samedi 12 septembre 2020

Où je termine mon roman

Source – Leah Kelley

Certes, il est très exagéré de dire que ce roman est terminé mais en un sens, comme je viens de mettre le point final au premier jet, eh bien : il l'est. Un peu frustrée parce que je pensais pouvoir arriver aux cent-cinquante mille mots tout rond et en fait... non. Mais d'un autre côté je sais que j'ai mal mal de choses à préciser, rajouter, détailler, donc ce n'est que partie remise.

En chiffres ça donne : 6 mois et 9 jours de travail, plus de 150h d'écriture, 240 pages, 149 554 mots (si proche du 150 !). Ça donne aussi 3 mois de pause pour laisser couler. J'ai gagné deux semaines sur mes prévisions (ou j'en ai perdu deux, en fonction de comment on se place et de quelle prévision on prend ;P) donc je suis assez contente (profitez : vous ne me verrez pas souvent regarder le verre à moitié plein xD).

Pendant mes mois de pause je pense que je vais me mettre sur des textes pas sérieux, ceux qui me permettent de tester des trucs ou de m'approprier du vocabulaire. Je vais aussi essayer de participer à des appels à textes de maisons d'éditions pour des anthologies, même si le fait que mes "nouvelles" soient plus des contes me handicape sans aucun doute pour une publication ce n'est pas grave parce que je cherche surtout à avoir un retour sur ce qui ne va pas pour pouvoir préparer mes corrections en sachant ce que je dois regarder.

Si je devais faire un bilan je dirais que je me suis pas mal pris la tête. Je sais déjà que je vais devoir redécouper une séquence pour lui donner plus de rythme. Je pense aussi que, sans le coronavirus, je n'aurais pas pu le finir "si vite" parce que ma moyenne de nombre de mots par jour, avant que je ne me botte le cul pour en écrire 1 000, c'était 640. En travaillant à Paris, avec la fatigue induite par les heures de trajet et le fait d'aller au bureau pour ne rien faire, je pense que même 600 mots je n'aurais pas réussi. Donc merci le coronavirus, merci le télétravail. Merci aussi le coup de pied au cul pour écrire 1 000 mots par jour ! D'ailleurs, c'est assez drôle parce qu'au tout début j'avais dit que je ne me mettais pas de quota de mots dans la mesure où écrire tous les jours était déjà un objectif plus qu'ardu pour moi, et au final j'ai terminé en m'imposant un quota, donc je suis assez contente de moi pour ne pas dire très !

J'ai déjà fait une demande à quelqu'un que je connais pour être bêta-lectrice (d'ailleurs je suis un peu frustrée parce que pour le moment dans ma liste de personne à qui demander ce service je n'ai que des femmes) et par bonheur cette personne a accepté donc ça me motive vraiment à aller au bout du bout jusqu'au moment où je le soumets aux maisons d'édition (dans... un an à peu près, selon mes estimations qui comprennent les temps de pause, relecture, corrections, bêta-lecture, corrections...). Je suis aussi supra motivée par les journaux éditoriaux des membres du forum dont je suis membre, même si je ne pense pas que je réussirai à caser mon bébé en deux mois ou en un seul envoi comme certains.

Je sais qu'il y a du potentiel dans cette histoire, même si en la racontant à voix haute à ma première bêta-lectrice j'ai trouvé ça tellement nul... mais en vrai je peux en faire quelque chose de vraiment sympa et le fait d'avoir déjà pris des notes sur des choses à corriger autant en forme qu'en fond qu'en cohérence (comment on peut passer, en première page, à plusieurs dizaines d'orphelinats et finir le roman en disant qu'il n'y en a que trois ?!) ne me décourage pas du tout ! J'ai déjà relu certains passages pour reprendre des infos que j'avais oubliées et je sais que c'est... mal écrit, ou disons maladroit. Il y a du boulot ! J'ai trop hâte de m'y mettre, en réalité. Peut-être que ça vient d'un effet "première fois" ou que je suis complètement frappadingue parce qu'en général je crois que les auteurs n'aiment pas trop le passage des corrections.

Pour les corrections, je sais déjà comment je vais m'organiser. Je vais commencer par faire une copie et annoter la copie, et à chaque nouvelle étape je travaillerai sur une nouvelle copie, pour toujours pouvoir revenir à la version d'origine un peu comme en restauration d'art avec son principe de réversibilité. C'est vraiment super important pour moi de toujours pouvoir revenir à la version d'avant ou à la première version. Je pense aussi fonctionner par thématiques de corrections dans mes annotations (fond, forme, description, dialogue, etc.) pour pouvoir m'y retrouver. Mais je pense que je vous ferai un article spécial sur les corrections quand j'aurais fini d'annoter mon texte, donc vers début-janvier. Ça me permettra d'aborder aussi les corrections orthographiques même si je serai loin d'en être là et de faire un article général sur les corrections (pour changer des journaux d'écrire, ahem).

Voilà.

Mais qu'est-ce que je vais faire demain matin ?!

mercredi 2 septembre 2020

Et maintenant ?

Source – Joshua Welch

Ce matin je me faisais la réflexion que cette année est la première où je n'ai rien à faire à la rentrée ; où la rentrée, pour moi, ne veut rien dire. Je me suis dis que ce n'était sans doute pas étranger à mon état un peu amorphe, en ce moment et bien que je me sois dit qu'en Septembre j'allais prendre des bonnes résolutions (pour m'améliorer en langues, par exemple). Puis je suis passée à autre chose. Jusqu'à ce que ça soit l'heure de mon rendez-vous avec une psy du travail de Pôle Emploi. La conseillère me l'avait proposé à notre premier entretien. J'avais dit oui un peu comme ça sans rien en attendre vraiment. Finalement je ne regrette pas parce que j'ai trouvé ça intéressant. Sans en avoir l'air, elle m'a fait me rendre compte qu'en fait, depuis plusieurs années, je monte des stratagèmes, des plans, des combinaisons et des assemblages pour essayer de devenir préparateur mental en passant par la fenêtre entrouverte puisque je ne peux plus passer par la porte. Sans réfléchir.

Sur son conseil, j'ai envoyé un mail au responsable du Master de préparation mentale que je visais en demandant si, avec un Diplôme Universitaire je pouvais espérer entrer. Réponse diplomatique et cordiale mais claire néanmoins : non. En vrai, ça ne m'a rien fait de particulier. C'est peut-être d'ailleurs la preuve que la psychologue avait raison et qu'en fait je cherche à faire des études pour fuir le moment d'entrer pour du vrai dans le monde du travail. Ce qui est assez paradoxal car je n'ai vraiment pas l'impression de fuir (pour une fois). J'ai bien aimé faire un Service Civique et des stages, être utile, travailler. Mais peut-être que la psychologue a raison. Ou bien peut-être que, comme je n'ai pas trouvé ce que je veux vraiment faire (à part élever des ânes, et encore – est-ce que c'est une fuite, ça aussi ?) je monte des stratégies pour continuer à faire ce que je sais faire : des études, apprendre, m'asseoir sur une chaise et écouter.

Sauf que, maintenant, qu'est-ce que je fais ? Je cherche du travail, bien sûr, mais je me retrouve un peu sans perspective. Et pour moi qui aime les plans, les projets, c'est assez compliqué à gérer. Bon, en vrai, je vais reprendre le sport et j'aimerais aussi commencer à prendre des cours de théâtre. Toutes ces activités devraient m'occuper tous les soirs de la semaine, ce qui est bien. J'aimerais aussi reprendre une activité en radio associative. Tout ça, c'est très bien pour mon développement personnel, mais on ne peut pas vraiment dire que ça remplisse le compte en banque. Ce qui est bien, c'est que j'aurais aussi le temps de gérer mon roman (même si ça non plus, ça ne remplit pas le compte en banque).

Le truc, c'est qu'en fait je trouve que la vie ne sert à rien. Je ne suis pas suicidaire, je vous rassure (promis-juré !), mais dans le fond, si on réfléchit un petit peu, on vient à la vie sans savoir pourquoi, on va jusqu'à la mort sans que rien de ce qu'il se passe au milieu n'ait la moindre importance. Des tas de planètes n'ont pas donné la vie et ne s'en portent pas plus mal. La Vie, dans le fond, n'amène rien. Du coup, sans projet pour garder la tête dans le guidon et faire semblant d'avoir un objectif à atteindre pour remplir la vie, c'est compliqué. Quand on y réfléchit vraiment, la Vie, c'est absurde. Ce n'est pas d'être suicidaire de le dire, c'est remarquer un fait. Bref. Du coup, pour la première fois de ma vie, je n'ai rien à faire à la rentrée quand tout le monde s'agite dans tous les sens. Et ça me donne encore plus envie d'aller vivre en ermite dans la forêt, à cueillir des framboise pour survivre en attendant que ça passe. Cette pensée est assez triste, quand on y pense... Elle dénote surtout d'une grande solitude, vous ne trouvez pas ? N'importe qui se dirait "heureusement, j'ai des amis sur qui compter pour rendre ce passage de la vie agréable". Bref.

En allant voir cette psy du travail je ne pensais pas que ça me conduirait à ça et que ça serait vraiment prolifique. Comme quoi, les préjugés, c'est mal. Je la revois à la fin du mois. Le temps de digérer plus que celui qu'il faut pour prendre des contacts, etc. Quand je l'ai quittée en me disant que j'allais envoyer ce mail au responsable de cette formation je me disais que ça serait mieux, plus simple, que la réponse soit non. Je m'étais préparée, ou bien les réflexions amenées par la psychologue avaient fait leur chemin et je savais d'instinct que ses intuitions à elle sur mon propos étaient justes (même si on peut toujours reconstruire a posteriori).

En fait, cette course pour remplir le mois de Septembre est une idiotie. Ce serait plutôt le temps de profiter de ce moment pour prendre le temps. Faire du sport, écrire, faire du théâtre, régler mes problèmes d'estime de moi et d'affirmation de soi... Pour me pauser. Peut-être que c'est bien là d'ailleurs tout ce dont j'ai besoin, que c'est ce que révèle mon inaction profonde actuelle, ce besoin de faire une pause.

dimanche 30 août 2020

Journal d'écriture, mois 6

Source – Dominika Roseclay

Panique à bord. C'est la panique à bord. Je me rapproche tout doucement de la fin. Cent-trente-mille mots, que j'ai passés. C'est la panique à bord. En fait, un personnage doit mourir. Pas pour le plaisir, pas pour faire pleurer à chaudes larmes (ce n'est même pas vraiment un personnage principal ni un personnage à qui on peut vraiment s'attacher (d'ailleurs peut-on s'attacher à l'un de mes personnages ?)) : il doit mourir pour l'histoire, parce que c'est ce qui va régler la situation. Sauf que cet homicide eh bien... je ne sais pas encore vraiment ce que je vais écrire.

Déjà, je me suis lancée dans l'écriture du roman sans savoir encore si ce serait un homicide volontaire ou involontaire. Sans savoir qui allait le tuer, enfin c'était surtout que le personnage que j'avais mis là-dessus n'a pas les bons ressorts psychologiques, les bonnes motivations, pour faire ça. J'ai fini par décider comment il allait mourir, par la main de qui, quand, pourquoi, etc. Vous allez me dire : où est la raison de paniquer ? C'est très simple : le moment juste avant le meurtre, l'instant où ça bascule, est encore flou : je dois placer certains personnages (ou plutôt en déplacer un pour que la réalisation du meurtre soit crédible, sinon on se demanderait comment ça a pu arriver avec autant de gens autour). Bref. J'ai pas tout. J'ai pas tout et ça sent le roussi parce que la victime s'apprête à entrer dans la ville où elle va se faire tuer, pour discuter avec les gens qui vont la tuer au cours de cette entrevue. Sauf que bientôt, pour moi, ça sera la panne sèche. Ce serait quand même ballot si proche du but...

Ces derniers jours, je me suis forcée à écrire au moins mille mots par jour. Même si j'ai sauté deux, trois jours. J'ai décidé d'écrire mille mots par jour après avoir calculé ma moyenne : un peu plus de six-cent soixante-dix mots par heure et un peu plus de huit cents par séance. Trop peu pour vraiment avancer donc je me suis botté le derrière. Le risque c'est bien sûr que je me sois retrouvée à écrire des choses inutiles, juste histoire d'écrire, et que tout ça ne serve à rien. Mais pour le moment ça a l'air d'aller. J'ai tourné autour de mille trois-cents mots par jour et je me suis plus ou moins tenue à ma règle. Plus ou moins parce que j'ai ressenti le besoin de sauter quelques jours.

Un jour pour réfléchir, un autre pour ne pas me laisser ensuquer par le roman que j'ai dévoré en trois jours : l'intégral un peu remanié des Trois Lunes de Tanjor, d'Anne et Gérard Guéro sous le pseudonyme d'Ange, édité chez Bragelonne. C'est un livre que j'avais déjà lu quand j'avais douze ou quatorze ans et qui m'a beaucoup marquée. J'en ai toujours gardé des scènes et un souvenir général de l'ambiance en mémoire qui me revenaient dans la tête très régulièrement. Ces derniers temps c'était un peu plus souvent. Et puis, je ne sais pas ce qui m'a pris : tout à coup j'ai ressenti un besoin irrépressible de le relire, moi qui n'ai jamais lu deux fois un livre de ma vie. Je l'ai dévoré. J'y ai passé mes journées. Une claque.

En fait je m'étais dit que, pour qu'il m'ait marquée à ce point, il devait s'y trouver quelque chose de plus que les souvenirs que j'en avais gardés, qu'il devait raisonner quelque part en moi, s'engouffrer dans des brèches. Ça n'a pas raté. Je me suis identifiée au personnage d'Arekh comme jamais je ne me suis identifiée à un personnage. Expérience assez troublante pour une fille comme moi qui est plutôt du genre à étouffer ses émotions et à ne pas les laisser parler. Comme lui, d'ailleurs. Bref. Une claque. Je ne sais pas si j'ai trouvé les réponses que je cherchais, mais dans tous les cas je pense que ça va me travailler un petit moment. Tragédie hyper bien menée, que les éditeurs annoncent traiter du fanatisme religieux et du racisme mais, en réalité, tout cela n'est que le prétexte à une grande interrogation sur le destin. D'ailleurs j'étais étonnée de ne pas lire un commentaire sur Babelio qui mentionnait ce thème diffus mais central. Tragédie hyper frustrante qui aurait pu tellement mieux tourner si Monsieur hurlait son amour à Madame au lieu d'exploser de colère. Tragédie dont la fin est quasiment la seule possible, où chaque détail est distillé. Les auteurs se laissent même aller, dans le début, à deux ou trois répliques prophétiques.

Vous devez vous demander pourquoi je m'éternise sur la lecture d'un roman qui m'a servi d'excuse à ne pas écrire. C'est que ce n'est pas une excuse. J'étais tellement prise dans l'histoire, dans le style, que je sentais que si je prenais la plume pour écrire mon propre récit je serais emportée par ce que j'avais lu. J'ai besoin de distance. Un peu. Ce qui est assez bizarre, d'ailleurs, parce qu'avec le temps, quand on écrit depuis longtemps, le style des autres ne tache plus le nôtre, ne l'imbibe plus : on a un style propre que les lectures n'ébranlent pas. Mais pas là. C'est le point "négatif" de mes jours de lecture effrénée. 

Le point positif – qui justifie aussi que j'en parle dans un journal d'écriture – c'est que tout est tellement bien articulé que ça me donne envie de faire pareil, que ça m'a un peu rappelée ce que je recherchais quand j'ai commencé à écrire mon roman ; je comprends que mon premier jet est une architecture, un dégrossissement, qu'il me manque des choses, des détails, la dentelle. Je comprends aussi que j'ai été trop manichéenne, caricaturale, sur certains plans, ou pas assez fine dans mes explications des enjeux. Pas assez équilibrée dans le "show, don't tell" (un peu la règle de base), je pense, mais je confirmerais à la relecture. Mais je n'irai pas non plus à l'extrême inverse d'Ange. J'aime bien quand même les paragraphes interminables avec des explications. Il faut juste mieux doser.

Ça m'a donné des pistes de choses à préciser. Ça m'a aussi aidée à mieux cerner la manière dont je vais organiser mes corrections. Donc même si mon cœur a complètement chavirée et que je suis toute retournée – d'ailleurs, je me souvenais de la dernière scène, de la fin du livre, et une fois que vous savez où ça va, chaque détail vous frappe et c'est encore pire que tout –, je suis quand même satisfaite d'avoir écouté mon instinct et d'avoir relu ce livre.

Ce qui ne règle pas mon problème de personnage qui doit mourir. Sortez-moi de là. Plus j'avance plus je panique et plus je panique plus j'avance en reculant, m'étendant sur des détails sans savoir si c'est justifié ou si ça rempli mon nombre de mots en retardant la fatidique échéance, ce terrible moment où je risque de me retrouver bloquée, entre deux scènes, parce qu'il me manquera une toute petite pièce, un tout petit bidule pour passer de l'une à l'autre, un rien du tout indispensable et porté disparu.

Ce qui ne règle pas non plus le problème de "l'effet éponge". J'ai vraiment peur que ma manière d'écrire soit affectée au moins pour quelques jours, sans que je puisse déterminer si c'est pour le mieux (tirer les leçons de ce que j'ai lu, placer des détails hyper importants là où ils doivent être mis, me préoccuper de choses que je n'avais pas remarquées avant, etc.) ou pour le pire (singer un style qui n'est pas le mien, qui détonnera du reste, et qui sera hyper compliqué à rattraper en corrections.

En relisant cet intégral je pensais trouver des réponses, je les ai eues, mais dans d'autres aspects j'ai de nouvelles questions.

Panique à bord.

dimanche 9 août 2020

Me suffire à moi-même

Source – Paula Schmidt

J'ai eu une révélation. Depuis quelques temps je me suis rendue compte que ma détresse affective est sans doute induite par une dépendance affective. D'ailleurs, j'ai souvent été déçue, plus jeune, de découvrir que mes amies, pour lesquelles j'avais une grande affection et dans la relation avec lesquelles je mettais beaucoup d'espoir et d'implication, ne voyaient pas notre relation de la même manière. Qu'elles avaient déjà une "meilleure amie" et des gens avec qui partager tous leurs secrets. Par ailleurs, comme je n'ai moi-même véritablement confiance en personne, je ne me confiais pas, et ne pouvais donc pas attirer les confidences des autres. C'est donnant-donnant. Une amie au téléphone le mois dernier parlais de vases communiquant, mais disait aussi que ça pouvait dépendre du moment dans la relation parce que l'un des deux peut avoir plus besoin de l'autre à un moment donné. Je trouve qu'elle a parfaitement raison. Et c'est quand on se rend compte que les vases ne communiquent jamais qu'il y a un problème. Partant de là, je me suis rendue compte, donc, que ma détresse affective n'est que le symptôme d'une dépendance affective. Ce que je cherche, c'est une personne en qui avoir confiance mais aussi qui m'aimera pour deux. Qui verra mes qualités quand moi je n'ai tendance à voir que les défauts. Mais la révélation ne tient pas à ça. La révélation est la suivante : c'est sans doute moins une question d'amour qu'une question d'être "assez".

Souvent je ne me trouve pas assez. Pas assez jolie, pas assez sociable comparée aux autres (toute l'ambivalence résidant dans le fait que mon degré de sociabilité convient très bien à mon équilibre), pas assez intelligente, je ne connais pas assez de mots, je n'ai pas assez de talent, je ne fais pas assez d'efforts pour atteindre mes objectifs, je ne suis pas assez fine, je ne suis pas assez spontanée, je ne passe pas assez de temps à lire, je ne sais pas assez maîtriser ma colère quand quelque chose entre en conflit avec mes valeurs, me bouscule, me jette dans un sentiment de vulnérabilité... Je ne suis pas assez bien.

Souvent j'ai cette idée que si je n'ai jamais eu d'animal de compagnie dans ma vie (ma plus grosse blessure d'enfant, je pense, et ma plus grosse blessure tout court) c'est que je ne l'ai pas mérité. Parce que pouvoir s'occuper d'un animal est quelque chose de précieux. Et que moi, je ne l'ai pas (encore) mérité. Je ne suis pas assez indépendante de mes parents, je ne suis pas assez bien, et j'investirais sans doute cette relation de la même manière que j'investie (ou ai investi) à peu près toutes mes relations : trop. Je serais toujours là à lui faire des papouilles. Bref. C'est très con, parce que des animaux entre les mains de gens méchants, il y en a des tas. Alors mon raisonnement ne tient pas. Ce n'est pas un raisonnement, c'est une terreur.

Il y a quelques semaines, une amie m'a invitée à sa crémaillère. Je vous en avais parlé dans mon article sur les ânes (oui, encore celui-là, décidément cette idée ne quitte pas ma tête : je veux des ânes !) et me comparer avec mon amie qui a maintenant cette grande maison et ce grand terrain à ne plus savoir qu'en faire ne m'a pas fait que du bien. Mon amie est célibataire et le vit bien, elle a un boulot qui lui plaît, elle s'entend bien avec sa famille, elle a des super amis, elle est super elle-même, et elle gère toute seule avec l'aide de ses parents les travaux de rénovation de sa maison. Ce qu'elle me renvoie, c'est qu'elle n'a besoin de personne.

Qu'on s'entende : on a tous besoin des autres à un moment donné ou à un autre de notre vie. On a tous besoin d'un service de temps en temps, d'un coup de papatte, d'un conseil, d'un encouragement, d'un soutien, etc. Mais on n'a pas besoin des autres pour tenir debout. On tient tout seul, on peut avancer tout seul, et les autres viennent en appui. C'est ce que me renvoie cette amie. Elle tient toute seule, comme un bel arbre, vous voyez, et elle n'a pas besoin des autres pour aller bien. Son moral ne dépend pas d'une désillusion sur l'investissement dans une relation ou autre. Vous voyez ce que je veux dire ? Elle se suffit à elle-même (ou du moins c'est l'image qu'elle me renvoie car nous n'en avons pas vraiment parlé ensemble).

Et moi je me rends compte à quel point je suis faible. À quel point je suis incapable de tenir une résolution. Que j'arrive à écrire mon roman tous les jours tient du miracle ! Je voulais me remettre à l'espagnol : j'ai tenu deux semaines avant de me laisser glisser vers autre chose, de repousser, happée par des choses plus importantes sur le moment et, avant que je ne m'en rende compte – paf ! – je n'ai plus lu un seul mot d'espagnol de la journée. Ce n'est que plusieurs semaines plus tard que je me suis dis "ah oui, tiens, ça fait longtemps que j'ai pas fait d'espagnol, j'avais dit que je m'y remettrais !". Du coup, devant cette incapacité à faire des efforts, à tenir une barque, je me sens coupable, toute petite, et bien vulnérable. Je me sens aussi bête parce que j'ai l'impression (la conviction ?) que j'ai du potentiel, et je ne l'utilise pas, et je m'en veux encore plus, d'autant que j'ai une tendance à l'ambition (ça aussi, j'en avais parlé dans mon article sur les ânes, comme quoi tout est entremêlé). Je suis aussi incapable de prendre soin de moi, comme si je me punissais, et quand j'essaye, ça finit comme pour toutes les autres résolutions. Sauf le roman. Quand je vous dis que c'est un miracle !...

Plus qu'un miracle, ça doit tenir à une motivation supérieure mêlé d'un besoin vital. Autant je ne sens pas le besoin vital d'aller chez le médecin dès que j'ai mal quelque part, ce qui fait que des problèmes traînent pendant des années avant que je daigne m'y intéresser ; autant je ne pourrais pas arrêter d'écrire.

J'ai l'impression d'avoir un peu dérivé dans mon propos. Ce que je voulais dire, c'est que je ne me suffis pas à moi-même. J'attends des autres. Plutôt que d'apprendre le piano dans mon coin, j'attends en fantasmant qu'un jour quelqu'un qui sache jouer m'apprenne. C'est pareil pour l'apprentissage du japonais, du roller, etc. J'attends. Je ne fais même pas l'effort d'aller prendre des cours : j'attends que le fil rouge du destin – en lequel je ne crois d'ailleurs même pas – mette sur mon chemin la bonne personne. Je trouve ça triste, ridicule et même, disons-le, risible. Au moins, j'ai compris le mécanisme. Mais je sens que je ne trouverais pas la solution toute seule. Comme j'avais déjà prévu d'aller voir un psy (quand j'aurais des thunes, du coup), ça sera à ajouter à la liste des questions. D'une thérapie brève on est parti pour dix ans de suivi x) Le pauvre... (ou la pauvre, d'ailleurs). Il en a pas fini avec un boulet comme moi.

Pas assez bienveillante avec moi-même, non plus, du coup.

samedi 8 août 2020

Trouver du travail

Source – Kaboompics
Bien que la perspective d'élever des ânes en Dordogne me mette en joie, ce n'est pas vraiment un projet que l'on pourrait qualifier de réaliste à l'heure actuelle et plus encore considérant le fait que je n'ai pas d'apport d'argent, donc la réponse de la banque va être rapide : jeune femme fauchée, tout juste diplômée, sans permis de conduire, sans qualification dans les animaux, sans emploi, se lance dans une entreprise pour laquelle elle n'a même pas encore de business plan : nous fait-elle une blague ? Donc il semble plus approprié de chercher un vrai travail, au moins pour le moment et ne serait-ce que parce que j'ai quand même un projet de Diplôme Universitaire sur le feu et qu'il va bien falloir le financer. Sauf que voilà, je suis jeune diplômée (enfin, techniquement, je le serai au début du mois prochain). Or, rien de nouveau sous le soleil : les jeunes diplômés galèrent grave à trouver du taf, encore plus dans le journalisme, encore plus quand la formation n'est pas agréée journalisme.

Heureusement que je ne cherche pas que dans le journalisme.

Je pense que le plus dur pour moi à entendre c'est le reproche du manque d'expérience. Parce que si personne ne veut m'en donner, de l'expérience, eh bien je n'en aurais jamais. Une radio associative a rejeté ma candidature en partie parce que je ne venais pas de la région, et en partie parce que j'ai plus un profil de journaliste que d'animatrice. Certes. Mais enfin c'est le genre de métier que l'on peut apprendre sur le tas, à mon humble avis, et auquel d'ailleurs les écoles ne préparent pas aux réalités du terrain. Ça vaut aussi pour les écoles de cinéma et les formations de l'audiovisuel : tu apprends à tenir une caméra, à monter, mais les bons réflexes à prendre sur le terrain pour concevoir de A à Z une vidéo, tu les acquiert, ben... sur le terrain, par l'expérience. En plus, je suis d'autant plus frustrée que j'ai prouvé dans mes différentes expériences, que je sais travailler et que je sais m'adapter, et donc je sais que je saurais bosser dans une radio si une radio m'en donnait l'opportunité. Mais je comprends aussi que les entreprises, surtout en ce moment, ne veuillent pas prendre de risques.

Une autre chose que la radio m'a dite et qui me perturbe, c'est qu'ils m'ont reprochée d'avoir été honnête en disant que je ne me souvenais pas avoir candidaté chez eux en Service Civique il y a trois ans (alors qu'eux se souvenaient apparemment très bien de moi). Je suis peut-être très bête, mais pour moi l'honnêteté est essentielle, surtout quand on parle à des gens qui sont nos futurs employeurs potentiels et donc avec qui on sera peut-être amené à travailler tous les jours. Je suis sans doute trop naïve, un peu candide et ahurie, mais c'est ma vision des choses. Je ne me voyais pas retomber sur mes pattes par une pirouette, d'ailleurs je n'y ai même pas songé une seule seconde. Leur remarque me perturbe parce qu'elle rentre en conflit frontal avec les choses en lesquelles je crois, mes valeurs profondes. D'ailleurs ça arrive assez souvent ces derniers jours et ça créée beaucoup d'anxiété.

J'attends actuellement la réponse d'un musée. Je veux ce poste. C'est dans un domaine qui ne rentre pas exactement dans mes attributions car je n'ai pas fait d'études dans l'accueil du public ou la médiation culturelle ; mais mes expériences m'ont permis d'acquérir les qualités qu'il faut, puis bon, j'ai quand même une Licence d'Histoire à laquelle je peux m'accrocher : je ne suis pas sans filets. Les responsables qui m'ont fait passer l'entretien m'ont paru vraiment sympa, et j'ai l'opportunité d'être formée en conservation préventive, ce que je trouve extraordinairement intéressant ! Je veux ce poste.

Mais la réponse se fait attendre parce que la direction est partie en vacances avant de la transmettre. Et je me retrouve à avoir peur que tout ce temps supplémentaire à leur réflexion ne leur fasse réaliser qu'ils feraient mieux de prendre quelqu'un qui a fait des études dans ces domaines, que ça serait le choix de la sécurité pour leur équipe, surtout si la prise de poste est finalement en octobre. Là aussi, ça rentre en conflit avec une grande croyance : que l'on peut toujours apprendre, apprendre dans plein de domaines différents, apprendre sur le tas, apprendre des autres sur le terrain, en transmission directe plutôt que dans un amphi à écouter un prof toute la journée (bien que je n'aie rien contre les profs puisque je souhaite reprendre des études).

En fait, je me rends compte que je cherche un travail qui ait du sens. Médiation culturelle dans un musée, au contact du public, des scolaires, etc., ça a du sens. Un poste dans une radio associative, à faire de l'éducation aux médias, ça a du sens. J'adorerais faire des ateliers avec des jeunes de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, ou en milieu carcéral, dans les quartiers populaires, etc.. Élever des ânes, faire des randos contées, faire découvrir une région, ça a du sens, aussi.

Ce qui est bien, dans ma recherche de travail, c'est que même si je suis jeune, à peine diplômée et sans expérience ; que je suis une femme et qu'on peut préférer un homme en supposant que bientôt j'aurais des enfants (ce qui n'est pas le cas) ; au final, il y a plein de choses qui m'intéressent. Je pourrais bosser dans le sport comme dans la culture, dans un Parc Natural régional comme dans les médias. Quoiqu'à la réflexion je me demande si ça ne brouille pas mon profil aux yeux des recruteurs. On m'a demandé si je n'avais pas peur de m'enfermer dans la culture après m'être enfermée dans le milieu de la Défense. J'ai répondu que je ne m'enfermais pas : au contraire je m'ouvre, je m'ouvre à une expertise multiple, riche, qui me permet d'avoir un regard large.

Je trouve que l'on ne nous apprend pas à faire ça. Quand on est au lycée, à la fac, on nous apprend seulement a poursuivre dans la voie où l'on se trouve. Par exemple, lors de mes deux années de formation en journalisme/communication on ne nous parle jamais des radios associatives. En Histoire, je ne me souviens pas avoir entendu parler de la conservation préventive (enfin, un petit peu lorsque nous avons visiter des archives). Au collège, je ne me souviens pas que les filières professionnelles aient été abordée. Toutes les possibilités restent très floues. Les conseillers d'orientations ne servent à rien. Au lycée, c'est la même chose, on ne nous parle pas de tout ce qui est possible, on n'élargit pas les voies en expliquant que, même si tel métier tape un peu à côté de telle formation, ça peut passer si par ailleurs on a telle compétence (acquise en association, par exemple). En fait, on ne nous apprend pas à "ratisser large". Je trouve que c'est dommage, car ça permettrait ensuite de faciliter la recherche d'emploi en permettant aux jeunes de savoir réfléchir à ce qui est possible ou non.

Comme j'ai un peu de mal à terminer cet article, j'abandonne, et je l'arrête comme ça.
Nah !

mercredi 29 juillet 2020

Journal d'écriture, mois 5

Source – Joyce McCown
Ça avance tout doucement et en même temps pas tellement plus que le mois dernier. À la mi-juillet, je n'ai pas pu écrire pendant trois jours de suite en raison de mon travail, ce qui a fait que j'ai eu un peu de mal à reprendre ensuite. Je doute beaucoup sur mon scénario et en même temps je doute sur mon doute. Est-ce que je doute parce que je sens que ce n'est pas assez bon, ou est-ce que je doute parce que j'ai peur que ça ne soit pas assez bon ? La nuance est d'importance... Donc, dans le doute du doute, j'essaye de ne pas accorder trop d'importance à mon doute. Au moins, je ne doute pas encore que ça soit la bonne technique ! x) Je n'ai donc pas écrit tous les jours ce mois-ci, aussi parce que j'ai toujours des problèmes de sommeil et donc du mal à me lever tôt pour écrire avant de travailler et qu'ensuite, même si je n'ai pas vraiment grand-chose à faire (c'est le moins qu'un puisse dire) j'ai du mal à me mettre dedans. Je dirais que ma pratique est assez en dents de scie. Mais j'ai été contente d'écrire deux fois pendant plus d'une heure et demie, dont une fois plus de trois mille mots, ça fait quand même plaisir d'être performante en terme de quantité même si ce n'est pas le but premier ça permet de redonner confiance (c'est très bête, nous sommes bien d'accord).

D'ailleurs, puisque nous en sommes aux considérations de chiffres, j'ai dépassé ce mois-ci la barre des cent mille mots (c'était quand que j'annonçais mes cinquante mille ?), ce qui fait quand même plaisir parce que c'est un stade souvent mentionné par les écrivains en herbe. Mais ça fait aussi un peu peur parce que je n'ai pas vraiment dépassé le milieu quand je me fie à ma frise chronologique (depuis combien de temps est-ce que je vous dis que je suis à la moitié ?!), du coup je commence à me dire que si je dois en écrire encore cent mille, ça va être un calvaire à relire. Même sans ça, ça va être un calvaire à relire. Interminable. Écrire va plus vite que relire. Surtout que je suis une relectrice terriblement lente. Cent soixante-six pages actuellement, quand je vois ça, que je les mets en tout petit sur mon écran, ça fait un peu peur. Mais il faudra bien en passer par-là de toute façon. Et puisque je suis lancée dans les chiffres, je cumule cent treize heures de travail – auxquelles il faut enlever à peu près quatre heures du jour où j'ai malencontreusement oublié de fermer mon document et que je ne m'en suis rendue compte qu'à la mi-journée...

J'avais dit la dernière fois que je pensais possible de finir le premier jet en août. Euh... comment ? À moins d'écrire trois mille mots par jour (ce qui est loin d'être le cas) je ne vois pas trop comment c'est possible... Sauf que si je travaille à la rentrée, ça risque d'être un peu plus compliqué d'écrire. Donc j'aimerais vraiment terminer dans le mois qui vient. D'un autre côté, je privilégie toujours la qualité à la quantité (ce qui fait que je ne participerais jamais au Nano ni à un quelconque camp Nano), donc écrire des tartines pas top juste pour me dire que j'ai fini ne m'intéresse pas. Je pense que ça arrivera juste à me dégoûter de mon travail une fois que je serais en phase de relecture. Et comme j'ai déjà peur de la qualité du truc, il vaut mieux ne pas tenter le Diable.

D'ailleurs, c'est assez drôle parce que, si je reprends les notes que j'ai faites en prévision de cet article, j'ai à la fois dit que je pensais pouvoir faire un bon premier roman, et à la fois que je n'aimais pas tournure qu'avait prise l'histoire, ce qui est parfaitement contradictoire. Du coup, je relis ça et je me dis juste que le jour où je l'ai écrit je devais vraiment être de très mauvaise humeur, parce que là tout de suite maintenant, quand je repense à la tonalité générale du truc, ça me plaît quand même pas trop mal même si ça m'a pas mal échappé par rapport à ce que je pensais faire au début.

Je voulais un truc un peu mystérieux, je ne sais pas comment dire... un peu calme et en même temps où on sente un peu la tension. Or, ce n'est pas du tout ce qu'il se passe et j'ai même l'impression que certaines séquences détonnent totalement par rapport au reste. J'ai aussi toujours un problème avec mon personnage principal qui se fait bouffer par les autres et auquel j'essaye de redonner un peu corps (c'est pas le tout, mais le gugusse il a un deuil à faire, m'voyez, du coup s'il se fait trop bouffer par les autres cette problématique-là a tendance à disparaître) et en même temps quand je lui redonne du champ j'ai l'impression que c'est parfaitement artificiel. En deux mots : au secours !

D'une manière générale sur l'écriture – mais évidemment ça se vérifie dans la progression de ce roman – je trouve que je manque beaucoup de vocabulaire par rapport aux auteurs du XIXème siècle. Donc, je veux vraiment en avoir plus parce que je trouve ça pas top pas top. D'un autre côté, je préfère manquer de vocabulaire que manquer d'idées. Parce que même si on peut apprendre à avoir des idées c'est beaucoup plus long que d'apprendre des mots nouveaux.

Pendant les trois jours où je n'ai pas pu avancer sur le roman, j'ai quand même écrit une nouvelle, sur un petit carnet, pour un appel à textes sur le thème du chiffre neuf. Elle a plus la tronche d'un contre encastré que d'une nouvelle, mais bon... je l'ai recopiée à l'ordinateur et elle attend déjà depuis quinze jours que je la reprenne. Je laisse reposer un peu. D'autant que je sais que j'ai beaucoup de travail de correction dessus, sur la méthode narrative que j'ai choisie, et peut-être aussi un changement de temps à faire (je déteste ça, ça prend un temps fou !). Je ne sais pas si ce texte sera sélectionné (après tout, ce n'est même pas une nouvelle, donc il ne correspond pas à la demande de l'appel à texte) mais ça m'a quand même fait plaisir de finir un texte pour un appel parce que... ben, je crois bien que c'est la première fois. Enfin, la première fois que j'ai une histoire avec un début, un milieu, et une fin, qui se tient vraiment.

D'un autre côté, je m'en fiche. Je ne cherche pas à être sélectionnée, je cherche à avoir un retour sur mon style, mes idées et la manière de les mettre en œuvre. La première fois que j'ai envoyé un texte à un appel à texte ils m'avaient fait un retour commenté et m'avaient dit que, vraiment, "brillait d'un éclat lumineux" (je caricature à peine, malheureusement xD) c'était trop (on a bien compris que ça brille, bordel !). Du coup, j'ai vraiment fait attention aux redoublements de ce genre ensuite. C'est ce que je cherche ; un avis sur comment j'écris et des conseils pour améliorer les choses en prévision de la relecture de mon roman. Je ne sais pas trop ce que ça donnera car ce texte que j'ai écrit est assez différent dans la forme de mon roman (j'ai écrit à la première personne, ce que je ne fais jamais). On verra bien...

J'ai aussi repris la lecture. J'ai eu une période de lecture importante il y a quelques mois puis ensuite c'est retombé comme un soufflet, surtout parce que, sans que je sache la raison, rien ne m'intéresse vraiment. À part quelques mangas, aucun roman, aucune série, aucun recueil de contes, ni même mes National Geographic magazine, ne me vendent du rêve. Mais en même temps j'avais envie de lire, vraiment envie de lire. Donc je me suis dit que j'allais essayer de prendre un bouquin d'Histoire et de voir si ça prend. Et ça a pris, donc je lis. Je vous dis ça parce que j'ai constaté que lire m'a aidé à avoir plus d'idées, même si je n'ai pas plagié le passé de la France. Ça m'a aidé à mieux cerner les enjeux autour de mes personnages, etc. Ce qui est un bon point !

Donc, tout ça avance, tranquillement mais sûrement.

Et de votre côté ? Vos projets avancent-ils bien ?

vendredi 10 juillet 2020

Tout plaquer pour élever des ânes

Source – Afonso Morais
Plus ça va, plus je me demande à quoi sert tout ça. Les voitures, internet, construire des parcs d'attractions... Je regarde les gens dans la rue se presser pour faire quelque chose, aller quelque part, alors que, dans quelques années, il ne restera rien de ça. Ils se dépêchent pour rien : rien de tout ça n'a une utilité, dans le fond. Je me suis même demandée pourquoi la Vie était venue sur la planète Terre. Je veux dire : est-ce que c'est comme une mauvaise herbe qui s'est mise là parce qu'elle en avait l'opportunité, ou est-ce que la Terre a besoin de la Vie pour son équilibre ?

Je ne sais pas si c'est une déprime passagère ou une profonde et lancinante lassitude, mais plus ça va et plus je me dis que j'ai bien envie d'aller me reclure du monde. Je regarde avec envie ces vieux monastères juchés sur un piton rocheux, en me disant que là, je serais bien tranquille, loin de toute cette agitation inutile et vaine qui nous entoure. Je crois que je suis lasse. Lasse de chercher à avoir un métier, lasse de courir, et qu'une vie monotone tout en haut d'un piton rocheux me conviendrait bien. C'est assez étrange, d'ailleurs, quand on y pense, parce que j'ai aussi un côté ambitieux qui fait que je me demande si je serais compétente si j'étais ministre, et que ça serait bien si je pouvais devenir une écrivain célèbre et reconnue, et la meilleure des préparateurs mentaux. Et pourtant, plus ça va, et plus je me dis que rien de tout ça ne sert à quelque chose et que j'aimerais bien m'enterrer dans un petit village de trois cents habitants et y vivre une existence paisible.

Dans mon article sur les métiers que je n'exercerai jamais, j'avais parlé je crois de ce doux fantasme d'élever des ânes de randonnée dans la Creuse. Mais en fait, c'est bien davantage un rêve qu'un fantasme. En Dordogne, plutôt que dans la Creuse ; une grande ferme avec des ânes de randonnée ; des randonnées théâtralisées et contées ; des maisons d'hôtes pour le reste de l'année ; des partenariats avec les écoles pour faire venir des enfants en mode "ferme pédagogique" ; des paysages magnifiques ; juste ce qu'il faut de vie sociale pour ne pas dépérir ; et des ânes, des chiens, des chats. Et c'est tout. Un coin tranquille pour écrire mes romans et les soumettre aux crocs acérés des maisons d'éditions. Et c'est tout. Un peu d'internet, parce qu'on ne fait rien sans internet, et que les réseaux sociaux c'est bien pour faire venir des gens faire des rando. Et des randos, des contes, et des ânes. Et c'est tout.

Du coup, happée par ce paisible rêve, je suis allée voir sur SOS Villages. Eh bien voyez-vous, il y a une ferme, dans le Puy-de-Dôme (pas vraiment la Dordogne) : des terres à louer et un cheptel de vaches à viande à acheter. Autant dire que je garde les vaches pour ma ferme pédagogique mais qu'elles ne verront jamais les néons clignotants des abattoirs lugubres et vivront bien vingt ans dans leur champ à se faire caresser le nez par des marmots curieux. Il ne manque plus que des ânes et quelques travaux. Oh, bien sûr, je ne suis pas stupide, je sais qu'il manque aussi toutes les démarches administratives pour avoir le droit d'exercer, tout le matériel pour monter les ânes – que je prendrais parmi des associations les ayant sauvés de propriétaires maltraitants et défaillants – ; et surtout, l'argent. Allez demander de l'argent à une banque pour un projet un peu fou quand vous avez vingt-quatre ans. J'ai intérêt de bien le monter, mon projet déjanté, mon doux rêve fantasmé.

Je me sens sur la brèche, comme prête à sauter le pas pour mieux échapper au poids des villes, de l'anxiété, de ma propre ambition qui me mène vers des scenarii idiots. Faut dire aussi que j'étais à la crémaillère d'une amie qui a acheté sa maison à crédit et la rénove. Belle maison, beau jardin, tout est grand et un instant je me suis demandée ce que je pourrais bien faire de tout cet espace, à sa place – mais les idées viennent vite ! Je n'étais pas jalouse, je suis envieuse. Je veux une grande maison, un terrain, et des ânes à n'en plus pouvoir les compter. Des ânes frisés, comme j'en ai vus passer à la télé.

Dans le fond, ça aussi serait un peu vain, il n'en resterait pas plus de traces que les courses dans les artères bondées et malodorantes du métro parisien, mais j'ai comme cette impression confuse que plus la vie est simple et plus elle a du sens. C'est comme une fuite. Une fuite pour se reconnecter et arrêter de courir.

Je ne sais pas si je vais sauter le pas. C'est que j'ai un plan bien rôdé, savez-vous, pour devenir préparateur mental. Je me suis même renseignée sur mes chances que mes candidatures soient acceptées en Diplôme Universitaire. Mais plutôt que d'économiser pour ça, cette envie me titille de dépenser mon argent pour apprendre à conter et me rendre à ma banque avec mon projet bien ficelé.

D'ailleurs, ça a même un nom, ce que je veux faire. Ça s'appelle ânier. S'il y a un nom, alors c'est que c'est possible, pas vrai ?

Je trouve mon article un peu déprimant x)
Mais quand même...

Je veux des ânes, et un cheptel de vaches à viande qui ne verront jamais la lueur terne du néon d'un abattoir sordide.

lundi 29 juin 2020

Journal d'écriture, mois 4

Source – Joyce McCown
Ce mois-ci, j'ai enfin (il y a quelques jours, en fait) franchi "l'arc" que je trouvais hyper compliqué et j'ai pu embrayer (un peu) sur la suite. Mais ces derniers jours, j'ai aussi sauté beaucoup de séances du fait de la fatigue qui a fait que je me levais trop tard pour écrire, ou qu'au contraire je doive me lever tôt pour aller sur Paris. Il y a donc du relâchement et ça ne me plaît pas du tout car j'ai l'impression que si je relâche trop la bride, le cheval va refuser d'avancer et que je me retrouverais à n'écrire plus qu'une fois par semaine comme avant, ou alors de manière très irrégulière. Donc il est plus que temps de corriger tout ça.

Ce qui est bien, en ayant enfin passé le passage qui me bloquait – du fait qu'il y avait beaucoup de personnages à gérer en même temps, une ambiance "d'assemblée" à retranscrire – c'est qu'il ne me restera plus maintenant (en principe) que des choses que je maîtrise relativement, avec peu de personnages à chaque fois, donc ça devrait le faire. Ce qui est moins bien, c'est que mon arc me mettait tellement de bâtons dans les roues que je n'ai pas vraiment pu penser à la suite, et je me retrouve donc un peu en panne sèche. D'autant que maintenant je suis dans une partie un peu plus "molle" niveau action. Donc, "ça devrait le faire" mais pas tant que ça.

J'ai toujours un problème de gestion avec le personnage qui devait être le principal et qui se retrouve un peu bouffé par les autres. En même temps, plusieurs personnages ont à un moment où à un autre un rôle important, et je pense que, compte tenu du fait que l'histoire se déroule dans une ville de taille modeste où plus ou moins tout le monde se connaît, et compte tenu aussi du fait qu'il se passe des changements très graves, s'il n'y avait que deux personnages qui agissaient, ce ne serait sans doute pas très réaliste. Pour le moment je continue dans cette ligne, en me disant que peut-être qu'en relisant – puis en faisant lire – je me rendrais compte que le personnage ne se fait pas "bouffer" mais qu'il prend juste une place différente.

Je me retrouve aussi confrontée à un problème dont je pensais pouvoir me débarrasser en écrivant tous les jours. Avant, au fil de l'écriture, j'inventais des anecdotes à mes personnages, des petits trucs sympa, que je finissais pas oublier puisque je n'écrivais pas pendant longtemps. Je pensais qu'en écrivant tous les jours ça s'améliorerait et que je n'aurais pas à revenir vérifier des choses aux chapitres précédents puisque toutes les informations seraient fraîches dans ma tête. Mais en fait pas du tout ! Déjà parce que, en écrivant tous les jours, j'avance vite, donc beaucoup d'informations entrent dans ma tête. Et puis parce que les personnages que ça concerne on ne les voit pas beaucoup. Et aussi parce que, même si c'est "frais" il y a des choses qui datent d'il y a... quatre mois ! J'essaye de ne pas trop m'inquiéter là-dessus et d'éviter les incohérences. La chance que j'ai c'est que généralement je me souviens bien des passages, ou des passages environnants, et de la manière dont je les ai écrit. Donc je peux faire une recherche dans Word avec un ensemble de mots que je pense avoir utilisés à ce moment-là. Du coup mes vérifications vont très vites !

Il m'arrive aussi de douter pas mal de la qualité de ce que j'écris et de craindre écrire comme mes "juste-comme-ça", les machin-choses que j'écris pour le plaisir sans rien en attendre et où je fais beaucoup moins attention au style puisqu'ils me servent surtout à tester des choses au point de vue "fond" de l'histoire, thématiques développées, etc. Quand je sens que c'est le cas, je continue quand même d'écrire, généralement. Mais ça m'embête parce que, pour un texte sérieux, j'ai besoin d'une base de qualité dès le départ.

Côté temporalité, je pense que je peux avoir fini fin-Août si j'arrête de sauter bêtement des jours et que je presse un peu le pas. Pour ça il faut que j'arrive à régler mes problèmes de sommeil pour être capable de me lever un peu plus tôt pour avoir une plage horaire plus importante dédiée à l'écriture. Paradoxalement, même si je pense qu'il est possible de finir dans deux mois, je ne pense pas que j'y parviendrais. Ça me stresse un peu parce que, si je travaille à Paris à la rentrée, j'aurais pas mal de trajet à faire et donc du temps en moins. Je serais aussi obligée d'écrire le soir, où je serais fatiguée et donc ma production perdra en qualité. Comme on approchera de la fin, et que les fins sont à soigner, ça tomberait vraiment mal... Mais j'essaye de ne pas trop y penser. Il me reste deux mois pour... plus de la moitié et ça fait quatre mois que j'y suis. À part ça, tout va bien !

Je pense aussi déjà à la manière dont je vais m'organiser pour la relecture. Mon soucis principal est de ne pas modifier le fichier de base, pour toujours avoir une trace de la première version, et pour ne pas truquer les statistiques de temps du fichier. Je pense donc créer une copie du fichier et faire ma relecture (orthographe + fond + forme) dessus. Puis, au moment de faire les corrections pour suivre les retours de mes bêta-lecteurs, je ferai encore un troisième fichier. Surtout, je laisserai reposer, avant première relecture, au moins trois mois. Peut-être que je me lancerais dans le premier-jet du roman suivant, avec le risque que ça se chevauche et que je doive et corriger celui-là, et écrire le deuxième. Pour l'instant, je réfléchis encore dessus, même si je ne devrais sans doute pas. Le fait que j'y pense est surtout un bon indicateur pour montrer que je compte poursuivre le projet jusqu'au bout et l'amener à son terme, puisque je suis capable de me projeter dans l'étape suivante.

Et vous ? avancez-vous dans vos projets ?

vendredi 19 juin 2020

Imposture et compétence

Source – Barn images
Je ne sais pas trop où va partir mon article. Je voudrais parler à la fois du sentiment d'imposture, de l'incompétence et de la comparaison aux autres, parce qu'il y a un lien que je ne suis pas sûre de pouvoir exprimer correctement et que je ne sais pas trop par où commencer ; d'ailleurs je me jette dans la rédaction de cet article sans en avoir déterminé le titre, ce qui est très inhabituel pour moi. Bref.

Je suis membre d'un forum d'écriture. De temps en temps, je vais jeter un œil à la partie où les membres postent leurs textes et je lis un peu en diagonale, par curiosité, sans jamais commenter, et je me dis que c'est vraiment super et que je n'ai rien à redire, aucune critique négative à formuler, et que je suis très loin d'écrire aussi bien et que jamais je n'arriverai à atteindre le niveau qu'ils ont et celui pour être éditée par une maison. Je ne pousse pas le bouchon à vouloir arrêter l'écriture, mais ce cheminement, pour moi qui suis une grande ambitieuse, est déjà assez douloureux pour ne pas en rajouter – c'est surtout aussi que j'aime trop écrire pour ne serait-ce que penser à arrêter.

J'ai lu un article de Héloïse de Visscher sur le sentiment d'incompétence. Elle y explique que ce sentiment peut naître de la différence entre les résultats que l'on obtient, et ceux que nous pensons être capable d'obtenir. Je pense pouvoir être publiée, je découvre que j'en suis loin : ça implique ce fracas silencieux dans lequel je me dis que je n'y arriverais jamais. En ça, les articles de blog que j'ai vu passer sur le fait d'arrêter de se comparer aux autres sont assez justes. Se comparer aux autres, ça fait du mal et ça ne sert à rien. Mais il y aurait quand même à nuancer.

Comme je suis actuellement en stage, je gagne un peu de sous, et j'ai recommencé à acheter des mangas. J'ai donc pu reprendre où je l'avais laissée ma lecture de Sousei no onmyôji de Yoshiaki Sukeno. Pour vous mettre en contexte rapidement : Rokuro, adolescent, est un onmyôji qui conjure les vilains monstres venus d'un monde parallèle. Il veut devenir le plus puissant de sa corporation mais il lui reste un immense chemin à parcourir. Dans le tome onze, il demande à un plus puissant que lui, qui fait partie de l'assemblée des Douze Généraux Célestes (les plus forts parmi les plus forts) de lui expliquer ce qui les sépare. Et donc le type y va, et lui raconte à quel point il n'est pas au niveau, qu'il est un candidat potentiel pour devenir Général Céleste mais que bon, "un candidat reste un candidat". Mais Rokuro, au lieu d'abandonner tous ses rêves, est encore plus résolu que jamais à s'améliorer et souhaite utiliser le tournoi à venir comme moyen d'évaluer ses progrès. Vous pourriez me répondre que ben oui mais bon, Eni, t'es gentille ; s'il abandonne, y a plus d'histoire !

À l'origine, je voulais vous faire un grand article sur le fait de se comparer aux autres, le sentiment d'incompétence, etc., comme je fais de temps en temps. Donc j'ai fait des petites recherches. Et puis finalement je n'ai pas trouvé suffisamment de choses qui me plaisaient bien, donc je fais plus modeste. Mais dans mes recherches j'ai trouvé un article de Lise Friedman qui explique qu'il existe trois type de comparaison sociale. La comparaison latérale : quand on se compare avec des personnes que l'on juge proches de nous ou identiques à nous dans le domaine que l'on vise (typiquement, mes petits camarades du forum d'écriture). La comparaison descendante : quand on se compare à des gens que l'on considère comme plus "faible" que soi. Elle sert à se remonter le moral. Et la comparaison ascendante : quand on se compare à des gens que l'on considère supérieurs à soi. Cette comparaison-là produit l'envie de s'améliorer, parce que l'on pense avoir le potentiel suffisant pour atteindre et dépasser le niveau des personnes à qui l'on se compare. Rokuro n'est donc pas juste motivé pour qu'il y ait une histoire à raconter !

Le truc c'est que ma comparaison avec les autres membres du forum ne me donne pas vraiment envie de m'améliorer. Elle me fout le bourdon. C'est aussi que le sentiment de compétence fait partie des thématiques qui sous-tendent l'estime de soi.

Bon, d'abord, les scientifiques ne sont pas tous d'accord sur la définition du concept d'estime de soi, donc je ne vais pas me lancer là-dedans, on voit tous à peu près, je pense, ce que ça donne. Dans ce grand concept, Christina Doré rappelle que l'on trouve : la valeur accordée à soi-même (jugement favorable ou défavorable), l'acceptation de soi (amour-propre et authenticité envers soi), l'attitude envers soi-même (bienveillance, ou pas), le respect de soi (considération que l'on se porte), et sentiment de compétence, donc. En gros, la confiance en soi n'est qu'une petite partie de l'estime de soi. Et toutes ces parties sont liées entre elles. Et si je devais me lancer dans un résumé du point ou j'en suis je dirais qu'aucune de ces catégories n'est remplie positivement chez moi. Donc, la comparaison blesse. Surtout quand le contexte n'est pas choisi. Comme ce sujet ouvert sur le forum à propos d'écriture inclusive où les grandes argumentations scientifiques des uns et des autres donnent juste envie de se faire tout petit.

Et par-dessus tout ça, l'imposture. Je n'ose pas me revendiquer du syndrome de l'imposteur parce que c'est un concept qui demande à ce que ce soit quand même quelque chose d'un peu constant et invariable, alors que chez moi l'imposture prend plus la forme de vagues.

C'est que, quand mon chef me dit que je fais un gros boulot et que je peux me reposer, je me demande si on parle bien de la même personne. Parce que, très sincèrement, même si je fais plutôt bien mon travail, je n'ai pas l'impression d'abattre un gros taf. D'ailleurs, je n'y passe pas beaucoup d'heures, et moins on m'en donne à faire, moins je veux en faire puisque j'ai pris un mauvais rythme. C'est assez compliqué pour moi à gérer, car j'aime travailler dans l'urgence, relever les challenges, avoir plein de trucs à gérer en même temps, et que je suis capable d'abattre beaucoup de travail dans un temps assez réduit. Là, j'ai plutôt l'impression de glander. Donc, quand mon chef me fait ce compliment à l'écrit, j'ai, l'espace d'une fraction de seconde, cette pensée que peut-être il me dit ça pour me culpabiliser – c'est d'ailleurs là que je vois comme j'ai progressé dans mon rapport à moi-même : avant, cette petite pensée aurait pris toute la place, aujourd'hui j'arrive à la foutre tout derrière la pile des pensées. Et quand il me fait le compliment à l'oral, et que je ne détecte dans le ton aucune hypocrisie, je me dis que c'est du gros n'importe quoi, parce que les autres bossent pendant que je me matte un film sur Netflix. Ce n'est pas que je ne veux pas bosser, c'est que je n'ai pas tant de choses que ça à faire. Mais, je n'ose pas trop le dire.

L'imposture, je ne l'avais jamais vraiment ressentie. C'est assez compliqué à gérer. Je culpabilise à la fois de ne pas bosser, et à la fois de ne pas être capable de faire part de mon problème à mon chef. J'ai l'impression d'usurper des compliments que je ne mérite pas. J'ai déjà du mal avec les compliments quand j'y ai droit, alors quand ce n'est pas le cas... Ça ne m'aide pas non plus à avoir davantage confiance en moi, bien au contraire... niveau estime de moi, tous les curseurs descendent en flèche. Mes recherches m'ont au moins permis de mieux comprendre comment tout ça fonctionne, et de pouvoir déployer des "pensées-médicaments" pour essayer de tout redresser. Ce que j'avais essayé pour me motiver à passer le permis de conduire en trouvant des raisons intrinsèques, et qui avait plutôt fonctionné. C'est à ne pas comprendre pourquoi ils n'ont pas voulu de moi en psychologie du sport ! ;)

L'imposture jaillit aussi, dans une intensité moindre, quand on me dit que je suis intellectuelle, ou que je sais beaucoup de choses, que j'ai toujours un truc à dire dans toutes les conversations, etc. Parce que moi je trouve que je manque beaucoup de vocabulaires et de connaissances. C'est une imposture. Je sais des trucs dans plein de domaines différents mais très peu de choses, juste suffisamment pour intervenir dans une conversation et paraître légitime, pas suffisamment pour la tenir sur le long-terme. Juste assez pour signifier à mon interlocuteur que je suis intéressée, et que s'il est plus expert que moi je boirai ses paroles.

Est-ce que ça vous arrive, parfois ?

vendredi 5 juin 2020

Comment je suis devenue écolo

Source – John Cancalosi / National Geographic
C'est une idée d'article qui me trotte dans la tête depuis un moment et cette Journée mondiale de l'Environnement me paraît toute trouvée pour me lancer ! ;)

J'ai toujours aimé les animaux, d'ailleurs je pense que le plus grand manque dans ma vie d'enfant a été de ne pas avoir d'animal de compagnie. Petite, je me gavais de documentaires animaliers, et je continue à regarder avec passion ce que diffuse Arte, France TV, ou Netflix. Ado, j'ai tenu quelques temps un blog sur la maltraitance animale. Je voyais des photos atroces, et je me rappelle avoir vu un documentaire horrifiant que j'ai dû regarder en plusieurs fois pour tenir le choc. La nature m'a toujours intéressée. Je me suis même rêvée garde forestier ou comportementaliste animalier ! Pour moi, prendre soin de la planète serait quelque chose de normal. Cependant, pendant longtemps je n'ai pas vraiment œuvré en ce sens. Déjà parce que j'étais dépendante de mes parents, et ensuite parce que je gardais dans l'idée qu'être écolo était quelque chose de compliqué.

La prise de conscience


Dans le même temps, je suis devenue une lectrice de plus en plus régulière de National Geographic Magazine. Mes premiers numéros doivent dater de 2013, mais je n'étais pas très assidue et j'en ai perdu beaucoup. Puis, peu à peu, je les lisais vraiment et avec un grand intérêt. En juin 2018, ils publiaient un ensemble d'articles sur le plastique. Des chiffres effroyables. Des photos aux scènes dramatiques. Dont celle de la couverture : une cigogne dans une décharge en Espagne, piégée dans un sac plastique – le photographe l'a bien entendu libérée.

C'est ce numéro qui m'a fait réaliser que trop, c'était trop. Trop de gaspillage, trop de trucs aberrant ; trop de plastique. Et tout à coup, j'ai vu autour de moi tout ce plastique non-indispensable (parce que, on ne va pas se mentir, une voiture est indispensable dans notre monde d'aujourd'hui et une voiture sans plastique je ne sais même pas si ce serait possible). Tous ces contenants de produits, brosses à cheveux, emballages... Je ne vais pas vous assommer avec des chiffres parce que je ne les ai pas en tête et que ce n'est pas le but de l'article. Ils sont facilement trouvables sur l'Internet mondial. Et ils sont glaçant.

À partir de là, j'ai décidé de ne plus utiliser de plastique si je pouvais faire autrement. Je zappe dans les grandes-surfaces ces rayons que j'appelle "rayons du plastique". Ceux des gâteaux, biscuits, fromages... les yaourts je les achète dans des pots en verre (ce qui vaut mieux niveau santé, par ailleurs).

Changer les choses à petite échelle


Des fois, on me dit que je ne vais pas changer le monde à moi toute seule, que je ne vais pas sauver la planète. J'en ai parfaitement conscience. Le but, ce n'est pas de changer la planète. Le truc c'est que je pense qu'on n'arrivera jamais à la sauver. Parce que les entreprises ne voudront pas "perdre de l'argent". Parce que la fonte des glaces aux pôles va donner accès à de nouvelles routes maritimes et à des puits de pétroles et autres denrées chères. Très chères. Les pays limitrophes se battent déjà pour savoir qui pourra mettre sa papatte avide sur les centaines de milliers de barils. En fait, sauver la planète, ça n'arrange personne. On préfère imaginer que l'on va trouver une autre planète très très loin pour y vivre avant que tout n'explose, ou que la technologie pourra nous sauver la vie. S'adapter plutôt que sauver.

Ce n'est pas pour sauver la planète, que je le fais. C'est par égoïsme, pour me dire que j'ai fait ma petite part, et que ça fait toujours une brosse à dent de moins qui finit dans la mer.

Dans ma croisade contre le plastique, j'ai commencé par le plus facile : la salle de bain ! La salle de bain, c'est là où il y a le plus de bouteilles, flacons, emballages... et là où on peut le plus facilement trouver des alternatives. Début facile, et donc encourageant !

J'ai donc abandonné les shampoings liquides dans des bouteilles en plastique (adieu mon shampoing préféré de Lush !) pour des savons, shampoings, et dentifrices solides. J'ai testé plusieurs marques. Chez Bélice, j'ai bien aimé le dentifrice, et adoré le déodorant ! Je trouve même qu'il fonctionne mieux que certains déodorants du commerce. Je suis plus mitigée sur le savon et le shampoing. Actuellement, je teste le shampoing Druydes que pour le moment j'apprécie (je pense que ça va durer).

Je n'ai pas été convaincue par les brosses à dents en bambou qui me sont passées entre les mains. Déjà, les poils sont bien souvent en nylon (argh) et ensuite, celle que j'avais s'est usée très vite. Cependant, j'ai mis la main sur une brosse à dent entièrement en bambou ! La marque s'appelle Croll & Denecke. Je n'ai pas encore pu la tester, étant donné que celle que j'ai actuellement n'est pas encore usée. Mais j'ai bon espoir.

Imperfection


Il ne s'agit pas d'être parfait. Je découvre régulièrement de nouveaux produits alternatifs au plastique – comment ça ?! une brosse à vaisselle en bois à tête interchangeable, ça existe ?! – et, même si je vais au marcher et que je n'achète pas de fruits et légumes sous plastique, il y a des choses que je ne fais pas. Par exemple, je n'achète pas en vrac. La seule fois où j'ai essayé, je me suis retrouvée avec une invasion d'insectes. Donc ça sera sans moi.

Depuis que je suis revenue chez mes parents, c'est aussi beaucoup plus compliqué. Eux s'en fichent complètement. Et voilà les salades dans une poche plastique, la viande en barquettes, le fromage dans du plastique, les pots de yaourts en plastique... Moi qui ai réduit ma consommation de viande à... ben rien, en fait (sans gros efforts puisque je n'aime pas particulièrement ça), je me retrouve à en manger. Alors oui, on pourrait me dire qu'il ne tient qu'à moi de refuser, et je le fais dès que possible, mais ce n'est pas toujours aussi facile. Et, encore une fois, il ne s'agit pas d'être parfait. D'ailleurs, être parfait est impossible.

J'achète mes pantalons chez Fantazia. Ils font travailler des artisans, et reversent une partie de l'argent touché pour des constructions d'écoles et ce genre de choses. C'est génial ! Problème : les produits sont faits en Inde ou au Népal, à l'autre bout du monde. L'empreinte carbone est nécessairement élevée. Dans le même genre, j'ai acheté une paire de chaussure chez Perús, qui finance des jours d'école. Mais dans ces chaussures, se trouve du plastique. On ne peut pas tout avoir.

Il y a aussi des choses que je n'ai pas l'occasion de faire actuellement mais que j'aimerais pouvoir faire à terme. Par exemple, avoir un compost, pour réduire mes déchets. Pouvoir acheter plusieurs de mes produits sur un seul site, pour réduire le transport (ce que j'ai fait via Naturitas pour ma dernière commande, mais par exemple ils ne sont pas revendeurs de Bélice (qui par ailleurs a des boutiques mais pas autour de chez moi)). J'aimerais aussi pouvoir faire ma propre lessive et mon liquide vaisselle maison.

De plus en plus, je m'interroge aussi sur mon utilisation d'internet, et j'en viens parfois à culpabiliser d'avoir un blog ou de consommer des vidéos sur internet, parce que ça utilise des serveurs et que ça pollue... quand le moral n'est pas au top, j'ai cette idée que je voudrais aller me perdre au milieu de nulle part.

Je pense qu'il est facile de culpabiliser en se disant que les autres font mieux que nous et que l'on ne fait pas assez. C'est aussi pour ça que je vous parle de mes imperfections dans ma recherche du rejet du plastique, juste pour montrer que l'on peut mettre des choses en place petit à petit, en fonction de ce qui est possible. Le premier pas, c'est d'ouvrir ses mirettes et de se rendre compte qu'on est entouré de plastique qui ne sert à rien du tout et dont on pourrait se passer.

Comment ça se passe de votre côté ? Un petit geste pour la planète ?

samedi 30 mai 2020

Non, je ne veux pas d'enfant

Source – Brett Sayles
Affirmation qui peut être ardue à justifier dans un monde où d'une part notre condition animale nous pousse à vouloir nous reproduire pour perpétrer l'espèce et où, d'autre part, les normes de genre ont rapidement réduit les femmes à leur place de mère. Non seulement je ne veux pas d'enfant, mais en plus, je l'assume.

Plutôt que de dire que je ne veux pas être mère, il serait d'ailleurs plus juste de dire que je veux ne pas être mère. Subtile nuance. Mais dans laquelle tout se joue.

"Tu changeras d'avis !"


La réaction que j'affronte le plus est dite avec une insolente assurance. Tu vas changer d'avis. Tu vas changer d'avis quand tu auras un mec. Tu vas changer d'avis quand tu vas grandir. "Tu changeras d'avis", que l'on me glisse avec un petit sourire narquois et des yeux rieurs, comme si la boule de cristal de mon interlocuteur avait scellé à jamais ce destin. D'ailleurs, d'après les recherches de la sociologue Charlotte Debest, c'est la phrase que l'on dit plus aux femmes qui ne veulent pas d'enfants quand elles ont autour de vingt-cinq ans.

C'est la réaction qui m'agace le plus. Elle nie ma possibilité à prendre une décision par moi-même. Elle sous-entend que, parce que je vais me mettre en couple et que les années vont passer, l'horloge biologique va se réveiller et sonner l'heure pour moi de me plier à mon devoir de femme : enfanter. Incapables de comprendre ce qui se joue en moi, mes interlocuteurs me disent que je changerai d'avis, comme si mon refus d'avoir des enfants relevait de l'immaturité adolescente. Comme si je ne voulais pas d'enfant simplement parce que je n'ai pas rencontré l'amour et que je ne suis pas installée.

Je déteste que l'on me dise que je vais changer d'avis. Parce que je ressens au plus profond de moi que ça ne sera pas le cas, et que cette phrase entre en profond conflit avec ma vision du monde, de ce qu'est un individu. Je n'ai moi-même pas encore identifié tous les fils que tire cette unique phrase, mais je sais qu'elle est l'antithèse de ce que je suis, et cela pas seulement sur le plan de la parentalité mais sur tous les autres plans de la vie. "Tu changeras d'avis" revient à me nier la prise de décision.

Or, pour moi, le refus de faire un enfant va plus loin qu'une décision réfléchie, posée et raisonnée. Comme beaucoup de personnes, je le ressens au plus profond de moi.

Refus viscéral


Quand j'ai besoin de le justifier, je dis que vu l'état de la planète, ce n'est franchement pas raisonnable. Je dis que des enfants sans parents, sur la Terre, il y en a des tas, alors ce n'est pas la peine d'en fabriquer un. Pour fuir, quand la situation m'y oblige, je lâche un : "de toute façon, je n'ai pas de mec". Fin de la discussion en forme de non-recevoir. Va voir ailleurs si j'y suis. Oui, parce que, pour faire un enfant tout bien dans les normes, il faut être deux : un homme et une femme ; et il faut avoir une situation économique stable. Je n'ai ni l'un ni l'autre, alors la discussion des enfants ne devrait même pas avoir lieu.

Mais la réalité vraie, c'est que c'est un sentiment qui est en moi depuis plusieurs années. Petite, je ne jouais pas aux poupons, ou du moins je ne m'en souviens pas, ce qui dans le fond ne change pas grand-chose. Je ne me suis jamais imaginée mère. Et pourtant mon esprit m'a plongée dans bien des lieux et des situations différents !... De la vie de couple à comment je réagirais en cas d'attentat, en passant par me projeter dans des emplois divers et des villes variées. Mais jamais avec des enfants. Jamais. Quand j'essaye de m'imaginer enceinte, un être grandissant dans mon corps, je ne parviens qu'à provoquer un sentiment d'aversion et de malaise. Presque, ça me dégoûte. Dans le même genre de réaction viscérales, physiologiques, les pleurs des bébés me cognent sur le système. J'ai envie de les attraper par les pieds et de les fracasser contre un mur. Je ne sais pas si c'est lié à mon rapport compliqué avec mon corps, ou si ça entre en résonance avec d'autres mécanismes de mon esprit. Toujours est-il que je ne veux pas d'enfants. D'ailleurs l'éventualité même que je puisse vouloir des enfants un jour m'effraie. Hors de question que je ponde des gosses.

Quand je m'imagine avec des enfants, ce ne sont pas des enfants. Ce sont des ados. Je ne suis pas leur mère : je suis famille d'accueil pour la Protection Judiciaire ou la Protection de l'Enfance. Je n'assouvie pas mon besoin d'être mère : je viens en aide à des gamins paumés. C'est une œuvre humanitaire.

Pour le moment, la question est simple, car je suis et ai toujours été célibataire. Mais quand je serai en couple (c'est pas gagné...) ce sera peut-être une autre paire de manches. Dans un article, Émilie Gilmer, explique que les couples qui restent ensemble lorsque l'un veut un enfant et l'autre pas, sont ceux où le partenaire qui ne veut pas d'enfant accepte et reconnaît chez l'autre le deuil de l'enfant qui ne sera jamais là, et que le couple fait de la qualité de sa relation une sorte d'enfant symbolique.

Je ne me vois pas être en couple avec un homme qui veut des enfants. Je pense que j'aurais toujours peur qu'il finisse par me le reprocher, que quelque part dans son esprit subsistera cette idée que je lui vole quelque chose. C'est peut-être une projection de mon propre sentiment par rapport à ça. Ce que je veux dire c'est que, au-delà de cette peur, je m'en voudrais d'être l'obstacle à son choix de vie. Peut-être que ça changera lorsque j'aurais une relation effective, mais pour le moment je me dis que si je tombe sur un homme qui veut des enfants je le "libérerais". De la même manière que je ne peux pas accepter l'idée qu'on m'en impose, je ne peux pas accepter celle d'imposer mon choix à quelqu'un d'autre.

Les stéréotypes ont la vie dure


Une remarque qu'une amie m'a faite il y a peu, sans méchanceté ni malveillance, était tournée sous forme de question : "tu n'as pas peur de ressentir un vide ?".

Je ne savais pas que l'on faisait des enfants pour remplir un vide. Je serai, je l'espère, une femme occupée, je n'ai pas que ça à faire que de m'occuper d'enfants. J'ignorais que l'on faisait des enfants pour ne pas s'ennuyer. Et puis, en faisant des recherches sur le sujet des sans-enfant volontaires, j'ai fait le lien avec une autre notion.

Ce n'est sans doute pas une question de remplir sa vie avec des activités. Ou pas que. Peut-être que ce qui sous-tend cette question se rapproche aussi un peu des normes de genre. Peut-être que ce qui se joue ici c'est la transgression de cette idée qu'une femme n'est pas femme accomplie, épanouie et entière si elle n'est pas mère. Or, la notion d'entièreté suppose qu'il y a le fait de n'être pas entier. Qu'il manque donc quelque chose ; qu'il faut remplir. Avec un enfant.

D'ailleurs, ce qui ressort de ce que j'ai lu, c'est que, quand l'entourage accepte l'idée que la femme ne veut pas d'enfant et n'en aura pas, il y a un attendu sur sa carrière, qui doit être remarquable. Je n'y échappe pas trop car j'ai répondu à mon amie que j'avais plein de projets, de création de contenus, et un métier qui m'occupera, et une activité sportive, et que donc je n'aurais pas le temps.

Les femmes font les enfants. Et, comme le rappelle Catherine Vacher-Vitasse citant Michelle Perrot et Françoise Héritier, pendant longtemps, les enfants ont fait la femme – puisque pour être une vraie femme il fallait être mère.

Le mariage grec et le mariage chrétien n'avaient que pour but la procréation. Chez les Romains, l'épouse devait fournir trois enfants vivants. Ensuite, elle devenait une "matrone" et pouvait se soustraire aux rapports sexuels si elle le souhaitait.

Mais tout ça, c'est aussi une question de construction sociale. Un jour je discutais avec des amies et l'une d'elle, étudiante en médecine, nous expliquait que si les petits garçons jouaient avec des poupons plus fréquemment, ils développeraient leur attention du bébé et ils voudraient davantage s'occuper d'eux une fois adultes avec un vrai bébé dans les mains. Ça permettrait sans doute aussi de faire disparaître cette idée selon laquelle un bébé est un projet de couple, et que ce n'est pas l'homme qui fait ce choix.

Avec les amis


Je n'en veux pas à mon entourage de me faire sans cesse des remarques. D'autant moins maintenant que je sais que nous sommes seulement environ 5% dans la population française à rejeter la parentalité. Ce qui signifie que je suis entourée de 95% de personnes qui seront nécessairement surprises, heurtées, choquées, ou atterrée de m'entendre dire que je ne veux pas d'enfant. D'ailleurs, ça se ressent dans mon entourage. Je ne connais que deux personnes qui ne veulent pas d'enfants : une amie qui ne les apprécie pas et veut qu'on laisse son utérus en paix ; et une autre qui adoptera car elle a des problèmes de santé qu'elle ne veut pas transmettre à ses enfants. Toutes les autres personnes à qui j'ai parlé de mon non-désir d'enfant m'ont fait des yeux ronds. C'est reposant de parler avec ces amies. Parce que je ne sens pas de déséquilibre dans la discussion (la fille qui a tors vs. celle qui sait qu'elle changera d'avis et se lèche les babines d'avance à l'idée de pouvoir lancer "je te l'avais bien dit !").

D'après les recherches sociologiques, autour de trente ans, les groupes sociaux et amicaux de recomposent. Les amies qui ont des enfants demeurent amies, et celles qui ne veulent pas d'enfant s'en séparent et, peu à peu, ne sont plus entourées que de personnes qui n'ont, elles non plus, pas d'enfants.

J'espère que ça ne m'arrivera pas, car j'aime mes amies et que je voudrais bien les garder. Ce qui aide, c'est que j'aime les enfants. Je n'ai aucune dent contre les enfants. Mais à petite dose. En garder une paire un week-end pour soulager les femmes de mon entourage, oui. Travailler auprès d'enfants, leur apprendre des choses, d'accord. En avoir à moi qui braillent et m'empêchent de faire ce que je veux : non.

Pour conclure, je dirais qu'avoir ou pas des enfants devrait toujours être un choix personnel et circonscrit au couple. Les parents, les amis, les proches, n'ont pas à mettre leur nez là-dedans. Ça regarde chaque homme et chaque femme d'un point de vue individuel. C'est un désir ou un non-désir qui ne devrait pas attirer le jugement. Il n'y a aucun bon choix, ni aucun mauvais choix.

Biblio

♣ Catherine Vacher-Vitasse. « Chapitre V. Des désirs et des techniques », Énigmes du corps féminin et désir d’enfant. sous la direction de Vacher-Vitasse Catherine. Champ social, 2018, pp. 91-112.
♣ Émilie Gilmer. « Un choix qui dérange », L'école des parents, vol. 618, no. 1, 2016, pp. 44-47.
♣ Charlotte Debest. « Carrières déviantes. Stratégies et conséquences du choix d’une vie sans enfant », Mouvements, vol. 82, no. 2, 2015, pp. 116-122.
♣Charlotte Debest. « Quand les « sans-enfant volontaires » questionnent les rôles parentaux contemporains », Annales de démographie historique, vol. 125, no. 1, 2013, pp. 119-139.
♣ Charlotte Debest. « Chapitre 5. Le refus de maternité : entre émancipation des assignations patriarcales et idéalisation du rôle de mère », Yvonne Knibiehler éd., La maternité à l'épreuve du genre. Métamorphoses et permanences de la maternité dans l'aire méditerranéenne. Presses de l’EHESP, 2012, pp. 43-50.
♣ Charlotte Debest. Le choix d'une vie sans enfant. Nouvelle édition. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2014.