dimanche 21 novembre 2021

Rencontrer des gens

Source – Tomáš Malík
Une amie m'encourage à sortir et rencontrer des gens. Et, l'autre nuit, j'y repensais et tout à coup j'ai réalisé le problème. Outre que j'ai beaucoup de mal à faire confiance, je crois que ma peur du rejet est plus ancrée que ce que je pensais.

Je n'ai jamais eu trop de chance avec les relations humaines. En primaire, c'était un peu compliqué, déjà. J'ai passé des cours de récré entières à errer en chantant des chansons inventées. Je vous passe les histoires de "t'es plus ma copine" et de "je peux rejoindre votre groupe ?" et puis finalement non tu reviens dans le groupe d'avant (ou c'est pas mieux mais c'est moins pire). Puis il y a eu la fois où j'ai failli me noyer (je vous l'avais déjà raconté), alors forcément…

Puis après il y a eu le collège. Comme toujours, je m'accrochais très vite aux personnes. Je devais être un peu jalouse des filles qui avaient des "meilleure amie" et du coup je m'imaginais très vite que mon attachement à mes copines était réciproque. Et bien sûr, c'était une illusion. Du coup, les premières années, chaque fois que je proposais une sortie à une "copine", presque chaque semaine, en fait, elle me répondait que non, qu'elle avait déjà un truc de prévu avec une autre amie, toujours la même. Je ne me souviens plus si j'ai fini par comprendre qu'elle ne dirait jamais oui, mais je crois avoir par contre bien compris que passer du temps avec moi à ce moment-là ne l'intéressait pas et qu'elle aurait toujours une bonne excuse. Une année, je me suis retrouvée invitée à son anniversaire. Je crois que c'était plus par obligation qu'autre chose… Au moment de monter dans les voitures (il y en avait deux parce qu'on était nombreux entre les cousins et les amis) je me suis retrouvée toute seule dans l'une d'elle avec la mère de ma "copine" qui conduisait, à regarder les autres s'amuser en s'installant dans l'autre sans un regard pour moi (ou un "désolé" de politesse, peut-être). C'est la mère, d'ailleurs, qui a demandé à la cantonade si quelqu'un voulait pas monter avec moi. Puis ensuite, au bowling, je me suis retrouvée dans l'équipe des cousins, que je ne connaissais pas du tout et qui n'en avaient rien à faire de moi. Par chance, j'étais malade, j'avais un peu de fièvre, et c'est comme ça que j'ai pu m'échapper de cet enfer.

Une année aussi, je vois la même "copine" quelques jours avant la rentrée, je crois. Alors on se raconte nos vacances, etc. et je dis que c'était mon anniversaire. Elle m'a mis dans les mains une poignée de coquillages en prétendant les avoir achetés pour moi (ahem, personne n'est dupe, mais bref). Puis ensuite, à la rentrée (de la même année, dans mon souvenir mais peut-être pas), elle me met dans les mains une peluche assez bof en lâchant un truc du genre "tiens, joyeux anniversaire en retard" et ensuite elle m'oublie totalement pour s'occuper de la nuée de filles qui lui demandaient des nouvelles (enfin, dans mon souvenir c'est une nuée mais elles étaient sans doute beaucoup moins xD). Ma mère repérera des fils qui dépassent et une odeur de grenier : conclusion : ce n'est ni neuf, ni acheté pour moi.

Il y a eu aussi cet ami, années collège, qui commence à me parler par SMS. Vous savez, les fameuses conversations en "salut, ça va ? — oui et toi ? — oui". Il me demande ce que je fais ; je réponds et lui retourne la question. Il me dit : "je m'ennuie".
Ah.
D'accord.
Bon.
C'est très commun de commencer à parler à quelqu'un parce qu'on sait pas quoi faire à un arrêt de bus (ça fait des années que je le fais plus, j'ai arrêté de chercher à prendre des nouvelles des autres à partir du moment où j'ai compris qu'ils en avaient rien à faire de moi). Mais on ne le dit pas. J'ai vécu ça comme une grande violence, en fait. Je n'ai plus jamais parlé de la même manière à cet ami et chaque fois que, de temps en temps, les années suivantes, il commençait une conversation, j'y participais avec beaucoup de retenue parce que dans ma tête une petite lumière rouge s'allumait.

Je vous passe ma première année de lycée dans un bahut pourrave avec un entre-soi de gens de la classe moyenne-supérieure à moitié racistes et stupides. Je vous passe aussi les deux autres années lycée où je savais tellement pas nouer des liens qu'un jour en sortant de l'établissement je me mets à la hauteur d'un camarade de classe en espérant que ça crée quelque chose (spoil : non (évidemment xP)). Il y a aussi eu ma bêtise de jeter un coup d'œil à mon blog de l'époque en cours d'informatique. Pas de chance, je mentionnais des camarades de classe dans mon dernier article. Début de harcèlement mais bon, comme je suis une grande gueule ça s'est pas fini en suicide… Et même si j'appréciais beaucoup mes amies, l'année suivante, j'avais toujours conscience de n'être qu'une camarade, une espèce de bouche-trou, parce qu'elles rigolaient mieux avec les autres, parlaient mieux avec les autres…

À la fac, c'était guère mieux. J'ai mis la moitié d'une année à me faire une copine (que j'ai toujours aujourd'hui, je sais pas comment elle fait…!) et encore ! Par hasard… Je l'avais repérée, bien sûr (j'ai l'instinct pour savoir avec qui je vais bien m'entendre) mais j'avais jamais fait le premier pas – vu le passif, en même temps, c'est pas étonnant. On s'est retrouvées à côté en cours (me serais-je assise là exprès ? me souviens pas) à regarder le livret de textes pour en choisir un sur lequel faire un exposé. On s'est intéressées au même. Moi, dans ma tête, j'étais déjà à en chercher un autre au cas où le prof lui demanderait avant. Puis elle m'a demandé si je voulais qu'on bosse ensemble. Voilà, c'est tout. Mais là encore, elle avait déjà des copines, des filles qu'elle connaissait d'avant, des filles plus proches, et moi, comme je sais pas me rapprocher des gens, on reste à la case départ.

Ça a pas été mieux en Master. J'ai eu le malheur de faire une première intervention assez vindicative et du coup j'ai réussi à être détestée de toute la promo pendant un an… puis encore à la moitié de l'année suivante x) C'est quand on a commencé à avoir beaucoup de travail et à passer des journées entières tours seuls dans la salle de montage vidéo que ça s'est amélioré.

Parallèlement à ça, il y a mes rencontres en club d'aïkido : jamais réussi à me faire des amis. Je sais que certains se voient en dehors, que des couples se forment, etc. Mais moi jamais. Enfin si, avec une très gentille dame, mais ça n'a pas résisté à mon changement de région… Jamais réussi, je vous dit. En Service Civique, je m'entendais bien avec les jeunes de l'autre asso, mais pareil, petit pincement quand j'ai réalisé que certains se voyaient à l'extérieur.

Faut dire aussi que j'ai pas mal de fantasmes un peu gamins… Par exemple il y a quelques semaines je suis sortie en soirée pour suivre la visite extérieure d'un château fort au flambeau. Ça devait servir pour mon roman (ça, ça a réussi), et me faire voir des gens (ça, ça a raté). Sauf que les gens, ils sortent pas tout seuls comme moi : les gens ils sortent en famille ou entre amis. Donc ils vont pas commencer à parler à une meuf toute seule. Bref.

En vrai, je veux bien rencontrer des gens (j'ai vu que les gens de la radio depuis que je suis ici), mais je ne sais pas faire. Même si j'allais au bar, je serais là avec mon verre, mon livre ou à regarder les gens par la fenêtre, et il y aurait sur ma tronche cette fermeture caractéristique des gens que t'approche pas parce que tu sens bien que tu vas les déranger. Donc personne viendrait me parler. Et moi je parlerais pas aux autres parce que je ne sais pas faire. Je ne sais pas aborder les gens. Sous quel prétexte ? Pareil si j'allais dans une salle de sport. Personne viendrait me parler, à part peut-être l'employé pour venir me dire que je tiens mal mes haltères.

Dans le fond, j'ai envie de tisser des liens avec des gens. Je suis assez envieuse des gens qui ont des amis très proches depuis très longtemps. Même si je suis le cliché de l'introvertie de base, j'ai quand même besoin de ma dose de relations sociales, même si elle est toooouuute petite par rapport à la dose d'une personne normale extravertie. Sauf que j'ai profondément intégré, par expérience, que je ne peux intéresser personne à moins d'un miracle (comme la copine qui m'encourage à sortir : on a commencé à parler par MP sur le forum d'écriture dont je suis membre et on a accroché, mais ça, c'est grâce à un internet : dans la vraie vie ça n'aurait jamais été aussi rapide !).

Je ne sais pas si c'est bon signe que je commence à arrêter de me dire : "elle doit plus m'aimer/me supporter" quand quelqu'un met un peu de temps à répondre à un message. D'un côté, on pourrait se dire que ça signifie que j'ai plus confiance en moi, que je m'estime plus. Mais de l'autre, c'est peut-être juste que je suis blasée, découragée, et que je sais qu'on me parle que juste comme ça… Je veux dire… cet été une ancienne blogueuse d'à peu près mon âge avec qui je m'entendais plutôt bien a relancé un échange de mail qui datait de plus d'un an. Elle s'est excusée, sincèrement je pense, et on a recommencé à parler ; mais depuis la rentrée et la reprise de son travail, j'attends encore une réponse… Si elle s'intéressait vraiment à moi, elle trouverait deux secondes pour me répondre, je pense… Et c'est comme ça tout le temps. Je crois que je suis juste, je ne sais pas, désespérée.

Je suis trop fragile, trop blessée pour tenter de nouer des liens avec des gens. Si ça se fait, ça se fait. Si ça se fait pas, c'est comme ça. Alors bien sûr, si je sors jamais de mon bureau et que je passe mes jours sur mon roman, je risque pas de voir grand monde, donc ça se fera jamais. Mais si je sors, ça ne se fera pas non plus, et j'aurais eu tellement d'espoirs déçus que je reviendrais déprimée de ma sortie. Je ne pense pas que, psychologiquement, je puisse encore me permettre de prendre le risque de parler à quelqu'un et d'être rejetée parce qu'on me trouvera pas intéressante, perchée, bizarre… Il y a trop de changements en moi actuellement, qui me fragilisent encore plus (et par-dessus ça un questionnement est venu se rajouter, j'en reparlerais !), pour que je prenne ce risque. En sachant déjà le résultat. Donc je vais attendre encore un peu, et me contenter de prendre les discussions basiques. De toute façon, on sait bien que, sociologiquement, on se fait rarement des amis une fois qu'on a commencé à travailler. On a des collègues, etc. mais les amis sont ceux de la scolarité, plutôt. (Oui, je me cache derrière la sociologie et les statistiques, c'est moche, hein ?)

Donc, pour le moment, je crois que je vais rester un peu dans mes fantasmes, ceux qui à la fois me cautérisent, et à la fois creusent encore plus le manque et l'envie. C'est un peu comme creuser un trou pour en boucher un autre. Mais c'est à peu près le seul truc qui fait "tenir" la digue. Et comme j'ai toujours pas de psy (parce que je veux celle que j'ai repérée et pas une autre parce que je marche à l'instinct et que c'est elle que je "sens" bien (de toute façon il est fort à parier que vue l'état de mon département pour ce qui est du médical, les autres psy me mettent sur liste d'attente aussi)) il faut bien que je fasse tenir la digue.

Comment on fait pour rencontrer des gens ?

mardi 16 novembre 2021

Corps en chantier

Source – Engin Akyurt
J'emprunte mon titre à une exposition sur le sculpteur Ipoustéguy. Je trouvais que ça collait plutôt bien à mes problématiques du moment autour de mon corps.

Il y a très longtemps à l'échelle d'un blog, j'avais fait un article sur le rapport que j'entretenais avec mon corps. J'ai la sensation que beaucoup de choses sont en train de changer, actuellement. Par exemple, je suis un peu moins mal à l'aise d'être nue hors de la salle de bain. Depuis quelques semaines/mois je dors sans pyjama, juste en culotte, alors que j'ai toujours détesté ça. Ça m'a prit un peu d'un coup : c'était pendant mon année de chômage, à moitié confinée avec ma famille, tout à coup je n'ai plus supporté la sensation de mes vêtements sur ma peau. Ça me le faisait même en journée. J'ai commencé à dormir sans, pour n'avoir que la couette sur moi et ma propre peau. Je pensais que ça me passerait, mais en fait non. C'est très bizarre parce que ce sont des changements qui se sont fait de manière très brusque.

Il y a aussi mon regard sur mon corps, qui fait toujours la bascule. De loin, dans le reflet déformé d'une vitre, j'aime à peu près la silhouette et puis, en sous-vêtements dans le miroir, avec la graisse, la peau, etc. rien ne va plus et je trouve ça presque dégoûtant… Puis à un autre moment je vais me dire que ça va. Puis la seconde d'après, de puis près ou sous un autre angle ça n'ira plus du tout. J'imagine que ça fait ça à un peu tout le monde, mais j'ai l'impression que chez moi c'est toujours sans demi-mesure : soit je me trouve presque sexy, soit le complet inverse.

Avec ma difficulté à m'adapter à la reprise du boulot, j'ai aussi récupéré des manifestations de stress. En fait, je ressens assez peu mon stress ou disons qu'il faut que je sois très stressée pour le reconnaître. Je sais que je suis stressée quand je commence à reprendre certains tics. Par exemple, j'ai recommencé à triturer ma peau à la base du pouce. Il y a quelques années je le faisais tellement souvent que de la cale s'était formée ; c'est un peu en train de revenir. Je recommence aussi à me mordre l'intérieur de la joue au sang.

Ce qui m'embête vraiment, avec ça, c'est que ma bonne résolution de 2021 c'était de prendre soin de mon corps. C'est complètement raté. Les mois ont défilé à la vitesse de l'éclair et je n'ai progressé sur rien. Pire, j'ai même régressé sur un certain nombre de choses. Heureusement, je vais reprendre l'aïkido demain, ça devrait m'aider à reprendre un peu possession de mon corps, de ses limites (j'entends par-là ses limites dans l'espace, le volume qu'il prend quand il se déplace, ses frontières). D'ailleurs peut-être que c'est une histoire de frontière du corps qui explique que je ne supporte plus mon pyjama ?

J'ai aussi de plus en plus conscience de mon envie (besoin ?) d'être touchée, de toucher les autres et plus précisément de savoir ce que ça fait de toucher la peau de quelqu'un avec sa propre peau. Le truc c'est que je ne suis vraiment pas tactile. Je déteste qu'on me touche. Au collège, j'avais commencé à refuser de faire la bise à mes amies. Quand ma sœur essaye de me faire un câlin par surprise, je suis vraiment très mal à l'aise. À l'aïkido ça va parce que l'on se se touche pas n'importe comment. En gros, ça s'arrête aux bras (parfois la tête) et c'est normé. Chez le médecin ça passe aussi, à peu près. C'est un peu… comme un conditionnement, comme si je m'étais "dressée" (je ne sais pas comment expliquer autrement) : je sais qu'on va (potentiellement) me toucher donc je suis préparée. Mais sinon, tout ce qui relève du "toucher social" (les accolades, les mains sur le bras et compagnie), c'est très difficile. Du coup, je peux bien avoir envie ou besoin d'un "peau à peau", c'est pas demain la veille que je vais l'avoir (sans même compter que pour ça il faut avoir des gens avec qui le faire, m'voyez, et que j'ai toujours du mal à faire confiance aux gens).

Je réfléchissais tout à l'heure et je me demande à quel point les changements dans ma psychologie, les barrières qui tombent, ne se font pas encore plus vite depuis que je me suis retrouvée sur liste d'attente de la psy. Dans le sens où je me demande si c'est possible que ça ait "tenu" jusqu'à ce que j'emménage et que je sois en mesure de prendre rendez-vous, mais que maintenant que la date est repoussée à un instant inconnu et sur lequel je n'ai ni contrôle ni maîtrise, tout lâche. Je ne sais pas si c'est possible. Mais ce que je sais c'est que je me retrouve à verser ma petite larme pour tout et n'importe quoi. Un reportage à la radio, un dessin animé… ce qui est aussi très nouveau avec ma relation avec mon corps, vu que j'ai passé des années, depuis le collège, pendant lesquelles je m'empêchais de pleurer (à ne pas faire, c'est mauvais pour la santé !). Je n'en suis pas encore à sangloter et pourtant il faudrait…

Du coup, je me demande dans quelle proportion mon sentiment d'être un peu perdue vient de mon corps que je perds un peu dans le sens où à la fois tout est pareil (je n'ai pas pris ou perdu beaucoup de poids ou de muscle, par exemple) et à la fois tout est différent (dans mon regard, dans ce que je peux faire ou pas (je n'ai pas fait de sport pendant un an et demi donc j'ai reperdu tout ce que j'avais gagné en terme de souffle, par exemple), dans ses frontières). Et en même temps, même si les changements ont été brusques, rien n'est différent du tout au tout. Ce sont des changements suffisamment marqués pour être sentis, et en même temps pas spectaculaires non plus. Ce qui est encore plus troublant, pour moi, je crois. Je me demande aussi dans quelle mesure le fait que je n'aide pas mon corps à être en accord avec l'état où il serait mieux avec lui-même, plus en accord (j'ai les cheveux un peu longs, par exemple, mais pour le moment j'ai d'autres priorités que d'aller chez le coiffeur), ne rajoute pas une toute petite goutte, juste suffisante pour troubler un peu plus l'état des choses. Et dans quelle mesure le fait que je ne respecte pas les promesses que je me suis faite (prendre soin de moi, aller me faire masser, aller chez le coiffeur, faire mes exercices pour me tenir plus droite, les étirements du dos, etc.) n'altère pas encore un peu plus la relation entre corps et esprit. En gros, c'est un peu le bordel.

dimanche 10 octobre 2021

Indépendance

Source photo – Amar Preciado
Il y a une semaine, j'ai commencé mon nouveau boulot. Mon premier, en fait, qui ne soit pas un stage. J'avais continué à chercher du travail en radio associative en parallèle de ma recherche d'alternance. Je crois que je dois bien être la seule de ma "promo" à ne pas avoir trouvé d'alternance, d'ailleurs, puisque la dame de l'organisme de formation finissait par m'appeler directement pour me demander si telle ou telle offre pouvait m'intéresser alors que la période de recherches avait commencé avec des mails groupés. En postulant à l'offre de mon travail actuel, j'avais dit que le poste m'intéressait tellement que, si je l'avais, je ne serais pas trop fâchée de ne pas avoir trouvé d'alternance. Et c'est vrai. (Mais n'empêche j'ai quand même acheté un livre pour me former de mon côté au journalisme pur.)

Mais en même temps je découvre à quel point les budgets sont serrés ce qui fait que je vais avoir du mal à partir en reportage, ce qui est très frustrant, sans même parler du temps qui manque pour tout faire, et de la problématique qui se met encore par-dessus : je conduis une boîte automatique : donc je ne peux pas emprunter de voiture à ma structure, donc la structure doit me rembourser les frais kilométriques, donc ça plombe les budgets. Puis j'ai eu le malheur de dire à mon patron que je n'étais pas très musique et il m'a dit franco que je n'aurais sans doute pas eu le poste si je l'avais dit en entretien (en même temps, il a jamais demandé si j'avais une bonne culture musicale, donc il avait qu'à poser les bonnes questions). Par-dessus ça, je me révèle particulièrement pas douée avec la technique (console d'enregistrement, etc.). J'ai aussi dit que je n'étais pas trop bonne conductrice et que j'étais infoutue de conduire une boîte manuelle. Ça commence à faire beaucoup, je suis un peu sur la sellette, je crois.

Le gars m'a dit qu'il avait hésité entre moi et un ancien Service Civique devenu bénévole à la radio, autonome en technique et que finalement il m'avait prise parce qu'il avait pensé que j'intellectualisais les choses et que j'avais de la réflexion. À vrai dire ça m'a même pas fait plaisir parce que je ne sais pas ce qui, dans ce que j'ai dit à l'entretien, a pu montrer ça. Mais ça n'empêche qu'avec toutes les problématiques autour de mon embauche, il n'a pas vraiment de raisons de me garder… On verra bien ! En attendant, j'évite de trop décorer l'appartement, et j'ai décidé d'attendre avant d'acheter un canapé… On sait jamais ! Ceci dit si je ne vais pas au bout de ma période d'essai je ne pense pas que je retournerais chez mes parents tout de suite ; je vais d'abord essayer de trouver un job alimentaire dans le coin pour garder ma toute nouvelle indépendance si laborieusement acquise.

J'ai pris un trois pièces pour pouvoir avoir un salon, une chambre, et un bureau. J'ai la chance d'être dans une région pas très chère au niveau des loyers. Après trois ans (enfin, une fois dix mois et deux fois six mois, plutôt) de studios, j'avais besoin d'espace. Je pense que le Covid est aussi un peu passé par-là. Sans le Covid, sans le confinement et sans l'année de chômage passée chez mes parents avec un père au chômage puis ma sœur et ma mère en vacances d'été, etc. je pense que j'aurais pu me contenter d'un deux pièces. Mais là, j'avais besoin de tout cloisonner : on travaille dans le bureau, on dort dans la chambre, etc. Une pièce, une fonction. (Même si dans les faits je mange dans le salon devant la télé (pas bien).) Pour ma concentration, c'est mieux aussi. Une fois que la porte de la chambre est fermée, j'ai l'impression que j'ai plus de facilités à couper des activités que je peux avoir dans le bureau, par exemple. Je suis du genre à ressasser et ruminer, donc ça ne se coupe pas d'un coup, mais j'ai l'impression que c'est plus facile de le repousser. C'est aussi plus facile de dire "je suis dans le bureau, je travaille".

Vivre de nouveau seule, c'est le pied ! Je suis à mon rythme, je ne suis obligée de parler à personne au petit-déjeuner ou quand je rentre, je mange à l'heure que je veux, je mets de la musique si je veux, je parle toute seule si je veux – je ne dérange personne –, et je dors mieux ! En attendant la livraison de mon futon je dors sur un matelas par terre et je dors mieux que dans mon lit chez mes parents (un creux avait fini par se faire dans le matelas, un désastre !). Les volets ne laissent passer aucune lumière, je n'entends personne ronfler ou descendre les escaliers à grands pas… et je n'ai pas à subir les sautes d'humeur de mon père. Ça faisait longtemps que je n'avais pas si bien dormi !

En parlant de saute d'humeur, la veille du déménagement, tous les deux stressés et fatigués, on finit par s'engueuler. Il me crie dessus en me disant qu'il me parle et je lui fais remarquer que ce n'est pas ça, parler. Il me sort, très calmement, sur un ton entre le raisonnable et le mielleux, comme quand on veut calmer un enfant déraisonnable, un peu : "Et puis si je m'énerve c'est à cause de toi, c'est parce que tu m'empêches de parler". Ça m'a choquée. Il aurait dit ça en hurlant, ça aurait juste été dans la ligne des remontrances beuglées. Mais là, calme, ça montre juste qu'il le pensait vraiment, que c'était vraiment comme ça qu'il voyait la situation. Pas comme un mec stressé, qui se sent acculé parce que des problèmes lui tombent sur la tête, et qui explose contre une pauvre fille tout aussi fatiguée et aculée psychologiquement pour plein de raisons, mais comme un pauvre homme qu'on ne laisse pas parler.

Cette phrase, la tournure, la manière de la dire… tout, absolument résume le bonhomme : un mec avec un complexe d'infériorité manifesté en supériorité qui, à l'écouter, n'est jamais responsable de rien parce que tout est toujours de la faute des autres qui ne l'écoutent pas, ne le comprennent pas, et le persécutent. Je le savais déjà ; lors d'une autre explosion, contre ma mère, ma sœur et moi, il avait lâché : "Moi je fais tout pour vous" un truc du genre, avant de nous insulter de salopes. Je pense qu'il nous voit comme ça. Comme des espèces de sorcières qui complotent contre lui et ne lui rendent pas son amour et son affection. Il ne se rend même pas compte qu'il est toujours sur son téléphone et ne parle jamais, ou n'écoute pas quand on lui parle, ne retient pas ce qu'on lui dit, s'énerve pour rien (un jour il a quitté la table juste parce que le plat était pas assez salé, en disant qu'il en avait marre de manger des trucs pas bons). Bref. Tout ça pour dire que ça ne me manque pas. Le coup de "c'est à cause de toi, c'est parce que tu m'empêches de parler" ça m'a achevée. Je ne veux pas avoir à lui parler ni à lui demander quoi que ce soit. Il m'épuise. En même temps c'est pas plus mal, ça va me permettre de me démontrer à moi-même que je suis capable de me débrouiller toute seule plutôt que de toujours demander de l'aide à papa-maman (au point où quand ma mère m'a demandé de lui envoyé une photo du collier de serrage pour le tuyau de la machine à laver, ça m'a irritée…) Enfin, au moins ça me fera un truc à dire au psy. (Je dis ça mais même sans ça j'ai des tas de trucs à dire au psy.)

Psy pour lequel je n'ai toujours pas pris rendez-vous alors que ça fait des mois que je dis que, quand j'aurais ma nouvelle vie, je sauterais sur un psy. Oui, mais voilà : je suis dans une région où c'est un peu le désert. J'ai contacté une psy que je sentais bien, mais malheureusement elle m'a proposé de me mettre sur liste d'attente. J'ai demandé combien de temps ça pouvait prendre et si c'est plus de trois mois j'essayerais d'en contacter une autre. Je dis une autre parce qu'en ce moment mes digues intérieures cèdent, je pleure de plus en plus, certaines choses commencent à me travailler sérieusement, et sincèrement je ne me vois pas dire à un psy homme que j'ai envie d'être touchée par un homme, que j'ai envie de découvrir ce que ça fait d'avoir un amoureux, etc. Trop gênant. Déjà dire ce genre de choses à quelqu'un en particulier plutôt qu'à personne comme sur mon blog c'est difficile, mais alors à voix haute et à un homme… jamais j'y arrive. Du coup, ça réduit pas mal les possibilités aussi. De la même manière je n'ai toujours pas dégoté un médecin parce que j'ai des démangeaisons à un endroit un peu intime, que je me suis déshabillée devant peut-être une dizaine de médecins, et qu'il me faut une femme. Sauf que des femmes, dans ma ville, y en n'a pas des masses.

Histoire que cet article ne ressemble pas à un bureau des plaintes je dois quand même dire que je conduis tous les jours pour aller au boulot, qu'aujourd'hui j'ai conduis jusqu'à la ville d'à côté, et que pour le moment, tout va bien. Sauf quand je perds une demi-heure parce que je suis infoutue de tourner à l'endroit que me dis le GPS… Et je ne sais pas me garer, non plus. Mais j'arrive à déplacer la voiture sans être un danger public, ce qui est déjà un bon point !

Je regarde la date et je me rends compte que ça fait presque un mois que je n'ai pas écrit, depuis que j'ai fini le premier jet de Roman 2. J'ai prévu de reprendre un texte exutoire ce soir, que j'ai relu hier pour me le remettre en mémoire. Je me suis troublée moi-même… je n'avais pas réalisé à quel point j'avais mis des sentiments compliqués dedans.

Je pense aussi prendre un potichat. Je pense que je vais attendre janvier, histoire de mieux y voir question budget et aussi d'avoir trouvé un vrai rythme avec le travail car j'ai des horaires annualisés qui peuvent bouger et que je vais devoir trouver un équilibre pour ne pas laisser le travail bouffer ma vie privée. J'ai décidé que la priorité c'était l'écriture. Reprendre l'aïkido (en novembre, je pense) rentre dedans car se vider la tête, rencontrer des gens, et apprendre des trucs sur la baston (l'aïkido ce n'est pas vraiment de la baston, mais n'empêche que ça m'a bien servi pour les romans !), c'est toujours utile. Mais je dois ne pas me disperser, et renoncer à mes idées de bénévolat dans d'autres médias, pour ne pas m'éparpiller. L'écriture, l'écriture, l'écriture. J'en ai envie, j'en ai besoin. L'écriture et le potichat. J'en ai besoin aussi. J'en rêve depuis que je suis toute gamine. (Et du coup dans les mauvais jours je me dis que c'est égoïste, que le chat, lui, n'aura rien demandé et que si ça se trouve il ne va pas m'aimer, ou que comme je me suis jamais occupé d'un chat je sais sans doute pas faire…, etc.)

En gros, ce début de nouvelle vie ne commence pas aussi bien que je l'avais prévu, surtout dans ma vie psychique. Je me trouve pas mal de signe de stress, des tics qui reviennent et une tendance à vouloir beaucoup parler à une copine de Twitter, avec ce sentiment de trop m'accrocher comme si, si je n'avais personne à qui parler, je tombais dans une sorte de vrille – je ne sais pas trop comment expliquer –, une tendance aussi à ne pas pouvoir ne pas manger devant la télé, pour avoir du bruit et ne pas me retrouver "seule avec moi-même". Même le soir, je mets des méditations ou trucs du genre sur mon téléphone, ça m'évite de trop ruminer (mais à long-terme ça ne fait que bloquer mon cerveau alors qu'il devrait traiter des tas de trucs). Mais paradoxalement je dors assez bien. Avant le déménagement, il fallait le préparer, donc j'avais tout le temps des sollicitations de mes parents, etc. trop de sollicitations, trop de stimuli pour mon cerveau d'introvertie, et je pense que je paye un peu le contre-coup, d'une certaine manière. Je n'ai toujours pas eu une journée où je ne parle à personne, et paradoxalement je suis sortie aujourd'hui parce que j'avais besoin de voir d'autres gens que mon patron (non pas que je ne l'apprécie pas, mais quand je côtoie trop longtemps quelqu'un ou que je bingewatch une série je me retrouve avec les voix et les façon de parler des gens dans la tête, ce qui est assez déplaisant quand c'est pas Tao Ren de Shaman King ;P).

Voilà pour les nouvelles ! Ce n'est pas terrible, mais ça pourrait être pire !
Comment allez-vous ?

vendredi 8 octobre 2021

Mes 5 derniers livres lus (n°8)

Ça faisait un moment que je n'avais pas pondu d'article littéraire !... La faute à l'écriture de Roman 2 ! Je ne vais sans doute pas reprendre le rythme antérieur, même maintenant que la rédaction est finie, car j'ai repris le travail !


Les Dieux verts – Nathalie Henneberg

Frappée par le grand cataclysme il y a bien longtemps, la Terre abrite désormais un empire de l’Homme au bord de l’extinction. Les plantes, véritables souveraines de cette nouvelle ère, règnent à présent en maîtresses sur ce monde à la dérive. Seuls la reine Atléna et le suffète Argo, derniers des Solaires, portent en eux l’espoir d’une humanité aux abois. Et pour tenir tête à ses ennemis, Argo devra plonger dans l’enfer des ténèbres émeraude et faire face aux dieux verts.

En lisant le résumé la premier fois, j'ai hésité, parce que ça sentait la science-fiction bien plus que la fantasy. Mais, finalement, j'y revenais, je tournais autour, et j'ai fini par l'acheter. Et effectivement c'est un mélange de fantasy et de science-fiction. Je ne lis jamais de science-fiction parce que ça ne m'attire pas (les lecteurs récurrents de mes articles littéraires auront compris, à ce stade, que j'ai des goûts plutôt arrêtés ;P). En fait, j'ai bien aimé, mais dans le même temps je ne sais pas trop quoi penser de ce livre.

La dernière phrase du résumé laisse imaginer la grande aventure, mais en fait, c'est très différent. Argo se retrouve effectivement en voyage, si l'on peut dire ça comme ça, mais dans la seconde moitié du roman seulement.

On suit donc l'histoire des héros, Atléna et Argo, qui tentent de tenir tête aux plantes désormais maîtresses absolues de la planète, et bien plus manipulatrices qu'elles ne l'admettent.

Atléna et Argo s'aiment, mais, si l'histoire d'amour sous-tend les choix des personnages et donc l'histoire, ça ne se passe pas dans l'atmosphère d'une passion dévorante ; plutôt dans celle d'une tragédie antique, où tous les sentiments sont décuplés, et avec eux les entraves qui empêchent les personnages d'être ensemble. Ceci dit, ça finit bien (je précise, parce que parfois on peut ne pas vouloir se jeter dans un livre qui finit mal :P).

J'ai beaucoup de mal à décrire la plume de Nathalie Henneberg, je dirais que c'est elle qui crée entièrement l'atmosphère, plus que le scénario en lui-même. En fait, je suis très embêtée parce que, si j'ai eu un peu de mal à entrer dans le livre à cause de termes techniques que je ne connaissais pas et qui rendaient mon imagination parfaitement stérile, j'ai fini par accrocher à cette histoire sans plonger dedans, peut-être parce que le point de vue plutôt externe ne permet pas de s'approcher vraiment de l'intime des personnages, et que j'ai suivi tout cela comme j'aurais suivi une tragédie antique, un peu de loin en loin.

Pour moi, c'est un livre sur ce qu'est être humain, et sur l'amour. J'ai aussi eu l'impression que les unités de mesure choisies par l'autrice (coudées, stades…) participaient à raccrocher l'histoire aux grandes pièces qui nous viennent de l'Antiquité.

L'Assassin royal, première époque – Robin Hobb

Bâtard du prince chevalerie, le jeune Fitz grandit dans l'ombre de la forteresse de Castelcerf, où le roi subtil ambitionne de faire de lui son assassin personnel. Mais pour survivre, et avant même d'apprendre à manier la lame, il lui faudra faire preuve d'une connaissance parfaite des arcanes de la politique.

Après Ki et Vandien, j'ai voulu relire Robin Hobb. Grâce à Luxya (coucou si tu passes par ici ! :P) qui m'a mis sur les rails, j'ai commencé le long Cycle des Anciens tout dans le bon ordre (ce qui n'était pas une mince affaire, puisqu'il y a déjà neuf intégrales et que deux sont encore en attente ; c'est quand même un sacré bordel). J'ai donc commencé par la première époque de L'Assassin royal, qui tient en deux intégrales de plus de mille pages chacune. Gros morceau, et un peu risqué pour une lectrice lente de s'y mettre vingt jours seulement avant de se lancer dans la rédaction de son deuxième roman (je ne peux pas lire beaucoup et écrire beaucoup en même temps). Mais ma foi j'y suis parviendue.

J'ai été très emballée par la première partie, et j'ai un peu déchantée avec la deuxième. D'abord, j'ai été perturbée par le récit à la première personne, parce que je n'en lis jamais et je n'aime pas ça. Ce qui m'a permis de m'accrocher, c'est la bonne plume de Robin Hobb et aussi le personnage de Fitz en lui-même avec lequel je me suis trouvée plein de points communs, du coup je me suis accrochée à lui au point de, je pense, sans le vouloir, lui attribuer une fonction psychologique pour moi.

On le suit donc dans ses années d'apprentissage comme assassin royal, et sa lutte pour empêcher son demi-oncle de prendre puis garder le pouvoir. Fitz est un personnage complexe et le début de la deuxième partie est bienvenue pour nous permettre, au travers de discussion qu'il entend, de savoir comment les autres personnages le perçoivent (ce que l'on ne sait jamais habituellement puisque l'on est à la première personne). Tous les personnages ont leur complexité, d'ailleurs, et sont bien faits.

En fait, avant d'aller plus loin et de donner vraiment mon avis sur ce qui m'a dérangée, je me sens obligée d'avouer que cette lecture m'a permis d'apprendre une chose sur moi : je suis allergique aux histoires de prophétie. Je pense que ça tient au fait que, profondément, je rejette l'idée de destin et de fatalité, et du coup les prophéties c'est bien gentil mais ça va à l'encontre de ce en quoi je crois, et du coup je ne vois plus la lutte des personnages, l'histoire et tout le reste, mais juste qu'on ne leur laisse pas le choix. Je pense que c'est en partie ce qui fait que je n'ai pas aimé la fin. Ça, et le fait que ça part un peu en couille, quand même.

Au début, en plus des Pirates rouge qui transforment les gens en espèces de zombies et attaquent les côtes du royaume, on affronte aussi Royal, demi-oncle par son père de Fitz, trop loin à son goût dans la ligne de succession, et dont la mère a monté le bourrichon. Royal, jaloux de ses demi-frères et ayant grandi avec l'idée qu'il doit se méfier d'eux et qu'il mérite plus le pouvoir qu'eux veut donc le pouvoir. Donc, au début, c'est juste un intrigant rusé avec des tendances à la cruauté. Et puis, dans la deuxième partie, ça part en cacahuète. Tout à coup, il se transforme en méchant psychopathe, représentant des Forces du Mal, véritablement cruel et tyrannique. Mais la bascule est tellement brusque ! Pourquoi ?!… Pourquoi faire de Royal un personnage de block-buster alors que l'Intrigant devenu Usurpateur suffit bien ?

Voilà l'histoire : sauver le monde. Si Royal règne, il est le petit engrenage qui détraque la machine et précipite le monde dans la catastrophe, par une sorte d'effet papillon. Ça, je suis prête à l'admettre. OK, ça marche. Mais du coup, pas besoin de faire de Royal une sorte de méchant psychopathe frappadingue. En faisant ça, on dirait qu'on veut légitimer le fait qu'on l'affronte, comme si l'effet papillon était insuffisant et qu'il fallait une vraie raison, qu'il fallait un Méchant contre lequel doivent lutter les Gentils. Bof. Pour moi, ça enlève toute la complexité et l'ambivalence et de cette histoire de sauver le monde, et du personnage de Royal en lui-même. Même si le côté "enfant gâté à qui on a bourré le cerveau" est rappelé à la fin, il paraît un peu dérisoire pour expliquer un tel déchaînement de la part de Royal, et surtout aussi brusque. Peut-être que ça tient en partie au fait que l'on est du point de vue de Fitz, qui n'est pas dans les parages de Royal, et donc on ne peut pas constater son évolution à vouloir toujours plus de pouvoir. Mais même si on avait pu la constater, je trouve ça en peu dommage de la faire d'une manière si peu mesurée.

Autre point qui part en couille : la résolution de l'intrigue autour de Molly. Je ne veux pas divulgâcher, donc je vais être générale et évasive : je dois reconnaître à l'autrice que ce dénouement est préparé, par plusieurs points disséminés un peu partout, et auxquels on ne prête pas forcément attention parce qu'on suit les choses du point de vue de Fitz ; mais la dernière scène, celle qui conclue cette intrigue très secondaire, semble elle aussi précipitée, sortie de nulle part, brutale… Tellement brutale, d'ailleurs, que j'en suis sortie complètement incrédule (à moins que mon attachement à Fitz n'ait joué un peu ?) et que j'ai dû me raisonner pour me dire "ah mais regarde ici, et là, et là, ça avait été préparé". En fait, là encore, on suit les choses de loin en loin, au travers des rêves magiques de Fitz qui bien-sûr arrivent toujours au moment opportun pour nous montrer une scène-clef – et on ne pourrait pas faire autrement puisque Fitz est loin de Molly : ses rêves magiques, ce sont les seuls moyens pour le lecteur d'avoir des retours des autres personnages.

En fait, le problème vient sans doute de là : on est du point de vue de Fitz, et le point de vue interne montre ses limites sur la fin. À la toute-toute fin, au moment où on raconte un peu ce qu'il se passe pour tout le monde, on doit encore le faire du point de vue de Fitz et j'ai parfois eu l'impression que les choses qui expliquent que Fitz soient au courant étaient un peu poussives, un peu davantage comme des prétextes ou des "comme par hasard". Les choses auraient été plus naturelles avec un point de vue omniscient : pas besoin de prétexte : il faut montrer ça, je te montre ça. Mais là, par les yeux de Fitz, c'était parfois un peu poussé.

Puis ça part un peu dans tous les sens. On a des armées dans les Montagnes mais qu'on ne traite pas trop à cause encore une fois du point de vue, puis les Pirates mais finalement ils sont plus si importants puisqu'on est concentrés sur Royal et le fait de trouver Vérité, puis… etc. C'est un peu la pagaille et du coup à la fin on résout tout d'un coup de baguette magique. Je ne sais pas… Je pense aussi que j'ai plus de mal avec ce genre d'histoires de sauvetage de l'univers contre un Grand Méchant, où les personnages principaux se multiplient et où donc il faut trouver des prétextes à raconter ce qu'ils deviennent. Ceci dit, j'avais adoré le Cycle de Ji, qui a aussi une prophétie (même si elle n'est pas tant centrale) et dont le but des personnages est de sauver le monde ; donc au final je pense qu'avec L'Assassin royal le problème tient plus à la manière dont c'est fait, qui éclate de partout, hésite entre traiter vraiment les choses et juste les mentionner pour donner une situation géopolitique, et résout tous les problèmes en une seule fois comme par enchantement.

Ceci dit, ça reste une bonne histoire, et on ne s'ennuie pas, les personnages sont sympa (même si j'ai eu du mal à déterminer l'âge de certains d'entre eux, comme le fou et Burrich) et on voit Fitz grandir, apprendre, tout en gardant son petit côté immature. J'ai beaucoup aimé aussi le personnage de Vérité. Mais je pense que ces histoires de prophéties ce n'est vraiment pas pour moi, et que ce n'est pas le genre d'histoire que j'avais besoin de lire en ce moment, même si ma projection dans Fitz m'a sans doute apporté des trucs (j'ai fait des rêves un peu bizarres…). Du coup, je lirai la suite (elle est déjà achetée, de toute façon) mais sans me presser et pas tout de suite. En fait, ça m'a "séchée" (je ne sais pas comment l'expliquer autrement, j'ai l'impression d'être un peu vidée de mon énergie de lectrice et de ma capacité à me jeter dans un univers).

C'est une bonne histoire, une bonne histoire bien faite et bien construite avec de bons personnages, mais pas pour moi en ce moment et le côté point de vue interne, prophétie, et personnages qui virent de bord brusquement m'ont empêchée de vraiment apprécier le dénouement et la fin de ma lecture.

Mon sentiment est un peu comme dans les émissions d'immobilier, quand l'agent montre un appart' qui correspond à tous les critères des personnes, mais qu'il n'y a "pas coup de cœur". En fait, voilà : avec mon cerveau je vous dis : "c'est une bonne histoire", et avec mon cœur je vous dis : "y a pas l'étincelle".

Les Aventures de Setnê – J.-H. Rosny aîné

L’armée d’Égypte, ce grand fleuve d’hommes et de mort, s’est déversée sur les contrées d’Asie. Mais Ninive, la ville d’airain, résiste à la soif de conquêtes du roi-guerrier Thoutmès III. Pour prendre l’ennemi de court, le pharaon entrevoit un sentier qu’abrite une forêt séculaire. Setnê, un jeune chef de guerre, s’y engouffre donc, sans imaginer que derrière cet immense lac d’arbres et d’herbes s’étend une terre ancienne, pleine de forces secrètes, celle des légendes et de la vieille nature invaincue, celle des Dragons, des Tigres et des Hommes de l’Eau.

C'est un petit livre de soixante-seize pages qui était offert pour l'achat de deux livres des éditions Callidor. C'est d'ailleurs ça qui m'a décidé à acheter Les Dieux verts alors que je repoussais depuis un moment.

J'ai bien aimé cette lecture dans laquelle on suit le voyage de Setnê au travers des contrées sauvages et dangereuses. On découvre Setnê courageux et déterminé, ambitieux, aussi. J'ai eu parfois un peu de mal à me repérer dans l'espace (Est, Ouest, etc.) mais ça n'a pas été un trop gros problème même si c'est toujours un peu frustrant. Je crois que j'ai mis un peu de temps à entrer dans l'histoire, et pour le coup je ne saurais pas du tout dire pourquoi !

Je dois aussi souligner que j'ai eu un gros coup de cœur pour les illustrations de Maxime Desmettre qui ponctuent l'histoire ! J'aime beaucoup son trait, dans lequel je trouve qu'il y a du mouvement, et j'aime aussi le jeu de contrastes. En fait, j'adorerais, si je peux publier mon roman et qu'on me laisse proposer des noms d'illustrateurs pour la couverture, pouvoir le lui demander !

Dragons, entre sciences et fiction – Jean-Marie Privat (dir.)

"Il y avait à cette époque, en bordure du Rhône, un dragon mi-animal mi-poisson, plus gros qu'un bœuf, plus long qu'un cheval, avec des dents aiguisées comme des épées […]. Sainte Marthe le lia avec sa ceinture et il fut tué sur le champ par le peuple à coups de lance et de pierres."
Bénéfique ou maléfique, l'étrangeté du dragon a longtemps troublé les savants et continue de fasciner notre imaginaire : dragons d'ici et dragons de Chine, dragons de l'Apocalypse et dragons de carnaval, dragons des eaux et dragons des airs, dragons des contes ou des mythes et dragons des peintres, dragons antiques et dragons d'aujourd'hui, dragons des tout-petits et dragons des philosophes, dragons de la science et dragons des artistes. Cet ouvrage pluridisciplinaire (à l'iconographie très riche et originale) donne la parole à des paléontologues et à des historiens des sciences, à des linguistes et à des médiévistes, à des écrivains et à des anthropologues, à des experts en théologie ou en art contemporain. Chacun nous initie avec clarté au monde des dragons, ces créatures hybrides… entre sciences et fictions.

J'ai mis très longtemps à le lire, en partie parce que je me suis retrouvée à le commencer sur une période d'insomnie et donc où j'étais fatiguée rapidement après avoir commencé ma lecture, et en partie parce que je l'ai lu alors que je suis en pleine période d'écriture et qu'il est toujours difficile pour moi de lire beaucoup quand j'écris beaucoup. Mais j'ai aussi tardé à le lire parce que je l'ai trouvé compliqué.

J'adore les dragons depuis toujours, ce sont mes bêtes favorites et quand j'ai appris l'existence de ce catalogue d'expo assez ancien j'ai bondi sur Leboncoin, je l'ai trouvé tout de suite et j'en ai été ravie ! Mais voilà… j'ai eu beaucoup de mal à "entrer dedans" (si tant est que l'on peut dire ça pour une publication scientifique) durant toute la première moitié car beaucoup d'articles sont écrits sur un plan plus scientifique que vulgarisateur, avec tout un tas de mots savants, et que je n'ai pas tout compris. Ce que j'ai compris m'a passionnée, mais je dirais que pendant toute la première moitié j'ai dû m'accrocher. C'était un peu mieux après, les textes sont plus faciles à saisir, et toujours intéressants, mais quand même pas une bonne lecture de détente pour l'été, hein :P

En fait, ce livre m'a ramenée au même sentiment que j'éprouve parfois quand je navigue sur le forum d'écriture dont je suis membre : celui de ne pas être assez cultivée, voire même d'être proprement idiote. Et pourtant, si je ne suis experte en rien et que je suis très loin d'être une universitaire j'aime bien penser que je ne suis pas trop stupide ou inculte… Mais là… Surtout que dans l'une des contribution le passage en anglais n'est pas traduit. Et dans une autre on nous parle d'un tableau que l'on ne nous montre pas. Bon.

En revanche, j'ai quand même retenu quelques trucs sympa qui me permettront d'y revenir sérieusement si j'en ai besoin un jour. Et lire quelques articles pendant ma période d'écriture m'a permis d'intégrer un dragon dans mon roman, donc je ne suis pas trop fâchée !

En revanche, il y a énormément de fautes dans les articles, que ce soit des fautes de frappe, d'orthographe, d'accord, d'un mot manquant, d'un mot pour un autre, etc. et c'est assez agaçant, je dois dire. En stage, j'ai travaillé à la relecture d'une production, et il restait encore des fautes à la fin, donc je sais que c'est un travail difficile, que parfois on manque de temps pour le faire parce qu'on a accumulé le retard et que donc il faut bien rogner sur quelque chose, mais ce n'est quand même pas très sérieux, surtout pour une publication du CNRS.

Les Aventuriers de la mer – Robin Hobb

Chaque famille de Marchands possède une vivenef, un navire intelligent et sensible qu'on se lègue de génération en génération, et sans lequel la navigation sur le fleuve du Désert des Pluies et le commerce des objets magiques seraient impossibles. Althéa aurait dû hériter de Vivacia, la vivenef du clan Vestrit, mais c'était sans compter les machinations de son esclavagiste de beau-frère, Kyle…

J'ai donc fini par reprendre la graaaaaande fresque romanesque de Robin Hobb ! Je l'ai lu sur environ trois semaines (je crois) avant de déménager (je vous en reparle). Je me suis dépêchée, dépêchée, dépêchée parce que j'avais le sentiment que je devais finir avant de pouvoir passer à autre chose, comme si ce que j'avais mis dans le livre comme émotions, etc. faisait partie du cycle à clôturer avec le déménagement, ce qui fait que je me suis retrouvée le dernier jour à lire jusqu'à trois heures du matin (alors que je suis une couche-tôt et que j'ai besoin de neuf heures de sommeil et que je vous avais déjà parlé de ma peur de détruire mon cerveau, du coup c'est vous dire si j'ai mis sentimentalement des choses dans ma lecture).

J'ai mis beaucoup de choses sentimentalement parce qu'à un moment je me suis un peu reconnue en Althéa et je me suis accrochée à elle et à son histoire d'amour (en mode : si ça marche pour elle, ça marchera pour moi (oui, c'est idiot)), au point que je suis allée me spoiler l'histoire pour savoir si ça allait bien finir (et me préparer psychologiquement en cas contraire).

J'ai beaucoup préféré Les Aventuriers à L'Assassin royal et je pense que le côté moins manichéen des "méchants" et surtout le récit à la troisième personne y sont pour beaucoup. Les personnages sont toujours aussi bien fait (même si j'ai eu beaucoup de mal avec Hiémain qui est assez insupportable sans que l'on puisse vraiment dire si c'est parce qu'il est réussi et donc réaliste, ou raté et que donc on ne sait pas comment le prendre). J'ai par contre un peu regretté que les mêmes mécanismes reviennent beaucoup que ça soit dans le scénario ou dans la plume. Par exemple une tension émotionnelle est créée quand plusieurs personnages croient morts quelqu'un qu'ils aiment alors que le lecteur les sait vivants. Ou bien, pour ce qui est de la plume, souvent, comme on saute des semaines d'histoire, on prend un personnage en train de boire un café et, comme il est dans ses pensées, on fait le résumé des semaines précédentes. Je comprends que Robin Hobb n'ait pas eu le choix, mais du coup ça crée une routine qui est assez agaçante vers la fin, quand on arrive à 800 pages et qu'on a fini par capter le principe.

Le côté un peu "prophétie" qui pointe vers la fin m'a aussi un peu fait tiquer mais il est géré différemment que dans L'Assassin royal et d'une manière moins brusque qui m'a moins perturbée.

J'ai aussi eu un peu de mal parfois avec le côté revendications féministes, etc. Même si je dois reconnaître que c'est super bien fait, que ça s'intègre super bien aux personnages et à l'univers et qu'on n'a jamais l'impression de lire une leçon de morale qui tombe de nulle part de la part de l'autrice, ça m'a quand même un peu irritée parce que 1) Robin Hobb prêche une convaincue et 2) je ne lis pas de l'imaginaire pour me retrouver face à des problématiques aussi sérieuses de manière aussi "crues", si je peux dire ça comme ça. Du coup c'était en décalage avec ce que j'ai besoin de lire en ce moment, même si, encore une fois, c'est hyper bien fait, beaucoup mieux fait que dans Dragons et mécanismes ou même Le Fléau des rois que j'avais chroniqués ici.

À part ça, j'ai beaucoup aimé l'histoire, les personnages. Le rythme ronronnait parfois, ce qui est dommage, mais je ne me suis jamais forcé à lire, j'ai toujours été intéressée de savoir la fin. Les histoires parallèles des personnages finissent par se rejoindre presque de manière totalement fluide (on ne peut quand même pas éviter un "comme par hasard !..." mais ça reste bien fait).

J'ai fini la grosse série d'intégrales il y a une semaine à peu près et je n'ai pas repris sur la suite car Robin Hobb a un style auquel je suis très poreuse et j'aimerais lire un ou deux romans avant d'enchaîner sur L'Assassin royal, deuxième époque.


Qu'avez-vous lu ces dernières semaines ? Que lisez-vous ?

mardi 14 septembre 2021

Journal d'écriture, Roman 2, n°3

Source – Klaudia Ekert

Je sais, nous ne sommes pas le 29 du mois. Mais c'est aujourd'hui que je termine le premier jet de mon roman, avec presque 10 000 mots de plus que prévu et en avance de quinze jours sur le programme (chouette ! ça me laisse le temps de reprendre au moins un livre (oui, un livre mais pour ma défense c'est un intégral de Robin Hobb, y a presque mille page et s'est écrit tout petit – puis bon, je ne suis pas une lectrice bien rapide xP) avant de déménager et de commencer le travail (j'en reparlerai héhé :P)). Je suis assez contente de moi, en vrai, mais je sais aussi que je vais avoir pas mal de travail. J'ai déjà une page et demi de notes de probables corrections à faire ; je sais que je dois enlever certains passages, j'ai des doutes pour d'autres ; je sais que je dois ajouter certains trucs. Au final, entre ce que je dois enlever et ce que je dois mettre et tous les détails, je devrais être à l'équilibre au final et ne pas trop dépasser les 160 000 mots (ça a son importance parce qu'il paraît que les maisons d'éditions n'aiment pas trop les gros pavés – bon, 160 000 c'est déjà un gros pavé xP – quoiqu'on pourrait dire que d'ici-là j'aurais casé Roman 1 donc l'éditeur me prendra le 2 huhuhu :P).

J'ai aussi un peu peur que la fin soit trop différente du début et du milieu et que mon choix de ne pas tenir au courant sur le devenir de tous les personnages soit mauvais. Mais d'un autre côté, là-dessus, c'est que ce n'est pas le propos de mon livre : le vrai propos du livre c'est le parcours de mon héroïne (même si je pense que ça ne se sent pas trop). Le fait que la fin tourne en romance mièvre va me desservir auprès les éditeurs, je pense. Mais je suis encore très loin d'en être là ! Je dois laisser poser un mois et demi, relire, corriger, relire, corriger, envoyer en bêta-lecture... Je table sur un mois pour la première relecture, contre quinze jours pour Roman 1 étant donné que je serai salariée donc que je n'aurais pas "que ça à faire" au contraire de l'été dernier…

Même si je trouve que ma fin colle pas trop, je suis contente de l'avoir écrite, et je suis contente qu'elle existe… En gros, mes appréhensions sur ce roman font les montagnes russes, c'est un peu n'importe quoi ! Certains passages sont clairement mal écrits… bon, bref, y a du boulot !

On notera aussi que je suis super nulle pour estimer la longueur de mes histoires parce que quand j'étais à 135 000 mots je pensais qu'il me restait moins de 10 000 mots à écrire. Hahaha, c'te bonne blague ! x) N'empêche, je retiens de cette expérience que 1) je suis capable d'écrire beaucoup en peu de temps (dans un contexte où j'ai rien d'autre à penser, donc trop facile) et 2) plus jamais je ne me mets de quotas et de délais ! Ce n'est vraiment pas pour moi ! 3) écrire en trois mois plutôt qu'en six, ça permet aussi de mieux repérer les incohérences pendant l'écriture, et ça, c'est top !

Je n'ai pas trop envie de laisser poser avant de relire, en réalité, et je dois un peu me forcer pour le faire. Mais c'est super important de revenir avec un regard neuf, et en plus la période correspond aussi à ma prise d'emploi, ce qui fait que j'aurai un mois pour me caler sur le nouveau rythme et voir où sont les moments de libre pour écrire/relire/corriger et voir comment je peux m'organiser, comme ça tombe tout pile comme il faut, c'est cool !

De votre côté, comment avancent vos projets ?

dimanche 29 août 2021

Journal d'écriture, Roman 2, n°2

Source – Mikhail Nilov
C'est toujours un carnage mais au moins, maintenant, je sais ce qui a cloché (oui, alors que j'ai entamé ce matin mon avant-dernier chapitre, il était peut-être temps !).

Je pense en fait que c'est un ensemble de choses, mais le fait de m'être imposé un quota minimum de mots journaliers m'a pas mal bloquée, en fin de compte, parce que je pense que j'étais pas mal incertaine ou stressée de savoir si l'histoire allait rentrer dans le truc, sans compter les trous dans ma frise, pour pas dépasser trop et mettre plus de trois mois à écrire le premier jet, et du coup au début j'ai beaucoup sauté d'une scène à l'autre sans mettre les détails qui donnent en fait du relief à une histoire. Maintenant que je suis à la fin et que je sais que ça va rentrer, je maîtrise mieux le truc. Une autre chose qui me fait dire que les quotas c'est vraiment pas pour moi c'est que ce matin je me suis dit : "ma p'tite Énir, laisse tomber, écris juste et si t'écris 500 mots ben tant pis, hein", et ça m'a libérée, en fait. Du coup j'ai écrit 4 000 mots. Donc je suis quand même contente d'avoir tenté le quota et d'avoir fait cette expérience parce que ça me permet de me connaître mieux, mais très clairement : plus jamais.

Mais il n'y a quand même pas que ça.

Vous vous souvenez je vous ai parlé plusieurs fois du fait qu'en parallèle des romans j'ai aussi des projets exploratoire/exutoire pas sérieux dans lesquels je testes des trucs et qui me permettent aussi de me libérer psychologiquement. Eh bien en fait, Roman 2 est issu de ça. Je n'en avais pas conscience en 2017 quand j'ai commencé à écrire, mais le texte était destiné à sans doute devenir ce genre de texte un peu nul. En tout cas, je retrouve dans mon histoire tous les marqueurs habituellement présents dans mes projets pas sérieux : la thématique du corps couvert de cicatrices qui ferait que le personnage est rejeté, la thématique de la confiance en les autres, des personnages assez archétypaux dans leurs caractères, une fille un peu paumée et un garçon qui la "sauve" en lui faisant comprendre qu'il l'aime comme elle est, une histoire d'amour, d'ailleurs, et puis des personnages principaux de mon âge, un personnage étranger, qui n'est pas dans son pays d'origine ou a une origine étrangère… Tout ça était absent de Roman 1 et sera absent de Roman 3 et par contre se retrouve toujours, ou presque, en ces termes et dans ces quantités, dans les projets pas sérieux. On pourrait se dire que ça ne change pas grand-chose mais en fait, si, ça en change beaucoup.

L'écriture de mes projets exutoire/exploratoire n'est pas la même. Elle est plus simple et aussi plus dans l'énumération ("il se passe ça, puis ça, puis ça"), avec des dialogues partout. Les thématiques traitées et la manière de les traiter, un peu "trop", en fait clairement du Young Adult et pas de la fantasy adulte. La fonction psychologique pour moi est aussi différente. Dans un projet exploratoire/exutoire je me lâche, je symbolise ou pas, je pose des inquiétudes, c'est comme une thérapie chez un psy, et j'ai remarqué à quel point ça me fait du bien d'écrire certaines scènes, comme je me sens plus stable après. Alors que les romans, même si j'y suis liée psychologiquement et que j'y mets de moi, restent collés au principe de raconter une histoire à d'autres gens. Du coup, les deux types de textes sont super différents et ça demande un vrai travail d'adaptation. Quand je me suis lancée dans l'écriture pour moi le défi conscient était de caser une histoire d'amour alors que je suis jamais tombée amoureuse et que donc c'est un peu compliqué. Mais en fait, le vrai défi, c'est de faire un travail d'adaptation : de maîtriser ce que je mets dans l'histoire pour que ça ne déborde pas en exutoire, que ça reste dans les lignes.

Un autre problème aussi c'est que pour écrire je m'appuie beaucoup sur mon inconscient. La nuit quand je me réveille, je profite de l'état d'entre-deux pour mettre mes pensées sur les rails de mon roman et laisser mon esprit dérouler tout seul. Mais en ce moment je dors mal, quand je me réveille je suis très lucide très vite et j'ai du mal à me rendormir. Du coup je ne peux pas utiliser ça, et je me retrouve à réfléchir consciemment à ce que je vais écrire, ce qui est très perturbant pour moi, à vrai dire.

Au début, j'étais aussi beaucoup collée au souvenir que j'avais de Roman 1 (et aussi de Ayesha, comme l'influence est assez forte) et je me demandais beaucoup : "comment j'avais fait dans Roman 1 ?" alors que… on s'en fiche. J'écris une nouvelle histoire, avec de nouveaux personnages, un nouveau rythme. Donc ce qui a été fait avant, par moi ou par les autres, on en a rien à cirer.

Je suis troublée aussi par le fait que mon univers est très marqué par une seule région du monde alors que mon univers précédent et le suivant auront des influences beaucoup plus riches. Je crois que c'est aussi un trait des exploratoires/exutoires, quand j'y pense.

Mon cerveau a aussi décidé de changer tout seul la fin en plein milieu de la rédaction x) Mon personnage principal devait mourir, et finalement mon petit vélo intérieur a tout fait pour la sauver et je me suis demandé si la tuer avait vraiment du sens. En fait, je pensais que c'était la fin logique, nécessaire, inéluctable. Mais en fait, une fin a aussi rapport à ce que l'on veut donner comme message, et pas seulement à la logique des personnages. Je crois que dans une chronique littéraire je vous avais dit que je pense qu'un auteur peut faire gober n'importe quoi à ses lecteurs si c'est bien fait. Donc il ne tient qu'à moi de sauver mon personnage principal. En fait, cette histoire, par son origine exutoire/exploratoire, m'est tellement liée que je lui ai collé mon pessimisme naturel. Mais en fait je n'en ai plus envie. Je n'ai pas envie de raconter une histoire fataliste et triste. Je veux du bonheur, des sourires et de l'amour, donc la fin sera heureuse, avec de l'espoir et de l'optimisme, voilà ! Surtout que faire une fin triste aurait un peu trahi l'origine de l'histoire vu que toutes mes histoires exploratoire/exutoire terminent bien !

Là, j'arrive à la fin, que je maîtrise mieux que le reste maintenant que je suis libérée de tout ce qui me gênait jusqu'à présent ou à peu près. Mais je sais que le début et une grosse partie du milieu va demander beaucoup de corrections et je pense même faire une première relecture destinée à ajouter les détails-à-reliefs pas mis jusque-là parce que mon cerveau était bloqué.

Ça s'annonce ardu mais je vais m'en sortir !

Pour le point statistique : j'ai plus de 20 000 mots d'avance sur le programme donc ma foi tout va bien dans le meilleur des monde, mais enfin j'aurais préféré écrire mieux dès le début plutôt que d'avoir l'impression de faire des trucs tout nuls…

Et de par chez vous, comment avancent vos projets ?

samedi 21 août 2021

L'esprit ample

Source – Julia Volk
Il y a à peu près un an et demi – je pense que c'était en mars 2020 parce que j'étais encore dans ma ville de stage mais je me souviens avoir mis du temps à le finir parce que je lisais peu à ce moment-là donc j'ai dû le commencer avant, surtout que ça m'a servi pour la conduite – j'ai lu Le Traité des Cinq Roues, et autres textes ; l'œuvre complète du samouraï Miyamoto Musashi dont une partie traduite en français pour la première fois. En fait, c'est un ensemble de textes d'apprentissage destinés aux jeunes aspirants samouraïs. Apparemment, c'est aussi un texte utilisé par les préparateurs mentaux. Je pense que je le relirais un jour, mais dans tous les cas certains passages m'ont beaucoup marquée. Dans le deuxième rouleau du Traité des cinq roues, il écrit :

« Votre esprit doit être ample et déterminé, sans tension ni désinvolture excessives. Il doit rester centré et se mouvoir rapidement, librement, sans jamais s'arrêter, afin de ne pas rester figé lorsque la situation change. » – Miyamoto Musashi, Le Traité des Cinq Roues, traduction en français : Laurence Seguin, Synchroniques éditions, 2019.

Ça m'a beaucoup marquée parce que j'avais déjà pas mal de déboires avec la conduite, dont l'impression de ne pas "voir", de ne pas savoir réagir, ou de regarder un écran de jeu vidéo ; et d'avoir du mal à me concentrer parce que mes pensées partaient dans tous les sens. Donc j'avais appris cette phrase par cœur et j'essayais de me la répéter pour "étendre mon esprit". Puis à un moment donné j'ai laissé cette phrase de côté, je ne l'ai plus su par cœur mais je n'ai jamais oublié le message. Ni le début : votre esprit doit être ample. Absolument tout ce que je ne suis pas : ample, spontanée, rapide, libre.

Après les Jeux Olympiques, Netflix a sorti Shaman King, la nouvelle adaptation du manga, pour fêter les vingt ans. Je suis redevenue une vraie gamine ! J'avais déjà vu les épisodes en streaming illégal (pas bien, mais comme je les ai aussi regardés par la voie légale, ils n'ont pas perdus une spectatrice ! :P) mais la traduction des pros était parfois un peu plus précise. Notamment lors d'une discussion entre Yoh – le héros – et son fantôme gardien/esprit allié. Et Yoh dit que "tout ira bien". Ce n'est pas de la naïveté ni de la désinvolture, mais juste une manière de dire que ça ne sert à rien de s'inquiéter de ce qu'il peut se passer puisque ce n'est pas encore là. Et le fantôme enchérit en disant que, quand on essaye de tout prévoir, on se retrouve incapable d'agir face à une situation imprévue. C'est tout moi !

Pendant très longtemps quand je devais appeler quelqu'un je réfléchissais à ce que j'allais dire, à la réponse, à ma réponse, à la réponse de l'autre personne encore, puis je réfléchissais au message que j'allais laisser si jamais je tombais sur la boîte vocale (pire que tout ! et je ne suis toujours pas à l'aise !). Faire un Service Civique en radio m'a soignée un peu ou du moins m'a permis de m'améliorer là-dessus parce que le téléphone on doit le décrocher un peu tout le temps. Sauf que je ne suis toujours pas spontanée : c'est juste que je répète plus vite, j'ai des automatismes pour les messages, et puis voilà.

Je ne suis pas quelqu'un de spontanée : je prévois ce qu'il va se passer et, évidemment, comme ça ne se passe jamais comme prévu, je me retrouve bien embêtée. Parfois, je veux dire quelque chose, mais je ne veux pas le balancer comme ça, alors je crée une situation qui me permette de le dire : en gros, je pousse la personne en face à me poser une question, et comme ça la scène se déroule comme prévu (ne vous avais-je pas dit que je suis un peu maniaque du contrôle sur les bords ? x'P). Là-dessus aussi je me suis pas mal améliorée et je le fais beaucoup moins qu'avant. Mais c'est toujours difficile d'aborder parfois un sujet de but en blanc. Ou si j'ai une nouvelle à donner, au lieu d'aller dans le salon exprès pour ça, je "profite" d'être venue chercher un verre de lait. Je crois que ma mère n'est pas vraiment dupe mais ça me rassure de le penser donc ne détruisez pas mes dernières illusions, siouplaît xP

Je repensais à ça hier, en répondant au mail d'une copinaute qui me demandait des nouvelles, et en lui disant que j'évitais de trop réfléchir à ce que je ferais après mon entretien de la fin du mois, si j'ai plusieurs réponses en même temps, alternance et CDI confondues, parce qu'au final ma décision dépendra du cas ; si le courant est bien passé, quelle réponse j'ai en premier, si j'ai le choix entre les postes, tout simplement… Et comme il y a trop de possibilités qui se mélangent, tout prévoir est de toute façon épuisant : voilà un exercice facile pour faire lâcher-prise à mon cerveau : tout ira bien, attends et vois ce qui te tombe dessus. Je crois que finalement je n'ai jamais été spontanée parce que je n'ai jamais cherché à l'être.

J'aime bien penser que, même si ce cas-là est un exercice facile, je ne l'aurais pas géré comme ça il y a quelques années. Ça me fait quand même plaisir de voir le chemin parcouru, même s'il m'en reste encore un peu (beaucoup) à parcourir parce qu'on arrête jamais d'apprendre. Valider mon apprentissage de l'optimisme ne ferait pas de mal, par exemple. Et aussi arrêter de toujours vouloir avoir le dernier mot dans les débats (j'apprends, pour le moment j'arrive assez bien sur internet) – ce qui revient à lâcher-prise ; la boucle est bouclée. Arriver à dire à une personne, en face et pas seulement sur les forums, "je vais souffler un coup, je te réponds plus tard". Arriver à prendre soin de moi, aussi.

C'est marrant parce que j'ai eu quelques déboires, ces derniers jours, sur le forum d'écriture. On s'est un peu pris la tête, j'ai jamais su lâcher-prise donc forcément j'en ai perdu le sommeil alors que c'est déjà pas bien folichon, mais en même temps pas autant que j'aurais pu le craindre donc je suis un peu contente de moi. Comme quoi, peut-être même que j'arriverais à obtenir le lâcher-prise ! (Bigger victory ever !) Mais d'un autre côté, une membre m'a aussi dit par message privé qu'elle me trouvait, pour résumer, un peu imbue de ma personne, comme si je savais tout mieux que tout le monde, que je ne voulais pas comprendre, me remettre en question, etc. Ça m'a fait un choc parce que, adolescente, j'étais comme ça. J'ai eu peur que tout le chemin fait jusqu'à présent ne soit que du vent. Alors j'ai demandé à une autre membre si j'avais donné cette impression, histoire de me rassurer un peu. Rassuration opérée ! (Enfin, vous me direz peut-être le contraire, vous !) Mais mine de rien ça m'a fait un peu bizarre de me prendre ces critiques en sachant que ça aurait pu être vrai, que la membre qui les a formulé n'était pas si loin de la vérité.

Du coup, je lui ai répondu sereinement, posément, comme j'ai appris à le faire, et j'ai lâché le morceau. Elle peut me voir comme elle veut, après tout.

L'esprit ample, on vous dit ! :D

Et vous ? Arrivez-vous à lâcher-prise pour vous adapter à une situation ?

samedi 14 août 2021

Apprendre l'optimisme

Source – Steve Johnson
Ces derniers temps, je me trouve plus optimiste. Déjà, je râle moins – enfin plutôt j'ai l'impression que je gueule moins mes jurons préférés (et vraiment trop vulgaires pour être réécrits ici, parce que c'est pas "scrogneugneu" (même si "scrogneugneu" est un super mot qu'on devrait dire plus souvent ! :D)). J'ai aussi l'impression que je suis plus positive d'une manière générale. Pourtant il y a un an et demi quand je vous ai écrit précisément sur mon pessimisme je le voyais comme une fatalité, ça faisait partie de ma personnalité et je ne pouvais rien y changer à part vivre avec. Et aujourd'hui, je constate certains changements.

Je ne saurais pas trop dire quand ça a commencé, mais je pense que le fait d'avoir découvert et écouté les vidéos ASMR de Samuse m'a beaucoup aidée. Samuse était un vrai petit soleil, toujours souriante, toujours positive, bienveillante, gentille… Vous allez me dire : "oui, mais Énir, se sont des vidéos, hein, on peut tous être gentil le temps d'un tournage". Certes. Mais Samuse faisait aussi des directs de quatre ou cinq heures d'affilées sur Twitch au milieu de la nuit, et pour le coup je ne pense pas qu'on puisse jouer un rôle pendant cinq heures d'affilée, pendant trois ans, sans que ça finisse par se voir. Donc Samuse était comme ça, gentille, bienveillante, lumineuse. J'avais même fini par m'inscrire sur Twitch juste pour elle, et par rejoindre son Discord. L'un des salons du Discord s'appelle "nos petites victoires". Je pense que les bourgeons de mon optimisme je les ai fait pousser là.

Il y a trois, quatre ans, quand j'étais en Service Civique, c'était la mode des "trois kiffs par jour" : trouver trois trucs cools à la fin de sa journée pour cultiver la gratitude. Autant dire qu'avec mon pessimisme indécrottable et mon niveau émotionnel instable c'était mission impossible. Puis je trouve ça bête, aussi, de se forcer à trouver trois trucs positifs dans une journée. Déjà, quand t'as passé une sale journée et que rien ne va, trouver un truc positif c'est grave relou, mais trois ! O.O Insurmontable. Du coup, j'ai vite laissé tomber cette idée saugrenue de chercher absolument du positif là où je n'en voyais pas, parce que je me retrouvais à culpabiliser de ne pas y arriver alors que les autres, eux, y arrivaient, ou à me dire que c'étaient vraiment des tout petits trucs pas du tout à la hauteur pour concurrencer la fatalité qui me tombait sur la tête. Donc vraiment, les trois kiffs par jour, non merci. Mais les petites victoires des autres, ça, en revanche !...

Lire ces petites victoires un peu tous les jours c'est vraiment super motivant ! Il y a des toutes petites choses toutes bêtes et des choses carrément grandes ! Du coup, ça m'a donné envie de partager aussi des petites victoires pour participer à cette grande opération de positivité ! J'ai aussi commencé à suivre le fil des points positifs du jour sur le forum d'écriture dont je suis membre. Je crois que les vidéos de Samuse et les petites victoires ont commencé à saper mon pessimisme…

Je m'en suis rendue compte à l'annonce de la mort de Samuse, d'ailleurs, je pense, quand j'ai réalisé tout ce que je tirais de ses vidéos et de son énergie !

L'autre grande source de mon apprentissage de l'optimisme, c'est l'écriture, je pense. Déjà, elle répond à à une bonne partie de mes besoins fondamentaux d'être humain (que je mentionne au détour de cet article), et écrire, relire, corriger Roman 1 m'a aussi permis de voir que je suis capable de terminer quelque chose, de le réussir, de faire un truc qui me plaît et est susceptible de plaire aux autres. Même si je doute encore sur Roman 2, même si ma recherche de maison d'édition pour Roman 1 est très loin d'être terminée, écrire m'a quand même permis de réaliser quelque chose. Et puis aussi en parallèle des romans j'écris mes histoires exutoire/exploratoires et j'en ai terminé deux, actuellement (sur une dizaine de commencées, à peu près). Ça se termine toujours bien, et sans doute qu'amener mes personnages à arranger les choses m'a aussi aidée, d'une certaine manière !

Je ne pense pas que je puisse conquérir l'optimisme comme j'ai conquis la bienveillance parce que mes émotions sont trop instables, encore, et que je me trouve parfois dans des tourbillons violents où je me répète que je n'y arriverai jamais, que personne ne voudra jamais de moi que ce soit pour mes romans, en amour, que je ne serai jamais le premier choix, que je suis moche, insuffisante et inadéquate et que tous les autres sont mieux que moi. Le point positif du jour (héhé) c'est que ce sentiment s'insuffisance peut être expliqué par mon profil de personnalité : le médiateur, qui a de grands espoirs pour lui-même et croit très fort en son potentiel mais est du coup très frustré quand sa vie ne correspond pas à ce qu'il se pense capable de faire. Savoir ça, ça m'aide un peu. (Si ce test de seize personnalités vous intéresse vous pouvez le faire ici : il est en français avec les premiers résultats en français aussi, mais les détails sont en anglais (Google traduction a été assez performant sur les passages où je l'ai utilisé)).

Mais même si je n'arrive jamais à être entièrement optimiste (on notera donc qu'il y a encore du boulot puisqu'un optimiste n'aurait pas pu commencer cette phrase de cette manière :'P) je vais essayer de continuer à cultiver l'optimisme pour affronter mon pessimisme naturel, mon cerveau qui déraille sur les pires catastrophes, et parce que pour pouvoir inspirer les autres dans le sens de les soutenir dans leurs projets, etc. et qu'ils nous croient quand on les encourage, c'est mieux en étant optimiste ! Je pense aussi que l'on est plus heureux quand on est optimiste. Sans compter la loi de l'attraction. Et puis en ce moment, quand les personnes de mon entourage me répondent je remarque quand c'est négatif et je remarque ce qui aurait pu être dit de positif et comme j'aurais aimé qu'on me dise cette chose positive. Mais comme personne n'a l'air de vouloir me les dire et que je dois aller les chercher auprès des gens sympa d'internet (merci à ceux qui passeront par-là héhé :P) je me dis que me les dire à moi-même plutôt que de les attendre des autres ne serait pas plus mal.

Ah oui, et aussi je pense que le titre olympique de nos volleyeurs a pas mal aidé à mon optimisme actuel ! Ces mecs sont GÉANTS ! :D (C'était ma parenthèse de fan attitude ; il fallait bien que je le dise quelque part, c'est tombé sur vous.)

Et vous ? Plutôt optimisme ou pessimisme ?

jeudi 29 juillet 2021

Journal d'écriture, Roman 2, n°1

Source photo – Tatiana Syrikova

C'est un carnage. Au début, j'étais vraiment perdue, maintenant ça va un peu mieux mais je suis quand même déboussolée.

Quand je vous ai présenté le projet le mois dernier, j'avais mis comme défi supplémentaire (comme si écrire un roman n'était pas déjà en soi un truc un peu compliqué et prise de tête, ahem) d'écrire 50 000 mots par mois (soit l'équivalent d'un NaNo (mois de l'écriture, qui se déroule en Novembre)) pendant trois mois. Je m'étais basée sur mes statistiques de Roman 1 où j'avais écrit un premier jet de 150 000 mots, à peu près. Il me fallait donc 1 667 mots par jour sur trente jours. Comme pour Roman 1 j'étais à peu près à 800 mots par heure, dans mes souvenirs, je savais que j'en aurais pour deux heures par jour, ce qui est quand même loin d'être insurmontable, surtout quand on est jeune diplômée au chômage comme moi. Donc je me suis lancée. Et j'ai explosé les stats.

Au début, je tournais sur du 1 000 ou 1 200 mots par heure, voire un peu plus, soit la vitesse que j'atteins dans les projets exploratoires/exutoires ou je n'écris que pour le plaisir, sans chercher vraiment la belle phrase, juste pour me vider la tête, et donc un peu mal. Mais je ne m'inquiétais pas trop parce que je mettais ça sur le fait de réécrire mon vieux brouillon de 2017, du coup j'étais "téléguidée", je n'avais pas besoin de réfléchir : toute ma trame était déjà là. Sauf que ça a continué quand j'ai dépassé l'endroit du récit de mon brouillon. Ça m'a beaucoup perturbée parce que pour moi écrire aussi vite d'habitude c'est écrire mal, et plus on écrit vite ou beaucoup d'un coup, plus on écrit mal et donc plus il y a de corrections à faire à la fin. Or, si je voulais écrire mon premier jet en trois mois, c'était pour essayer d'éviter les incohérences qui étaient nées au fil du récit dans Roman 1 à force de ne pas me souvenir de ce que j'avais écrit trois semaines avant, et aussi pour terminer mon roman en un an plutôt qu'en quinze mois. Donc si je tartine plus vite le premier jet mais que je passe trois fois plus de temps à corriger l'intérêt est nul (ce serait quand même ballot).

Donc soit j'écris vite mais mal et quand je vais relire mon premier jet je serais vraiment dans la mouise et je pleurerai toutes les larmes de mon corps ; soit l'accélération de mon rythme d'écriture est due au fait qu'à force d'écrire tous les jours (même des bêtises plus grosses que moi) je me suis améliorée, notamment ma capacité à réfléchir vite à l'endroit où j'allais emmener l'histoire, et que j'ai pris des automatismes. Actuellement, je penche plus pour cette explication, parce que j'ai pu repérer des incohérences pendant l'écriture (ce qui n'est pas très agréable d'ailleurs parce qu'on se dit : "oh lala qu'est-ce que je suis nulle", alors que quand on les voit en relecture on se dit plus : "roooh oh oh mais c'est n'importe quoi xP", du coup ça passe mieux (même quand des phrases n'ont pas le moindre sens xD)), et aussi parce que j'ai regardé mes stats.

J'ai fait la moyenne du nombre de mots par heure sur mon premier jet (sachant que ce n'est vraiment qu'une indication parce que sur deux, trois jours j'avais oublié de fermer le document donc il est resté ouvert sans que j'écrive pendant au moins dix heures) et je suis tombée sur 930 mots par heure. Actuellement, je suis à 1 129 de moyenne. Donc j'ai gagné environ 200 mots par heure. Je trouve ça un peu flippant, en fait. Je suis à la fois plutôt contente, voire fière (et être fier de soi, c'est bien !), mais en même temps je trouve ça carrément flippant, parce que je m'étais attendu à galérer à écrire mes 1 667 mots par jour, étant donné que je bloquais à 800, environ, par jour pour Roman 1. Je m'étais déjà préparée à sauter des jours, ou à ne pas arriver au bout, et à galérer à atteindre mes cinquante milliers de mots. Or là, en fait, je suis à un peu plus de 57 000 mots. On est que le 29, et il y a trois jours où je n'ai pas écrit du tout parce que j'étais fatiguée et n'arrivais pas à me concentrer, ou bien mon créneau d'écriture a été utilisé pour regarder un certain match de volley contre l'Argentine (que les Bleus ont perdu à un cheveu T.T), ou encore parce que j'avais utilisé mon créneau à mieux cerner mes personnages.

Parce qu'il y a ça aussi. Au-delà de mes considérations statistiques je me suis retrouvée à me sentir complètement perdue : je n'aimais pas trop ce que je faisais mais je sentais bien que c'était quelque chose de plus profond que : "je n'aime pas mes phrases, c'est moche". Et en fait j'ai réalisé que je ne tenais pas mes personnages.

Pour Roman 1, une bêta-lectrice m'avait reproché d'avoir donné des petits anecdotes historiques sur tous les personnages, même les figurants (et à la relecture après sa remarque, j'ai réalisé que ah oui quand même xP). Là, je ne l'avais pas fait du tout. Pas parce que je me suis retenue : mais parce que je n'avais même pas pensé. Je ne savais pas moi-même ce que mes personnages foutaient là. Ils étaient des rôles, des pions, et pas des gens. Or pour moi les personnages, avant d'être des créatures fictives, sont des gens, des vrais gens avec des aspirations, des peurs, des doutes, etc. Même les figurants. On manipule des gens. Et moi, j'avais des marionnettes. Pas glop.

Donc j'ai pris deux heures pour faire un truc que préconise la méthode flocon (je ne suis aucune méthode particulière, j'ai juste pioché ça parce que je trouve ça intéressant) : j'ai écrit un synopsis du point de vue de chacun de mes personnages principaux, pour mieux les cerner. Quelques jours plus tard, une membre du forum d'écriture sur lequel je suis demandais comment on s'y prenait pour nos personnages, parce qu'elle cherchait des trucs pour mieux les cerner psychologiquement et bien les distinguer. Du coup, je l'ai renvoyé vers l'article que j'avais fait. C'est bien tombé parce que j'ai réalisé que je n'avais moi-même pas suivi ma méthode : en remplissant mes fiches, j'avais omis volontairement les besoins fondamentaux, notamment, en me disant que je n'en aurais pas besoin. Ha. Ha. Ha. Du coup j'ai pris le temps d'y réfléchir et comme par magie ça fonctionne beaucoup mieux ! (Comme c'est étrange… ahem).

Je pense que ce mois d'écriture m'a permis d'apprendre que, même si on a réussi un premier roman (ou un premier projet, de manière générale) ce n'est pas pour ça que réaliser le deuxième sera plus facile. À chaque projet son défi, ses problèmes. Et je pense aussi que dans ma tête je me voyais écrire dès le premier jet un truc de la qualité du manuscrit fini de Roman 1, ce qui est impossible pour moi (peut-être dans dix ans, et encore). Donc je devais bien revenir au fait que un premier jet n'est jamais parfait.

Du fait que j'écris plus vite, je me retrouve à un peu devancer le point auquel j'en suis dans ma tête, et du coup je dois parfois retoucher ce que j'ai pu écrire avant parce qu'une idée me vient qui correspond plus (ça peut être un truc tout bête comme changer une coupe de cheveux). Mais je me retrouve aussi à me laisser surprendre davantage par mes personnages et aussi à réfléchir plus vite : ce matin j'arrivais au moment où des personnages font changer une autre d'avis et l'incitent à désobéir. Au début j'avais prévu des garçons pas sages qui l'obligent un peu. Puis arrivée là j'ai réalisé que ça rendrait un truc affreusement manichéen, que ça ferait les méchants garçons molestant la pauvre petite gamine fragile… pitié. Plus manichéen que ça, tu meurs. Et comme le manichéisme est ce que je reproche le plus dans les romans que je lis, c'est pas pour m'amuser à faire pareil. Donc au final ce sont tous une bande de gamins paumés en recherche d'eux-mêmes (ce qui fait écho à mon personnage principal, en réfléchissant, donc c'est pas plus mal).

Je suis contente de ce que j'écris, je pense que je peux arriver à en faire un truc vraiment bien.

Pendant la majeure partie du mois, j'ai complètement arrêté de lire, même mes National Geographic et mon catalogue d'expo sur les dragons. Puis j'y suis un peu revenue. Sur ça je dois vraiment écouter mon instinct, parce que je pense que la lecture et l'écriture prennent les mêmes parties de mon cerveau et donc de ma créativité.

Pour revenir à des considérations statistiques, je suis flippée. Parce que je suis, en nombre de mots, un peu plus loin que le tiers prévu du premier jet. Sauf que quand je regarde ma frise chronologique, je ne suis pas du tout au tiers ! Alors certes, ma frise n'est pas à l'échelle. mais ma frise a aussi beaucoup de trous. J'ai essayé de me rassurer en allant voir où j'en étais de l'histoire au même nombre de mots pour Roman 1 et ça m'a un peu apaisée mais plus ça va et plus je me dis que le roman va être plus long que prévu. En soi ce n'est pas très grave, je pourrais toujours couper plus tard (même si j'aime pas ça T.T) mais s'il fait plus que 180 000 mots (en partant du principe que je vais pondre 60 000 mots en août et septembre) ça veut dire que je n'arriverais pas à le finir en trois mois, et ça, ça m'emmerde.

J'essaye de me rassurer en me disant que je mets des choses en place et que le récit va s'accélérer, mais je suis quand même moyen-sûre. Surtout que Roman 1 et ses 160 000 mots est déjà long du point de vue ce certaines maisons d'éditions, dont imaginez mon gros bébé de 180 000...  (Mais bon, d'ici à ce qu'il soit fini j'aurais signé Roman 1 et mon éditeur me prendra bien Roman 2, n'est-ce pas ? xP)

Donc voilà où qu'est-ce que j'en suis ! Grosse frayeur sur les personnages, et crainte lancinante à cause de mes statistiques difficiles à analyser ! (Tout en sachant que se focaliser dessus est mauvais, et que ça doit s'utiliser comme des indications.)

Et de par chez vous, comment avancent les projets ?