vendredi 10 juillet 2020

Tout plaquer pour élever des ânes

Source – Afonso Morais
Plus ça va, plus je me demande à quoi sert tout ça. Les voitures, internet, construire des parcs d'attractions... Je regarde les gens dans la rue se presser pour faire quelque chose, aller quelque part, alors que, dans quelques années, il ne restera rien de ça. Ils se dépêchent pour rien : rien de tout ça n'a une utilité, dans le fond. Je me suis même demandée pourquoi la Vie était venue sur la planète Terre. Je veux dire : est-ce que c'est comme une mauvaise herbe qui s'est mise là parce qu'elle en avait l'opportunité, ou est-ce que la Terre a besoin de la Vie pour son équilibre ?

Je ne sais pas si c'est une déprime passagère ou une profonde et lancinante lassitude, mais plus ça va et plus je me dis que j'ai bien envie d'aller me reclure du monde. Je regarde avec envie ces vieux monastères juchés sur un piton rocheux, en me disant que là, je serais bien tranquille, loin de toute cette agitation inutile et vaine qui nous entoure. Je crois que je suis lasse. Lasse de chercher à avoir un métier, lasse de courir, et qu'une vie monotone tout en haut d'un piton rocheux me conviendrait bien. C'est assez étrange, d'ailleurs, quand on y pense, parce que j'ai aussi un côté ambitieux qui fait que je me demande si je serais compétente si j'étais ministre, et que ça serait bien si je pouvais devenir une écrivain célèbre et reconnue, et la meilleure des préparateurs mentaux. Et pourtant, plus ça va, et plus je me dis que rien de tout ça ne sert à quelque chose et que j'aimerais bien m'enterrer dans un petit village de trois cents habitants et y vivre une existence paisible.

Dans mon article sur les métiers que je n'exercerai jamais, j'avais parlé je crois de ce doux fantasme d'élever des ânes de randonnée dans la Creuse. Mais en fait, c'est bien davantage un rêve qu'un fantasme. En Dordogne, plutôt que dans la Creuse ; une grande ferme avec des ânes de randonnée ; des randonnées théâtralisées et contées ; des maisons d'hôtes pour le reste de l'année ; des partenariats avec les écoles pour faire venir des enfants en mode "ferme pédagogique" ; des paysages magnifiques ; juste ce qu'il faut de vie sociale pour ne pas dépérir ; et des ânes, des chiens, des chats. Et c'est tout. Un coin tranquille pour écrire mes romans et les soumettre aux crocs acérés des maisons d'éditions. Et c'est tout. Un peu d'internet, parce qu'on ne fait rien sans internet, et que les réseaux sociaux c'est bien pour faire venir des gens faire des rando. Et des randos, des contes, et des ânes. Et c'est tout.

Du coup, happée par ce paisible rêve, je suis allée voir sur SOS Villages. Eh bien voyez-vous, il y a une ferme, dans le Puy-de-Dôme (pas vraiment la Dordogne) : des terres à louer et un cheptel de vaches à viande à acheter. Autant dire que je garde les vaches pour ma ferme pédagogique mais qu'elles ne verront jamais les néons clignotants des abattoirs lugubres et vivront bien vingt ans dans leur champ à se faire caresser le nez par des marmots curieux. Il ne manque plus que des ânes et quelques travaux. Oh, bien sûr, je ne suis pas stupide, je sais qu'il manque aussi toutes les démarches administratives pour avoir le droit d'exercer, tout le matériel pour monter les ânes – que je prendrais parmi des associations les ayant sauvés de propriétaires maltraitants et défaillants – ; et surtout, l'argent. Allez demander de l'argent à une banque pour un projet un peu fou quand vous avez vingt-quatre ans. J'ai intérêt de bien le monter, mon projet déjanté, mon doux rêve fantasmé.

Je me sens sur la brèche, comme prête à sauter le pas pour mieux échapper au poids des villes, de l'anxiété, de ma propre ambition qui me mène vers des scenarii idiots. Faut dire aussi que j'étais à la crémaillère d'une amie qui a acheté sa maison à crédit et la rénove. Belle maison, beau jardin, tout est grand et un instant je me suis demandée ce que je pourrais bien faire de tout cet espace, à sa place – mais les idées viennent vite ! Je n'étais pas jalouse, je suis envieuse. Je veux une grande maison, un terrain, et des ânes à n'en plus pouvoir les compter. Des ânes frisés, comme j'en ai vus passer à la télé.

Dans le fond, ça aussi serait un peu vain, il n'en resterait pas plus de traces que les courses dans les artères bondées et malodorantes du métro parisien, mais j'ai comme cette impression confuse que plus la vie est simple et plus elle a du sens. C'est comme une fuite. Une fuite pour se reconnecter et arrêter de courir.

Je ne sais pas si je vais sauter le pas. C'est que j'ai un plan bien rôdé, savez-vous, pour devenir préparateur mental. Je me suis même renseignée sur mes chances que mes candidatures soient acceptées en Diplôme Universitaire. Mais plutôt que d'économiser pour ça, cette envie me titille de dépenser mon argent pour apprendre à conter et me rendre à ma banque avec mon projet bien ficelé.

D'ailleurs, ça a même un nom, ce que je veux faire. Ça s'appelle ânier. S'il y a un nom, alors c'est que c'est possible, pas vrai ?

Je trouve mon article un peu déprimant x)
Mais quand même...

Je veux des ânes, et un cheptel de vaches à viande qui ne verront jamais la lueur terne du néon d'un abattoir sordide.

lundi 29 juin 2020

Journal d'écriture, mois 4

Source – Joyce McCown
Ce mois-ci, j'ai enfin (il y a quelques jours, en fait) franchi "l'arc" que je trouvais hyper compliqué et j'ai pu embrayer (un peu) sur la suite. Mais ces derniers jours, j'ai aussi sauté beaucoup de séances du fait de la fatigue qui a fait que je me levais trop tard pour écrire, ou qu'au contraire je doive me lever tôt pour aller sur Paris. Il y a donc du relâchement et ça ne me plaît pas du tout car j'ai l'impression que si je relâche trop la bride, le cheval va refuser d'avancer et que je me retrouverais à n'écrire plus qu'une fois par semaine comme avant, ou alors de manière très irrégulière. Donc il est plus que temps de corriger tout ça.

Ce qui est bien, en ayant enfin passé le passage qui me bloquait – du fait qu'il y avait beaucoup de personnages à gérer en même temps, une ambiance "d'assemblée" à retranscrire – c'est qu'il ne me restera plus maintenant (en principe) que des choses que je maîtrise relativement, avec peu de personnages à chaque fois, donc ça devrait le faire. Ce qui est moins bien, c'est que mon arc me mettait tellement de bâtons dans les roues que je n'ai pas vraiment pu penser à la suite, et je me retrouve donc un peu en panne sèche. D'autant que maintenant je suis dans une partie un peu plus "molle" niveau action. Donc, "ça devrait le faire" mais pas tant que ça.

J'ai toujours un problème de gestion avec le personnage qui devait être le principal et qui se retrouve un peu bouffé par les autres. En même temps, plusieurs personnages ont à un moment où à un autre un rôle important, et je pense que, compte tenu du fait que l'histoire se déroule dans une ville de taille modeste où plus ou moins tout le monde se connaît, et compte tenu aussi du fait qu'il se passe des changements très graves, s'il n'y avait que deux personnages qui agissaient, ce ne serait sans doute pas très réaliste. Pour le moment je continue dans cette ligne, en me disant que peut-être qu'en relisant – puis en faisant lire – je me rendrais compte que le personnage ne se fait pas "bouffer" mais qu'il prend juste une place différente.

Je me retrouve aussi confrontée à un problème dont je pensais pouvoir me débarrasser en écrivant tous les jours. Avant, au fil de l'écriture, j'inventais des anecdotes à mes personnages, des petits trucs sympa, que je finissais pas oublier puisque je n'écrivais pas pendant longtemps. Je pensais qu'en écrivant tous les jours ça s'améliorerait et que je n'aurais pas à revenir vérifier des choses aux chapitres précédents puisque toutes les informations seraient fraîches dans ma tête. Mais en fait pas du tout ! Déjà parce que, en écrivant tous les jours, j'avance vite, donc beaucoup d'informations entrent dans ma tête. Et puis parce que les personnages que ça concerne on ne les voit pas beaucoup. Et aussi parce que, même si c'est "frais" il y a des choses qui datent d'il y a... quatre mois ! J'essaye de ne pas trop m'inquiéter là-dessus et d'éviter les incohérences. La chance que j'ai c'est que généralement je me souviens bien des passages, ou des passages environnants, et de la manière dont je les ai écrit. Donc je peux faire une recherche dans Word avec un ensemble de mots que je pense avoir utilisés à ce moment-là. Du coup mes vérifications vont très vites !

Il m'arrive aussi de douter pas mal de la qualité de ce que j'écris et de craindre écrire comme mes "juste-comme-ça", les machin-choses que j'écris pour le plaisir sans rien en attendre et où je fais beaucoup moins attention au style puisqu'ils me servent surtout à tester des choses au point de vue "fond" de l'histoire, thématiques développées, etc. Quand je sens que c'est le cas, je continue quand même d'écrire, généralement. Mais ça m'embête parce que, pour un texte sérieux, j'ai besoin d'une base de qualité dès le départ.

Côté temporalité, je pense que je peux avoir fini fin-Août si j'arrête de sauter bêtement des jours et que je presse un peu le pas. Pour ça il faut que j'arrive à régler mes problèmes de sommeil pour être capable de me lever un peu plus tôt pour avoir une plage horaire plus importante dédiée à l'écriture. Paradoxalement, même si je pense qu'il est possible de finir dans deux mois, je ne pense pas que j'y parviendrais. Ça me stresse un peu parce que, si je travaille à Paris à la rentrée, j'aurais pas mal de trajet à faire et donc du temps en moins. Je serais aussi obligée d'écrire le soir, où je serais fatiguée et donc ma production perdra en qualité. Comme on approchera de la fin, et que les fins sont à soigner, ça tomberait vraiment mal... Mais j'essaye de ne pas trop y penser. Il me reste deux mois pour... plus de la moitié et ça fait quatre mois que j'y suis. À part ça, tout va bien !

Je pense aussi déjà à la manière dont je vais m'organiser pour la relecture. Mon soucis principal est de ne pas modifier le fichier de base, pour toujours avoir une trace de la première version, et pour ne pas truquer les statistiques de temps du fichier. Je pense donc créer une copie du fichier et faire ma relecture (orthographe + fond + forme) dessus. Puis, au moment de faire les corrections pour suivre les retours de mes bêta-lecteurs, je ferai encore un troisième fichier. Surtout, je laisserai reposer, avant première relecture, au moins trois mois. Peut-être que je me lancerais dans le premier-jet du roman suivant, avec le risque que ça se chevauche et que je doive et corriger celui-là, et écrire le deuxième. Pour l'instant, je réfléchis encore dessus, même si je ne devrais sans doute pas. Le fait que j'y pense est surtout un bon indicateur pour montrer que je compte poursuivre le projet jusqu'au bout et l'amener à son terme, puisque je suis capable de me projeter dans l'étape suivante.

Et vous ? avancez-vous dans vos projets ?

vendredi 19 juin 2020

Imposture et compétence

Source – Barn images
Je ne sais pas trop où va partir mon article. Je voudrais parler à la fois du sentiment d'imposture, de l'incompétence et de la comparaison aux autres, parce qu'il y a un lien que je ne suis pas sûre de pouvoir exprimer correctement et que je ne sais pas trop par où commencer ; d'ailleurs je me jette dans la rédaction de cet article sans en avoir déterminé le titre, ce qui est très inhabituel pour moi. Bref.

Je suis membre d'un forum d'écriture. De temps en temps, je vais jeter un œil à la partie où les membres postent leurs textes et je lis un peu en diagonale, par curiosité, sans jamais commenter, et je me dis que c'est vraiment super et que je n'ai rien à redire, aucune critique négative à formuler, et que je suis très loin d'écrire aussi bien et que jamais je n'arriverai à atteindre le niveau qu'ils ont et celui pour être éditée par une maison. Je ne pousse pas le bouchon à vouloir arrêter l'écriture, mais ce cheminement, pour moi qui suis une grande ambitieuse, est déjà assez douloureux pour ne pas en rajouter – c'est surtout aussi que j'aime trop écrire pour ne serait-ce que penser à arrêter.

J'ai lu un article de Héloïse de Visscher sur le sentiment d'incompétence. Elle y explique que ce sentiment peut naître de la différence entre les résultats que l'on obtient, et ceux que nous pensons être capable d'obtenir. Je pense pouvoir être publiée, je découvre que j'en suis loin : ça implique ce fracas silencieux dans lequel je me dis que je n'y arriverais jamais. En ça, les articles de blog que j'ai vu passer sur le fait d'arrêter de se comparer aux autres sont assez justes. Se comparer aux autres, ça fait du mal et ça ne sert à rien. Mais il y aurait quand même à nuancer.

Comme je suis actuellement en stage, je gagne un peu de sous, et j'ai recommencé à acheter des mangas. J'ai donc pu reprendre où je l'avais laissée ma lecture de Sousei no onmyôji de Yoshiaki Sukeno. Pour vous mettre en contexte rapidement : Rokuro, adolescent, est un onmyôji qui conjure les vilains monstres venus d'un monde parallèle. Il veut devenir le plus puissant de sa corporation mais il lui reste un immense chemin à parcourir. Dans le tome onze, il demande à un plus puissant que lui, qui fait partie de l'assemblée des Douze Généraux Célestes (les plus forts parmi les plus forts) de lui expliquer ce qui les sépare. Et donc le type y va, et lui raconte à quel point il n'est pas au niveau, qu'il est un candidat potentiel pour devenir Général Céleste mais que bon, "un candidat reste un candidat". Mais Rokuro, au lieu d'abandonner tous ses rêves, est encore plus résolu que jamais à s'améliorer et souhaite utiliser le tournoi à venir comme moyen d'évaluer ses progrès. Vous pourriez me répondre que ben oui mais bon, Eni, t'es gentille ; s'il abandonne, y a plus d'histoire !

À l'origine, je voulais vous faire un grand article sur le fait de se comparer aux autres, le sentiment d'incompétence, etc., comme je fais de temps en temps. Donc j'ai fait des petites recherches. Et puis finalement je n'ai pas trouvé suffisamment de choses qui me plaisaient bien, donc je fais plus modeste. Mais dans mes recherches j'ai trouvé un article de Lise Friedman qui explique qu'il existe trois type de comparaison sociale. La comparaison latérale : quand on se compare avec des personnes que l'on juge proches de nous ou identiques à nous dans le domaine que l'on vise (typiquement, mes petits camarades du forum d'écriture). La comparaison descendante : quand on se compare à des gens que l'on considère comme plus "faible" que soi. Elle sert à se remonter le moral. Et la comparaison ascendante : quand on se compare à des gens que l'on considère supérieurs à soi. Cette comparaison-là produit l'envie de s'améliorer, parce que l'on pense avoir le potentiel suffisant pour atteindre et dépasser le niveau des personnes à qui l'on se compare. Rokuro n'est donc pas juste motivé pour qu'il y ait une histoire à raconter !

Le truc c'est que ma comparaison avec les autres membres du forum ne me donne pas vraiment envie de m'améliorer. Elle me fout le bourdon. C'est aussi que le sentiment de compétence fait partie des thématiques qui sous-tendent l'estime de soi.

Bon, d'abord, les scientifiques ne sont pas tous d'accord sur la définition du concept d'estime de soi, donc je ne vais pas me lancer là-dedans, on voit tous à peu près, je pense, ce que ça donne. Dans ce grand concept, Christina Doré rappelle que l'on trouve : la valeur accordée à soi-même (jugement favorable ou défavorable), l'acceptation de soi (amour-propre et authenticité envers soi), l'attitude envers soi-même (bienveillance, ou pas), le respect de soi (considération que l'on se porte), et sentiment de compétence, donc. En gros, la confiance en soi n'est qu'une petite partie de l'estime de soi. Et toutes ces parties sont liées entre elles. Et si je devais me lancer dans un résumé du point ou j'en suis je dirais qu'aucune de ces catégories n'est remplie positivement chez moi. Donc, la comparaison blesse. Surtout quand le contexte n'est pas choisi. Comme ce sujet ouvert sur le forum à propos d'écriture inclusive où les grandes argumentations scientifiques des uns et des autres donnent juste envie de se faire tout petit.

Et par-dessus tout ça, l'imposture. Je n'ose pas me revendiquer du syndrome de l'imposteur parce que c'est un concept qui demande à ce que ce soit quand même quelque chose d'un peu constant et invariable, alors que chez moi l'imposture prend plus la forme de vagues.

C'est que, quand mon chef me dit que je fais un gros boulot et que je peux me reposer, je me demande si on parle bien de la même personne. Parce que, très sincèrement, même si je fais plutôt bien mon travail, je n'ai pas l'impression d'abattre un gros taf. D'ailleurs, je n'y passe pas beaucoup d'heures, et moins on m'en donne à faire, moins je veux en faire puisque j'ai pris un mauvais rythme. C'est assez compliqué pour moi à gérer, car j'aime travailler dans l'urgence, relever les challenges, avoir plein de trucs à gérer en même temps, et que je suis capable d'abattre beaucoup de travail dans un temps assez réduit. Là, j'ai plutôt l'impression de glander. Donc, quand mon chef me fait ce compliment à l'écrit, j'ai, l'espace d'une fraction de seconde, cette pensée que peut-être il me dit ça pour me culpabiliser – c'est d'ailleurs là que je vois comme j'ai progressé dans mon rapport à moi-même : avant, cette petite pensée aurait pris toute la place, aujourd'hui j'arrive à la foutre tout derrière la pile des pensées. Et quand il me fait le compliment à l'oral, et que je ne détecte dans le ton aucune hypocrisie, je me dis que c'est du gros n'importe quoi, parce que les autres bossent pendant que je me matte un film sur Netflix. Ce n'est pas que je ne veux pas bosser, c'est que je n'ai pas tant de choses que ça à faire. Mais, je n'ose pas trop le dire.

L'imposture, je ne l'avais jamais vraiment ressentie. C'est assez compliqué à gérer. Je culpabilise à la fois de ne pas bosser, et à la fois de ne pas être capable de faire part de mon problème à mon chef. J'ai l'impression d'usurper des compliments que je ne mérite pas. J'ai déjà du mal avec les compliments quand j'y ai droit, alors quand ce n'est pas le cas... Ça ne m'aide pas non plus à avoir davantage confiance en moi, bien au contraire... niveau estime de moi, tous les curseurs descendent en flèche. Mes recherches m'ont au moins permis de mieux comprendre comment tout ça fonctionne, et de pouvoir déployer des "pensées-médicaments" pour essayer de tout redresser. Ce que j'avais essayé pour me motiver à passer le permis de conduire en trouvant des raisons intrinsèques, et qui avait plutôt fonctionné. C'est à ne pas comprendre pourquoi ils n'ont pas voulu de moi en psychologie du sport ! ;)

L'imposture jaillit aussi, dans une intensité moindre, quand on me dit que je suis intellectuelle, ou que je sais beaucoup de choses, que j'ai toujours un truc à dire dans toutes les conversations, etc. Parce que moi je trouve que je manque beaucoup de vocabulaires et de connaissances. C'est une imposture. Je sais des trucs dans plein de domaines différents mais très peu de choses, juste suffisamment pour intervenir dans une conversation et paraître légitime, pas suffisamment pour la tenir sur le long-terme. Juste assez pour signifier à mon interlocuteur que je suis intéressée, et que s'il est plus expert que moi je boirai ses paroles.

Est-ce que ça vous arrive, parfois ?

vendredi 5 juin 2020

Comment je suis devenue écolo

Source – John Cancalosi / National Geographic
C'est une idée d'article qui me trotte dans la tête depuis un moment et cette Journée mondiale de l'Environnement me paraît toute trouvée pour me lancer ! ;)

J'ai toujours aimé les animaux, d'ailleurs je pense que le plus grand manque dans ma vie d'enfant a été de ne pas avoir d'animal de compagnie. Petite, je me gavais de documentaires animaliers, et je continue à regarder avec passion ce que diffuse Arte, France TV, ou Netflix. Ado, j'ai tenu quelques temps un blog sur la maltraitance animale. Je voyais des photos atroces, et je me rappelle avoir vu un documentaire horrifiant que j'ai dû regarder en plusieurs fois pour tenir le choc. La nature m'a toujours intéressée. Je me suis même rêvée garde forestier ou comportementaliste animalier ! Pour moi, prendre soin de la planète serait quelque chose de normal. Cependant, pendant longtemps je n'ai pas vraiment œuvré en ce sens. Déjà parce que j'étais dépendante de mes parents, et ensuite parce que je gardais dans l'idée qu'être écolo était quelque chose de compliqué.

La prise de conscience


Dans le même temps, je suis devenue une lectrice de plus en plus régulière de National Geographic Magazine. Mes premiers numéros doivent dater de 2013, mais je n'étais pas très assidue et j'en ai perdu beaucoup. Puis, peu à peu, je les lisais vraiment et avec un grand intérêt. En juin 2018, ils publiaient un ensemble d'articles sur le plastique. Des chiffres effroyables. Des photos aux scènes dramatiques. Dont celle de la couverture : une cigogne dans une décharge en Espagne, piégée dans un sac plastique – le photographe l'a bien entendu libérée.

C'est ce numéro qui m'a fait réaliser que trop, c'était trop. Trop de gaspillage, trop de trucs aberrant ; trop de plastique. Et tout à coup, j'ai vu autour de moi tout ce plastique non-indispensable (parce que, on ne va pas se mentir, une voiture est indispensable dans notre monde d'aujourd'hui et une voiture sans plastique je ne sais même pas si ce serait possible). Tous ces contenants de produits, brosses à cheveux, emballages... Je ne vais pas vous assommer avec des chiffres parce que je ne les ai pas en tête et que ce n'est pas le but de l'article. Ils sont facilement trouvables sur l'Internet mondial. Et ils sont glaçant.

À partir de là, j'ai décidé de ne plus utiliser de plastique si je pouvais faire autrement. Je zappe dans les grandes-surfaces ces rayons que j'appelle "rayons du plastique". Ceux des gâteaux, biscuits, fromages... les yaourts je les achète dans des pots en verre (ce qui vaut mieux niveau santé, par ailleurs).

Changer les choses à petite échelle


Des fois, on me dit que je ne vais pas changer le monde à moi toute seule, que je ne vais pas sauver la planète. J'en ai parfaitement conscience. Le but, ce n'est pas de changer la planète. Le truc c'est que je pense qu'on n'arrivera jamais à la sauver. Parce que les entreprises ne voudront pas "perdre de l'argent". Parce que la fonte des glaces aux pôles va donner accès à de nouvelles routes maritimes et à des puits de pétroles et autres denrées chères. Très chères. Les pays limitrophes se battent déjà pour savoir qui pourra mettre sa papatte avide sur les centaines de milliers de barils. En fait, sauver la planète, ça n'arrange personne. On préfère imaginer que l'on va trouver une autre planète très très loin pour y vivre avant que tout n'explose, ou que la technologie pourra nous sauver la vie. S'adapter plutôt que sauver.

Ce n'est pas pour sauver la planète, que je le fais. C'est par égoïsme, pour me dire que j'ai fait ma petite part, et que ça fait toujours une brosse à dent de moins qui finit dans la mer.

Dans ma croisade contre le plastique, j'ai commencé par le plus facile : la salle de bain ! La salle de bain, c'est là où il y a le plus de bouteilles, flacons, emballages... et là où on peut le plus facilement trouver des alternatives. Début facile, et donc encourageant !

J'ai donc abandonné les shampoings liquides dans des bouteilles en plastique (adieu mon shampoing préféré de Lush !) pour des savons, shampoings, et dentifrices solides. J'ai testé plusieurs marques. Chez Bélice, j'ai bien aimé le dentifrice, et adoré le déodorant ! Je trouve même qu'il fonctionne mieux que certains déodorants du commerce. Je suis plus mitigée sur le savon et le shampoing. Actuellement, je teste le shampoing Druydes que pour le moment j'apprécie (je pense que ça va durer).

Je n'ai pas été convaincue par les brosses à dents en bambou qui me sont passées entre les mains. Déjà, les poils sont bien souvent en nylon (argh) et ensuite, celle que j'avais s'est usée très vite. Cependant, j'ai mis la main sur une brosse à dent entièrement en bambou ! La marque s'appelle Croll & Denecke. Je n'ai pas encore pu la tester, étant donné que celle que j'ai actuellement n'est pas encore usée. Mais j'ai bon espoir.

Imperfection


Il ne s'agit pas d'être parfait. Je découvre régulièrement de nouveaux produits alternatifs au plastique – comment ça ?! une brosse à vaisselle en bois à tête interchangeable, ça existe ?! – et, même si je vais au marcher et que je n'achète pas de fruits et légumes sous plastique, il y a des choses que je ne fais pas. Par exemple, je n'achète pas en vrac. La seule fois où j'ai essayé, je me suis retrouvée avec une invasion d'insectes. Donc ça sera sans moi.

Depuis que je suis revenue chez mes parents, c'est aussi beaucoup plus compliqué. Eux s'en fichent complètement. Et voilà les salades dans une poche plastique, la viande en barquettes, le fromage dans du plastique, les pots de yaourts en plastique... Moi qui ai réduit ma consommation de viande à... ben rien, en fait (sans gros efforts puisque je n'aime pas particulièrement ça), je me retrouve à en manger. Alors oui, on pourrait me dire qu'il ne tient qu'à moi de refuser, et je le fais dès que possible, mais ce n'est pas toujours aussi facile. Et, encore une fois, il ne s'agit pas d'être parfait. D'ailleurs, être parfait est impossible.

J'achète mes pantalons chez Fantazia. Ils font travailler des artisans, et reversent une partie de l'argent touché pour des constructions d'écoles et ce genre de choses. C'est génial ! Problème : les produits sont faits en Inde ou au Népal, à l'autre bout du monde. L'empreinte carbone est nécessairement élevée. Dans le même genre, j'ai acheté une paire de chaussure chez Perús, qui finance des jours d'école. Mais dans ces chaussures, se trouve du plastique. On ne peut pas tout avoir.

Il y a aussi des choses que je n'ai pas l'occasion de faire actuellement mais que j'aimerais pouvoir faire à terme. Par exemple, avoir un compost, pour réduire mes déchets. Pouvoir acheter plusieurs de mes produits sur un seul site, pour réduire le transport (ce que j'ai fait via Naturitas pour ma dernière commande, mais par exemple ils ne sont pas revendeurs de Bélice (qui par ailleurs a des boutiques mais pas autour de chez moi)). J'aimerais aussi pouvoir faire ma propre lessive et mon liquide vaisselle maison.

De plus en plus, je m'interroge aussi sur mon utilisation d'internet, et j'en viens parfois à culpabiliser d'avoir un blog ou de consommer des vidéos sur internet, parce que ça utilise des serveurs et que ça pollue... quand le moral n'est pas au top, j'ai cette idée que je voudrais aller me perdre au milieu de nulle part.

Je pense qu'il est facile de culpabiliser en se disant que les autres font mieux que nous et que l'on ne fait pas assez. C'est aussi pour ça que je vous parle de mes imperfections dans ma recherche du rejet du plastique, juste pour montrer que l'on peut mettre des choses en place petit à petit, en fonction de ce qui est possible. Le premier pas, c'est d'ouvrir ses mirettes et de se rendre compte qu'on est entouré de plastique qui ne sert à rien du tout et dont on pourrait se passer.

Comment ça se passe de votre côté ? Un petit geste pour la planète ?

samedi 30 mai 2020

Non, je ne veux pas d'enfant

Source – Brett Sayles
Affirmation qui peut être ardue à justifier dans un monde où d'une part notre condition animale nous pousse à vouloir nous reproduire pour perpétrer l'espèce et où, d'autre part, les normes de genre ont rapidement réduit les femmes à leur place de mère. Non seulement je ne veux pas d'enfant, mais en plus, je l'assume.

Plutôt que de dire que je ne veux pas être mère, il serait d'ailleurs plus juste de dire que je veux ne pas être mère. Subtile nuance. Mais dans laquelle tout se joue.

"Tu changeras d'avis !"


La réaction que j'affronte le plus est dite avec une insolente assurance. Tu vas changer d'avis. Tu vas changer d'avis quand tu auras un mec. Tu vas changer d'avis quand tu vas grandir. "Tu changeras d'avis", que l'on me glisse avec un petit sourire narquois et des yeux rieurs, comme si la boule de cristal de mon interlocuteur avait scellé à jamais ce destin. D'ailleurs, d'après les recherches de la sociologue Charlotte Debest, c'est la phrase que l'on dit plus aux femmes qui ne veulent pas d'enfants quand elles ont autour de vingt-cinq ans.

C'est la réaction qui m'agace le plus. Elle nie ma possibilité à prendre une décision par moi-même. Elle sous-entend que, parce que je vais me mettre en couple et que les années vont passer, l'horloge biologique va se réveiller et sonner l'heure pour moi de me plier à mon devoir de femme : enfanter. Incapables de comprendre ce qui se joue en moi, mes interlocuteurs me disent que je changerai d'avis, comme si mon refus d'avoir des enfants relevait de l'immaturité adolescente. Comme si je ne voulais pas d'enfant simplement parce que je n'ai pas rencontré l'amour et que je ne suis pas installée.

Je déteste que l'on me dise que je vais changer d'avis. Parce que je ressens au plus profond de moi que ça ne sera pas le cas, et que cette phrase entre en profond conflit avec ma vision du monde, de ce qu'est un individu. Je n'ai moi-même pas encore identifié tous les fils que tire cette unique phrase, mais je sais qu'elle est l'antithèse de ce que je suis, et cela pas seulement sur le plan de la parentalité mais sur tous les autres plans de la vie. "Tu changeras d'avis" revient à me nier la prise de décision.

Or, pour moi, le refus de faire un enfant va plus loin qu'une décision réfléchie, posée et raisonnée. Comme beaucoup de personnes, je le ressens au plus profond de moi.

Refus viscéral


Quand j'ai besoin de le justifier, je dis que vu l'état de la planète, ce n'est franchement pas raisonnable. Je dis que des enfants sans parents, sur la Terre, il y en a des tas, alors ce n'est pas la peine d'en fabriquer un. Pour fuir, quand la situation m'y oblige, je lâche un : "de toute façon, je n'ai pas de mec". Fin de la discussion en forme de non-recevoir. Va voir ailleurs si j'y suis. Oui, parce que, pour faire un enfant tout bien dans les normes, il faut être deux : un homme et une femme ; et il faut avoir une situation économique stable. Je n'ai ni l'un ni l'autre, alors la discussion des enfants ne devrait même pas avoir lieu.

Mais la réalité vraie, c'est que c'est un sentiment qui est en moi depuis plusieurs années. Petite, je ne jouais pas aux poupons, ou du moins je ne m'en souviens pas, ce qui dans le fond ne change pas grand-chose. Je ne me suis jamais imaginée mère. Et pourtant mon esprit m'a plongée dans bien des lieux et des situations différents !... De la vie de couple à comment je réagirais en cas d'attentat, en passant par me projeter dans des emplois divers et des villes variées. Mais jamais avec des enfants. Jamais. Quand j'essaye de m'imaginer enceinte, un être grandissant dans mon corps, je ne parviens qu'à provoquer un sentiment d'aversion et de malaise. Presque, ça me dégoûte. Dans le même genre de réaction viscérales, physiologiques, les pleurs des bébés me cognent sur le système. J'ai envie de les attraper par les pieds et de les fracasser contre un mur. Je ne sais pas si c'est lié à mon rapport compliqué avec mon corps, ou si ça entre en résonance avec d'autres mécanismes de mon esprit. Toujours est-il que je ne veux pas d'enfants. D'ailleurs l'éventualité même que je puisse vouloir des enfants un jour m'effraie. Hors de question que je ponde des gosses.

Quand je m'imagine avec des enfants, ce ne sont pas des enfants. Ce sont des ados. Je ne suis pas leur mère : je suis famille d'accueil pour la Protection Judiciaire ou la Protection de l'Enfance. Je n'assouvie pas mon besoin d'être mère : je viens en aide à des gamins paumés. C'est une œuvre humanitaire.

Pour le moment, la question est simple, car je suis et ai toujours été célibataire. Mais quand je serai en couple (c'est pas gagné...) ce sera peut-être une autre paire de manches. Dans un article, Émilie Gilmer, explique que les couples qui restent ensemble lorsque l'un veut un enfant et l'autre pas, sont ceux où le partenaire qui ne veut pas d'enfant accepte et reconnaît chez l'autre le deuil de l'enfant qui ne sera jamais là, et que le couple fait de la qualité de sa relation une sorte d'enfant symbolique.

Je ne me vois pas être en couple avec un homme qui veut des enfants. Je pense que j'aurais toujours peur qu'il finisse par me le reprocher, que quelque part dans son esprit subsistera cette idée que je lui vole quelque chose. C'est peut-être une projection de mon propre sentiment par rapport à ça. Ce que je veux dire c'est que, au-delà de cette peur, je m'en voudrais d'être l'obstacle à son choix de vie. Peut-être que ça changera lorsque j'aurais une relation effective, mais pour le moment je me dis que si je tombe sur un homme qui veut des enfants je le "libérerais". De la même manière que je ne peux pas accepter l'idée qu'on m'en impose, je ne peux pas accepter celle d'imposer mon choix à quelqu'un d'autre.

Les stéréotypes ont la vie dure


Une remarque qu'une amie m'a faite il y a peu, sans méchanceté ni malveillance, était tournée sous forme de question : "tu n'as pas peur de ressentir un vide ?".

Je ne savais pas que l'on faisait des enfants pour remplir un vide. Je serai, je l'espère, une femme occupée, je n'ai pas que ça à faire que de m'occuper d'enfants. J'ignorais que l'on faisait des enfants pour ne pas s'ennuyer. Et puis, en faisant des recherches sur le sujet des sans-enfant volontaires, j'ai fait le lien avec une autre notion.

Ce n'est sans doute pas une question de remplir sa vie avec des activités. Ou pas que. Peut-être que ce qui sous-tend cette question se rapproche aussi un peu des normes de genre. Peut-être que ce qui se joue ici c'est la transgression de cette idée qu'une femme n'est pas femme accomplie, épanouie et entière si elle n'est pas mère. Or, la notion d'entièreté suppose qu'il y a le fait de n'être pas entier. Qu'il manque donc quelque chose ; qu'il faut remplir. Avec un enfant.

D'ailleurs, ce qui ressort de ce que j'ai lu, c'est que, quand l'entourage accepte l'idée que la femme ne veut pas d'enfant et n'en aura pas, il y a un attendu sur sa carrière, qui doit être remarquable. Je n'y échappe pas trop car j'ai répondu à mon amie que j'avais plein de projets, de création de contenus, et un métier qui m'occupera, et une activité sportive, et que donc je n'aurais pas le temps.

Les femmes font les enfants. Et, comme le rappelle Catherine Vacher-Vitasse citant Michelle Perrot et Françoise Héritier, pendant longtemps, les enfants ont fait la femme – puisque pour être une vraie femme il fallait être mère.

Le mariage grec et le mariage chrétien n'avaient que pour but la procréation. Chez les Romains, l'épouse devait fournir trois enfants vivants. Ensuite, elle devenait une "matrone" et pouvait se soustraire aux rapports sexuels si elle le souhaitait.

Mais tout ça, c'est aussi une question de construction sociale. Un jour je discutais avec des amies et l'une d'elle, étudiante en médecine, nous expliquait que si les petits garçons jouaient avec des poupons plus fréquemment, ils développeraient leur attention du bébé et ils voudraient davantage s'occuper d'eux une fois adultes avec un vrai bébé dans les mains. Ça permettrait sans doute aussi de faire disparaître cette idée selon laquelle un bébé est un projet de couple, et que ce n'est pas l'homme qui fait ce choix.

Avec les amis


Je n'en veux pas à mon entourage de me faire sans cesse des remarques. D'autant moins maintenant que je sais que nous sommes seulement environ 5% dans la population française à rejeter la parentalité. Ce qui signifie que je suis entourée de 95% de personnes qui seront nécessairement surprises, heurtées, choquées, ou atterrée de m'entendre dire que je ne veux pas d'enfant. D'ailleurs, ça se ressent dans mon entourage. Je ne connais que deux personnes qui ne veulent pas d'enfants : une amie qui ne les apprécie pas et veut qu'on laisse son utérus en paix ; et une autre qui adoptera car elle a des problèmes de santé qu'elle ne veut pas transmettre à ses enfants. Toutes les autres personnes à qui j'ai parlé de mon non-désir d'enfant m'ont fait des yeux ronds. C'est reposant de parler avec ces amies. Parce que je ne sens pas de déséquilibre dans la discussion (la fille qui a tors vs. celle qui sait qu'elle changera d'avis et se lèche les babines d'avance à l'idée de pouvoir lancer "je te l'avais bien dit !").

D'après les recherches sociologiques, autour de trente ans, les groupes sociaux et amicaux de recomposent. Les amies qui ont des enfants demeurent amies, et celles qui ne veulent pas d'enfant s'en séparent et, peu à peu, ne sont plus entourées que de personnes qui n'ont, elles non plus, pas d'enfants.

J'espère que ça ne m'arrivera pas, car j'aime mes amies et que je voudrais bien les garder. Ce qui aide, c'est que j'aime les enfants. Je n'ai aucune dent contre les enfants. Mais à petite dose. En garder une paire un week-end pour soulager les femmes de mon entourage, oui. Travailler auprès d'enfants, leur apprendre des choses, d'accord. En avoir à moi qui braillent et m'empêchent de faire ce que je veux : non.

Pour conclure, je dirais qu'avoir ou pas des enfants devrait toujours être un choix personnel et circonscrit au couple. Les parents, les amis, les proches, n'ont pas à mettre leur nez là-dedans. Ça regarde chaque homme et chaque femme d'un point de vue individuel. C'est un désir ou un non-désir qui ne devrait pas attirer le jugement. Il n'y a aucun bon choix, ni aucun mauvais choix.

Biblio

♣ Catherine Vacher-Vitasse. « Chapitre V. Des désirs et des techniques », Énigmes du corps féminin et désir d’enfant. sous la direction de Vacher-Vitasse Catherine. Champ social, 2018, pp. 91-112.
♣ Émilie Gilmer. « Un choix qui dérange », L'école des parents, vol. 618, no. 1, 2016, pp. 44-47.
♣ Charlotte Debest. « Carrières déviantes. Stratégies et conséquences du choix d’une vie sans enfant », Mouvements, vol. 82, no. 2, 2015, pp. 116-122.
♣Charlotte Debest. « Quand les « sans-enfant volontaires » questionnent les rôles parentaux contemporains », Annales de démographie historique, vol. 125, no. 1, 2013, pp. 119-139.
♣ Charlotte Debest. « Chapitre 5. Le refus de maternité : entre émancipation des assignations patriarcales et idéalisation du rôle de mère », Yvonne Knibiehler éd., La maternité à l'épreuve du genre. Métamorphoses et permanences de la maternité dans l'aire méditerranéenne. Presses de l’EHESP, 2012, pp. 43-50.
♣ Charlotte Debest. Le choix d'une vie sans enfant. Nouvelle édition. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2014.

vendredi 29 mai 2020

Journal d'écriture, mois 3

Source – Alina Vilchenko
J'avais prévu de ne faire mon prochain journal d'écriture que le mois prochain. Mais, comme vous avez pu le lire dans mon article sur la manière dont je construis mes personnages, j'ai récupéré mes notes plus tôt que ce qui était prévu. Ça fait maintenant environ deux semaines que je les ai et même si ça n'a pas changé grand-chose du point de vue de l'histoire elle-même, je suis très soulagée et je sens vraiment une différence par rapport à avant sur le plan psychologique.

En réalité, en quinze jours, je n'ai toujours pas dépassé le point critique, la dernière borne de scénario dont je me souvenais. De ce point de vue-là avoir mes notes ne m'a donc pas débloquée. Par contre, j'avais effectivement fait quelques erreurs dans l'histoire, et j'avais notamment oublié un point-clef. Ce qui fait que, en plus des corrections "lambda" (je me suis trompée sur les attributions d'un dieu, quand même... alors que c'est moi qui ai créé ce dieu... xP) j'ai dû insérer un nouveau chapitre en plein milieu de ce que j'avais déjà écrit ! Ça a été assez perturbant pour moi car je n'ai pas l'habitude d'oublier des choses en cours d'écriture, en tout cas pas de cette manière – ça se joue plutôt à la marge, sur une réplique que je n'ai pas mise, par exemple. Cependant toutes ces corrections ne m'ont pas prises beaucoup plus d'une heure, donc elles étaient assez minimes en fin de compte, et le chapitre a ajouter a plus rôle de clef pour faire tourner l'histoire que pour la faire avancer, il tient sur deux pages et n'a donc pas été très long à écrire.

Pour le reste, avancer est beaucoup plus facile, parce que je peux consulter ma frise chronologique et toujours vérifier la borne que je dois atteindre ensuite. Je me rends compte aussi que ma peur initiale de me "bloquer" en m'imposant un déroulé de l'histoire et en bloquant mon imagination était infondée. À la lecture de certaines bornes, au lieu de me dire "OK, et ensuite ?", je me dis plutôt : "mais comment Diable vais-je arriver là ?!". Sans compter les passages à ajouter pour donner les bonnes informations aux bons personnages... Ce qui me fait le plus peur du point de vue du scénario c'est que j'ai l'impression qu'un passage, qui était censé être une immense révélation, change l'ambiance de l'histoire, ce dont je ne veux absolument pas ! Je dois donc doser avec prudence.

La première moitié de mon mois de mai a été similaire à ce que je disais dans mon dernier journal d'écriture : je galérais à écrire, à avancer, et ne faisais des séances que de quinze minutes. Pas top. Aujourd'hui je suis revenue à des séances beaucoup plus longues (une heure trente hier). Comme j'ai changé de routine, je ne sais pas si ça vient de la confiance que j'ai retrouvée en même temps que mon carnet qui contient tout ce dont j'ai besoin, ou si c'est parce que ma nouvelle routine me convient mieux. Je pense que c'est un mélange des deux, d'autant que ladite routine n'est pas encore véritablement installée.

Si vous me suivez depuis le début vous vous souvenez peut-être que j'écrivais le soir, après manger. Mais un jour, je me suis réveillée tôt un matin, il y avait du soleil, j'ai regardé par la fenêtre et je me suis dit que j'avais furieusement envie d'écrire. C'est ce qui m'a motivé à me lever un peu plus tôt le matin pour écrire avant le petit-déjeuner. C'est un succès améliorable ! Un succès parce que je suis du matin, donc ça ne me demande pas véritablement d'efforts. Un succès aussi parce que je trouve qu'il est plus facile de couper de tout ce que j'ai à faire le matin avant le petit-déjeuner que le soir. Pour moi, le petit-déjeuner lance la journée, donc écrire avant c'est comme "voler" un moment privilégié. D'ailleurs c'est assez drôle parce que, quand j'écris le matin, souvent le soir je ne me souviens plus que j'ai écrit, ou je me demande si je l'ai fait, comme si ça n'avait pas existé.

Succès améliorable parce que j'ai pris de mauvaises habitudes de sommeil ces dernières semaines, et que rétablir de bonnes choses en accord avec mon rythme naturel n'est pas toujours hyper simple, ce qui fait que je me retrouve le matin avec un temps limité pour écrire ("pour être prête, il faut que j'aille manger à telle heure, donc il me reste une heure dix"), ce qui me stresse. Hier, j'ai commencé à écrire vers six heure, ce qui me laissait environ deux heures. Comme mon maximum rarement atteint est deux heures trente, et que quand ça va bien je tourne plutôt autour d'une heure ou une heure et demie, avoir une grande plage avec du rabe me permet de me sentir beaucoup plus libre et sans pression. Je vais donc travailler à rester sur ce rythme.

J'ai aussi remarqué que j'avais beaucoup plus de recul sur la qualité de ce que j'écris en phase même d'écriture. Je suis capable de dire que ce que je suis en train d'écrire est "vraiment mauvais", ne correspond pas à ce que je veux faire, et que je devrais corriger, voire supprimer. Ça m'a d'ailleurs poussée à supprimer, à la louche, trois milles des quatre milles derniers mots que j'avais écrit, pour faire quelque chose d'un peu plus... cohérent vis à vis de l'ambiance que je veux dans l'histoire, dans la ville où elle se déroule, et pour les personnages. Sans aller jusque-là, je sais parfois qu'un passage de quelques lignes ne correspond pas tout à fait à ce que je veux faire.

Je ne sais pas si c'est le fait d'écrire tous les jours et donc d'être beaucoup plongée dans mon scénario que je ne l'étais que j'écrivais une fois par semaine, voire une fois toutes les deux ou trois semaines ; ou si ça vient du temps que je passe à lire les questions de méthode et de style des uns et des autres sur un forum d'écrivains que je fréquente ; ou si c'est simplement qu'avec le temps on est tous capable de savoir si ce qu'on écrit est mauvais ou pas. Ou si je me fourvoie complètement et que tous ces passages (que je n'ai marqué par rien du tout, d'ailleurs), ne me sauteront pas aux yeux au moment de la relecture.

Côté statistiques, même si je n'ai pas d'objectifs chiffrés, parce qu'écrire tous les jours est déjà en soi un objectif, je suis quand même assez fière de mon avancée. J'ai atteint la page cent de mon document, et dépassé la barre des soixante milles mots. En calculant (pas de tête, haha :P) ça me fait en moyenne du six-cent-soixante-dix mots par séances. Soit un peu plus d'une page Word. Au final, c'est assez peu, mais ma période "quinze minutes par jour" fait beaucoup descendre cette moyenne. Quoi qu'il en soit, je suis contente de voir que j'avance !

Et vous ? Où en êtes-vous dans vos projets ?

lundi 18 mai 2020

Trop vieille pour mon âge

Source – Jonas Mohamadi
Aujourd'hui, j'ai appris qu'un camarade de collège avait un enfant. Ça m'a fait un drôle d'effet. Genre : des personnes que je connaissais quand elles avaient douze ans sont en âge d'avoir des enfants ?! Je suis en âge d'avoir des enfants ?! Comme un coup de vieux mais un peu différent. Je prends un coup de vieux quand les enfants de mon immeuble me vouvoient, et que j'apprends que l'acteur de Good Doctor est le gamin de Charlie et la chocolaterie. Mais là, c'est un peu pareil et un peu pareil à la fois.

Apprendre qu'un camarade de collège a un enfant ça m'a davantage fait le même effet que quand je jette un coup d’œil à l'âge des membres qui interviennent sur les mêmes sujets que moi sur le forum d'écriture où je suis, que je vois qu'ils ont vingt-et-un ou vingt-deux ans et que, l'espace d'une fraction de seconde, je me dis "plus vieux que moi". Alors que pas du tout. Ça m'a aussi fait le même effet quand, écoutant un clip du premier album de Lady Gaga, je me suis demandée quel âge elle avait maintenant – trente-quatre ans – et que j'ai réalisé qu'au moment du tournage elle avait donc à peu près l'âge que j'ai aujourd'hui. Comme un coup de vieux mais un peu différent.

Elle a fait ça à vingt-deux ans ? C'est tout ? À l'époque ("à l'époque", on dirait que c'était il y a trente ans... :P), du haut de mes douze ans, j'avais l'impression que c'était une "grande", une adulte. Je pense que je ne faisais d'ailleurs pas beaucoup de distinction entre une grande personne de vingt-cinq ans et une grande personne de cinquante. Les adultes qui ont fini le lycée sont tous des "grands". Parfois, je dis ou j'écris mon âge, et j'ai l'impression que c'est vieux. Beaucoup plus vieux que la vraie moi. Ce n'est pas que j'aie l'impression de ne pas avoir avancé dans ma vie et de n'avoir encore rien fait, ou de me traîner pendant que les autres ont des gosses, un vrai travail, se marient... j'ai juste l'impression d'être plus vieille que ce que je suis.

Je commence à avoir l'âge des personnages de mes histoires. J'ai toujours écrit des personnages principaux de vingt-cinq maximum parce que ça restait jeune et en même temps je trouvais ça grand. Je me rapproche de ces âges-là. C'est un peu bizarre. J'avais choisi vingt-quatre ans parce que ça me paraissait loin et que pour moi, à cet âge, mes personnages pourraient régler toutes les situations. Quand je prends conscience que je m'approche, et que je suis même plus vieille que certains de mes héros, je me dis que je ne me sens pas vraiment "vieille" ou "grande" à l'intérieur. Je ne me sens pas comme je pensais que les "grands" se sentaient à cet âge. Comme si mon esprit avait grandi au ralenti. Comme si dans ma tête j'étais restée au lycée, dans le fond. J'imagine que le fait de vouloir continuer mes études, de vivre chez mes parents et de ne pas avoir de vrai travail ne doit pas vraiment m'aider à me sentir vraiment adulte.

J'imagine que c'est ce que ressentent toutes les grandes personnes depuis qu'elles ont mon âge et qu'on leur renvoie dans la tronche qu'elles vieillissent. Non ?

dimanche 17 mai 2020

Comment je construis mes personnages

Source – Alexas_Fotos
Dans mon dernier journal d'écriture je vous avais proposé de vous faire un article sur la manière dont je construis mes personnages pour le roman que je suis en train d'écrire et comme certaines d'entre vous se sont montrées intéressées : je me lance. Cependant je me dois de préciser que ce n'est pas une méthode comme on peut en voir passer sur des blogs d'écriture. Je ne suis pas là pour vous donner des conseils. Il s'agit simplement de la façon de faire que j'ai choisi d'essayer pour mon roman. J'ai assez peu de recul dessus car je suis actuellement en plein dedans. Je pense aussi qu'il n'y a jamais une méthode, une technique, que ce soit pour les personnages ou tout autre chose, et que chaque auteur doit trouver ce qui lui convient et lui correspond le mieux.

Je n'ai jamais été très friandes des fiches de personnages. Je ne voyais pas trop l'intérêt d'écrire leurs caractéristiques physiques, leurs goûts, leurs centres d'intérêt, leurs défauts, leurs qualités, bla bla bla. Je partais du principe que ses personnages on les connaît. Écrire des caractéristiques me bloquait aussi beaucoup parce que j'avais l'impression que si j'écrivais des choses je m'engageais à les faire et que je ne pourrais plus les modifier après. Aujourd'hui, ma position a un peu évoluée. Je ne fais toujours pas de fiches avec les caractéristiques physiques, les défauts, les qualités, etc., parce que je n'en vois pas l'intérêt. Le physique de mes personnages, leur âge, je les connais. Je peux éventuellement noter les âges si je parle dans le roman d'un événement survenu "vingt-et-un ans avant" histoire d'être sûre de ne pas me gourer dans mes soustractions, mais du coup ça reste vraiment exceptionnel.

J'ai longtemps eu du mal – et je dirais que c'est encore un peu le cas aujourd'hui – à faire à mes personnages des caractères bien différents sans tomber dans la caricature. J'avais soit des personnages représentatifs d'un caractère, un peu comme dans les dessins animés (le colérique, le calme, le drôle, celui qui ne comprend rien, etc.), soit des personnages qui réagissaient un peu tous de la même manière. La maturité aidant, je me suis améliorée sur ce point, je pense. Mais pour m'aider encore un peu et formaliser ce que je ressens de mes personnages, j'ai décidé de partir sur un profil psychologique que j'ai formalisé dans une fiche.

J'ai fait une fiche pour quatre de mes personnages (sachant que le roman doit en compter au moins le triple, à vue de nez). Ceux dont le rôle et la présence est la plus importante, même si on ne les voit pas souvent. Je pense qu'elles sont assez courtes, en tout cas elles tiennent sur une demi-page sachant que j'écris un peu gros. Elles reprennent simplement des concepts de psychologie qui me permettent de placer leur caractère. J'ai choisi de faire comme ça, car je trouve un peu arbitraire de leur attribuer des qualités et des défauts. Aussi parce que l'on a souvent les défauts de nos qualités (aimer le travail bien fait vs. être trop perfectionniste ; aimer passer du temps avec les autres vs. devenir jaloux et ne pas vouloir qu'ils aillent voir ailleurs ; rendre service par plaisir vs. ne pas savoir dire "non" ; etc.). Pour moi, les défauts, les qualités, les manières de réagir, sont inhérentes aux concepts et aux valeurs qui nous ont construits. Pour moi c'était donc plus important de m'intéresser à la cause plutôt qu'à la conséquence.

J'ai commencé par m'intéresser à leurs valeurs, inspirée par un article d'Audrey Payrau sur son blog de coaching en orientation professionnelle (oui, rien à voir avec l'écriture !) Elle y proposait une méthode pour trouver nos valeurs les plus fortes, et j'ai décidé de l'appliquer à mes personnages. J'ai donc consulté les listes de toutes les valeurs et noté les valeurs qui semblaient bien coller à chacun de mes personnage. Au final, ils en avaient tous entre douze et quinze. Comme c'était beaucoup, j'ai choisi et souligné les plus importantes. Ils en sont tous ressortis avec six ! Elles me permettent de déterminer leurs choix, certaines de leurs réactions, étant entendu que l'on agit en fonction de nos valeurs. Les avoir noté m'a aidé quelques fois à ne pas les faire réagir comme moi j'aurais réagi (l'un des plus gros pièges quand on manipule ses personnages, je pense).

Je leur ai aussi attribué des messages contraignants. Je ne leur ai fait passer aucun test de psychologie, je me suis contenté de leur attribuer à l'instinct, on verra si c'est amené à évoluer ! Je ne suis pas non plus allée aussi loin que j'aurais pu le faire. Normalement, les messages contraignants ont un degrés d'influence sur vous. Ça va de "très fortement influent" à "presque pas influent". Je ne le leur ai pas attribué, me contentant de désigner leur deux ou trois messages les plus forts, dans l'ordre d'importance. Mais je ne leur ai pas collé d'intensité d'influence. Si je décide de le faire, je leur ferai passer un test car je pense qu'il serait un peu dur pour moi de choisir arbitrairement là-dessus. Connaître leurs messages influents me suffit pour le moment à compléter leurs valeurs et leur faire prendre des décisions.

J'ai aussi statué sur leur motivation globale, c'est-à-dire le fait qu'ils soient plus facilement motivé par des motivations intrinsèques ou extrinsèques. Étant donné l'intrigue, ça ne me servira pas forcément énormément, mais si ça m'aide à un moment où à un autre je serais contente de l'avoir fait !

Tout ça reste de la formalisation. C'est-à-dire que dans le fond je sens ce que sont mes personnages. Si je peux leur coller quelque chose sans leur faire passer de test, c'est que je les connais bien. Mais ça ne fonctionne pas avec tout.

Pour le coup, les catégories que j'ai complétées hier avec les notes récupérées de ma ville de stage sont des choses pour lesquelles je n'ai pas d'instinct. J'ai donc vraiment encore moins de recul pour savoir si ça va m'aider ou pas, d'autant que je n'ai appliqué ces catégories qu'à des personnages d'histoires que j'appelle mes "juste-comme-ça" dont je n'attends rien et que j'écris un peu pour me défouler.

En lisant un article dans une revue de psychologie (que j'ai été bien incapable de retrouver pour le moment) j'avais pris des notes sur les besoins fondamentaux en me disant que ça me servirait, pour finir par les utiliser sur mes fameux personnages de "juste-comme-ça".

Nous avons six besoins fondamentaux : la volonté de puissance (sentiment de maîtrise en possédant ou apprenant des choses) ; besoin d'accomplissement (faire quelque chose de gratifiant) ; besoin de sécurité (retrouver des situations familières) ; besoin d'excitation (d'adrénaline) ; besoin d'évasion (de couper du monde, de se sortir d'un quotidien stressant ou peu gratifiant) ; et enfin besoin de distinction (de se sentir mieux que les autres).

Comme pour les messages contraignants, je ne suis pas allée très loin dans cette thématique. Je me suis contentée de dire si selon moi ces besoins étaient assouvis chez mes personnages. Je ne l'ai fait que pour deux des quatre personnages qui ont une fiche, car pour le moment je ne sais pas trop si ça me servira vraiment ni si c'est très utile pour des personnages qui sont plus secondaires que principaux.

Je me suis aussi intéressée à cinq "sentiments". Les mensonges que l'on se fait à soi-même, les attachements terrestres (remplis pour aucun personnage), la culpabilité, la honte, et le chagrin. Toutes ces entrées ne sont pas remplies pour chacun de mes personnages car j'ai eu un peu de mal à décider. Mais je trouve qu'elles peuvent aider à cerner un personnage. Par exemple, l'une des miens a pour chagrin le départ d'un oiseau qu'elle avait sauvé et qu'elle aurait bien voulu garder quand elle était enfant. Ça peut paraître idiot et futile, et ça ne sera sans doute jamais mentionné dans le récit, mais je trouve que ça donne une information sur sa sensibilité.

Pour moi, le profil psychologique est la chose la plus importante chez un personnage. Ce n'est pas seulement lui donner corps, lui désigner des valeurs, lui attribuer des chagrins ou des messages contraignants, ou des pensées limitantes, et pouvoir le manipuler à sa guise avec réalisme ou même le faire réagir différemment des autres personnages. C'est surtout que ça permet de montrer qu'il n'y a pas de "méchants" et de "gentils", de "bons" et de "mauvais". Qu'il y a juste des gens avec des bons et des mauvais côtés, qui réagissent selon ce qui est important pour eux. C'est d'autant plus fondamental pour moi de parvenir à faire ressortir ça que c'est tout le fond de mon histoire. Je voudrais pouvoir montrer qu'il n'y a ni "bien" ni "mal", qu'il n'y a pas de personnages qui ont agit correctement ou non ; ceux qui avaient raison et ceux qui avaient tors ; mais simplement des personnages qui ont ait en conscience, selon ce qu'ils pensaient être le mieux.

J'aurais pu aller encore plus loin en leur attribuant une couleur dans le modèle DISC, un ensemble de profil psychologique qui qualifie le comportement et la communication. Peut-être que je finirais par le faire, je ne sais pas encore si ça passera pas un test ou une attribution à l'instinct.

N'étant pas psychologue, je ne sais pas si j'arriverais à me servir au mieux de ces catégories que je leur ai définies, mais en tout cas j'ai l'impression que pour le moment ça m'aide et surtout ça me rassure, puisque j'ai tendance à naturellement les faire réagir un peu tous pareil. Je dirais finalement que ça me cadre.

Comment construisez-vous vos personnages ? Est-ce que certains des outils que je vous présente pourront vous aider ?

mercredi 6 mai 2020

Se trouver jolie

Source – Ismael Sanchez
Depuis quelques temps, il se passe dans mon esprit un ensemble de pensées confus quand je croise mon reflet. Des fois, je me regarde dans une glace, et je me trouve jolie. La pensée, diffuse et vague, est doublée de cette idée que je ne devrais pas m'autoriser à penser de telles choses, étant donné que mon visage ne casse quand même pas trois pattes à un canard. Alors je continue de me regarder et force est de constater que je ne suis effectivement pas particulièrement jolie. Ça passe, dirons-nous. Je me regarde encore un peu, pour stabiliser mon avis sur ma propre image, me fait un sourire comme si ça pouvait changer quelque chose à la physionomie générale de mes traits, et je me détourne, passe à autre chose.

J'ai toujours eu une drôle de relation à mon reflet. N'en ayant jamais parlé avec personne, je ne peux dire si elle est singulière, mais je me souviens que, plus jeune, je remarquais bien que les autres ne faisaient pas la même chose. La question du reflet, en fait, c'est la question du regard. Le mien, je ne le pose que rarement sur les gens, et jamais pour les regarder dans les yeux. Je marchais aussi dans la rue en regardant mes chaussures, persuadée dans mon esprit de regarder droit devant moi. À l'école primaire je me souviens que je m'adressais à mes "amis" dans la cour de récré en regardant mon reflet dans une des vitres de l'école. Ce n'était pas juste quand j'étais gênée ; c'était constant. Je ne sais pas trop quand j'ai arrêté, au collège je crois. Pourtant, malgré cette manie, j'ai eu du mal à apprivoiser mon image. Longtemps, je me suis trouvée jolie "de loin", ou dans le flou d'une vitre à double-vitrage, pourvu que mes deux reflets ne soient pas trop superposés.

La question du reflet c'est la question du regard que l'on pose sur soi. Une psychologue disait à la radio il y a quelques années que l'on ne se voit jamais dans un miroir tel que l'on est. Déjà, on se voit à l'envers, ce qui fait que notre côté droit est à la gauche de quelqu'un qui serait en face de nous. C'est ce qui fait que l'on peut avoir du mal à se reconnaître sur les photos. C'est la même chose quand on se voit de dos, ou quand on entend un enregistrement de sa voix. Le point de vue que l'on a sur nous est tronqué. D'ailleurs je me souviens du drôle d'effet que m'avait fait, il y a deux ans, de croiser mon vrai moi, en biais, par un jeu de miroirs dans une laverie. La personne que je voyais était à la fois inconnue et profondément familière. Étrangère, en somme.

Mais le regard que l'on pose sur soi n'est pas qu'une question de science optique. Je crois qu'il s'agit aussi de se voir en tout entier et non comme un tableau de Picasso. Je pense qu'aujourd'hui je suis capable de me regarder en tout entier, d'avoir une conscience profonde de ce que je suis et de ce que je peux faire avec – pour reprendre une formule d'un comédien venu faire une intervention dans notre promo cette année. Les cernes sous les yeux, constantes même quand j'ai l'impression de bien dormir ; les paupières tombantes ; le nez pas tout à fait droit ; mais aussi la bouche assez bien équilibrée, le joli sourire bien qu'un peu gingival ; le grand front bombé, et les quelques boutons qui vont avec ; les épaules un peu trop menues ou la tête un peu trop grosse, ça dépend de comment on regarde ; la taille marquée ; les mollets sensiblement plus fins que les cuisses. Je pense que si on est capable de se voir comme un tout, et pas seulement de faire une fixette sur un nez trop gros ou des yeux trop globuleux, ou une lèvre inférieure plus pulpeuse que la supérieure, et tout ce qu'on peut trouver d'autre, alors on est aussi capable de trouver l'harmonie dans cet assemblage.

Je pense aussi que la question du regard que l'on porte sur soi, c'est la question du regard que l'on porte sur les autres. Je me souviens que, dans la deuxième moitié du lycée et de plus en plus à la fac ensuite, j'étais très choquée d'entendre mes camarades se prononcer sur le niveau de beauté d'une personne qu'ils voyaient pour la première fois. Comme s'il n'y avait que ça qui comptait. Comme si ça avait une grande importance. Et les "il est BG !" ou les "elle est trop moche, elle, t'as vu !" volaient dans tous les coins de la pièce. Ridicule. Bien sûr, quand je regarde quelqu'un, je me fais aussi un avis sur son visage. Mais, plus que le visage, c'est l'expression qui m'intéresse. La pétasse n'est pas moche en elle-même : c'est l'expression qu'elle renvoie, le pli de sa bouche, le regard qu'elle lance aux autres, qui fait dire que c'est une pétasse. Le gros con n'est pas laid : le gros con a cet air buté et condescendant envers tout le monde qui le rend laid. Quand on regarde bien, la plupart des gens que l'on croise ne sont ni beaux, ni moches : ils sont d'une banalité affligeante. Un nez, un menton, des yeux, peuvent attirer l'attention. Mais les personnes véritablement belles ou véritablement laides sont rares.

Regarder les visages et non les expressions, répéter à tout bout de champ "il est beau gosse, le prof, nan ?" montre simplement à quel point une personne se préoccupe du physique. Non pas forcément qu'elle ne juge les personnes que par ce biais et ne choisit ses amis que de cette manière, mais qu'elle est en insécurité vis à vis de ça, pour des raisons qui peuvent paraître justifiées comme pas du tout. Tout est une question de regard.

Le regard que l'on porte sur soi c'est le regard que l'on porte sur les autres. Au collège, je me suis trouvée très laide, et j'accordais beaucoup d'importance au physique des gens. Quand des petits camarades venaient m'embêter dans la cour à coups de "t'es moche" je répondais d'un air blasé "je sais". Je ne pouvais que confirmer aux autres l'image qu'ils me confirmaient. Peut-être que vous ne voyez pas trop où je veux en venir mais, l'idée c'est que, puisque le regard que l'on porte sur nous est aussi le regard que l'on porte sur les autres ; le regard que l'on porte sur les autres est aussi le regard que l'on porte sur nous. Si on est capable de se voir en tout entier, en tout grand, comme un tout, et d'accepter une "banalité affligeante" (même si dit comme ça ce n'est pas très gentil), alors on est aussi capable de voir le beau, dans les traits et dans les expressions.

J'ai commencé à me regarder vraiment. Pas seulement les restes de boutons sur le front, ou les cernes, ou les paupières tombantes, ou mon nez gras à cause de ma peau mixte. Mais à me regarder vraiment. À remarquer avec amusement que mon nez n'était pas droit. Il ne l'a jamais été et je le découvre à vingt-trois ans. À remarquer les polygones que tracent mes grains de beauté. À remarquer la forme de mes oreilles. Sans les juger. Juste remarquer, comme si c'était le visage de quelqu'un d'autre sur lequel je cherchais un trait sympa à donner à un personnage de roman. J'ai commencé à m'appliquer en me regardant ce que j'applique aux autres quand je les regarde. Globalement, je me dis beaucoup moins "moi, c'est pas pareil, c'est sûr que je suis moche".

Je regarde toujours mon reflet quand je passe devant la vitre d'une boutique, ou un tramway, ou une voiture... Mais mon lien avec mon reflet, mon autre moi, ne se limite pas à croiser son regard sur du plexiglas. Je le regarde vraiment, dans un vrai miroir, quand je suis chez moi. Je pense aussi que c'est ce qui change beaucoup de choses : ne plus se croiser, se regarder.

Des fois, le plus souvent quand mes pensées vagabondent sur le paysage qui défile à l'extérieur du train, je me demande ce que ça ferait si moi j'étais le reflet et que la vraie personne se trouvait en fait de l'autre côté de la vitre. C'est bête, et sans doute faux, mais ça installe une certaine relativisation. Un peu comme la théorie des cinq secondes : imaginez que tout ce que vous connaissez, le monde, l'univers, vous, vos amis, les dinosaures, – tout ! – aient été inventés il y a cinq secondes. Ça aussi, c'est sans doute faux. Mais on ne peut pas le prouver (puisque la science et tous vos souvenirs et jusqu'à cet article ont été inventés il y a cinq secondes). Qu'est-ce que ça ferait si nous étions des reflets ?

Mon article a l'air un peu décousu mais l'idée derrière tout ça c'est que c'est une question de regard, extérieur et intérieur. Mais c'est un long chemin, et même si je me rends compte d'un premier pas, je trouve toujours que les seins ressemblent à des yeux.

Que voyez-vous quand vous regardez dans le miroir ? Êtes-vous réconcilié(e) avec votre image ?

samedi 2 mai 2020

Choisir, c'est renoncer : les affres de l'orientation

Source – Gabriela Palai
Aujourd'hui, je voudrais parler d'orientation. Scolaire, professionnelle ; parce que c'est une préoccupation dans laquelle je suis actuellement, et que j'ai rencontré et rencontre des idées de personnes sur l'orientation que je trouve épouvantablement limitantes et fatalistes. Et parce que l'on essaye toujours de faire croire qu'un choix que l'on fait maintenant, tout de suite, si tôt dans notre vie, conditionnera toutes les autres minutes, heures, journées, semaines et années de cette vie. Or, ce n'est pas tout à fait vrai, à mon sens. Du coup, je voudrais vous parler de mon orientation, de mes choix, et des choix de ces autres que j'ai rencontrés, dont j'ai croisé la route parfois seulement le temps d'un jour, et qui, à mon sens, révèlent ce qu'est vraiment l'orientation scolaire et professionnelle.

Il y a deux, trois jours j'ai postulé pour un master Entraînement et Optimisation de la Performance sportive. Pas à n'importe lequel. À celui qui me permettra de devenir préparateur mental (et que j'aimerais augmenter, à terme, d'un master de Psychologie du Développement de l'enfant et de l'adolescent afin de me spécialiser sur ce public pour lequel j'ai un grand intérêt depuis plusieurs années). Sauf que. J'ai fait une Licence d'Histoire. Suivi d'un Master InfoCom. Je n'ai commencé le sport il n'y a que trois ans. Autrement dit : je n'ai pas le profil. Et même cette simple phrase, catégorique, reste un euphémisme. Mes chances d'être prise doivent s'élever à à peu près 0,01%. Et pourtant. J'ai tenté le coup. J'ai tenté le coup parce que j'ai fait quelques trucs dans le sport que j'ai pu mettre dans mon dossier. J'ai tenté le coup parce que j'avais envie de croire en ma chance. Et si jamais ce qu'il semble devoir se produire se produit effectivement, eh bien j'accepterai mon sort. Pour le moment.

Choisir c'est renoncer


Autour de moi, on ne me soutient pas vraiment. Ce serait même plutôt tout à fait l'autre bout du spectre : on me dit : "tu n'as aucune chance d'être prise", "tu ne seras jamais acceptée". Je ne peux pas leur en vouloir étant donné que les statistiques ne sont pas vraiment de mon côté (ceci dit on peut se demander si soutenir ou non quelqu'un doit se faire en rapport avec les statistiques !). Pourtant, je n'en veux pas à ces personnes. Parce que ce n'est plus une question d'optimisme, de pessimisme, ou de réalisme. C'est une question de conception de ce qu'est l'orientation et de vision de la vie. Je pense que, pour ces personnes, l'orientation est un train sur des rails.

On fait un premier choix au collège, puis au lycée, puis à la fac, puis après, et si, avec toutes nos expériences cumulées, on rate l'aiguillage, c'est trop tard. Comme si, pour que l'aiguilleur nous laisse aller à droite, il fallait que l'on ait un certain type de passager dans notre train. Un peu comme quand le type de la SNCF demande au micro s'il y a un médecin à bord. Si c'est le cas, la personne qui a fait un malaise sera aidée. Si ce n'est pas le cas, tant pis. Le train est sur des rails, il pourra tenter de tourner à droite au prochain aiguillage et, s'il n'y parvient pas, il devra malheureusement se rendre à la gare qui constituait sa destination d'origine. Cette vision des choses, c'est celle que l'on nous fait passer, plus ou moins volontairement, dès le collège.

Si on va en L, on ne pourra ensuite plus aller jusqu'aux filières scientifiques à la fac, et si on va en S (ce n'était pas à le cas à mon époque mais il paraît que c'est sur le feu actuellement) on ne pourra plus rejoindre les sciences humaines et littéraires à la fac. Fais un choix, maintenant. À quatorze ans, fait ton choix, celui qui déterminera où tu pourras aller quand tu en auras vingt. Vas-y, on te regarde. Ce que l'on ne te dit pas, c'est que le cerveau continue de se former, de développer des intérêts nouveaux et d'en abandonner d'autres, jusqu'à vingt-cinq ans. Pas de chance. Ce que l'on ne te dit pas non plus, c'est qu'il y a tout un tas de filières professionnelles, pour devenir artisan dans plein de domaines différents. Et ce que l'on te décourage de faire, c'est de partir dans ces filières si tu as de bonnes notes à l'école. Ainsi n'ai-je pas parlé à ma voisine qui accepte de laisser partir en filière pro son plus jeune fils, mais pas le plus grand qui a de bons résultats et fera donc un bac général. Ainsi, ne me suis-je pas retrouvée en Terminale dans la classe d'un garçon qui voulait devenir boulanger, et ne passait le bac que pour faire plaisir à ses parents.

Suivant cette logique du train, je n'aurais même pas dû suivre mon Master InfoCom. D'ailleurs, j'ai fini deuxième sur la liste d'attente de ce Master, lorsque les premiers résultats sont tombés : eux non plus n'avaient pas vraiment prévus de me prendre malgré la petite expérience que j'avais dans les médias. Sans doute parce que je venais d'une région différente et que je n'avais donc pas la priorité. Suivant cette logique du train, je ne devrais pas pouvoir devenir préparateur mental.

Sauf que cette vision du train roulant sur ses rails dans une seule direction, attendant la prochaine intersection, est terriblement inadaptée, je trouve, à la réalité. L'orientation, n'a rien à voir avec un train. L'orientation, c'est une multitude de choix et de possibilités qui s'offrent à nous de manière constante et entre lesquels nous faisons des arbitrages, nous choisissons. Choisir, c'est renoncer, disait l'autre.

L'arbre à écureuil


Et parfois, on ne veut donc pas renoncer et on veut se garder toutes les portes ouvertes constamment. Au cas où on changerait d'avis, vous comprenez. C'est ainsi qu'aux Journées portes ouvertes de ma fac, cette année, j'ai entendu un père dire : "elle a fait bac S parce que c'était la voie qui permet d'accéder à tout mais arrivé là on se rend compte que c'est pas forcément la voie privilégiée". Tu l'as dit ! Les S ne sont presque jamais pris dans le Master que j'ai suivi, parce qu'on leur préfère les L et les ES qui ont des matières fortes avec une ouverture sur le monde, comme Histoire, par exemple. À force de vouloir se laisser toutes les portes ouvertes, on s'en ferme ! Quelle ironie, n'est-ce pas ? Ça, c'est à cause du train. Si, à partir du moment où tu fais un choix, tu ne peux pas revenir en arrière, alors il vaut mieux suivre la voie qui croise le plus souvent des croisements, et ça le plus longtemps possible. Sauf que, arrivé au moment de choisir les trains qui passent, seront privilégiés ceux qui voulaient vraiment être là.

Choisir, c'est renoncer. Mais qui a dit que c'était renoncer pour toujours ? Ce n'est pas parce qu'on rentre dans le salon que l'on n'ira plus jamais dans la salle de bain ou la cuisine. Choisir, c'est renoncer pour le moment. Pour moi, l'orientation c'est pareil : ce n'est pas un train, c'est un écureuil.

Avez-vous déjà vu un écureuil évoluer sur un arbre ? Ce petit funambule est une merveille pour les yeux ! Il a surtout tout compris. Il grimpe au tronc puis, à chaque embranchement, depuis la couronne jusqu'à la cime, fait des choix. Il renonce à une partie du houppier pour aller vers une autre. Mais, quand il est tout là-haut, et que finalement il voudrait bien se trouver de l'autre côté de l'arbre, il ne redescend pas jusqu'à la naissance des premières branches pour reprendre le bon chemin ! Il court ! Il saute ! Il galope pour rejoindre la nouvelle branche qui l'intéresse, fusse-t-elle sur l'arbre d'à côté ! L'orientation, c'est ça. Un immense arbre, auquel on a accès en tout entier parce que, ma foi, c'est le nôtre et que l'on va bien là où on veut.

Source – Visually Us
Je vois venir les classiques : "ce n'est pas si simple, Enirtourenef !", "si c'était si facile, ça se saurait". Comme disait Sénèque : ce n'est pas parce que les choses sont difficiles qu'on n'ose pas, c'est parce qu'on n'ose pas qu'elles sont difficiles. C'est comme ça que, partant d'un travail administratif dans un bureau, on peut devenir sophrologue à quarante ans passés. Qu'un marketeux peut se réorienter pour intégrer l'Éducation nationale comme instituteur. Qu'un gars à la tête d'une équipe dans un bureau peut se reconvertir comme photographe de sport. Qu'un prof d'art-plastique en collège peut tout plaquer pour travailler comme chargé de communication et inventer des jeux société sur son temps libre. Tous ces exemples sont véridiques. Je n'ai rien inventé. Ce sont des gens que je côtoie ou que j'ai rencontrés en Blablacar ces deux ou trois dernières années. Ce sont des parcours qui prouvent que nous sommes des écureuils, et pas des trains.

Bien sûr, il y a un bémol : ce sont des gens qui ne sont pas en précarité. L'orientation est plus compliquée dans on vient des quartiers populaires, pour tout un tas d'autres raisons. Mais ce constat ne change pas le principe : l'écureuil.

J'ai aussi cet ami qui, après le lycée, est allé en fac d'anglais, puis de STAPS, puis a arrêté pour suivre une formation d'électricien et est finalement revenu au STAPS. Un camarade de fac qui avait fait commencé plusieurs Licences avant d'atterrir en Histoire. Un camarade de Master qui avait fait une première année d'Histoire avant d'aller en InfoCom. Deux camarades de ce même Master qui ont fait une Licence de Lettres, dont un qui voudrait finalement peut-être retourner dans ce domaine.  Je vous ai déjà aussi parlé de tous les métiers que j'ai pensé exercerÇa, ce chaos apparent, c'est l'orientation.

Pour un micro-trottoir j'avais interrogé des jeunes sur leur orientation. Au final, ceux qui savaient ce qu'ils voulaient faire depuis longtemps et continuaient sur cette voie n'étaient que la moitié de mon panel. Les autres ne savaient pas trop, hésitaient, ou carrément n'en n'avaient pas la moindre petite idée.

Vous savez, je ne suis pas idiote. Je sais que je n'ai pas beaucoup de chances d'être prise en Master EOPS à la rentrée. Donc je cherche du travail, au cas où, ailleurs, en radio, dans la communication... Si je ne suis effectivement pas prise à ce Master que je veux, je renoncerai. Pour le moment. J'irai travailler, j'économiserai pour me former ailleurs (un Diplôme Universitaire de préparation mentale, ou une formation Techniques d'Optimisation du Potentiel) et ensuite je candidaterai de nouveau pour ce Master. Et si je deviens préparateur mental à trente ans, je deviendrai préparateur mental à trente ans. Je ne profite pas que mes parents soient derrière moi puisque, même si je suis prise à ce Master, je pourrais ne pas y aller si je ne trouve pas de boulot étudiant. Et si j'échoue et que je dois retenter le coup à quarante-cinq ans, je deviendrais préparateur mental à quarante-cinq ans. Parce que je suis un écureuil.

Comment s'est passée ou se passe votre orientation ? Êtes-vous un écureuil ?