vendredi 27 décembre 2019

À tous les métiers que je n'exercerais jamais

Source – Jean-Marc Linder
J'ai vu passer sur Twitter, il y a un moment, une espèce de tag où on devait dire quel métier on a voulu faire enfant, collégien, lycéen, étudiant, et ce que l'on fait maintenant. Et je me suis fait la réflexion que je ne pouvais pas faire ce tag, parce que sans doute je dépasserais la limite de caractères autorisée. Sans doute les autres aussi ont-ils voulu exercer plusieurs métiers, et n'ont-il rempli les cases qu'avec les principaux. Mais le truc, c'est que ma liste à moi est interminable, désordonnée, sans vraiment chose principale avant le lycée, et qu'aujourd'hui encore je me dis que j'adorerais être volcanologue. D'ailleurs, mon parcours universitaire, si je le mène à terme jusqu'au bout, n'aura pas vraiment de sens puisque j'aurais enchaîné Histoire, info-com, et STAPS.

Évidemment, comme je pense beaucoup d'enfants qui aiment les animaux, j'ai voulu être vétérinaire. Mais j'ai aussi voulu être volcanologue, égyptologue, zoologue, comportementaliste animalier, garde forestier... J'ai pensé être négociateur pour le GIGN, mais ça demandait de passer par le GIGN pendant plusieurs années avant de faire une formation en interne, ça m'a découragée (il en faut peu). Alors j'ai laissé tomber. J'ai aussi voulu être journaliste, et maintenant préparateur mental. Je m'étais renseignée pour savoir comment on entre dans la police, et comment on devient éducateur spécialisé.

J'ai navigué entre nature et sciences sociales ; animaux et l'aide aux autres. Le problème, c'est qu'à chaque fois que j'entre dans une nouvelle formation, je change d'avis. En Licence je ne voulais plus passer les concours de journalisme, puis en Master je savais avant même de confirmer ma candidature que finalement je voulais aller en STAPS et j'échafaudais un plan pour déjouer le destin et tenter d'y parvenir. Du coup, j'ai peur d'arriver dans mon second Master et de déchanter en me disant que, finalement, ce n'est pas ce que je veux faire de ma vie. Ce qui serait quand même fâcheux après tant d'efforts pour y parvenir.

Des fois, je me dis que j'adorerais finir perdue en pleine cambrousse, de préférence dans un petit village d'Afrique ou d'Amérique Latine, mais la campagne paumée française irait très bien aussi ; je me dis que je pourrais vivre tranquillement, avec un potager, élever des ânes de randonnée ou tenir une supérette dans un petit village. Vous savez, le site SOS Villages ? avec toutes ces annonces pour reprendre des commerces ou des activités ? eh bien des tas de trucs m'intéressent.

Mon covoitureur, aujourd'hui, se plaignait que les campagnes de notre région ne soient pas assez connectées. Moi, j'aime bien l'idée qu'il reste dans ce pays des territoires sans 4G. Alors bien sûr, ça a sans doute des inconvénients, mais ça a aussi des avantages, et l'assurance de la tranquillité.

vendredi 20 décembre 2019

Mes 5 derniers livres lus

Aujourd'hui je voudrais publier un article un peu plus léger :) J'ai piqué à Laura du blog Des petits nuages son concept d'article des cinq dernières lectures. Je ne me voyais pas faire un article par livre, comme en ce moment je recommence à lire "beaucoup" et comme je lis aussi des choses assez différentes les unes des autres je trouvais intéressant de faire un petit article.


Renseignement et espionnage dans la Rome antique – Rose-Mary Sheldon


Sans espionnage et renseignement, qui ont laissé des traces littéraires, manuscrites et archéologiques, les Romains n’auraient pu édifier et protéger leur extraordinaire empire.

Rose Mary Sheldon retrace le développement des méthodes de renseignement romaines des débuts de la République jusqu’au règne de Dioclétien (284-305 apr. J.-C.) : collecte d’informations, contre espionnage, infiltration, opérations clandestines, utilisation de codes et de chiffres… Plongeant leurs racines dans le monde gréco-romain, les questions soulevées dans ce livre sont d’une pertinence immédiate pour le présent : bien que les méthodes aient radicalement changé avec l’avènement de la technologie moderne, les principes restent étonnamment similaires.

J'errais sans but dans les rayons de la Fnac – ceux de la librairie du coin ne m'ayant pas donné satisfaction – quand je suis tombée sur ce livre alors que je cherchais un roman de fantasy (on passera sur le fait que j'étais à la recherche d'un roman fantasy en arpentant les rayons d'Histoire ; je me suis laissée prendre au piège des allées remplies de livres tous plus alléchants les uns que les autres). J'ai bondi tant je le voulais. D'habitude, je prends la couverture en photo et je rajoute ça à la longue liste de ma PAL virtuelle. Mais là, ça me tentait. Quelle bonne idée de mener des recherches là-dessus !

Je n'ai pas été déçue. J'ai beaucoup aimé les récits des échecs, et des réussites – mais beaucoup des échecs – de nos ancêtres les Romains. L'écriture est claire et accessible et compréhensible même sans avoir fait d'études d'Histoire. Les notes sont à la fin du livre, ce qui d'habitude est embêtant, mais ici pas forcément, car ça dépend de votre niveau de lecture : si vous voulez aller plus loin, les conseils de lectures, sources, et bibliographies, sont dans les notes. J'ai juste eu un peu de mal à finir le chapitre de la signalisation, en dépit des schémas et plans explicatifs. Tout le reste est très bien et très intéressant !

La Geste du Sixième royaume
– Adrien Tomas


Les cinq royaumes : des nations turbulentes et ambitieuses souvent en guerre. Au coeur des terres, un sixième royaume : la Grande Forêt légendaire, impénétrable et hostile. Dans les maisonnées de Sélénir, dans les cases de Vale ou dans les yourtes des nomades des steppes de Khara, le soir au coin du feu, on raconte aux enfants le conte suivant : tes rêves, tes cauchemars comme les créatures fantastiques des histoires que tu aimes tant peuplent le Sixième Royaume.
Alors, pourquoi un baladin perdu, une belle sorcière aux terribles pouvoirs endormie depuis cinq cents années, un jeune voleur des rues amoureux, un demi-nain commerçant débonnaire et un homme-loup monstre de foire se retrouvent-ils attirés par la Grande Forêt ?
Que découvriront-ils ? La fin d’un monde ? Le sang et les larmes ? L’amour et la tragédie ?

Ça faisait un moment que je n'avais plus lu de roman fantasy. La dernière fois, c'était l'ultime tome de la série Gonelore de Pierre Grimbert. Après avoir lu des contes, des catalogues d'expo, je voulais renouer avec la fantasy et surtout mettre la main sur un one-shot. Je n'ai là non plus pas été déçue, même si l'éditeur ment effrontément quand il parle d'un "rythme effréné".

Le rythme n'est pas "effréné". Au contraire. C'est un rythme lent, inhérent à la mise en place d'une guerre dont on nous raconte que très peu les batailles. C'est d'abord le récit des alliances, des événements mis en place par les deux Aspects du monde, le Père et le Maître, qui se livrent leur guerre en utilisant les êtres qui peuplent la planète comme leurs pions. Les limites du Bien et du Mal sont brouillées, c'est loin d'être manichéen. C'est un récit foisonnant de détails et de personnages. Une fois que l'on a intégré que ce ne serait pas un rythme effréné, qu'il n'allait pas finir par s'accélérer, alors on prend plaisir à la lecture et aux développements de ces personnages. Il y a quelques longueurs, certes, mais ce n'est pas ce qui m'a le plus dérangée.

Là où j'ai eu le plus de difficultés avec ce livre c'est finalement dans la forme. Déjà, j'ai failli faire une overdose de majuscules. Il y en a partout et parfois pas quand il faudrait (c'est possible de mettre une majuscule quand on parle de la grande Histoire, siouplait ?!). Il y a les Runiques, les Événements, le Père, le Maître, qui s'appellent chacun l'Autre ; il y a le Sixième royaume, la Grande Forêt... sans compter les noms de lieu, évidemment. Trop, c'est trop. Surtout, il y a des répétitions. Beaucoup trop et lourdes. Je suis sortie de ma lecture plusieurs fois en tiquant. Elles m'ont moins gênées dans la deuxième moitié de ma lecture, mais elles sont là quand même et elles sont agaçantes. Par chance, la qualité de l'histoire et des personnages rattrape ça. J'ai donc au final passé un agréable moment. Cependant je ne sais pas si je lirais d'autres livres de cet auteur tout de suite car, bien que j'ai apprécié sa plume, j'ai cru comprendre qu'il avait publié quasiment seulement dans cet univers, et en ce moment ce n'est pas ce que je recherche.


Contes et légendes du Gard – Fabien Bages


Sous le soleil gardois, vivent des conteurs étonnants. Ils explorent, s'émerveillent à l'image de Fabien Bages et captent les odeurs et autres histoires d'autrefois. [...]

Les contes narrés dans ce livre sont porteurs du souvenir des époques troublées et des moments heureux ainsi que de la sagesse accumulée par l'expérience des siècles. À qui veut bien l'entendre, vous apprendrez les secrets du Drac dans son palais de cristal, pourquoi les fées entraînent parfois nos enfants dans leur pays de songes, et ce qu 'il convient de faire si vous soupçonnez votre voisine d'être une sorcière. [...]

Quand j'étais jeune ado, on est parti en vacances quelque part et il y avait ce livre dans la maison, que j'avais commencé et que je n'ai jamais fini. Son souvenir me hantais, et surtout celui des vouivres. Quand j'ai vu que je pouvais l'avoir à 5€ au lieu de vingt-neuf (parce que la maison d'édition a fermé) j'ai sauté sur l'occasion. Cependant, mes souvenirs m'ont abusés, car point de vouivre dans cet ouvrage à la plume vivante ! Des Dracs, le Diable, des sorcières, des héros plus malins que les autres, mais pas l'ombre d'une vouivre. Où donc ai-je lu ces histoires, alors ? Bref.

J'ai beaucoup aimé ces contes et j'ai eu la surprise de trouver une autre version d'une histoire que je connaissais déjà et que j'avais lu si je ne me trompe pas dans un recueil de contes du Nord-Ouest, Bretagne, Normandie et compagnie. Il se lit très bien et est accompagné de photos en noir et blancs illustrant les lieux du récit.

Mais je cherche encore mes vouivres, du coup... (vous sauriez pas, vous, par hasard, où elles sont passées, mes vouivres...?)


Des lions et des hommes – María González Menéndez (dir.)


Les grands félins sont sans doute les prédateurs auxquels les hommes se sont le plus souvent identifiés, se mesurant à leur force et leur puissance, leur vouant à la fois crainte et admiration. Du regard porté sur ces animaux dès la préhistoire est née une multiplicité de symboles et mythes dans les sociétés antiques du Proche-Orient, d'Égypte, de Grèce et Rome, mais aussi dans les cultures anciennes et prémodernes d'Asie, d'Amérique et d'Afrique.

Cette exposition interdisciplinaire allie histoire de l'art, archéologie, ethnologie et histoire naturelle afin de mieux comprendre le rôle joué par les grands félins dans les diverses conceptions du monde et de l'humanité.

J'avais entendu parler de cette exposition dans les pages de fin d'un numéro de National Geographic. Par malchance, elle ne se déroulait pas du tout dans une région où j'avais prévu de passer, ni même dans une région où j'avais le temps de faire un saut. Au comble du désespoir de ne pouvoir aller voir une exposition consacrée en tout entier à mon animal préféré, j'ai farfouillé pour savoir s'ils avaient publié un catalogue d'expo (parce que maintenant il y a des expos sans catalogue, à mon grand désarroi) et bingo ! L'éditeur propose même de le feuilleter sur son site.

L'exposition revient donc sur les divers symbolismes du lion dans les différentes civilisations qui ont peuplées notre planète et aussi durant la Préhistoire. Mais on parle aussi du jaguar, pour l'Amérique latine précolombienne, et de la panthère pour certaines régions d'Afrique. J'ai trouvé que c'était très clair, très bien fait, et très facile à lire et ça m'a un peu consolée de ne pas avoir pu voir l'exposition elle-même.


Toutankhamon, trésors du pharaon doré – Zahi Hawass


Il s'agit du catalogue de l'exposition consacrée à Toutankhamon encore à La Villette à Paris à la rentrée et dont je vous avais déjà parlée. Il augmente l'exposition en présentant plus d'objets et en poussant davantage les explications (notamment sur l'identité de la mère de Toutankhamon).

Autant j'avais beaucoup aimée l'exposition, autant le catalogue m'a laissée sur ma faim. Disons que l'impression générale est qu'il est cher pour ce qu'il est. Alors certes, les pages sont épaisses, brillantes, la couverture en relief reprend le naos exposé en fin de parcours et s'ouvre en deux par le milieu comme une porte : c'est un beau livre. À peu près. Parce que la mise en page n'est vraiment pas folle, assez vieillotte, en fin de compte. Et même si on apprend des tas de choses intéressantes, il y a des erreurs. Par exemple, dans les explications sur les couronnes de Haute et Basse Égypte, un coup celle de la Basse Égypte est la rouge, un coup c'est la blanche, et au final on ne sait pas ! Je suis tombée sur ce genre de coquilles plusieurs fois. Très sincèrement, pour un catalogue d'expo qui se veut sérieux et qui surtout est vendu à ce prix-là (64€ de mémoire), c'est assez impardonnable, je trouve.


Voilà pour aujourd'hui !

mardi 3 décembre 2019

La cage

Source – Bachellier Christian
Je vous ai déjà pas mal parlé de mon rapport au corps, etc. que ça soit pas le sang, le sport, les règles... je pense aussi avoir parlé de contrôle, de mes pensées notamment... Mais il y a un aspect que je n'ai abordé alors que pourtant il transparaît beaucoup dans les remarques que l'on me fait ces derniers temps : "il faut que ça sorte", "réfléchis pas", "il y a quelque chose à libérer"... Tout ça, c'est une histoire de contrôle. Contrôle du corps, contrôle de la présence au monde, contrôle des pensées, et dans le fond peut-être même contrôle de ce que l'on risque de penser de moi.

C'est le cas à l'aïkido, par exemple. Normalement, quand on pratique vraiment, dans le vrai (et, selon mon prof, ne pas pratiquer vraiment c'est ne pas pratiquer du tout), on fait le kiai, une espèce de cri qui vient du diaphragme, pas de la gorge, quand on produit une technique. La respiration est très importante en aïkido et le kiai en fait partie, notamment lors de l'exercice de la barque (j'ai zappé le nom japonais, oui, après deux ans à le faire régulièrement en cours, je suis un boulet) en référence aux soldats qui arrivaient sur l'île du Paradis et accéléraient à mesure qu'ils s'approchaient de leur destination. À chaque coup de rame, il faut un cri. Ça fait partie intégrante de la pratique. Pourtant, quand les profs demandent à ce qu'on le fasse plus fort, et que je me force à élever un peu la voix, j'ai les larmes aux yeux et je sens que si je fais plus je m'effondre.

On m'a fait une remarque lors d'un atelier radio, aussi. "Faut que... faut que ça..." faut que ça sorte, que ça se libère, que j'arrête de le retenir. La phrase n'était pas finie mais l'idée a bien été comprise. On travaillait sur la voix, donc on enregistrait des flashs infos, et mon ton n'était pas assez... libéré. Comme si le regard des autres me gênait. Ou plutôt comme si un ultime mur en moi empêchait le truc, le fameux, de sortir.

Je manque de spontanéité au quotidien, et je pense que c'est le même système qui sous-tend ma retenue et mon absence totale de spontanéité. Je me suis un peu améliorée là-dessus ; il y a un moment où j'imaginais ce que j'allais dire avant de téléphoner, mais je ne m'arrêtais pas là : j'extrapolais la réponse de l'interlocuteur, ou les réponses possibles, et ma réponse à cette réponse. Aujourd'hui je peux décrocher un téléphone avec juste une idée vague de ce que je vais dire (quel pas en avant fabuleux, sans dec' ! ;P).

Le truc c'est que, ça, ce manque de libération, c'est depuis mon enfance et que ça trouve sa trace aussi dans mon corps. Par exemple je suis incapable de me laisser tomber sur un lit. Encore pire le dos tourné. Comme si le lit allait s'échapper pendant ma chute et que j'allais me retrouver par terre. Je ne sais pas si ça a à voir avec mon manque de confiance en les autres ou si c'est un blocage qui prend racine dans une partie complètement différente du cerveau. Il y a aussi autre chose : quand j'étais enfant, j'ai fait pipi au lit très tard, au point que je suis allée voir une psy. En fait, je faisais pipi au lit parce que j'étais une gamine trop... enfin qui ne se lâchait pas assez, qui respectait trop les règles, etc. et que le pipi au lit c'était se lâcher. Dans un autre genre, on me dit de temps en temps que je suis gracieuse. J'ai toujours un sentiment partagé là-dessus. D'un côté, je suis contente, mais de l'autre j'ai un sentiment un peu amer. Parce que dans mon souvenir (j'ignore si c'est un vrai souvenir) j'ai décidé d'être gracieuse. Je me souviens qu'un jour, dans mon enfance ou ma jeune adolescence, s'est construite cette idée que je devais contrôler mes postures pour être gracieuse. Ou comment maîtriser jusqu'à sa présence au monde.

Mais du coup, c'est tellement incorporé en moi qu'aujourd'hui j'ai beaucoup de blocages. Je sais que je devrais aller voir un psy, mais les thérapies courtes peuvent durer jusqu'à un an, et pour le moment je butine de ville en ville, entre années universitaires, stages et grandes vacances, et donc je ne sais pas si, en étant dans une situation instable, c'est vraiment une bonne idée de commencer. Donc j'attends pour une bonne raison. À moins que ça n'en soit une mauvaise...

lundi 2 décembre 2019

Balade pour éteindre le cerveau


En ce moment j'ai beaucoup de mal à éteindre mon cerveau et les méditations que je mets le soir pour m'endormir n'y parviennent qu'à grand peine.

Je pense à plein de choses à la fois ; aux histoires que j'écris, aux projets de cours que j'ai toujours dû mal à m'approprier et pour lesquels j'ai l'impression de ne pas faire grand-chose en comparaison de mes camarades, simplement parce que ça ne m'intéresse pas tant que ça, à ce que je vais faire l'année prochaine – serais-je prise en psycho ??? –, aux papiers pour mon stage, à ma recherche de logement à Paris (même si ça semble en bonne voie), dernièrement à mes règles qui ne venaient pas, me plongeant dans l'angoisse qu'elles débarquent au mauvais moment (ou quand tu portes un pantalon beige...). Je pense au fait que je n'aime pas trop les gens de ma promo, ou quand tout cas on ne sera jamais amis, qu'ils m'emmerdent à toujours vouloir organiser des trucs de groupes alors que moi je suis pas sociable et que je veux juste aller au sport le soir... Faut dire aussi que pour eux c'est la dernière ligne droite, la dernière année de fac, alors que moi je voudrais encore faire deux nouvelles années derrière : on n'est pas sur la même longueur d'onde.

Je vois tous les problèmes systémiques de ma formation (une bonne partie, en tout cas) (ou quand on te demande de traiter journalistiquement une commande de communication...) que les profs ne semblent même pas remarquer ou pour lesquels ils font comme si de rien n'était... Je pense tellement que, même le week-end, quand j'ai du temps devant moi, j'angoisse et je culpabilise en me disant que j'aurais sans doute quelque chose de mieux à faire, comme travailler, alors qu'en réalité tout ce qu'il y a à faire c'est d'attendre le jour du tournage de tel ou tel projet, ou le prochain cours...

Je pense, je pense, je pense, ça tourne dans ma tête et même la balade au parc ne m'a pas vraiment vidé l'esprit. Mais j'ai quand même découvert un endroit assez sympa, que je n'ai pas pu explorer de fond en combles et où je retournerai sans doute.


Ce que j'ai bien aimé dans ce parc c'est qu'il est très grand et qu'il y a des paysages assez différents. Il y a des vergers, des endroits avec des espèces de buissons, et d'autres davantage en sous-bois, c'est très varié et très agréable. Comme il est en hauteur, il y a de très jolis panoramas ! C'est tellement grand que je me suis perdue (contre mon gré), ce qui était un peu gênant car j'avais un rendez-vous après et donc absolument pas le temps (c'est quand même un comble quand on sort se balader pour éteindre son cerveau). Je dirais donc que la mission a échoué, puisque mon cerveau est resté branché tout du long. En même temps c'est une drôle d'idée de partir se balader quand on a un rendez-vous à l'autre bout de la ville...

Mes photos ne sont pas extraordinaires mais ce n'était pas le but, le but c'était de se détendre ! C'est terrible parce que j'ai l'impression que je régresse, que j'angoisse encore plus qu'avant, alors que je sais qu'il y a des choses pour lesquelles j'angoisse contre lesquelles je ne peux rien, je ne peux pas agir et simplement attendre que les choses se passent. Mais c'est plus fort que moi, le petit vélo tourne dans ma tête.


La météo avait dit qu'il ferait beau... tu parles ! Plus ça allait et plus le ciel se couvrait. J'ai dû prier pour pas me prendre de l'eau sur la tronche. C'était moins pour moi que pour mon appareil photo, que je ne voulais pas avoir à ranger dans la précipitation vu que je n'avais pas mon parapluie. De toute façon je n'aurais sans doute pas pu l'utiliser vu l'étroitesse des chemins par lesquels je suis passée.


Le problème, avec ma formation, c'est que je me sens un peu piégée... Elle est organisée de telle sorte qu'on ne peut pas travailler à côté, ou difficilement, et quand vous dites aux profs que vous voulez faire du bénévolat à côté des heures de cours on vous donne un avis défavorable parce que, vous comprenez, vous n'allez pas être investi pareil dans les travaux de groupes. Mais personnellement je pense que je serais plus investie si j'étais mieux dans ma tête et que je ne me sentais pas obligée de ne penser qu'au master, si je ne culpabilisais pas de faire autre chose et que ma vie ne tourne pas autour de cette formation qui, en plus, quand on regarde où sont les anciens étudiants, n'en vaut pas la peine. Me dire que ce n'était qu'une étape de mon chemin m'a un peu soulagée, même si je ne sais pas si je serais en mesure de passer à l'étape suivante, vu que ce n'est pas vraiment entre mes mains. Mais en même temps il paraît que la loi de l'attraction fonctionne : donc j'ai plutôt intérêt à envoyer de bonnes ondes à l'Univers (au lieu d'essayer de négocier).

Et vous ? tout roule ?

dimanche 10 novembre 2019

Prendre soin de son corps

Source – LO INDOMABLE

C'est un article que je veux écrire depuis un moment sans me lancer, plus par paresse que parce qu'il me pose véritablement problème. Pourtant le constat n'est pas très positif... je ne sais pas prendre soin de mon corps. Je le sais depuis longtemps, je m'en suis rendue compte ; et je me suis aussi rendue compte de mon incapacité crasse à corriger le tir.

Je vous avais déjà parlé de quelques problèmes avec mon corps, de ma relation à ma peau et mon sang, et du fait que je faisais sans doute une légère dissociation corps-esprit, de par la manière dont mon discours intérieur s'adresse à moi. Mais en fait, je lutte avec mon corps (car dans le fond il s'agit un peu de ça) d'autres manières. Avec la nourriture, par exemple.

Quand j'étais adolescente, j'ai souffert de compulsions alimentaires plus ou moins jusqu'à ce que je mette un mot dessus. Mais ma relation à la nourriture est toujours complexe. Je n'aime pas manger. D'ailleurs je pense que, quand je mange, je ne mange pas : je me nourrie. Si une pilule existait avec tous les apports nutritionnels de la journée, je pense que je l'utiliserais. Le seul repas qui ne me dérange pas c'est le petit déj'. Le reste, c'est une perte de temps. Du coup, je saute des repas. Mais je saute aussi des repas comme punitions. Par exemple si j'ai bien pensé à prendre mon repas pour le midi mais que je n'ai pas pris de fourchette, je vais me dire "tant pis, tu manges pas, t'avais qu'à prendre une fourchette" alors que je pourrais simplement aller me chercher un sandwich... Et c'est ça un peu tout le temps. Je me dis "je peux tenir, de toute façon". Les soirs où j'ai sport, je mange quand même, parce que je sais que j'ai besoin d'énergie, mais ça s'arrête là. Et quand je suis chez moi, je ne me préoccupe de manger que lorsque mon ventre réclame sa nourriture depuis un moment et que je ne peux plus repousser.

Je n'aime pas non plus me laver (je vous rassure, je me lave). Me laver, ça m'énerve, c'est une perte de temps. Si on pouvait monter tout habillé dans une machine qui te nettoie sans eau en dix secondes, je courrais m'en procurer une. Quand je suis en vacances, j'ai tendance à ne pas me laver les cheveux même quand j'en ai besoin, parce que je me dis que de toute façon je ne sors pas... Dans le soin que je porte à mon corps, il n'y a peut-être que le sommeil qui trouve grâce à mes yeux, parce que sans sommeil on ne peut pas réfléchir convenablement.

Je ne prends pas non plus vraiment soin de ma santé. Du coup, quand je vais chez le médecin, j'ai souvent toute une liste de trucs à lui dire et qui traînent depuis plusieurs semaines. Je rechigne à prendre rendez-vous chez dentiste, podologue, etc., je repousse et je procrastine, j'oublie et je repousse encore... je ne m'inquiète pas vraiment pour ma santé, quand j'ai un rhume la plupart du temps j'attends que ça passe... j'ai des exercices à faire pour me tenir plus droite, et des exercices de respirations, mais je ne les fais plus depuis la rentrée, sous prétexte que je n'ai pas réussi à instaurer une routine rassurante et que donc je ne sais pas quand faire ces exercices alors que concrètement je pourrais les faire n'importe quand. Mais j'ai besoin d'une routine, et je n'en ai pas encore (et vu la gueule de mon emploi du temps c'est pas demain la veille que je vais en mettre une en place). Je ne mets pas non plus suffisamment souvent mon appareil dentaire pour la nuit, bien que je sente que mes dents se déplacent et que j'en ai besoin.

Je pense que tout ça c'est une histoire de contrôle. Si je ne peux pas contrôler le déroulement des choses, si les choses ne se déroulent pas comme prévues (par exemple pouvoir manger avec ma fourchette ce que j'ai amené) alors je me punis, étant entendu que c'est la faute du corps ; c'est la main qui aurait dû mettre la fourchette dans le sac à dos, pas l'esprit. (Oui, je conviens que c'est un raisonnement tordu, mais je pense que c'est plus ou moins comme ça que ça raisonne dans ma caboche... y a du boulot !) Je mets ça sur le dos du contrôle, mais je ne trouve pas l'explication profonde à ça, pourquoi mon besoin de contrôle se manifeste de cette manière.

En même temps, je sais que c'est important de prendre soin de son corps, de bien le choyer et de bien s'en occuper, parce que quand on est bien dans son corps on a plus de chances d'être bien dans sa tête. Mais je ne parviens jamais à prendre le dessus sur mes automatismes... alors ça s'ajoute à la liste de toutes les choses sur lesquelles je dois travailler.

jeudi 24 octobre 2019

J'ai testé les serviettes lavables et autres considérations sur les règles


Titre long mais en même temps je ne me voyais pas juste parler des serviettes lavables et que vous arriviez sur un article hyper long par surprise. Mais comme je sais que les articles longs ne sont pas très bien sur internet parce que personne ne lit, j'ai décidé de vous simplifier la tâche en vous faisant un sommaire cliquable, comme ça vous pouvez aller sur les parties que vous voulez, dans l'ordre que vous voulez, ou même en zapper carrément certaines (je ne serai pas vexée, promis-juré-craché !).

Pour tout vous dire, à la base, je voulais seulement parler de serviettes lavables. Mais une pensée est née dans ma caboche – pas du même genre que celle de 4h du mat' quand je me demande si, en proportion, les girafes fabriquent autant de sang que nous dans une journée (véridique xP). Je me souviens, quand j'étais en Licence, avoir demandé à mon professeur d'Histoire moderne comment les femmes faisaient quand elles avaient leurs règles. Réponse : des chiffons. Donc, en songeant aux serviettes lavables, je me suis fait la réflexion que, avec ce genre de protection, nous revenions à ce que l'on faisait avant. Et, de là, j'ai mené des recherches. Et, de là, je me suis éloignée de mon sujet principal. Et, de là, je me retrouve obligée de vous faire un sommaire cliquable... ahem. [Edit : il ne fonctionne pas, je travaille dessus].

♦ Peur des règles, tabous modernes, et super-pouvoirs
     • Crainte ancestrale...
     • ...tabous d'aujourd'hui
♦ Les protections hygiéniques avant les serviettes jetables
♦ J'ai testé les serviettes lavables
     • Mes règles et moi
     • Mon expérience avec les serviettes lavables
♦ Biblio

Donc, en résumé : j'ai cherché comment on faisait avant, puis de fil en aiguille je suis tombée sur des recherches de scientifiques sur la considération des règles. Si ça ne vous intéresse pas, vous pouvez sauter ces parties (je ne vous en tiendrai pas rigueur, promis-juré-craché !). Comme d'habitude dans ce genre d'article, ma bibliographie sera à la fin (si vous n'avez pas accès à certains articles sur Cairn, je pourrais vous filer un coup de main, mais en principe tout est accessible).


Peur des règles, tabous modernes, et super-pouvoirs


Crainte ancestrale...


Dans beaucoup de cultures et beaucoup d'époques un petit peu partout autour de la planète, le sang des règles n'était pas bien vu. Je me souviens en Licence qu'une prof d'Histoire contemporaine (prof géniale, soit dit en passant) nous avait expliqué que les hommes versent le sang en combat ou à la chasse et que ça fait d'eux des guerriers et grosso modo les protecteurs de la communauté. Tandis que les femmes versent du sang toutes seules et que c'est ce qui contribue à les placer toujours dans la famille, la maison, le soin des autres, etc.

À Babylone, par exemple, on pense que les femmes réglées contaminent et détruisent tout ce qu'elles touchent, et dans la loi d'Hammourabi les rapports sexuels avec une femme en période de menstruation coûtaient la vie. Au Moyen-âge il est considéré comme un pêché de rentrer dans une église quand on a ses règles. On pense que les vapeurs du sang sont la cause de lésions mentales telles les amnésies ou la stupidité. On pense aussi qu'il peut faire tomber malade voire tuer (si on se baigne dedans, par exemple – ce qui est quand même une drôle d'idée). Mais le sang des menstruations n'est pas le seul à être vu comme un poison à cette époque : c'est aussi le cas du sang des hommes roux et des lépreux.

Que le sang menstruel puisse tuer si on se baigne dedans ou faire faner les fleurs, ce sont de drôles de croyances mais, quand même, ma préférée, c'est quelque chose qui est rapporté par Pline l'Ancien (†79) : "les averses de grêles, les tornades de vent s'écartent si le fluide menstruel est exposé à un éclair et les tempêtes ne s'approchent pas. Si la menstruation coïncide avec une éclipse de lune ou de soleil, les dégâts sont irrémédiables". Personnellement, je sais pas vous, mais j'ignorais que j'avais ce genre de pouvoirs magiques...

Cette peur viendrait du fait que l'on ne savait pas ce qui causait les règles – même si les hindous savaient déjà que ça venait de l'utérus – mais aussi du fait que les religions sont passées par-là (on y vient) (je tease pour vous tenir en allène ! :P)

...tabous d'aujourd'hui


On a beau dire que les règles ne sont pas sales, ce n'est pas toujours aussi simple, et ce leitmotiv n'est pas aussi vieux qu'on pourrait le croire. Par exemple, il y a quelques jours, j'étais sur le stand d'un festival et une jeune femme est venue nous demander, gênée et à voix basse de crainte d'être entendue par la gent masculine, si nous n'avions pas des serviettes. Alors que bon, dans les faits, on s'en fiche s'ils entendent, après tout si leur mère n'avait pas eu ses règles ils ne seraient pas nés... mais en fait ben... ce n'est pas si facile.

Aurélia Mardon s'est penchée sur les premières règles des adolescentes. J'émets une petite réserve sur certaines choses qu'elle dit mais sa recherche est intéressante. Ce qui ressort des enquêtes c'est que les adolescentes qui n'avaient pas été informées des règles au préalable vivent très mal leur apparition et les considèrent comme de la saleté (j'imagine sans mal les problèmes que ça cause dans la construction de son identité et du rapport à son corps). Ce qui ressort aussi c'est que c'est une marque de maturité, de féminité, mais que cette conception ne fait pas oublier l'aspect négatif et notamment le fait qu'il faille se dissimuler.

C'est un peu là que je ne suis pas tout à fait d'accord dans la mesure où, oui, on dissimule ses règles – enfin moi en tout cas je n'aime pas quand on sait que je les ai – mais je pense que ce n'est pas que une question de souillure ou de quoi que ce soit dans le genre : c'est aussi que c'est intime et que le monde entier n'a pas à savoir que je me vide de mon sang tel ou tel jour de l'année...

Dans les traités éducatifs sur l'adolescence on remarque qu'il est toujours demandé de cacher ses règles, éviter les traces et les odeurs, et de laisser traîner ses protections, cela par "savoir-vivre" et "respect vis-à-vis d'autrui". Une mère disait dans un entretien qu'elle répétait à sa fille de ne pas laisser de trace de son passage dans la salle de bain parce que "en plus il y a son frère" : les règles doivent être dissimulées aux hommes. Et c'est ainsi que l'on peut répondre à une remarque faite par commentaire sur le dernier article de Yatuu et qui s'étonnait : "ca ne devrait meme pas etre un sujet tabou car quad t adulte genre ben tu sais que les femmes les ont". Oui, on sait. Mais ça reste mystérieux, un "truc de gonzesse" dont on ne sait rien à part qu'elles sont là. Et j'en veux pour preuve que, à la télé, les règles sont bleues ! Drôle d'idée !...

Mais surtout, c'est oublier qu'encore aujourd'hui, par exemple au Népal, des femmes sont rejetées dans des granges lors de leurs règles, car elles sont alors considérées comme impures. National Geographic y avait consacré un article dans un numéro il y a quelques années


Les protections hygiéniques avant les serviettes jetables



À Babylone, en Égypte, et en Grèce antique on insérait des protections hygiéniques dans le vagin. Tout cela a été arrêté par les grandes religions qui considéraient cela comme un pêché. De là, la réponse de mon prof d'Histoire moderne sur le fait que l'on utilisait des chiffons. La journaliste Renée Greusard a écrit un article sur le sujet pour le Nouvel Obs et raconte que la grand-mère d'une de ses amies utilisait des linges cuits dans des grandes marmites pour les laver et étendus à la vue de tous. Pas terrible pour l'intimité, quand même.

Vers la fin du XIXème on passe à des choses un peu plus pratique : un linge tenu par une ceinture en caoutchouc (qui a quand même un peu des allures d'instrument de torture). En 1929 on commence à inventer le tampon, mais il ne rencontre pas de succès. En 1920 la première serviette hygiénique lavable est inventée. Il faut attendre 1963 pour que les premières versions jetables soient commercialisées en France. Dix ans plus tard apparaît la bande adhésive sur ces serviettes, et les rabats en 1991 seulement !

J'ai beaucoup résumé mes recherches, donc je vous invite à farfouiller dans ma bibliographie et notamment la deuxième entrée ! ;)


J'ai testé les serviettes lavables


Mes règles et moi


Bon, d'abord, mes règles et moi, on n'a pas toujours été sur la même longueur d'onde, c'est le moins qu'on puisse dire. Ça a mal commencé : je déteste les avoir. Je n'ai aucun souvenir de mes premières règles à part une image vague d'un crachotement à la couleur incertaine, et aucune idée de ce que j'ai pu penser ou ressentir à ce moment-là. Je déteste avoir mes règles et pourtant j'aime le sang, joli paradoxe que celui-là. Je déteste avoir mes règles, alors même qu'elle ne sont ni particulièrement abondantes, ni particulièrement douloureuses. Leur seul vrai défaut est qu'elles ne tombent jamais le même jour et toujours sans prévenir (merci bien). Donc mon sentiment un peu négatif a été renforcé par le fait que c'était à chaque fois une surprise, mauvaise et regrettable.

Les serviettes, ça m'a vite saoulée, déjà ça coûte son prix, en plus maintenant ils mettent du parfum, c'est affreux (merci Vania qui ne le fait pas sur tous ses modèles) et surtout stupide... qui mettrait du parfum sur une partie du corps aussi sensible ?! Puis on n'en a franchement pas besoin... Bref. À un moment donné je suis passée à la coupe menstruelle. Modèle pas adapté ou nullité de ma part, je n'ai jamais réussi à la mettre correctement sans que ça finisse par me faire mal, en dépit de toute ma bonne volonté et de mes contorsions dans les diverses positions conseillées pour l'insérer. J'ai fini par en avoir mare, j'ai dit merde et j'ai repris mes serviettes jetables. Sauf que.

Sauf que moi, depuis un numéro assez récent de National Geographic sur le plastique, j'ai décidé de réduire drastiquement ma consommation de plastique. Or, les serviettes jetable, c'est bien gentil, mais ça fait beaucoup de déchets sur Terre pour une seule personne. Donc j'ai commencé à m'intéresser aux serviettes lavables.

Mon expérience avec les serviettes lavables


Je me suis tournée vers la marque Hannahpad, à l'instinct et en profitant d'une offre découverte : vous achetez une serviette et les frais de port sont offerts. J'ai tenté le coup avec un peu d'appréhension vu qu'elles sont quand même assez chères et que j'avais un peu peur que la qualité ne soit pas au rendez-vous. Appréhension balayée à l'ouverture du paquet.

C'est un très beau produit. Je trouve que ce n'est pas forcément dit dans les articles de blogueuses que j'ai pu lire, mais c'est un très beau produit. Par exemple les petits machins qui servent à ce que les serviettes adhèrent à la culotte sont disposées en forme de petites fleurs. Alors oui, en vrai, on s'en tamponne carrément, parce que de toute façon personne ne le voit, mais dans les faits ça participe à cette impression de beau produit, fignolé et bien foutu. Je ne sais pas quelle marge se fait Hannahpad, s'ils pourraient nous les vendre sept euros et gagner leur vie, et s'ils nous arnaquent sur le prix, mais en tout cas je n'ai pas été déçue d'avoir mis ce prix-là (18 euros) quand j'ai ouvert le paquet.

Non-déception qui s'est confirmée à l'usage : ça ne bouge pas ! du tout ! Les petites fleurs adhérantes et les rabats avec bouton-pression suffisent à ce que ça tienne. Mon test étant concluant j'ai pris un coffret et j'ai donc pu tester sur la longueur, dont la nuit. Il faut savoir que je bouge pas mal dans mon sommeil et que les jambes sont la partie que je bouge le plus. Du coup j'avais l'habitude de serviettes qui se décrochent, se plient, et à me retrouver le matin à en avoir foutu partout. Le miracle s'est produit : les serviettes Hannahpad tiennent pendant mes nuits. Donc, pas de problèmes de ce côté-là. Je suis un peu frustrée de ne pas avoir pu les tester pendant mes séances de sport, mon emploi du temps universitaire actuel ne me l'ayant pas permis (merci les réunions à 20h...).

Mon premier passage aux toilettes après avoir portée ma serviette de test pendant quelques temps a été un peu surprenant. Déjà, ça sent le sang. Normal, me direz-vous, puisque c'est juste du coton et pas des produits chimiques et du parfum, mais je ne m'étais pas fait la réflexion. Cependant ça ne me dérange pas du tout. Mon problème principal a été de savoir combien de temps je pouvais en porter une avant de devoir en changer. Je n'ai pas vraiment répondu à cette question, je fais à l'intuition et ça marche très bien comme ça.

Je sais que certaines femmes ont un peu peur de l'étape du lavage et c'est vrai que ça ressemble un peu à la scène d'un film où le meurtrier nettoie ses vêtements imbibés dans le lavabo de la salle de bain de l'hôtel tout pourri où il s'est planqué... Personnellement ça ne me pose pas du tout de problème, et il faut voir aussi que le sang part bien et assez facilement, donc ça ne dure pas très longtemps. J'ai pris l'habitude de faire couler l'eau dessus en même temps que je frotte avec un vrai savon de Marseille. J'ai un peu peur de les abîmer à chaque fois que je fais ça et de déformer les coutures, mais ça a l'air d'aller et puis à un moment donné il faut bien frotter !

Hannahpad vous livre votre colis avec un détachant naturel que je n'ai à ce jour pas testé. Certes, il reste quelques traces sur les serviettes après lavage mais très sincèrement c'est presque rien et ça ne me dérange pas. Après tout ce sont les miennes, je ne vais ni les montrer ni les prêter, je ne pense donc pas nécessaire de détacher à chaque fois. Je pense que je le ferais tous les quatre, cinq, six mois peut-être, ou si je remarque à l'usage qu'elles sont plus rouges que blanches mais pour le moment le nettoyage avec le savon seul me convient.

La marque met en garde sur le fait de bien les sécher, près d'un radiateur ou au soleil, et d'expérience j'insiste. Il faut savoir que je vis dans un appartement aussi mal fichu que mal exposé, avec un radiateur électrique sur lequel je ne peux rien poser et à un endroit où il n'est pas facile de faire sécher quelque chose devant. Du coup, le séchage, ce n'est pas une mince à faire. Les serviettes doivent être lavées avant utilisation. Je l'avais donc fait en recevant mon coffret. Les pensant sèches, je les avais pliées et rangées. Pas de chance, l'une d'elle était apparemment encore un peu humide et des tâches de moisissures sont apparues (que ni le vinaigre, ni le dentifrice, ni le bicarbonate de soude, ni le savon de Marseille, ne sont parvenus à faire partir donc si vous avez des idées, je prends !). Du coup... faites mieux que moi ! Parce qu'à ce prix-là, en plus, il vaut mieux pas que ça arrive à chaque fois.

Le coffret que j'ai choisi contenait cinq serviettes. En faisant bien sécher (j'ai mis en place toute une installation hyper pratique (tu parles...) pour ce faire) on peut tourner sur quatre, je pense. Elles sèchent assez vite, je trouve, mais du coup attendez-vous quand même à avoir une ligne d'étendoir rempli de serviettes à diverses étapes de séchage.

Dans tous les cas j'en suis très contente et je pense que vous pouvez y aller sans crainte, que ça soit pour des raisons de santé, des raisons économiques, ou des raisons écologiques ! Je pense avoir tout dit mais si vous avez des questions, foncez ! ;)

*
*     *


♦ Aurélia Mardon, « Honte et dégoût dans la fabrication du féminin. L'apparition des menstrues », Ethnologie française, vol. vol. 41, no. 1, 2011, pp. 33-40 (a priori dispo sans connexion).
♦ Renée Greusard, « Ceinture en caoutchouc, chiffons : l'histoire méconnue des règles », Nouvel Obs/Rue89.
♦Gisèle Harrus-Révidi, « Bleu comme les règles ou de l'obsession aristotélicienne », Champ psychosomatique, vol. no 40, no. 4, 2005, pp. 7-10 (a priori dispo sans connexion).
♦ Marie-Claire Célérier, « Le sang menstruel », Champ psychosomatique, vol. no 40, no. 4, 2005, pp. 25-37 (a priori dispo sans connexion).
♦ Franck Collard, « Le poison et le sang dans la culture médiévale », Médiévales, 60 | 2011, 129-155 (accès en libre lecture).
♦ Anne Xaillé, « Petite histoire des règles et des protections périodiques », Le Journal des femmes.

En bonus si ça vous intéresse :
♦ Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti, « Du sang et des femmes. Histoire médicale de la menstruation à la Belle Époque », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 14 | 2001, 14 | 2001, 207-229.

jeudi 26 septembre 2019

Ce que le sport m'a apporté

Source – Sebastien Salom-Gomis \ AFP

Je n'avais pas envie d'écrire un article triste, où j'expose encore le filet de mes problèmes psycho-existentiels. Ça va venir, parce que j'ai encore des choses à raconter sur mon rapport au corps, mais aujourd'hui j'avais envie d'être positive et de parler d'une avancée plutôt que d'un recul ou d'une stagnation. Et je pense que ça tombe bien parce que même pour vous ça doit être un peu agaçant de toujours lire la même chose... Alors aujourd'hui je vais vous parler de comment le sport a changé ma vie (au moins).


Le sport et moi



Je n'ai jamais aimé le sport. Jamais. Parce que j'étais très nulle, que ça fatigue, et puis, chose que j'avais oubliée, parce que ça fait transpirer. Ce sont mes parents qui, au cours d'une discussion il y a quelques années, m'ont rappelé ça et j'étais très vexée qu'ils me voient encore comme ça alors que c'était quelque chose que j'avais dite quand j'avais douze ans. Mais le fait est que je n'ai jamais aimé le sport. Encore moins la piscine – étant donné que j'ai failli me noyer – à laquelle j'ai échappée au lycée grâce à mes oreilles fragiles (et une réussite à persuader mon médecin traitant du nécessaire d'une dispense). Le sport, c'était mettre en mouvement, je pense, un corps que je n'aimais pas ; mais aussi avoir des interactions sociales pas évidentes avec des gens avec lesquels je n'étais pas spécialement amie, surtout au lycée.

Pendant une (très) courte période j'ai essayé de faire du jogging. C'était terrible. Courir pour courir, très franchement, ça ne m'a pas plu du tout. J'ai dû le faire deux fois, puis j'ai laissé tomber. Aucune discipline ne m'intéressait. J'avais fait un peu d'escalade en EPS dans mon second lycée, j'avais adoré, mais je n'ai jamais sauté le pas car, vous comprenez, on ne commence pas un sport à dix-sept ans : un sport, ça se commence enfant. Je me suis intéressée au saut à la perche, aussi, mais ils ne prenaient plus de débutant au-dessus de quinze ans – une preuve de plus qu'on ne commence pas un sport à l'adolescence.


Nouvelle ville, nouvelle vie



Il y a deux ans j'ai changé de ville pour mon service civique. J'allais vivre toute seule, à mon rythme, et je me suis donc dit que j'allais me mettre au sport. Aussi parce que, chez mes parents, c'est très bête à dire, mais je n'aime pas sortir parce que j'aime pas la question "tu sors ? tu vas où ?" même si elle n'est posée s'en reproche ni rien de négatif du genre mais simplement à titre informatif. Je crois que j'ai l'impression qu'on va juger ma sortie (oui, c'est bête). Et avec le sport, c'est pire, comme ça touche à ce que je vais faire de mon corps, que ça me met face à mes limites physiques et psychologiques. Mais, vivant toute seule, cet obstacle disparaissait.

Je suis donc allée voir la liste des associations sportives de la ville sur le site de la mairie. Rien ne me tentait vraiment mais j''ai découvert l'aïkido et quand je suis allée voir des vidéos sur internet j'ai réalisé que c'était exactement ce dont j'avais besoin. Pour ma coordination, j'ai pensé. Au bout de quelques jours j'ai enfin songé que j'allais devoir toucher des gens et me laisser toucher par des gens.  Ce que je déteste. Oups. Mais je ne pouvais plus vraiment reculer, alors j'ai sauté dans le schmilblik.

J'ai adoré, mais le démarrage a été difficile à cause de ma caboche détraquée. Par exemple, si j'arrivais en retard en bas du bâtiment, je rebroussais chemin, étant entendu qu'arriver en retard c'est déjà tout pourri mais à un cours d'art martial, en plus, c'est vraiment pas possible. Des fois, je n'y allais pas, car j'étais fatiguée ou j'avais pas envie, et je m'en voulais beaucoup pour ça. Du coup, j'y allais pour ne pas m'en vouloir de ne pas y être allée (ça s'appelle la régulation introjectée, en psychologie, et c'est très mauvais car c'est une motivation extrinsèque, c'est-à-dire extérieure à vous).

Mais en changeant encore de ville pour mes études, j'ai décidé de continuer l'aïkido et j'ai dû choisir une autre discipline pour une unité d'enseignement facultative. J'ai choisi le volley, et j'ai repris cette année. J'ai aussi ajouté l'escalade (pas encore commencée).


Réappropriation du corps



L'année où j'ai commencé, il s'est déjà passé un truc très bizarre. Quand je revenais de la séance et que je me déshabillais pour aller me doucher, j'étais capable de le faire dans le salon alors que d'habitude je suis incapable de me mettre nue hors de la salle de bain, y compris dans ma chambre et y compris pour me mettre en pyjama : quand je me change je fais toujours en sorte de porter toujours au moins un vêtement. C'était vraiment bizarre, pour moi.

Ce mois-ci j'ai repris le sport après six mois de pause. J'ai commencé par l'aïkido, puis j'ai repris le volley, et je vais rajouter l'escalade par-dessus. J'ai choisi d'y aller progressivement car tout à la fois alors que je suis en jachère depuis une demi-année ça ferait quand même beaucoup. Ces derniers jours, j'ai eu une sensation nouvelle très étrange aussi pour moi : j'ai davantage conscience de ce que je fais en comparaison de d'habitude. Par exemple, au volley, je sens que je ne décolle pas mes pieds du sol (ce qui rend n'importe quelle manchette difficile à réaliser et fait perdre beaucoup de ballons...). À l'aïkido j'ai l'impression que je me rends mieux compte des distances et de mes déplacements. Pour moi, c'est étrange, car habituellement je ne sais pas trop situer mon corps, même mes pieds alors qu'ils touchent le sol. Mes mains et mes bras ça peut encore aller, car je les vois. Le reste, c'est un peu un tas que la plupart du temps je ne peux pas placer.

Je me rends compte aussi que je m'améliore (et que donc tout n'est pas perdu). Mais ça me met aussi face à mon manque de confiance en moi, alors que les autres peuvent parfois me renvoyer l'image d'une fille trop sûre d'elle au point d'être méprisante. Je dois composer avec la peur de mal faire. Je dois aussi composer avec ma nullité. Car, si j'ai compris la théorie, comme j'ai peu conscience de mon corps et peu de coordination, la pratique est plus compliquée. Dès qu'un enseignant me fait une remarque, ma première réponse est "oui, je sais, mais".

Ça me met aussi face à mes blocages. Par exemple, en aïkido, le cri (dont j'ai oublié le nom) fait partie de la pratique, il doit s'entendre. Mais, moi, je suis incapable de crier, et quand le prof dit "plus fort" et que j'essaye de me forcer, j'en ai presque les larmes aux yeux tellement ça ne veut pas. Alors que par ailleurs, dans la vie, quand je m'énerve, je peux élever vite la voix.

Mais le sport me permet aussi de ne plus penser, moi qui ai toujours un petit vélo dans la tête. C'est particulièrement vrai avec l'aïkido.


Relations sociales



C'est très bête à dire mais, quand on fait du sport, on rencontre des gens. C'est d'autant plus bête à dire que je pense que les autres pensent que je ne participe pas assez. Par exemple je ne vois pas ces personnes en dehors des séances, je ne vais pas prendre de verres, etc. Ça limite donc le temps pour discuter et apprendre à se connaître. Mais, pour moi qui ne suis pas très sociable et très casanière, c'est déjà beaucoup et c'est bien suffisant pour remplir mes besoins de discussions informelles et de rigolades.


Des fois, dans les articles lifestyle, on lit des choses comme "mettez-vous au sport" sur le thème de se forcer un peu et de se faire violence. Mais, pour se mettre au sport, il faut "le sentir". Trouver, instinctivement, je dirais, la discipline qui nous ira. Et, surtout, s'y mettre au moment où l'on est prêt, et pas se forcer pour espérer en tirer quelque chose. Quand on se force, ça n'amène rien. Je dirais même que c'est contre-productif. La motivation doit être intrinsèque. Des motivations intrinsèques, il y en a trois types : la motivation à la connaissance, la motivation à l'accomplissement, et la motivation à la sensation. Le reste, c'est le mal. (Bon, en vrai, c'est un peu plus compliqué, la motivation extrinsèque peut donner un coup de pouce, mais elle ne doit pas être le moteur).

On peut commencer le sport tard. D'ailleurs, l'une des personnes du club d'escalade, rencontrée l'année dernière pour un projet de cours, a commencé dans la quarantaine, il me semble.

Quoi qu'il en soit, parlez-moi de votre rapport au sport, je suis bien curieuse ! :)

mercredi 4 septembre 2019

Confiance en soi

Source – Rufus Gefangenen
Il y a quelques jours l'un de mes moniteurs de conduite, à la fin de l'heure, m'a dit qu'il pensait que si je n'y arrivais pas c'était parce que je manquais de confiance en moi et que j'avais peur ; peur de mal faire, peur d'abîmer la voiture, peur de faire une bêtise... Je crois que dans le fond c'est assez vrai. C'est bizarre d'ailleurs parce que je sais que je peux renvoyer l'image d'une fille méprisante qui se trouve plus importante que tout le monde. Alors que dans le fond ce n'est pas ça.

Je vous avais parlé de mon discours intérieur qui ne dit jamais "je" pour autre chose que critiquer et du fait que, si le discours intérieur peut servir la personne, il peut aussi lui nuire. Je pense que dans le fond il existe une sorte de cercle vicieux où mon manque de confiance en moi influence mon discours intérieur et où, en retour, mon discours intérieur influence mon niveau de confiance en moi. Le discours intérieur a valeur de discussion pour le cerveau. Ce qui signifie que quand je me dis que je suis trop nulle c'est comme si quelqu'un d'extérieur me disait que je suis trop nulle. Or, on a tous déjà je pense un peu expérimenté le fait que quand une personne répète certaines choses à une autre, cette seconde personne finit par y croire. Du coup, j'ai un double travail à faire sur mon discours intérieur. Le premier n'était déjà pas bien simple alors celui-là...

Dans une de ses hypnoses sur la confiance en soi (on avait parlé du fait que des hypnoses très générales comme celles-là n'étaient pas forcément bonnes, du coup je fais attention maintenant à ce qu'elles produisent sur moi et je n'utilise pas celles qui ont un mauvais effet sur ma respiration), Benjamin Lubszynski invite notre inconscient à se débarrasser de quelque chose qui empêche la confiance en soi et cite des exemples. Il cite notamment des ruminations sur la qualité de ce que l'on est en tant que personne. Je pense que dans mon cas, et étant donné l'état déplorable de mon discours intérieur, il y a de fortes chances que ça vienne de là. Il y a quelque jours je vous disais que beaucoup de mes problèmes sont enchevêtrés. Eh bien ça se vérifie encore ici. Dans l'introduction d'une hypnose sur la colère, Benjamin Lubszynski dit que la colère peut venir d'un manque de confiance en soi. La boucle est bouclée.

Je pense aussi que, quoi qu'on en dise, le physique a sa part d'importance et que la part de confiance que l'on a en notre physique joue de manière assez grande dans notre niveau de confiance en soi. Quand ma tante, qui fait de la photo, a voulu me tirer le portrait, j'étais moyen sûre, parce que je déteste être prise en photo ; mais je me suis dit que ça me forcerait à me voir sur une photo et donc de l'extérieur et que donc peut-être j'aurais un autre regard sur moi et que ça m'aiderait à me réconcilier avec mon image. Tu parles !... "J'suis trop laide !" que je me suis immédiatement dit, déçue de la triste réalité et que mes attentes n'aient pas été exhaussées (même si je sais que l'on ne se voit jamais tel que l'on est).

Je n'ai pas fait de recherches (ou plutôt je n'ai trouvé aucun article pour répondre à ma question) donc ce que je m'apprête à dire relève davantage de l'intuition que de la réalité scientifique, mais j'ai cette idée que le niveau de confiance en soi peut aussi être influencé par notre niveau de confiance en les autres. Si on est capable de faire confiance en les autres alors quelque part, comment dire... plutôt disons que si les autres nous prouvent qu'on a eu raison de leur avoir fait confiance et que l'on a eu raison sur notre jugement sur eux, alors on prend confiance en nous parce que l'on a réussi à établir un lien avec quelqu'un et que l'idée que l'on se faisait de ladite personne était à peu près juste. Mais on pourrait aussi se dire que je construis cette réflexion pour tenter de trouver des explications à mon manque de confiance en moi ou même de prouver par A + B que je n'ai pas confiance en moi, donc dites-moi si mon raisonnement vous paraît absurde, surtout !

Je crois surtout que les mécanismes de la confiance en soi sont hyper complexes et qu'ils mettent en mouvement beaucoup de choses différentes. Alors disons que pour commencer, agir sur mon discours intérieur ne me fera pas de mal. Cependant il ne faut pas tomber dans l'excès inverse, puisque la pensée positive n'a pas que des bénéfices et qu'on n'a droit à des coups de mou (sauf que moi, les coups de mou, c'est tout le temps xD).

samedi 24 août 2019

Détresse affective

Source – A_Peach
Plus ça va et plus je découvre que mes "nœuds" psychologiques (pour ne pas dire problèmes) sont tout enchevêtrés (ce qui ne devrait pas me surprendre). Par exemple, il y a quelques temps je vous disais que je m'imaginais de temps en temps ce que ça ferait d'avoir un petit ami, parce que finalement c'est la seule relation que je n'ai pas expérimentée et que donc il n'y a que la figure du "petit-ami" qui n'ait pas encore trahi ma confiance. Mais sans doute est-ce aussi parce que je suis en situation de détresse affective.

J'ai entendu une fois que les personnes distraites pouvaient être en détresse affective. Et il est peu dire que je suis distraite. Je me rends dans une pièce pour faire quelque chose, je suis interpellée par autre chose et je retourne dans la première pièce sans avoir fait la chose pour laquelle je l'avais quittée. Je décide de faire de la pâtisserie, je dois sortir la farine et les œufs, je sors la farine, je relis ce que je dois sortir, je sors le sucre, et finalement il s'en sera fallu de peu pour que la pâte ait été achevée sans les œufs. Je manque de ranger dans le frigo des choses qui n'ont rien à y faire. Etc., etc., etc. Bizarrement, quand j'ai entendu que les personnes distraites pouvaient être en détresse affective, ça m'a refait penser à un article que j'avais lu sur ce que nos positions de dormir peuvent dire de nous. Donc je suis allée jeter un œil de nouveau.

Tous les articles ne disent pas la même chose, du coup c'est difficile de savoir quel crédit leur donner, mais ils s'accordent pourtant sur quelques éléments. Les positions que l'on adopte pour dormir traduisent notre état d'esprit émotionnel (Olga Ciesco). Par exemple, le fait de mettre ses mains sous l'oreiller, c'est pour se rassurer ou parce que l'on a besoin d'affection. Ou la position fœtale pour la protection.

Source – Mrs Airwolfhound
Bien sûr, si j'y prête de l'attention, c'est aussi parce que je sens en moi que je ne suis pas satisfaite de ma vie affective, et que ces choses-là ne font que corroborer une intuition. Dans le fond ce n'est pas très étonnant que je souffre de détresse affective, dans la mesure où je n'ai confiance en personne et où je me suis coupée de mes émotions.

Une fois, j'avais invité une psychothérapeute à une émission radio, et, à la fin, je lui avais demandé les raisons pour lesquelles on pouvait ne pas avoir beaucoup de souvenirs de son enfance. Elle m'a dit que ça pouvait être dû à un traumatisme (ce qui n'est pas mon cas), ou qu'on pouvait avoir vécu une enfance sans grand intérêt, ennuyeuse, qui ne permettait pas forcément le souvenir (ce qui n'est pas vraiment mon cas non plus dans la mesure où mes parents nous ont quasiment toujours amenés en vacances et qu'on faisait quand même pas mal de choses). Elle m'a donnée une troisième raison que j'ai oubliée, puis on s'est saluées et elle est partie. Et, un peu plus tard, elle m'a recontactée pour me dire qu'elle avait oublié quelque chose : on peut ne pas avoir beaucoup de souvenirs de son enfance quand on s'est coupé de ses émotions.

Alors, quand on est coupée de ses émotions, qu'on a peu de souvenirs de son enfance, qu'on ne fait pas confiance aux autres, que personne ne nous manque et que l'on s'inquiète peu pour les autres, ce n'est pas vraiment étonnant que la détresse affective suive, je pense. Pour avoir une relation avec quelqu'un, amoureuse ou amicale, il faut s'ouvrir à l'autre (personne ne s'ouvre à quelqu'un qui se s'ouvre pas à son tour ; on ne se montre pas vulnérable à quelqu'un qui ne fait pas part de ses faiblesses). Comme je ne m'ouvre à personne, personne ne s'ouvre à moi, ce qui signifie zéro relation forte avec qui que ce soit, ce qui amène (nécessairement ?) à la détresse affective...

Tout ça est un sac de nœuds...

vendredi 23 août 2019

Forêt et calme intérieur


Ce matin, je me suis levée en même temps que le soleil, et je me suis rendue dans une espèce de forêt proche de chez moi. Je voulais attraper l'heure dorée avec mon appareil photo. Mais j'en avais surtout besoin pour me détendre. Je suis du genre à ruminer, à avoir un petit vélo dans la tête qui pédale encore et encore, fait du surplace et dont les réflexions n'amènent à rien d'autre que de l'anxiété, du stress, et du manque de sommeil. C'est comme si mon cerveau refusait de s'éteindre, et il arrive que même l'ASMR ne puisse rien pour moi. La méditation n'en parlons même pas, je suis incapable de me concentrer ! Je ne saurais pas dire si ça s'est empiré depuis que je ne fais plus de sport, ou même si c'est juste revenu à la normale ou même si le sport avait amélioré l'état de mes ruminations, mais je pense que reprendre des activités à la rentrée me fera le plus grand bien.

Comme l'heure dorée est ma préférée, parce que la lumière y est chaude et fait des contrastes agréables, je suis allée me calmer au saut du lit.


Quand de retour à l'arrêt de bus toujours désert j'ai regardé l'heure, je me suis rendue compte que j'y avais passé plus de temps que ce que j'avais estimé. Mais surtout, j'étais bien. Ça m'a refait penser à un article que j'avais lu dans National Geographic magazine il y a quelques années, sur les bienfaits de la nature. Il s'agit d'un article que Florence Williams a écrit pour le numéro de janvier 2016. En fait, la science a prouvé que se balader dans la nature diminue le taux d'hormones du stress dans le sang, et améliore les performances cognitives. Quand une fenêtre donne sur des arbres  et de l'herbe, les personnes guérissent plus vite à l'hôpital, et ont de meilleures notes à l'école. Mais il semblerait aussi qu'elles soient moins violentes (ce qui tombe bien) et que la nature peut influencer "la façon dont on répartit son attention et la place que l'on accorde aux émotions négatives" (Georges Bratman) : on est donc moins durs avec nous-mêmes. Pour Yoshimi Miyazaki c'est parce que nos sens ont évolué pour comprendre les messages envoyés par la nature, et pas pour analyser un paysage urbain.

J'aime beaucoup la mer mais je pense que la forêt reste mon écosystème préféré. Je m'y sens bien.


Au contraire de la dernière fois, aucune photo n'est retouchée. Mais je dois encore apprendre à me fier davantage à mon histogramme qu'à mon moniteur... Il faudrait surtout que j'investisse dans un objectif de macro !

dimanche 11 août 2019

Filiation

Source – Muninn

Le fait est que je ressemble à mon père. Et ça me bouffe. Parce que, voyez-vous, mon père souffre d'un complexe de supériorité doublé d'un complexe de persécution à l'importance grandissante. Ce cocktail explosif le fait sortir de ses gonds pour tout et n'importe quoi, et considérer que tout ce que l'on dit ou fait est forcément contre lui. Par exemple il y a quelques temps il s'est énervé contre ma sœur pour je-ne-sais quelle raison. Quand je suis descendue voir ce qu'il se passait, il est redescendu peu de temps après. À peine j'avais fait un pas dans la pièce, sans soupire, sans grimace, sans aucune réflexion, qu'il a beuglé "quoi ?! qu'est-ce qu'y a ?! toi aussi t'as un truc à me reprocher ?! Nan, bah je m'inquiète pas, tu vas bien trouver !". On a aussi eu le droit à un truc du genre "vous êtes chiantes, vous me prenez pour un con, et moi je m'intéresse à vous malgré tout". Tout ça suivi d'insultes : forcément. C'était un peu trop, je me suis barrée en réclamant des excuses. Excuses que j'ai eu seulement parce que je les avais demandées. Voilà ce qu'est mon père. Et il paraît que je suis pareille. Que j'ai le même mode de fonctionnement. Ici se trouve ma hantise, mon fantôme, le genre de peur profonde que les personnages combattent dans les dessins animés, pour apprendre aux enfants qu'on n'est pas tous parfaits mais qu'on peut toujours s'améliorer.

Je ne peux pas cacher que je m'agace facilement même si finalement, et c'est sans doute encore pire, la colère qui semble transparaître de l'extérieur est beaucoup plus forte que celle que je ressens à l'intérieur. Ce n'est pas proportionné. C'est embêtant. Une colère juste est une colère qui se déclenche au bon moment et avec la bonne intensité. Je ne coche aucune des deux cases. Or, c'est important. Je ne suis pas contre la colère. On réprime la violence, mais c'est un piège : la colère peut être saine. Mais je sais aussi que ma colère est en réalité dirigée contre moi-même. Parce que je ne suis pas à la hauteur, parce que j'ai peur d'être médiocre, parce que j'ai l'impression que je pourrais faire plus (tout en sachant que je ne me foule pas non plus beaucoup, je n'étudie pas comme une acharnée, par exemple). Comme si j'avais l'impression d'avoir un potentiel inexploité qui me fait me sentir privilégiée, dirons-nous, tout en ne voulant pas partir à la recherche dudit potentiel par crainte qu'il ne soit qu'un mirage construit par ma caboche détraquée en proie à l'ambition.

Je sais, je sens bien, que ma colère est dirigée contre moi-même et d'ailleurs elle se manifeste de temps en temps comme ça. Quand je suis tout à la fois stressée, angoissée, en rongée par le sentiment d'être dans une impasse, comme si quelque chose allait se refermer irrémédiablement sur moi (alors que ce n'est qu'une construction née de mes émotions de l'instant et jamais objectivement le cas), quand j'ai l'impression que je n'ai plus de temps, il m'arrive de me frapper le front avec le talon de la main à coups répétés, parce que jeter quelque chose par terre n'est pas suffisant. C'est suffisamment fort pour que ma sœur, qui est dans la chambre jouxtant la mienne, ait déjà cru que j'avais tapé contre le mur. Je vous avais déjà raconté que mon rapport au corps, au mien surtout, est un peu détraqué. Eh bien ça se vérifie un peu tout le temps...

Je sais que ma colère est dirigée contre moi et j'ai l'impression confuse qu'elle est insondable. Un peu comme la colère déchaînée de Sekhmet, déesse lionne de l'Égypte antique que Rê, dieu du soleil, avait jeté contre les Hommes pour les punir de l'avoir regardé avec arrogance lorsqu'il devint un vieillard. Sekhmet échappe en quelques sorte à Rê et met tant à mal l'humanité que le dieu doit faire quelque chose pour l'arrêter et décide de la piéger avec de la bière. Se comparer à une déesse, ce n'est pas très gentil pour elle, mais c'est ce genre de colère sans fin ni véritable but que j'ai parfois l'impression de ressentir. Même si je ne me sens pas perpétuellement en colère – fort heureusement ! –, quand je le suis, c'est parfois l'effet que ça me fait. Sauf que moi, je suis livrée à moi-même et n'ai pas de Rê pour me soûler haha ! :)

Je sais que, la seule voie de sortie, c'est la psychothérapie, qui me fera le plus grand bien, d'autant que quand je dis à ma mère que j'essaye de m'améliorer, la seule réponse que je reçois c'est que ce n'est pas possible. Great ! On avance !

Tout n'est pas perdu. Dans la pensée égyptienne il est impossible d'être totalement bon ou totalement mauvais et même Sekhmet la Puissante a ses heures de gloire, ayant défendu Rê contre ses ennemis. J'ai aussi l'avantage d'avoir suffisamment de recul sur moi. J'ai toujours cherché à m'analyser, à savoir le pourquoi du comment de mes réactions, même si évidemment, plus jeune, je touchais moins dans le vrai et avec moins de finesse. C'est une capacité que j'entretiens ; d'essayer de m'analyser, de comprendre comment je fonctionne, et pourquoi.