas toujours ce qu'ils pensent. La plupart du temps, d'ailleurs. C'est plus facile d'aller tout de suite dans les sujets intimes, et donc on se lie aux gens plus vite. Parce que de toute façon, même s'ils trahissent l'espèce de confiance que l'on met en eux, à qui vont-ils répéter toutes ces choses ? À des gens que l'on ne connaît pas et qui ne nous connaissent pas. Ce sera : "une fille sur un forum a dit que". Une fille sur un forum pourrait très bien être un monsieur qui a coché la case "femme". Ou une vieille dame qui s'est rajeunie. Après tout.

Mon amie m'a dit ça, d'ailleurs ; heureusement que je ne connaissais personne de son entourage, parce que ce serait vraiment très gênant. Je me le dis parfois aussi. Mais si la confiance est protégée d'un filet de sécurité, est-ce de la vraie pure confiance ?

Alors voilà, je suis en relation avec de la fiction, avec toutes les projections que je fais pour protéger mon ego, mon moi ou je-ne-sais-quoi, pour fuir, parce que la fuite, c'est bien. Des fois, j'imagine ce que ça ferait si les gens avec lesquels on parle sur internet ne sont en fait que des algorithmes. Ce serait un chouette scénario de dystopie.

mardi 9 août 2022

Mes 5 derniers livres lus (n°10)

Je n'ai pas publié un article littéraire depuis cinq mois tout pile ! :O Je dois dire que ça m'a manqué ! J'ai fini par rattraper mes quatorze numéros de National Geographic et j'ai pu m'attaquer de nouveau à ma pile à lire ! J'espère pouvoir publier le prochain article littéraire dans un mois :)


Contes d'Asie mineure
– Calliopi Moussaiou-Bouyoukou (collecteur)


Il y a longtemps, dans les villages grecs d’Asie Mineure, perdus dans le vaste territoire de l’Empire ottoman, naissaient des contes. Issus de légendes encore plus anciennes, nourris aux deux traditions orientale et occidentale, ils ont voyagé de bouche à oreille pendant des siècles avant d’être retranscrits pour la première fois, dans les années cinquante, par Calliopi Moussaiou-Bouyoukou, qui les a recueillis auprès des rares aèdes encore en vie. Dures et tendres, crues et merveilleuses, pures et païennes, ces histoires insolites mêlent féerie et cauchemar, surnaturel et quotidien.

Ce sont des contes hybrides, très étranges dans cette hybridité. On retrouve des motifs répandus dans les contes kabyles (avec les ogres, notamment), une logique parfois orientale, proche des Mille et Une Nuits ou des contes d'Égypte ; et à la fois des motifs de nos contes occidentaux (comme le jeune homme porté par un ou des oiseaux, qui doit leur donner des morceaux de viande pour qu'ils aient l'énergie nécessaire à arriver au bout et qui, à court de nourriture, donne finalement un morceau de son propre corps). Ça fait un résultat bizarre. J'ai eu l'impression d'être un peu le cul entre deux chaises tout du long ; les motifs se mélangent, se versent les uns dans les autres.

J'ai apprécié ma lecture et il y a un notamment un conte que j'ai particulièrement aimé. Mais ils ne détrôneront pas les Mille et Une Nuits !


L'Âme de l'Empereur
– Brandon Sanderson


La jeune Shai a été arrêtée alors qu’elle tentait de voler le Sceptre de Lune de l’Empereur. Mais au lieu d’être exécutée, ses geôliers concluent avec elle un marché : l’Empereur, resté inconscient après une tentative d’assassinat ratée, a besoin d’une nouvelle âme. Or, Shai est une jeune Forgeuse, une étrangère qui possède la capacité magique de modifier le passé d’un objet, et donc d’altérer le présent. Le destin de l’Empire repose sur une tâche impossible : comment forger le simulacre d’une âme qui serait meilleur que l’âme elle-même ? Shai doit agir vite si elle veut échapper au complot néfaste de ceux qui l’ont capturée.

Je cherchais un one-shot parce que c'est ce que je préfère lire actuellement. Dès les premières lignes j'ai su que j'allais aimer et, effectivement, j'ai aimé ! C'est très bien écrit, très bien rythmé. Le système de magie, ces tampons qui permettent de modifier l'histoire des objets (ou des âmes) est très pointu est très intéressant ! C'est un système de magie que j'aurais adoré inventer ! Même si on suit la plupart du temps le point de vue de Shai, on devine comme les autres personnages sont très bien construits. La toute fin de l'épilogue, avec Gaotona, est très intelligent, parce qu'il permet de montrer aussi l'évolution de ce personnage. J'ai aimé que la fin soit positive (c'est mon côté petit cœur fragile (surtout qu'en ce moment je dors pas et quand je dors pas je vois tout en noir alors une histoire triste m'aurait jetée par terre)).

J'ai beaucoup aimé cette petite histoire ! Ça se lit très vite et très bien. Le côté fantasy n'est pas trop présent. L'auteur mentionne des peuples que l'on ne connaît pas, dans un univers inspiré de l'Asie antique, mais, en dehors de l'aspect magique, ça pourrait être un roman historique. Tout ça pour dire que c'est un roman qui peut se lire même quand on n'apprécie pas la fantasy a priori parce qu'il n'y a pas de dragons, d'elfes, de boules de feu ni rien du tout ! Foncez !


Des animaux et des pharaons
– Hélène Guichard (dir.)


Les formes animales qui s’épanouissent dans l’art de l’Égypte ancienne sont le fruit d’une observation minutieuse de l’environnement. Cette connaissance a conduit les Égyptiens à faire de certains animaux des entités porteuses de sens, permettant de mieux appréhender l’incompréhensible, c’est-à-dire tout ce qui relève du divin ou de la métaphysique.

Me procurer ce livre n'a pas été une mince affaire ! C'est le catalogue d'une exposition qui s'est déroulée fin-2014 début-2015 et bien sûr il n'est plus édité aujourd'hui. Sur les différents site d'occasion il est côté à une centaine d'euros, autant dire que je ne suis pas passée par-là ! J'ai fait une veille sur Leboncoin par acquis de conscience et je l'ai eu à trente euros. Avec les frais de port, ça me revenait quasiment au prix de vente d'il y a sept ans, mais c'était mieux que l'autre particulier qui me dit : "je vous le laisse pour 70". Euh… non. Bref !

J'ai adoré ! Je m'intéresse à l'Égypte antique depuis que je suis gamine, alors forcément…

Le livre est organisé en plusieurs thématiques qui brossent les conceptions et les considérations des anciens Égyptiens pour les animaux. En quelques pages la thématique nous est présentée, puis ensuite divers objets (de culte, du quotidien, etc.) sont présentés à leur tour dans de courts textes. La plupart du temps, c'est très clair (parfois un jargon pas trop expliqué, c'est dommage) même si certains contributeurs sont plus pédagogues que d'autres. J'ai trouvé dommage par contre que dans les annexes les pages réservées à la restauration ne rentrent pas plus dans le détail de la restauration et que ça soit davantage une page de remerciements aux restaurateurs. C'était l'occasion de mettre ce sujet en avant !

J'ai regretté aussi qu'il n'y ait pas de frise chronologique pour remettre les époques dans l'ordre (Basse Époque, période intermédiaire, etc.) ; je trouve que ça aurait été bien pratique, et ils l'avaient d'ailleurs fait dans le catalogue de la dernière expo sur Toutankhamon.


Le Dragon de Lune
– Vladimir Bogoraz


Dans la nuit froide et muette, les Anaki affamés attendent l’arrivée des « Visages Gris », les rennes venus des montagnes. Mais aucun sabot ne foule le sentier qui se perd sous les étoiles. La tribu se meurt, et ses prières restent sans réponse. Le chaman Youn le Noir se décide alors à s’adresser au dernier des dieux, celui qui engloutit la Soleil avant de la vomir, le redoutable Dragon de Lune. Mais son appel ne sera pas sans conséquences… car bientôt il exigera des sacrifices. Qui oserait braver ce dieu de minuit, sinon un homme sans foi, qui ne croit qu’en sa lance et son bras ?

Bon, moi, vous me parlez d'un dragon, donc, forcément, je prends ! :D Au final, le dragon n'apparaît pas beaucoup et Youn n'est pas le personnage principal comme on peut s'y attendre – pas plus que Yarri, l'homme sans foi du résumé, d'ailleurs. Je crois que, finalement, le personnage principal, c'est la tribu tout entière.

Les choses se mettent en place tout doucement, la fin arrive vite mais n'est pas précipitée. Le Dragon attend tout de même presque un an avant de réclamer ses sacrifices en compensation de l'aide apportée aux Anaki. Mais tout s'enchaîne, très fluide.

Au tout début, j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire, dans la plume, qui est poétique mais que je trouvais parfois un peu obscure. Et puis finalement j'ai pris le pli et ça a coulé tout seul !

L'histoire se déroule au Paléolithique, c'est ce qu'explique l'auteur à la fin. C'est très étrange parce qu'à la fois on le sent, avec les outils en silex, la mention du mammouth, leur mode de vie… et à la fois ce pourrait tout aussi bien être un monde tout à fait imaginaire, une espèce de songe. D'ailleurs, voilà, par certains aspects, ce roman mêle l'opacité du songe et la clarté du conte. Conte aussi par sa base même, car Vladimir Bogoraz reprend le motif du jeune homme qui souhaite sauver la jeune fille offerte au dragon. Il a laissé la fin ouverte exprès. C'est un peu frustrant mais en même temps il y a une prise pour ceux qui voudront voir – comme moi ! <3 – une fin heureuse.

J'ai bien aimé, j'ai par contre regretté qu'il n'y ait pas plus d'illustrations. Mais en même temps ça permet aussi de se faire les siennes ! J'ai aussi regretté que ne soit pas expliqué la raison pour laquelle l'un des personnages parle de "la" lune alors que tous les autres mettent la lune au masculin (qui, ça, est expliqué : c'est réellement comme ça dans certaines cultures de Sibérie).


Voyage au centre de la Terre
– Jules Verne


Dans la petite maison du vieux quartier de Hambourg où Axel, jeune homme assez timoré, travaille avec son oncle, l’irascible professeur Lidenbrock, géologue et minéralogiste, dont il aime la pupille, la charmante Graüben, l’ordre des choses est soudain bouleversé.
Dans un vieux manuscrit, Lidenbrock trouve un cryptogramme. Arne Saknussemm, célèbre savant islandais du XVIème siècle, y révèle que par la cheminée du cratère du Sneffels, volcan éteint d’Islande, il a pénétré jusqu’au centre de la Terre !
Lidenbrock s’enflamme aussitôt et part avec Axel pour l’Islande où, accompagnés du guide Hans, aussi flegmatique que son maître est bouillant, ils s’engouffrent dans les mystérieuses profondeurs du volcan…

Ce n'est pas mon préféré de Jules Verne, mais j'ai apprécié ma lecture, je crois ! En fait, j'ai eu du mal à m'accrocher à l'histoire parce que ma suspension de l'incrédulité (c'est-à-dire le mécanisme qui fait qu'un spectateur ou un lecteur accepte de croire) ne s'est pas bien faite. Je ne sais pas trop pourquoi. Pourtant, ce voyage au centre de la Terre n'est pas plus dingue que celui autour de la lune, mais je ne sais pas, quelque chose ne s'est pas débloqué dans mon esprit.

Je crois que ça ne tient pas tant aux grandes choses de la science qu'aux petites. Par exemple, ils percent une muraille de granit pour accéder à l'eau de l'autre côté : l'eau jaillit dans leur couloir, ils devraient barboter, peut-être, mais ils dorment là tranquillement (seul un petit ruisseau s'est formé dans le couloir). Ou bien Jules Verne nous présente une partie du "journal de bord", au moment de la traversée, comme s'il avait été écrit sur l'instant par le personnage (et c'est d'ailleurs au présent), ce qu'il n'a pas pu faire sous le déluge… Et ils auraient dû, en remontant dans le cratère du volcan, bien davantage souffrir de la chaleur ! Quant au radeau… n'aurait-il pas dû être détruit ? Ce sont toutes ces petites choses qui ont fait que, finalement, plus j'avançais et moins j'arrivais à me plonger dedans.

Ça reste quand même une lecture sympa, et j'ai bien aimé qu'Axel soit un personnage terrifié, tant on trouve plutôt chez Jules Verne des personnages sans peur prêts à tout affronter. Les personnages sont bien faits, comme d'habitude, et le professeur Lidenbrock est effrayant dans le réalisme de son sale caractère, buté comme pas deux.

Mon roman préféré de Jules Verne restera pour le moment Les Aventures du capitaine Hatteras, je crois !

samedi 30 juillet 2022

Le toucher

Source – Anna Shvets
J'ai rattrapé tous mes National Geographic. Dans un des derniers numéros, ils parlaient de l'importance du toucher, du fait que les scientifiques découvrent à peine la complexité de ce qu'il se passe dans le cerveau quand une autre peau entre en contact avec la nôtre. La journaliste disait que, pendant le confinement, sa fille avait étendu une bâche entre elles pour qu'elles puissent quand même se prendre dans les bras et que ce contact lui avait fait autant de bien qu'un vrai câlin malgré la sensation du plastique. Le scientifique lui avait expliqué que c'était en raison de son "état de besoin". Alors imaginez le mien, d'état de besoin, si je vous dis que je n'ai pas eu de câlin depuis qu'une amie au collège demandait régulièrement des accolades ! J'étais en Quatrième, je pense, donc j'avais treize ans. J'en ai (presque) vingt-six.

Quand j'étais encore chez mes parents, ma sœur essayait parfois de me prendre dans ses bras. Je déteste ça. Je déteste qu'on me touche. À l'aïkido ça va parce que le prof montre l'enchaînement que l'on va faire. (Et encore, au tout début, j'étais très mal à l'aise, et j'ai encore du mal quand il faut toucher le visage ou le flanc.) Donc je sais que mon partenaire va me toucher le poignet, par exemple, et que je vais prendre le sien. Mais quand un jour on revenait s'asseoir à la fin du cours, que je discutais avec l'une des personnes, et qu'elle a mis sa main sur mon épaule, je l'ai senti. Une espèce d'alerte rouge s'est allumée dans ma tête. Danger.

Quand je réfléchis sur la raison pour laquelle je n'aime pas qu'on me touche, c'est le mot qui vient. Danger. Après tout, rien n'empêcherait la personne de sortir un couteau et de me blesser. Ce n'est pas ce que je me dis au moment où je suis touchée – sur l'instant, c'est juste une sensation qui traduit "danger" –, mais c'est la première idée qui me vient quand je commence à réfléchir. Et pourtant je rêve d'un peau à peau.

Comme il y a trop de capteurs dans la main, et qu'on ne sent du coup que ce qu'il y a sous les doigts, des fois je passe mon avant-bras sur mon ventre. C'est au fond assez pathétique, alors j'essaye de ne pas trop y réfléchir. Avant, je ne pouvais pas dormir nue. Ça fait partie des choses qui ont changé dans mon rapport au corps. Je ne pouvais pas parce que je n'aimais pas sentir ma propre peau, et je ne me sentais pas à l'aise. J'avais aussi cette peur absurde que des insectes entrent dans mon corps. Maintenant, je crois que je ne supporte plus mes vêtements (parfois même en pleine journée) parce que je suis mieux avec mon corps et mes émotions, mais aussi parce que je recherche le contact de la peau. Ce n'est pas une chose que j'ai abordé avec la psy pour le moment. Mais ça devra forcément venir. J'ai parlé du fait que je ne suis jamais tombée amoureuse.

Souvent je me dis que je ne trouverais jamais personne parce que je ne suis pas assez bien. Et que, même si ça arrive, je ne pourrais quand même pas faire l'amour à causes de démangeaisons qui me gênent depuis huit ans mais que les médecins ne soignent pas (la plupart du temps, ils me filent juste une crème à la cortisone et démerde-toi avec ça). Puis, je n'aime pas qu'on me touche, alors faire l'amour, imaginez ! Je rêve d'un câlin, je crois que j'en ai besoin, qu'on me tienne et qu'on me dise que ça va aller – mais je n'aime pas qu'on me touche.

Les capteurs qui font qu'on se sent plus liés aux autres sont dans le dos et les bras (je laisse ça là, servez-vous-en ! :D). Il faut des câlins de minimum vingt secondes, cinq à dix minutes par jour. Une psychologue états-unienne dont je n'ai pas noté le nom a déterminé qu'il faut quatre câlins pour survivre, huit pour fonctionner, et douze pour croître. Mais je n'aime pas qu'on me touche. J'ai l'impression qu'on m'enferme, je crois, quand ma sœur essayais de me prendre dans ses bras. Mais même une main sur l'avant-bras ou sur l'épaule, ça me gêne. Souvent je me dis aussi que je ne veux pas un câlin d'une personne qui en veut un de moi parce que je n'ai pas d'énergie à donner. J'ai besoin qu'on m'en donne, qu'on me "rattrape". Je n'ai pas d'énergie à transmettre. Si j'accepte un câlin de quelqu'un qui l'attend, en veut un, j'ai l'impression que je vais être pompée de mon énergie. D'ailleurs, dans mon souvenir, l'accolade avec un collègue qui s'en allait quand j'étais en stage ne m'avait pas plus gênée que ça. Il y a peut-être de l'espoir ? Mais en même temps ce n'était pas un câlin à proprement parler.

Ma mère et ma sœur sont venues la semaine dernière. Je m'étais attendues à ce qu'elles réclament des bisous ou des accolades en partant, mais non. Je n'en voulais pas, mais en même temps j'aurais aimé savoir si, comme mon rapport au corps change un peu, je l'aurais mieux supporté ou pas que l'année dernière. Mais en même temps je crois que je suis soulagée qu'elles aient respecté mes besoins et n'aient pas insisté. Je ne sais pas si le terme de "soulagée" est le mieux. Je crois juste que c'est comme ça et puis c'est tout. Comme une émotion neutre, si c'est possible.

Les émotions, c'est un peu dur à déterminer, je trouve.

En attendant, je me touche moi-même. Je laisse traîner mes mains sur mes cuisses, ou mon ventre et j'ai toujours mes peluches contre moi, la nuit. Mais je sais que c'est très loin de la sensation que l'on a avec un autre être vivant.

Quand les chats étaient encore là, la minette montait sur mon lit, voire sur moi, tous les soirs et au milieu de la nuit. J'aimais bien sentir son poids et un peu sa chaleur – même si elle arrêtait pas de bouger ! Un soir, elle était roulée au pied du lit. J'ai mis la plante de mon pied contre elle, au travers du drap. Dire que j'ai adoré serait très loin de la réalité. Je me suis dit "ah, ça fait ça de toucher un être vivant et pas une peluche ?". Je me sentais reliée. Je ne sais pas trop à quoi, d'ailleurs. Au Vivant, à la Terre, au Monde – appelez ça comme vous voulez. À quelqu'un. Et quand j'enlevais mon pied, je me voyais toute seule dans le noir, isolée sur mon îlot dans une mer à l'horizon de laquelle il n'y avait aucune terre. C'était un chat. C'était à travers d'un drap.

Imaginez mon état de besoin.

samedi 9 juillet 2022

Journal d'écriture, Roman 3, n°1

Source – Luis Quintero
Quand j'ai commencé Roman 2 et que je l'ai dit à l'une de mes bêta-lectrices, je ne sais plus ce qu'elle a répondu exactement mais je me souviens qu'en gros elle me disait que j'avais repris vite et que je les enchaînais. À ce moment-là je n'avais pas du tout cette impression ! J'avais eu l'impression au contraire d'avoir fait une pause. Et en fait, en comptant, effectivement, c'était assez rapproché avec la fin du premier (quelque chose comme deux, trois mois, je crois). Cette fois, j'ai aussi compté. Et ça fait aussi deux mois de pause entre la fin du deuxième et le début du troisième, au premier juillet. Pour le coup, j'ai trouvé le temps long mais j'ai moins eu l'impression de faire une pause parce que j'ai dû pas mal gamberger pour trouver ma ligne directrice, mes péripéties. Sur le forum dont je suis membre, quelqu'un a ouvert un sujet pour demander s'il fallait faire des pauses dans ses projets, pour écrire mieux et tenir sur la longueur. Je crois que je suis littéralement incapable de faire une pause. Quand je n'écris pas un roman, j'avance un projet exutoire-exploratoire. Mon esprit a besoin de tout sortir pour laisser se développer les histoires suivantes. Comme un champ qu'il faudrait récolter pour que les plantes suivantes poussent avec toute la lumière dont elles ont besoin. Il faut vider la casserole. Alors j'écris.

Cette fois, j'ai retenu les leçons de Roman 2, donc je ne me mets pas de quota en nombre de mots journaliers. De toute façon, comme je travaille, et que le soir je suis fatiguée, ça n'aurait pas grand sens vu que je ne me pense pas capable de suivre le rythme ainsi. D'ailleurs, il n'y a qu'à voir les statistiques de cette première grosse semaine pour s'en rendre compte : les jours où j'ai le plus écrit sont les jours où j'avais le temps, les samedi et dimanche (aujourd'hui, 4 000 mots). Les jours où je travaille, je tire difficilement sur le millier. Donc ma foi, me mettre un quota de 1 667 mots par jour (la base d'un NaNo) serait du suicide. Ceci dit, comme j'ai écrit cet hiver un petit roman de 70 000 mots en deux mois à raison de 40 000 mots le premier mois, je sais que je suis capable, en travaillant, d'écrire à un bon rythme, ce qui me permet d'estimer la fin du premier jet à fin-octobre. Mais c'est une estimation, et non un objectif.

En revanche, je pense que je me suis mis involontairement la pression sur un autre plan. Je me suis rendue compte que j'ai beaucoup de mal à imaginer mes scènes quand je suis le soir dans mon lit, ce qui me perturbe beaucoup et me rends l'écriture très compliquée. J'ai aussi remarqué que j'oublie beaucoup de choses pendant l'écriture de ce que j'avais prévu. Je pense que c'est en partie à cause de ma peur de ne pas y arriver (alors que pour les deux premiers j'étais persuadée que j'irai au bout et que j'étais capable d'écrire ces histoires), d'avoir perdu ma capacité à faire des descriptions, et en partie parce que j'ai commencé en me disant que ce serait chouette d'écrire un chapitre à chaque séance. Mais comme j'écris forcément moins les jours où je travaille, je me demande si ça n'a pas des répercussions sur ma manière d'écrire : aller au bout plutôt qu'écrire en pensant à tout (descriptions, etc.). Donc il va falloir que je me remette les idées en place et aussi que je réalise que je suis capable d'écrire cette histoire. Je me demande aussi si le fait de ne lire que des National Geographic depuis plusieurs semaines n'a pas un peu enrayé la machine : à force de lire des textes sans style et d'écrire aussi mon exutoire-exploratoire en cours sans style, j'ai perdu le chemin d'accès à une vraie écriture. À voir si les livres en cours de livraison vont m'aider !

Pour le devenir des autres romans, ma foi, j'abandonnerai les recherches en octobre (sauf pour Roman 1 que je pourrais peut-être envoyer à L'Alchimiste s'ils rouvrent effectivement et s'ils rouvrent la collection fantasy). On sait bien que, même si les maisons d'édition annoncent des délais de six mois, les réponses positives tombent à la moitié ou aux deux-tiers de ce délais. Donc au 1er octobre ce sera fichu. En même temps, vu comment est en train d'évoluer le monde de l'édition et les paradigmes de recherche de manuscrits dans beaucoup de maisons d'édition, à moins de connaître quelqu'un qui peut mettre le manuscrit en haut de la pile, ou de faire la lèche-bottes sur un salon en allant me vendre directement à un éditeur (certains osent, moi je pense que je ne pourrai jamais), les chances d'être publiée sont quand même super réduites. Donc tant pis. Peut-être que je mettrais ça sur une plateforme quelconque, mais je ne sais pas encore trop… En attendant, je vais écrire tranquillement Roman 3 !

Et de votre côté ? comment se portent les projets ? (Projets d'écriture ou pas !)