jeudi 24 novembre 2022

Faire bêta-lire son roman

Source – Caio
Je voulais faire cet article quand je publiais encore sur Instagram et que je parlais d'écriture, et puis j'ai arrêté de publier sur Instagram et je me suis demandée si c'est article vous intéresserait, et puis je n'ai pas pris le temps parce que j'écrivais mon premier jet et puis… Puis j'ai discuté avec une membre du forum d'écriture que je vais bientôt quitter, et par hasard en cherchant des blogs sur Instagram je suis tombée sur l'article d'un auteur qui se plaignait d'avoir été l'objet d'un mauvais bêta-lecteur, et tout à coup je me suis dit que j'avais bien envie de faire cet article même si pour mes lecteurs habituels ça ne sera peut-être pas le plus parlant ou le plus intéressant (vous en faites pas, je raconterai bientôt ma vie haha xP).

Avant toute chose, nous allons nous mettre d'accord sur les définitions, parce que je sais que tous les auteurs ne parlent pas exactement de la même chose quand ils parlent de bêta-lecteurs. Pour moi, le bêta-lecteur dit à l'auteur tout ce qu'il voudra bien lui dire sur ce qu'il a pensé de son roman, de sa nouvelle, bref : de son texte ; un bêta-lecteur ne lit pas un premier jet (j'ai vu passer le terme "d'alpha" lecteur, mais personnellement j'aime bien qu'on me laisse tranquille quand j'écris mon premier jet) ; et un bêta-lecteur n'est ni un lecteur-expert (par exemple un policier pour un thriller, etc.), ni un sensitivity reader (et là je ne m'étends pas, vous savez déjà ce que j'en pense).

Si pour moi le bêta-lecteur ne lit pas de premier jet, c'est parce que je crois que l'écriture fonctionne comme un oignon. Quand on écrit, on habille l'oignon, quand on corrige, on lui enlève quelques couches, le bêta-lecteur en enlève d'autres, et en corrections on le rhabille un peu autrement. Mon idée c'est que, plus vous réglez des problèmes, plus vous pouvez voir les problèmes plus fins, les problèmes cachés. Si vous faites lire à vos bêta-lecteurs un premier jet (ou un roman que vous auriez pu corriger encore un peu), le bêta-lecteur va enlever à l'oignon des vêtements que vous auriez pu enlever vous-mêmes et surtout ces couches vont potentiellement les empêcher de voir des choses que vous n'auriez pas vues mais que eux auraient vues si vous aviez assez déshabillé l'oignon avant. Je ne sais pas si je suis trop claire mais en gros dans mon idée il faut envoyer le texte en bêta-lecture quand on ne peut plus avancer seul dessus.

Trouver des bêta-lecteurs


Je ne savais pas trop comment découper mon article alors je suis allée voir un peu les autres articles qui traitent de bêta-lecture pour savoir comment les autres avaient fait. Revient souvent cette question du comment diantre trouver des bêta-lecteurs et à qui demander. Donc je fais comme les autres et je fais un paragraphe là-dessus, voilà :P

Trouver des viviers de bêta-lecteurs, ma foi, c'est pas le plus compliqué. Il y a des blogs, des communautés d'auteurs sur les réseaux, sur Discord, et je suis persuadée que l'on a tous dans notre entourage, absolument tous, une ou des personnes capables de faire une bêta-lecture de qualité – ne serait-ce que notre ancienne prof de Français, ou la prof de nos enfants. Des lieux pour trouver, il y en a plein. Il y a même des gens qui vous font payer leur service (mouarf mouarf mouarf).

La question vraiment importante, c'est de savoir à qui on va demander. Je trouve que dans les articles qui existent sur le sujet, il y a une espèce de tendance à vouloir rationnaliser le choix d'un bêta-lecteur. Je pense que l'on ne peut pas plus rationaliser ça que le fait de se faire des amis. Des fois, on vous dira qu'il ne faut pas de personnes de votre entourage, parce qu'ils voudront éviter de vous blesser : c'est faux, il y a des gens parfaitement honnête intellectuellement et qui sont capables de vous dire quand ils n'ont pas aimé. Des fois, on vous dira aussi que c'est mieux si le bêta-lecteur fait partie de vos lecteurs-cibles et connaissent le genre dans lequel vous écrivez, pour pouvoir trouver les clichés, etc. Moi, je pense surtout que ça ne se rationalise pas vraiment : c'est l'instinct, et puis il faut savoir aussi ce que vous demandez à la personne.

Par exemple, dans mes bêta-lecteurs habituels, j'ai deux bêta-lecteurs qui pour ainsi dire ne lisent jamais de fantasy, qui sont des personnes de mon entourage à la retraite, et dont j'aime l'intelligence et le regard sur le monde : bien entendu, je leur demande avant tout un avis général, les séquences qui fonctionnent moins, etc. J'ai une amie qui écrit elle-même, quand je l'ai bêta-lue j'ai été bluffée par sa technique ; c'est ce que je recherche chez elle. Je ne lui demande pas que ça, mais c'est son avis technique que je vais chercher plus particulièrement.

Quand une autrice du forum m'a demandée de la bêta-lire, elle m'a demandé parce qu'elle avait l'impression qu'on s'entendait bien ; quand un membre m'a proposé de me bêta-lire, c'est parce qu'il appréciait la personnalité que je pouvais montrer dans mes messages sur le forum ; et quand j'ai proposé à un autre membre de le bêta-lire, c'est pour la même raison, et parce que ce qu'il disait de son roman m'intéresse.

Je crois que choisir un bêta-lecteur, c'est comme choisir un ami : ça ne se choisit pas vraiment. Il suffit juste de savoir ce que l'on cherche. Après, je porte de l'attention à la diversité de mes lecteurs en âge et en genre. J'aimerais aussi en classe sociale, mais je n'ai pas eu l'occasion. Plein de lecteurs d'horizons différents, c'est autant de visions du monde et des choses et c'est très intéressant de voir comme deux personnes vont comprendre des choses différentes sur un passage.

Par lubie, je cherche plutôt un chiffre impair, je me dis qu'en cas de désaccord ça sera plus facile de trancher x) Je reste autour de cinq bêta-lecteurs, parce que moins il me manquerait des retours, je pense, et plus j'en aurais trop et ce serait difficile de naviguer entre tous les avis, je pense.

À ce stade, vu que j'ai mentionné les bêta-lectures payantes, je vais détailler un peu mon point de vue. C'est très simple et très tranché : c'est inutile, ça sert à rien. Comme je le disais, je pense que l'on a tous dans notre entourage proche ou un peu plus éloigné quelqu'un capable de faire une bêta-lecture de qualité. Sans compter que certains prestataires font reposer leurs arguments commerciaux sur… rien. Autant quand vous avez des éditeurs indépendants, éventuellement directeurs de collections, qui ont fait des études là-dedans, on se doute bien qu'ils ont un regard de professionnel et qu'on en a pour notre argent, normalement. Autant quand l'argument commercial c'est de dire : "j'ai étudié la narratologie en autodidacte pendant dix ans" ou "j'ai fait soixante bêta-lectures pour des amis", j'ai envie de dire… bon. T'as fait soixante bêta-lectures, merveilleux, mais les auteurs ont été publiés, grâce à toi, ou ? Et quand ces personnes valorisent le fait d'être publiées en petites maisons d'éditions, elles sous-entendent que parce qu'on est un bon joueur, on est un bon entraîneur, et c'est faux. On peut bien écrire et avoir une mauvaise pédagogie/analyse (puis faudrait déjà admettre comme une consécration le fait d'être publié).

Une bonne bêta-lecture, c'est quoi ?


Je crois que l'on ne peut pas faire reposer la qualité d'une bêta-lecture seulement sur le bêta-lecteur. Une bonne bêta-lecture c'est une bêta-lecture qui est bien préparée, c'est-à-dire que l'auteur a expliqué ce qu'il cherche et le genre de retour qu'il veut, sur la mise en place des commentaires (personnellement j'aime bien recevoir/faire des commentaires à chaud sur le texte et un résumé à froid par mail, un peu global), etc. Par exemple, moi, je ne demande jamais de faire attention à l'orthographe parce que j'estime que c'est compliqué de faire attention au fond et à la forme et que je préfère qu'ils fassent attention au fond, et puis ils vont potentiellement corriger des fautes sur des passages que je vais potentiellement réécrire donc c'est inutile, et enfin je fais un passage exprès pour l'orthographe (s'ils corrigent des fautes en passant, je prends, mais ce n'est pas une demande). Enfin bref. Je leur demande aussi s'ils veulent mes questions avant ou pas, en fonction de s'ils pensent qu'ils peuvent être influencés par le fait d'avoir mes questions avant.

C'est très important de se mettre d'accord parce que ça change beaucoup de choses. J'avais envoyé mon premier roman à une amie qui m'avait dit vouloir le lire par curiosité. Elle me le rend avec tout plein de commentaires mis directement sur le texte, et me dit qu'elle était bien embêtée parce qu'elle ne savait quel type de retour je voulais. Ben évidemment ! Elle s'est lancée toute seule dans une bêta-lecture sans prévenir ! x) Et du coup, son avis a été celui qui m'a été le moins utile.

Une bonne bêta-lecture, c'est aussi une bêta-lecture pour laquelle le bêta-lecteur ne se laisse pas dépasser par ses émotions. Et je le dis d'autant plus que c'est une erreur que j'ai faite et que je regrette encore. J'ai accepté de bêta-lire une copinaute dont je n'avais pas mesuré l'hypersensibilité. J'ai accepté de la bêta-lire alors que je relisais en même temps mon propre roman, je me faisais donc des cessions de dix heures par jour et à la fin de la journée je n'avais plus de patience. Comme l'autrice était déjà publiée, j'avais une attente, je m'attendais à aimer son texte, et j'ai été déçue. Et le mélange de tout ça a fait que j'ai été trop dure, et du coup, j'ai fait une mauvaise bêta-lecture. Peu importe à quel point mes commentaires étaient pertinents ou mes remarques intéressantes : si l'autrice l'a mal vécu, alors je ne la mets pas dans de bonnes dispositions pour les prendre en compte. Une bonne bêta-lecture, c'est aussi une bêta-lecture bienveillante et j'admets en toute humilité que j'en ai manqué, voilà.

La qualité d'une bêta-lecture, c'est aussi l'auteur qui la fait. Il faut être prêt à se prendre des remarques, parfois sur des choses basiques, parfois un peu durement. Un ton un peu dur signifie aussi que la personne était émotionnellement investie dans sa lecture, et c'est une bonne chose (si c'est mesuré, bien sûr, il ne s'agit pas de dézinguer la personne). C'est le travail de l'auteur de ne pas se laisser bouffer. C'est aussi le travail de l'auteur de rester ouvert à toutes les remarques. Parfois, le bêta-lecteur fait un remarque qui n'est pas à prendre au pied de la lettre : il faut l'analyser.

Je me souviens sur Twitter qu'une discussion avait été lancée sur "vos bêta-lecteurs les plus insolites" ou un truc du genre. Une autrice s'était plainte de ce qu'un bêta-lecteur lui avait reproché ses "avoir" et ses "être" alors que le texte était au plus-que-parfait ; et une autre de sa bêta-lectrice qui n'avait pas cessé de lui demander où était passé le cheval des héros alors que les héros étaient dans un passage compliqué et que la bêta-lectrice aurait dû s'intéresser à eux. Alors oui, on ne compte pas les répétition de "avoir" et "être" quand ce sont des auxiliaires : n'empêche que, si le bêta-lecteur le mentionne, c'est probablement qu'il a trouvé ça lourd, et donc qu'il faudrait améliorer ce passage ou du moins considérer la question. Quant à l'affaire du cheval il faut se rendre compte qu'un cheval est un animal sensible qui sera donc considéré comme un personnage : vous ne feriez pas apparaître et disparaître un personnage sans explications juste en fonction de vos besoins ? Ben c'est pas pareil pour le cheval. En tant que personnage, le cheval peut aussi attirer une forme d'identification du lecteur, qui va donc se demander s'il a assez d'eau, assez de nourriture, est bien installé, etc. Donc pour moi cette bêta-lectrice avait raison de parler de ce cheval. L'autrice, au lieu de railler la remarque sur Twitter, aurait bien mieux fait de s'y intéresser : c'est comme ça qu'on s'améliore et qu'on fait une bonne bêta-lecture : non pas en corrigeant à tout va en suivant aveuglément tous les retours : mais en se posant les questions.

L'auteur que je mentionne en tout début d'article m'a donné l'impression de descendre complètement son bêta-lecteur, de dire, finalement, "il a été trop violent avec moi, donc rien de ce qu'il dit n'est juste". Je pense au contraire que, même si des fois on se trompe de bêta-lecteurs et qu'ils voient des problèmes qui n'existent pas, ou s'emmêlent les pinceaux, etc., il y a toujours quelque chose à en tirer. À titre d'exemple, l'autrice dont je parle plus haut a contacté des lecteurs sur Wattpad pour leur soumettre mes remarques et avoir leur avis, naviguer dans tout ce que j'avais dit ; elle a fait appel à une autre personne pour l'aider à corriger, etc. Bref : elle peut être fière d'elle parce qu'elle a su rebondir malgré toutes les émotions négatives que j'avais participé à lui faire ressentir. Et je trouve ça incroyable, en fait.

Donc pour faire une bonne bêta-lecture il faut que tout le monde y mette un peu du sien, voilà !

Je crois avoir fait le tour de ce que je voulais dire, et j'espère que c'est utile ! :)

jeudi 10 novembre 2022

N'importe quoi

Source photo – Andrew Neel
Je fais n'importe quoi. Je me plains de ne pas réussir à me lever le matin, mais je me couche tard. Je pousse alors que j'ai les yeux qui piquent. Dimanche, j'ai dû me forcer à aller au lit, sinon je serais restée devant la télé jusque minuit voire même une heure mat', comme en août avant la reprise du boulot. À ce moment-là j'avais parfaitement conscience que je faisais quelque chose que je ne fais pas d'habitude quand je travaille le lendemain avec cette pensée magique que si je me couchais tard peut-être que je n'aurais pas à me lever le lundi. Bien sûr, ça ne fonctionne pas comme ça (ce serait trop facile). Lundi, j'ai regardé un anime aussi, un shôjo à la con, très mimi tout plein, que j'ai déjà vu et voulu revoir un peu sur un coup de tête, parce que Netflix me l'a proposé (je suis influençable). D'habitude le lundi je ne regarde pas la télé, je n'allume même pas l'ordi ; puisque je termine tard je mange et je vais me coucher. Après, je me suis retrouvée à ne pas pouvoir lire parce que mes yeux piquaient (ils piquaient déjà depuis une bonne heure). Hier, j'aurais dû aller me coucher à 18h30. J'ai poussé, et au final en comptant aussi le temps de lecture, c'était davantage 23h. Et comme le jeudi je commence tard je m'étais mis dans la tête de faire des trucs (vaisselle, prise de rendez-vous médicaux, tout ça) si je me levais assez tôt. Du coup, quand je me suis réveillée vers six heures, je n'ai pas pu me rendormir, bouffée par des espèces de retours d'angoisses (que je me crée toute seule puisque je me rends de plus en plus compte que les fantasmes ne me font aucun bien, voire, creusement le mal) et avec une partie de mon cerveau concentrée sur l'heure. Alors que si j'avais gardé ma souplesse d'esprit, j'aurais juste dormi.

Au travail aussi, je fais n'importe quoi. On mettra sur le compte de la reprise les boulettes de lundi. Mais je repousse aussi des trucs qui me prendraient pas longtemps à faire mais me saoulent, et je zieute les forums et Discord à la recherche de temps à tuer (alors que par ailleurs j'ai un reportage à dérusher et des petits enregistrement d'une minute à monter). Mardi, j'ai fait une émission spéciale sur le harcèlement scolaire puisque c'est aujourd'hui la journée de lutte contre le harcèlement scolaire. J'ai tenu les deux heures. Au bout d'une demi-heure je trouvais que le temps avançait pas vite, mais c'était une impression différente de quand j'ai rien à mettre dans l'émission. Quand j'ai rien à mettre dans l'émission, je compte les secondes. Là, c'était différent, l'émission m'a demandée de la concentration, de l'attention, de l'organisation. J'aimerais qu'elles soient toutes comme ça.

Quand j'ai pris mon poste, le chef a dit que je n'aurais pas le temps de m'ennuyer. Ça me perturbe un peu. Je me souviens lors de mon stage de Master 2, à la com' de l'armée de Terre, le capitaine s'était montré surpris que je lui envoie avant le point en visio l'article qu'il m'avait demandé. Il m'a dit : "t'as travaillé vite !" et moi j'ai buggué en mode : "mince, ça doit pas être bien, j'aurais dû y passer plus de temps ?". En Master 2 les profs nous avaient dit qu'on n'aurait pas le temps de s'ennuyer. Mouais. J'étais loin du burn-out, mais pour le coup je ne me suis sans doute pas investie autant que d'autres camarades qui en avaient par-dessus la tête. En fait, je suis perturbée, je ne sais pas trop si c'est moi qui travaille trop vite (et donc mal parce que je devrais y passer plus de temps), si j'ai pas assez de trucs à faire (sachant qu'il y a des trucs que je repousse juste parce que je suis désœuvrée ou pas intéressée), ou si les autres, les chefs, les profs, estiment mal la charge de travail ou cherchent à nous faire peur ou nous impressionner. En gros : est-ce que je cloche ?

Je me demande aussi quand est-ce que l'on va se rendre compte que je manque de compétences. Je gère la page Facebook de la radio, mais je suis très loin d'être experte, et ça m'intéresse assez peu. Disons que le côté théorique du comment ça marche, qu'est-ce qui est mis en avant, les enjeux sociétaux, légaux, etc. m'intéressent davantage que la pratique. Je ne sais pas poser ma voix, non plus. Le chef dit qu'il "faut s'entraîner" mais enfin sans la technique c'est comme dire à un élève d'auto-école :bah, faut conduire.

On a reçu une demande de stage d'une jeune femme qui est passée par RCF. Elle doit être plus compétente que moi. Ce serait cocasse, une stagiaire plus compétente que la salariée. Ce qui me dérange, ce n'est pas que quelqu'un hiérarchiquement en-dessous soit plus compétent – on apprend de tout le monde de toute façon – mais davantage ce que cette personne pourrait penser de moi et de ma présence au poste. Un genre de "qu'est-ce qu'elle fout là ?" qui entrerait en résonnance avec mes propres insécurités et mes propres peurs. Le premier jour, le chef avait dit que si je lui avais dit en entretien que je n'ai aucune culture musicale, je n'aurais sans doute pas eu le poste. Quand j'ai dit à un bénévole (qui briguait le poste) que je n'ai aucune culture musicale, il s'est moqué de moi en me lançant : "et tu travailles dans une radio ?" oui 'fin bon mon coco, j'veux pas être méchante, mais si j'étais à RTL on se ficherait de savoir si j'ai une culture musicale ou non. C'est pas "la radio" qui fait le besoin en culture musicale : c'est en fonction des studios. Bref. Depuis, je n'arrive pas à m'enlever ça de la tête : je n'aurais pas dû avoir le poste. Conjugué à mon manque de compétences, ça fait un cocktail bizarre qui suinte pratiquement en permanence.

Aujourd'hui, au lieu d'avancer mes publications Facebook (ou plutôt de les terminer, comme demain c'est férié), j'ai perdu du temps à discuter sur Discord avec une membre réinscrite du forum d'écriture. La conversation était intéressante, et de mon côté j'avais besoin de vider mon sac et de bitcher un peu, mais n'empêche que j'ai retardé le moment de finir Facebook. Sauf qu'ensuite je devais encore discuter avec le chef. Si j'avais fini Facebook en vitesse, je ne serais pas partie du travail avec quasiment une demi-heure de retard.

Je fais n'importe quoi. Je crois qu'une partie de moi se morfond dans son malheur. Se "vautre" comme dit Oeil-de-Nuit à Fitz dans L'Assassin royal. Au moins maintenant, je le remarque. Et comme je sais ce que ça fait d'aller bien, je remarque aussi ma tendance à végéter dans mon état morose. Et du coup, une autre partie de moi se révolte, je crois, ou essaye, du moins. Donc demain, je vais lire. Ça fait un an que je n'ai pas avancé le Cycle des Anciens ; il me fallait au moins ça pour me remettre et prendre mon élan. Les personnages de Robin Hobb me font toujours quelque chose tout au fond, touchent toujours des cordes sensibles, que ce soit Fitz ou Althéa ; ça me bouleverse toujours de tout au fond, alors je ne pouvais pas enchaîner tout de suite. Là, j'aimerais terminer les deux intégrales de La Cité des Anciens en fin-décembre. Ce qui me fait réaliser la nuance que je voulais exprimer quand je parlais objectifs d'écriture avec un membre du forum : ce n'est pas un objectif, c'est un souhait. C'est moins carré, moins contraignant.

Fin-août, quand j'ai eu ma phase de grosse déprime, je n'arrivais pas à me concentrer en lisant, et j'avais peur de ne pas avoir retrouvé cette concentration. C'est peut-être pour ça que je traîne à me remettre à la lecture, que je végète dans mon malheur à regarder un anime tout mimi. Alors que, pour le moment, j'arrive à me concentrer ; c'est bien que le problème était juste dû à la déprime. Peut-être aussi que je redoute ce que Robin Hobb va encore me faire.

Je fais n'importe quoi, je me couche trop tard, je suis fatiguée, et après, forcément, je m'en veux de ne pas aller à l'aïkido, de me sentir trop fatiguée pour ça. Hier, j'ai sauté. Encore. Quatrième coup de suite (bon,la semaine dernière, j'étais en vacances à Brest). Le premier saut, j'avais super envie (ce qui est assez rare) mais je n'y suis pas allée car je voulais écrire et que je n'avais pas pu le faire puisque j'avais eu une amie au téléphone. Quand j'ai commencé l'aïkido pendant mon Service Civique il y a quelques années, c'était très dur d'y aller. Des fois, je rebroussais chemin à vingt mètres de l'entrée du bâtiment, en larmes, dans tous mes états, parce que j'avais du retard et que je ne savais pas comment faire, socialement parlant, et que je me détestais pour ça. Ou bien j'y allais en me flagellant, en me disant que sinon j'allais m'en vouloir, me détester (ça s'appelle la régulation introjectée, c'est une motivation extrinsèque, et c'est mauvais), ou bien je me disais : "si je n'y vais pas ce soir, je n'irai plus jamais". Au final, je suis toujours contente quand je repars du cours, je suis mieux dans ma tête. C'est en Service Civique, après les séances d'aïkido, que j'arrivais à me mettre complètement nue hors de la salle de bain (je crois que j'ai déjà raconté ça ?).

Des fois, j'ai peur de ça : de ne plus jamais y retourner si je rate trop de cours d'un coup. Alors à chaque fois je me promets : "j'irai la semaine prochaine, j'irai la semaine prochaine" et je me dis que OK, j'y vais pas cette fois-là, mais alors je fais mes exercices d'étirements de la kiné et de renforcement musculaires pour empêcher mon épaule de monter toute seule et d'être en avant. Mais je ne le fais pas, parce que j'oublie. C'est n'importe quoi. Je ne sais pas ce qui est le plus n'importe quoi entre vouloir compenser de pas aller au sport, comme une sorte de condition ou de punition, et finalement ne pas le faire. Ou peut-être que la pensée de la compensation vient par automatisme mais que je suis assez stable en moi-même pour passer outre au lieu d'obéir aux ordres du despote. N'empêche, il faudrait vraiment que je fasse ces exercices. J'avais commencé à les faire, à un moment. Ça dure quelques jours, et puis après je ne sais pas, j'oublie, ça sort de mon esprit, comme les petits exercices avant de dormir : j'ai réalisé hier que je ne les faisais plus et je suis incapable de vous dire quand est-ce que ça a commencé, si ce n'est que la semaine dernière je ne les faisais déjà pas. Je crois que je n'ai aucune volonté.

Ou bien, prendre soin de soi, c'est compliqué. Ça a toujours été compliqué.

La dernière fois que j'ai eu une amie au téléphone (il y a un mois, je dirais, puisque c'est le jour où je ne suis pas allée à l'aïkido) je lui ai parlé des emballages et autres bouteilles qui traînaient sur le bord de la fenêtre de la cuisine parce que je ne me décide jamais à les descendre dans la poubelle de tri et je me laisse envahir. Eh bien, depuis, j'ai eu une sorte de déclic, je ne sais pas, je n'ai plus pensé que c'était "comme ça parce que c'est mon environnement" et j'ai décidé de tout jeter. Je tiens. Y a rien sur le bord de la fenêtre de la cuisine (ni ailleurs, d'ailleurs). Je nettoie les pots en verre avant de les mettre dans le sac de tri, aussi. Va falloir que je nettoie le frigo dans pas longtemps… (Enfin, le "pas longtemps" de mon échelle ne correspond sans doute pas à la votre : je devais déjà le faire cet été.) Je crois que c'est finalement plus simple de prendre soin de mon environnement que de mon corps. Ce qui est un peu effrayant, d'ailleurs, car je pense que ça devrait être l'inverse. Mais même là, je fais petit à petit. Le linge traîne toujours sur le manteau de la cheminée du salon, la vaisselle dans l'évier, et je laisse les moutons de poussières paître dans la chambre (pas bien, mais mon sol est gris, et je ne les vois pas toujours, du coup (puis je repousse toujours à la semaine suivante)).

Des chansons se remettent à chanter dans ma tête. Des angoisses d'abandon et de solitude reviennent, je recommence à courir après les réponses des gens avec qui je parle. Moins qu'avant Haikyuu, donc ça va. Et avec ce côté où je le remarque et où je sais aussi que c'est en partie parce que je m'ennuie au travail. Avec cette conscience aussi que je fais n'importe quoi, et que je m'éloigne d'un état de bien-être et, surtout, qu'il est à ma portée de remettre le sens du courant dans l'autre sens, que mon environnement ou mon état n'a rien d'une fatalité, et que personne ne va venir me sauver (et surtout pas un amoureux venu d'on-ne-sait-où (surtout vu que je ne rencontre personne et qu'il est plus que probable que mon "âme sœur" n'existe pas)).