samedi 18 décembre 2021

À côté de mes pompes

Source – Stas Knop
Aujourd'hui, je sais pas ce qui m'a pris, j'ai voulu sortir me balader. L'autre jour au bureau je suis tombée sur les photos d'une vieille abbaye à moitié détruite, très miyazakiesque. Finalement, en cherchant un peu, elle se trouve sur une propriété privée. Je laisse tomber et puis je décide que j'irai peut-être me promener mercredi, plutôt. Puis il fait beau, et j'arrive pas à me mettre à écrire, alors tout à coup, je sais pas, je commence à regarder des balades dans le coin, des courtes parce que le soleil se couche tôt et qu'on est déjà en début d'après-midi alors le temps d'y aller et tout… J'en choisis une, comme ça, au débotté. Pour vous ça a l'air peut-être anodin, mais pour moi c'est comme si une mouche m'avait piquée : normalement, ce que je fais dans une journée est prévu. Avant mes vacances de novembre, je savais que j'allais les consacrer à de la bêta-lecture et à la relecture de mon roman. Là, je sais déjà que je vais passer mes vacances à lire, j'ai aussi programmé une sortie chez le coiffeur et chez l'esthéticienne, et je sais que je profiterai d'aller chez le coiffeur pour aller en boutique changer mon forfait de téléphone et aller faire un tour dans une librairie. Que ce soit les courses, le ménage, regarder le replay d'une émission… ce que je fais dans une journée est au moins prévu de la veille ou du matin. Je ne pars pas, comme ça, sur un coup de tête, me balader. Encore moins si ça demande de prendre la voiture – surtout étant donné mon passif avec la conduite. Donc là, je décide de partir, comme ça, avec mon appareil photo. C'est déjà assez loin de ma zone de confort pour être remarqué. Mais je sentais que j'avais besoin d'air.

Raté.

Déjà, l'adresse exacte pour garer la voiture, y en a pas. Je me dis que le patelin doit pas être bien grand et que je vais me démerder, donc je mets "centre" sur le GPS. Sauf qu'arrivée là… un panneau demande aux visiteurs, sportifs et compagnie d'aller se garer ailleurs, un peu plus loin. Sauf que l'accès à leur prétendu parking, je ne pensais pas pouvoir y passer la voiture… impossible de faire demi-tour (enfin, j'aurais peut-être pu si une voiture était pas arrivée derrière moi) donc je continue, je continue, je continue. Et le temps passe, et le soleil dore le paysage, les arbres et les prairies, et je vois mon "programme" m'échapper, et je me sens perdue, nulle, inefficace, paumée, seule. Je me retrouve à hurler dans la voiture comme une dégénérée, à m'en faire mal à la gorge. Ce qui est bien, c'est que, quand on est enfermé dans une voiture, personne nous entend. C'est la deuxième fois que je fais ça. En moins de deux mois. Je crois qu'il y a plus de rage en moi que ce que je pensais. Le GPS me fait faire demi-tour au patelin d'après. Je reviens au patelin du départ. Il est 15h41, j'aurai dû démarrer ma balade à 15h15. Et là, en passant par la route par laquelle je suis arrivée, je vois en gros "Abbatiale", là où je devais me garer, en lettre de métal sur le bâtiment.

À côté de mes pompes. Je suis passée devant sans le voir, obnubilée par mon GPS, qui lui, ne connaissait pas ce lieu (je crois bien que Waze non plus, en tout cas il connaissait pas l'autre lieu, indiqué sur le panneau pour le parking). Il est presque 16h. La balade ne dure qu'une heure, mais bon, dans une heure le soleil sera couché, j'ai moyen envie de me retrouver dans les bois sombres alors que j'ai même pas de gilet jaune, voyez… Alors je repars. À un moment je me suis demandée si c'était pas juste une excuse pour pas faire cette balade, pour me punir. Ce serait pas la première fois que je me punie avec ce genre de manière.

Je suis à côté de mes pompes. Je me sens à côté de mes pompes. Première fois que je vais à l'aïkido, j'utilise le GPS mais il connaît pas "maison des sports" alors moi, au lieu de mettre Waze par sécurité, je rentre juste le nom de la voie, et je me dis que je me fais confiance et que je me débrouillerais. J'ai pas pu aller à l'aïkido : je suis arrivée à l'heure où commence le cours alors que j'étais censée avoir une demi-heure d'avance. Je me connais toujours pas bien. Quand j'essaye d'avoir confiance en moi, ça foire. Je ne sais pas à quel point c'est mon côté boulet et à quel point c'est la fatigue. Je ne dors toujours pas bien. Ma dernière bonne nuit c'était première semaine d'octobre, j'ai dormi 10h sans interruption. C'est la dernière nuit au bout de laquelle je me suis réveillée reposée. Ça remonte un peu… Je suis à côté de mes pompes.

Ma mère m'a dit que je devrais passer un test pour voir si je suis pas HPI. Je suis allée regarder les critères, symptômes, caractéristiques, appelez ça comme vous voulez, juste pour prouver que c'était pas ça. Mais ça colle assez alors je suis bonne pour passer des tests. Mais comme je suis à côté de mes pompes, je me dis que c'est bien loin des HPI. Vaut mieux que je me fasse pas trop d'illusions. Je me sens pas particulièrement intelligente, quand ma balade pédestre se transforme en une heure et demi de voiture au lieu des quarante minutes aller-retour. Du coup, comme j'ai dépensé l'essence pour deux aller-retours, ben je ne retenterai pas cette balade. Tant pis pour moi après tout. J'avais qu'à ouvrir les mirettes.

Et toutes les bourdes au boulot ; ce moment où je ferme mon micro pour qu'on entende pas le bruit de ma gourde quand je bois, mais où j'oublie de le rouvrir avant de reprendre la parole (bonjour le blanc antenne) ; les micro des invités que j'oublie d'ouvrir, etc., etc., etc. Je suis à côté de mes pompes. Je suis toujours un peu tête en l'air, y a trop de choses dans ma tête, mes pensées s'éparpillent, et la plupart du temps il y a du bruit, des chansons qui tournent toutes seules, j'ai du mal à me concentrer et la variété des tâches au boulot n'aide pas parce que je me retrouve à commencer un truc, puis un autre, puis au bout d'une heure je ferme mes onglets et : "ah oui ! c'est vrai, je faisais ça !". Quand le bruit dans ma tête s'arrête c'est comme ça que je sais qu'il y en avait, souvent. Comme quand un ordinateur ronronne au fond d'une pièce et que tout à coup il s'éteint vous vous dites : "ah ! ça fait du bien !". Ben là pareil. Y a du bruit dans ma tête. Tout le temps. Le plus souvent des pensées, puis des trucs en arrière-plan. Ça s'arrête pas souvent. Du coup, en ce moment même pour écrire c'est compliqué. Ajoutez à ça la fatigue et vous avez une fille incapable de rester concentrée deux secondes sur un même truc. J'ai l'impression d'être stupide, trop bête pour mener une tâche jusqu'au bout. Je suis à côté de mes pompes.

Je dérive un peu trop…

Partir en balade au dernier moment, sans préparation ? Plus jamais. Utiliser la voiture pour autre chose qu'aller au travail ? Ha ha. J'ai renoncé à prendre une place au spectacle de Jérémy Ferrarri parce que c'est dans la ville d'à côté, et que je tiens pas particulièrement à conduire après un spectacle de deux heures, en pleine nuit un samedi soir. Je ne conduis pas très bien quand je suis fatiguée. Ni quand je suis énervée ou angoissée, comme tout à l'heure. J'ai fait un peu n'importe quoi. J'aime pas conduire. Je sais même pas pourquoi j'ai cru que j'allais réussir à aller en balade… Je redoutais de me perdre dans la forêt et pas un moment je me suis dit que je ne pourrais même pas garer la voiture… C'est stupide. Je suis à côté de mes pompes. Ce qui est un sentiment assez perturbant pour moi qui suis habituée à plutôt penser avoir une bonne analyse de moi-même et d'être capable de palier mes insuffisances (par exemple en stage quand j'avais 3h de train par jour et que j'étais claquée, je savais que je n'avais plus de cerveau, donc je notais tout sur des post-it, je n'essayais même pas de retenir). Si j'hésitais à aller dans la ville d'à côté pour le film qu'il y a pas dans le cinéma de ma ville, se serait fichu : je vais pas non plus vider tout mon réservoir d'essence, hein.

Je suis à côté de mes pompes.

Ça vous le fait, parfois ?

dimanche 5 décembre 2021

Journal d'écriture, Roman 2, n°4

Source – Anastasia Shuraeva
Je vous avais laissés sur la fin du premier jet, depuis j'ai laissé posé. Puis j'ai fais une relecture-diagnostic, des corrections, un balayage rapide pour enlever les phrases en "que", et une dernière relecture pour vérifier que tout était OK. Tout ça en l'espace d'un mois et d'une semaine.

Début-novembre j'ai eu une semaine de vacances qui m'a permis de relire mes 160 000 mots (en plus d'une bêta-lecture de 60 000 mots que je faisais pour une copinaute) ; autant dire que j'y passais sept heures par jour, mais le pire c'est que je ne voyais même pas le temps passer ! Je prenais le mien vers midi, je relevais la tête à quinze heure parce que j'avais faim, et je repartais pour deux ou trois heures de boulot. À la fin de la journée je n'avais pas vu le temps passer ! Ça m'a permis de relire tout le roman et d'invalider une théorie. Si vous vous souvenez, je m'étais demandé en me donnant pour défi d'écrire mon premier jet en deux fois moins temps qu'avait demandé le premier, si en écrivant plus vite je limiterais mes incohérences (genre un personnage censé être désarmé qui tient une arme dans sa manche, une pièce translaté d'un étage à un autre, etc.). Bon : non xP J'ai eu des pièces translatées, un personnage qui passe d'un pantalon noir à une robe rouge, un autre qui retire une genouillère qu'elle ne porte pas… Par contre, relire en une semaine m'a permis d'en voir plusieurs quand sur le premier roman j'avais dû attendre les relectures post-bêta-lecture pour m'en rendre compte ! Celles que je n'ai pas vues en diagnostic je les ai trouvées en vérif' :)

Ensuite, j'ai laissé reposer trois jours avant le week-end suivant (du 11 novembre, et on faisait le pont le 12) : quatre jours pour abattre les corrections que j'avais repérées ! Puis je me suis lancée dans le balayage pour enlever les phrases en "que". J'ai un peu galéré, c'était assez fastidieux, j'en ai enlevé moins que dans le premier (mais j'en avais aussi écrites 200 de moins !) et ça m'a pris plus de temps que mes estimations. Et ensuite, en l'équivalent de deux fois deux jours (vendredi et samedi après-midi + un dimanche multiplié par deux) j'ai fini ma relecture de vérification. Je l'ai fini aujourd'hui et j'ai envoyé le bébé roman aux très gentils bêta-lecteurs (dont certains passeront peut-être par-ici : coucou ! :D). Deux sont les mêmes que pour Roman 1 et deux sont nouveaux ! Je n'ai pas osé redemander à l'amie d'amie éditrice qui croule sous le travail, je ne voulais pas l'embêter. Mais je gagne deux auteurs donc le garde le côté "retour-technique" (j'ai prévu de faire un article sur la bêta-lecture en général, d'ailleurs !).

J'ai plusieurs problématiques. À la fois je suis contente parce que j'ai vu des incohérences tout de suite, et j'avais aussi moins de pages de corrections sur mon cahier que pour Roman 1 (alors que le roman fait la même taille). Et quand je dis "moins de pages" c'est pas deux : c'est une dizaine ! (Bon, j'ai aussi vu ensuite beaucoup de bêtises que j'avais laissé passer, n'est-ce pas. Et aussi beaucoup de choses où je me suis fait confiance et j'ai corrigé directement au lieu de noter.) Je suis contente aussi d'avoir pu confirmer que ma méthode de corrections où je relis d'abord sans presque corriger et où je note sur une cahier au cas où je change d'avis est la bonne pour moi. Plusieurs fois je n'ai plus été d'accord avec mes corrections (surtout les remarques que je m'étais faites en cours d'écriture). Par contre, je manque beaucoup de recul sur ce roman au contraire du premier parce que, étant donné sa nature dont je vous parlais dans les articles précédents, j'ai mis beaucoup trop de moi dedans pour que ça soit raisonnable. Du coup la conséquence c'est ce manque de recul.

Je commence déjà à réfléchir sérieusement à Roman 3 ! J'ai hâte de m'y mettre, je vais revenir un peu au registre du roman précédent, ça va être cool !

Où en sont vos projets ?

dimanche 21 novembre 2021

Rencontrer des gens

Source – Tomáš Malík
Une amie m'encourage à sortir et rencontrer des gens. Et, l'autre nuit, j'y repensais et tout à coup j'ai réalisé le problème. Outre que j'ai beaucoup de mal à faire confiance, je crois que ma peur du rejet est plus ancrée que ce que je pensais.

Je n'ai jamais eu trop de chance avec les relations humaines. En primaire, c'était un peu compliqué, déjà. J'ai passé des cours de récré entières à errer en chantant des chansons inventées. Je vous passe les histoires de "t'es plus ma copine" et de "je peux rejoindre votre groupe ?" et puis finalement non tu reviens dans le groupe d'avant (ou c'est pas mieux mais c'est moins pire). Puis il y a eu la fois où j'ai failli me noyer (je vous l'avais déjà raconté), alors forcément…

Puis après il y a eu le collège. Comme toujours, je m'accrochais très vite aux personnes. Je devais être un peu jalouse des filles qui avaient des "meilleure amie" et du coup je m'imaginais très vite que mon attachement à mes copines était réciproque. Et bien sûr, c'était une illusion. Du coup, les premières années, chaque fois que je proposais une sortie à une "copine", presque chaque semaine, en fait, elle me répondait que non, qu'elle avait déjà un truc de prévu avec une autre amie, toujours la même. Je ne me souviens plus si j'ai fini par comprendre qu'elle ne dirait jamais oui, mais je crois avoir par contre bien compris que passer du temps avec moi à ce moment-là ne l'intéressait pas et qu'elle aurait toujours une bonne excuse. Une année, je me suis retrouvée invitée à son anniversaire. Je crois que c'était plus par obligation qu'autre chose… Au moment de monter dans les voitures (il y en avait deux parce qu'on était nombreux entre les cousins et les amis) je me suis retrouvée toute seule dans l'une d'elle avec la mère de ma "copine" qui conduisait, à regarder les autres s'amuser en s'installant dans l'autre sans un regard pour moi (ou un "désolé" de politesse, peut-être). C'est la mère, d'ailleurs, qui a demandé à la cantonade si quelqu'un voulait pas monter avec moi. Puis ensuite, au bowling, je me suis retrouvée dans l'équipe des cousins, que je ne connaissais pas du tout et qui n'en avaient rien à faire de moi. Par chance, j'étais malade, j'avais un peu de fièvre, et c'est comme ça que j'ai pu m'échapper de cet enfer.

Une année aussi, je vois la même "copine" quelques jours avant la rentrée, je crois. Alors on se raconte nos vacances, etc. et je dis que c'était mon anniversaire. Elle m'a mis dans les mains une poignée de coquillages en prétendant les avoir achetés pour moi (ahem, personne n'est dupe, mais bref). Puis ensuite, à la rentrée (de la même année, dans mon souvenir mais peut-être pas), elle me met dans les mains une peluche assez bof en lâchant un truc du genre "tiens, joyeux anniversaire en retard" et ensuite elle m'oublie totalement pour s'occuper de la nuée de filles qui lui demandaient des nouvelles (enfin, dans mon souvenir c'est une nuée mais elles étaient sans doute beaucoup moins xD). Ma mère repérera des fils qui dépassent et une odeur de grenier : conclusion : ce n'est ni neuf, ni acheté pour moi.

Il y a eu aussi cet ami, années collège, qui commence à me parler par SMS. Vous savez, les fameuses conversations en "salut, ça va ? — oui et toi ? — oui". Il me demande ce que je fais ; je réponds et lui retourne la question. Il me dit : "je m'ennuie".
Ah.
D'accord.
Bon.
C'est très commun de commencer à parler à quelqu'un parce qu'on sait pas quoi faire à un arrêt de bus (ça fait des années que je le fais plus, j'ai arrêté de chercher à prendre des nouvelles des autres à partir du moment où j'ai compris qu'ils en avaient rien à faire de moi). Mais on ne le dit pas. J'ai vécu ça comme une grande violence, en fait. Je n'ai plus jamais parlé de la même manière à cet ami et chaque fois que, de temps en temps, les années suivantes, il commençait une conversation, j'y participais avec beaucoup de retenue parce que dans ma tête une petite lumière rouge s'allumait.

Je vous passe ma première année de lycée dans un bahut pourrave avec un entre-soi de gens de la classe moyenne-supérieure à moitié racistes et stupides. Je vous passe aussi les deux autres années lycée où je savais tellement pas nouer des liens qu'un jour en sortant de l'établissement je me mets à la hauteur d'un camarade de classe en espérant que ça crée quelque chose (spoil : non (évidemment xP)). Il y a aussi eu ma bêtise de jeter un coup d'œil à mon blog de l'époque en cours d'informatique. Pas de chance, je mentionnais des camarades de classe dans mon dernier article. Début de harcèlement mais bon, comme je suis une grande gueule ça s'est pas fini en suicide… Et même si j'appréciais beaucoup mes amies, l'année suivante, j'avais toujours conscience de n'être qu'une camarade, une espèce de bouche-trou, parce qu'elles rigolaient mieux avec les autres, parlaient mieux avec les autres…

À la fac, c'était guère mieux. J'ai mis la moitié d'une année à me faire une copine (que j'ai toujours aujourd'hui, je sais pas comment elle fait…!) et encore ! Par hasard… Je l'avais repérée, bien sûr (j'ai l'instinct pour savoir avec qui je vais bien m'entendre) mais j'avais jamais fait le premier pas – vu le passif, en même temps, c'est pas étonnant. On s'est retrouvées à côté en cours (me serais-je assise là exprès ? me souviens pas) à regarder le livret de textes pour en choisir un sur lequel faire un exposé. On s'est intéressées au même. Moi, dans ma tête, j'étais déjà à en chercher un autre au cas où le prof lui demanderait avant. Puis elle m'a demandé si je voulais qu'on bosse ensemble. Voilà, c'est tout. Mais là encore, elle avait déjà des copines, des filles qu'elle connaissait d'avant, des filles plus proches, et moi, comme je sais pas me rapprocher des gens, on reste à la case départ.

Ça a pas été mieux en Master. J'ai eu le malheur de faire une première intervention assez vindicative et du coup j'ai réussi à être détestée de toute la promo pendant un an… puis encore à la moitié de l'année suivante x) C'est quand on a commencé à avoir beaucoup de travail et à passer des journées entières tours seuls dans la salle de montage vidéo que ça s'est amélioré.

Parallèlement à ça, il y a mes rencontres en club d'aïkido : jamais réussi à me faire des amis. Je sais que certains se voient en dehors, que des couples se forment, etc. Mais moi jamais. Enfin si, avec une très gentille dame, mais ça n'a pas résisté à mon changement de région… Jamais réussi, je vous dit. En Service Civique, je m'entendais bien avec les jeunes de l'autre asso, mais pareil, petit pincement quand j'ai réalisé que certains se voyaient à l'extérieur.

Faut dire aussi que j'ai pas mal de fantasmes un peu gamins… Par exemple il y a quelques semaines je suis sortie en soirée pour suivre la visite extérieure d'un château fort au flambeau. Ça devait servir pour mon roman (ça, ça a réussi), et me faire voir des gens (ça, ça a raté). Sauf que les gens, ils sortent pas tout seuls comme moi : les gens ils sortent en famille ou entre amis. Donc ils vont pas commencer à parler à une meuf toute seule. Bref.

En vrai, je veux bien rencontrer des gens (j'ai vu que les gens de la radio depuis que je suis ici), mais je ne sais pas faire. Même si j'allais au bar, je serais là avec mon verre, mon livre ou à regarder les gens par la fenêtre, et il y aurait sur ma tronche cette fermeture caractéristique des gens que t'approche pas parce que tu sens bien que tu vas les déranger. Donc personne viendrait me parler. Et moi je parlerais pas aux autres parce que je ne sais pas faire. Je ne sais pas aborder les gens. Sous quel prétexte ? Pareil si j'allais dans une salle de sport. Personne viendrait me parler, à part peut-être l'employé pour venir me dire que je tiens mal mes haltères.

Dans le fond, j'ai envie de tisser des liens avec des gens. Je suis assez envieuse des gens qui ont des amis très proches depuis très longtemps. Même si je suis le cliché de l'introvertie de base, j'ai quand même besoin de ma dose de relations sociales, même si elle est toooouuute petite par rapport à la dose d'une personne normale extravertie. Sauf que j'ai profondément intégré, par expérience, que je ne peux intéresser personne à moins d'un miracle (comme la copine qui m'encourage à sortir : on a commencé à parler par MP sur le forum d'écriture dont je suis membre et on a accroché, mais ça, c'est grâce à un internet : dans la vraie vie ça n'aurait jamais été aussi rapide !).

Je ne sais pas si c'est bon signe que je commence à arrêter de me dire : "elle doit plus m'aimer/me supporter" quand quelqu'un met un peu de temps à répondre à un message. D'un côté, on pourrait se dire que ça signifie que j'ai plus confiance en moi, que je m'estime plus. Mais de l'autre, c'est peut-être juste que je suis blasée, découragée, et que je sais qu'on me parle que juste comme ça… Je veux dire… cet été une ancienne blogueuse d'à peu près mon âge avec qui je m'entendais plutôt bien a relancé un échange de mail qui datait de plus d'un an. Elle s'est excusée, sincèrement je pense, et on a recommencé à parler ; mais depuis la rentrée et la reprise de son travail, j'attends encore une réponse… Si elle s'intéressait vraiment à moi, elle trouverait deux secondes pour me répondre, je pense… Et c'est comme ça tout le temps. Je crois que je suis juste, je ne sais pas, désespérée.

Je suis trop fragile, trop blessée pour tenter de nouer des liens avec des gens. Si ça se fait, ça se fait. Si ça se fait pas, c'est comme ça. Alors bien sûr, si je sors jamais de mon bureau et que je passe mes jours sur mon roman, je risque pas de voir grand monde, donc ça se fera jamais. Mais si je sors, ça ne se fera pas non plus, et j'aurais eu tellement d'espoirs déçus que je reviendrais déprimée de ma sortie. Je ne pense pas que, psychologiquement, je puisse encore me permettre de prendre le risque de parler à quelqu'un et d'être rejetée parce qu'on me trouvera pas intéressante, perchée, bizarre… Il y a trop de changements en moi actuellement, qui me fragilisent encore plus (et par-dessus ça un questionnement est venu se rajouter, j'en reparlerais !), pour que je prenne ce risque. En sachant déjà le résultat. Donc je vais attendre encore un peu, et me contenter de prendre les discussions basiques. De toute façon, on sait bien que, sociologiquement, on se fait rarement des amis une fois qu'on a commencé à travailler. On a des collègues, etc. mais les amis sont ceux de la scolarité, plutôt. (Oui, je me cache derrière la sociologie et les statistiques, c'est moche, hein ?)

Donc, pour le moment, je crois que je vais rester un peu dans mes fantasmes, ceux qui à la fois me cautérisent, et à la fois creusent encore plus le manque et l'envie. C'est un peu comme creuser un trou pour en boucher un autre. Mais c'est à peu près le seul truc qui fait "tenir" la digue. Et comme j'ai toujours pas de psy (parce que je veux celle que j'ai repérée et pas une autre parce que je marche à l'instinct et que c'est elle que je "sens" bien (de toute façon il est fort à parier que vue l'état de mon département pour ce qui est du médical, les autres psy me mettent sur liste d'attente aussi)) il faut bien que je fasse tenir la digue.

Comment on fait pour rencontrer des gens ?

mardi 16 novembre 2021

Corps en chantier

Source – Engin Akyurt
J'emprunte mon titre à une exposition sur le sculpteur Ipoustéguy. Je trouvais que ça collait plutôt bien à mes problématiques du moment autour de mon corps.

Il y a très longtemps à l'échelle d'un blog, j'avais fait un article sur le rapport que j'entretenais avec mon corps. J'ai la sensation que beaucoup de choses sont en train de changer, actuellement. Par exemple, je suis un peu moins mal à l'aise d'être nue hors de la salle de bain. Depuis quelques semaines/mois je dors sans pyjama, juste en culotte, alors que j'ai toujours détesté ça. Ça m'a prit un peu d'un coup : c'était pendant mon année de chômage, à moitié confinée avec ma famille, tout à coup je n'ai plus supporté la sensation de mes vêtements sur ma peau. Ça me le faisait même en journée. J'ai commencé à dormir sans, pour n'avoir que la couette sur moi et ma propre peau. Je pensais que ça me passerait, mais en fait non. C'est très bizarre parce que ce sont des changements qui se sont fait de manière très brusque.

Il y a aussi mon regard sur mon corps, qui fait toujours la bascule. De loin, dans le reflet déformé d'une vitre, j'aime à peu près la silhouette et puis, en sous-vêtements dans le miroir, avec la graisse, la peau, etc. rien ne va plus et je trouve ça presque dégoûtant… Puis à un autre moment je vais me dire que ça va. Puis la seconde d'après, de puis près ou sous un autre angle ça n'ira plus du tout. J'imagine que ça fait ça à un peu tout le monde, mais j'ai l'impression que chez moi c'est toujours sans demi-mesure : soit je me trouve presque sexy, soit le complet inverse.

Avec ma difficulté à m'adapter à la reprise du boulot, j'ai aussi récupéré des manifestations de stress. En fait, je ressens assez peu mon stress ou disons qu'il faut que je sois très stressée pour le reconnaître. Je sais que je suis stressée quand je commence à reprendre certains tics. Par exemple, j'ai recommencé à triturer ma peau à la base du pouce. Il y a quelques années je le faisais tellement souvent que de la cale s'était formée ; c'est un peu en train de revenir. Je recommence aussi à me mordre l'intérieur de la joue au sang.

Ce qui m'embête vraiment, avec ça, c'est que ma bonne résolution de 2021 c'était de prendre soin de mon corps. C'est complètement raté. Les mois ont défilé à la vitesse de l'éclair et je n'ai progressé sur rien. Pire, j'ai même régressé sur un certain nombre de choses. Heureusement, je vais reprendre l'aïkido demain, ça devrait m'aider à reprendre un peu possession de mon corps, de ses limites (j'entends par-là ses limites dans l'espace, le volume qu'il prend quand il se déplace, ses frontières). D'ailleurs peut-être que c'est une histoire de frontière du corps qui explique que je ne supporte plus mon pyjama ?

J'ai aussi de plus en plus conscience de mon envie (besoin ?) d'être touchée, de toucher les autres et plus précisément de savoir ce que ça fait de toucher la peau de quelqu'un avec sa propre peau. Le truc c'est que je ne suis vraiment pas tactile. Je déteste qu'on me touche. Au collège, j'avais commencé à refuser de faire la bise à mes amies. Quand ma sœur essaye de me faire un câlin par surprise, je suis vraiment très mal à l'aise. À l'aïkido ça va parce que l'on se se touche pas n'importe comment. En gros, ça s'arrête aux bras (parfois la tête) et c'est normé. Chez le médecin ça passe aussi, à peu près. C'est un peu… comme un conditionnement, comme si je m'étais "dressée" (je ne sais pas comment expliquer autrement) : je sais qu'on va (potentiellement) me toucher donc je suis préparée. Mais sinon, tout ce qui relève du "toucher social" (les accolades, les mains sur le bras et compagnie), c'est très difficile. Du coup, je peux bien avoir envie ou besoin d'un "peau à peau", c'est pas demain la veille que je vais l'avoir (sans même compter que pour ça il faut avoir des gens avec qui le faire, m'voyez, et que j'ai toujours du mal à faire confiance aux gens).

Je réfléchissais tout à l'heure et je me demande à quel point les changements dans ma psychologie, les barrières qui tombent, ne se font pas encore plus vite depuis que je me suis retrouvée sur liste d'attente de la psy. Dans le sens où je me demande si c'est possible que ça ait "tenu" jusqu'à ce que j'emménage et que je sois en mesure de prendre rendez-vous, mais que maintenant que la date est repoussée à un instant inconnu et sur lequel je n'ai ni contrôle ni maîtrise, tout lâche. Je ne sais pas si c'est possible. Mais ce que je sais c'est que je me retrouve à verser ma petite larme pour tout et n'importe quoi. Un reportage à la radio, un dessin animé… ce qui est aussi très nouveau avec ma relation avec mon corps, vu que j'ai passé des années, depuis le collège, pendant lesquelles je m'empêchais de pleurer (à ne pas faire, c'est mauvais pour la santé !). Je n'en suis pas encore à sangloter et pourtant il faudrait…

Du coup, je me demande dans quelle proportion mon sentiment d'être un peu perdue vient de mon corps que je perds un peu dans le sens où à la fois tout est pareil (je n'ai pas pris ou perdu beaucoup de poids ou de muscle, par exemple) et à la fois tout est différent (dans mon regard, dans ce que je peux faire ou pas (je n'ai pas fait de sport pendant un an et demi donc j'ai reperdu tout ce que j'avais gagné en terme de souffle, par exemple), dans ses frontières). Et en même temps, même si les changements ont été brusques, rien n'est différent du tout au tout. Ce sont des changements suffisamment marqués pour être sentis, et en même temps pas spectaculaires non plus. Ce qui est encore plus troublant, pour moi, je crois. Je me demande aussi dans quelle mesure le fait que je n'aide pas mon corps à être en accord avec l'état où il serait mieux avec lui-même, plus en accord (j'ai les cheveux un peu longs, par exemple, mais pour le moment j'ai d'autres priorités que d'aller chez le coiffeur), ne rajoute pas une toute petite goutte, juste suffisante pour troubler un peu plus l'état des choses. Et dans quelle mesure le fait que je ne respecte pas les promesses que je me suis faite (prendre soin de moi, aller me faire masser, aller chez le coiffeur, faire mes exercices pour me tenir plus droite, les étirements du dos, etc.) n'altère pas encore un peu plus la relation entre corps et esprit. En gros, c'est un peu le bordel.

dimanche 10 octobre 2021

Indépendance

Source photo – Amar Preciado
Il y a une semaine, j'ai commencé mon nouveau boulot. Mon premier, en fait, qui ne soit pas un stage. J'avais continué à chercher du travail en radio associative en parallèle de ma recherche d'alternance. Je crois que je dois bien être la seule de ma "promo" à ne pas avoir trouvé d'alternance, d'ailleurs, puisque la dame de l'organisme de formation finissait par m'appeler directement pour me demander si telle ou telle offre pouvait m'intéresser alors que la période de recherches avait commencé avec des mails groupés. En postulant à l'offre de mon travail actuel, j'avais dit que le poste m'intéressait tellement que, si je l'avais, je ne serais pas trop fâchée de ne pas avoir trouvé d'alternance. Et c'est vrai. (Mais n'empêche j'ai quand même acheté un livre pour me former de mon côté au journalisme pur.)

Mais en même temps je découvre à quel point les budgets sont serrés ce qui fait que je vais avoir du mal à partir en reportage, ce qui est très frustrant, sans même parler du temps qui manque pour tout faire, et de la problématique qui se met encore par-dessus : je conduis une boîte automatique : donc je ne peux pas emprunter de voiture à ma structure, donc la structure doit me rembourser les frais kilométriques, donc ça plombe les budgets. Puis j'ai eu le malheur de dire à mon patron que je n'étais pas très musique et il m'a dit franco que je n'aurais sans doute pas eu le poste si je l'avais dit en entretien (en même temps, il a jamais demandé si j'avais une bonne culture musicale, donc il avait qu'à poser les bonnes questions). Par-dessus ça, je me révèle particulièrement pas douée avec la technique (console d'enregistrement, etc.). J'ai aussi dit que je n'étais pas trop bonne conductrice et que j'étais infoutue de conduire une boîte manuelle. Ça commence à faire beaucoup, je suis un peu sur la sellette, je crois.

Le gars m'a dit qu'il avait hésité entre moi et un ancien Service Civique devenu bénévole à la radio, autonome en technique et que finalement il m'avait prise parce qu'il avait pensé que j'intellectualisais les choses et que j'avais de la réflexion. À vrai dire ça m'a même pas fait plaisir parce que je ne sais pas ce qui, dans ce que j'ai dit à l'entretien, a pu montrer ça. Mais ça n'empêche qu'avec toutes les problématiques autour de mon embauche, il n'a pas vraiment de raisons de me garder… On verra bien ! En attendant, j'évite de trop décorer l'appartement, et j'ai décidé d'attendre avant d'acheter un canapé… On sait jamais ! Ceci dit si je ne vais pas au bout de ma période d'essai je ne pense pas que je retournerais chez mes parents tout de suite ; je vais d'abord essayer de trouver un job alimentaire dans le coin pour garder ma toute nouvelle indépendance si laborieusement acquise.

J'ai pris un trois pièces pour pouvoir avoir un salon, une chambre, et un bureau. J'ai la chance d'être dans une région pas très chère au niveau des loyers. Après trois ans (enfin, une fois dix mois et deux fois six mois, plutôt) de studios, j'avais besoin d'espace. Je pense que le Covid est aussi un peu passé par-là. Sans le Covid, sans le confinement et sans l'année de chômage passée chez mes parents avec un père au chômage puis ma sœur et ma mère en vacances d'été, etc. je pense que j'aurais pu me contenter d'un deux pièces. Mais là, j'avais besoin de tout cloisonner : on travaille dans le bureau, on dort dans la chambre, etc. Une pièce, une fonction. (Même si dans les faits je mange dans le salon devant la télé (pas bien).) Pour ma concentration, c'est mieux aussi. Une fois que la porte de la chambre est fermée, j'ai l'impression que j'ai plus de facilités à couper des activités que je peux avoir dans le bureau, par exemple. Je suis du genre à ressasser et ruminer, donc ça ne se coupe pas d'un coup, mais j'ai l'impression que c'est plus facile de le repousser. C'est aussi plus facile de dire "je suis dans le bureau, je travaille".

Vivre de nouveau seule, c'est le pied ! Je suis à mon rythme, je ne suis obligée de parler à personne au petit-déjeuner ou quand je rentre, je mange à l'heure que je veux, je mets de la musique si je veux, je parle toute seule si je veux – je ne dérange personne –, et je dors mieux ! En attendant la livraison de mon futon je dors sur un matelas par terre et je dors mieux que dans mon lit chez mes parents (un creux avait fini par se faire dans le matelas, un désastre !). Les volets ne laissent passer aucune lumière, je n'entends personne ronfler ou descendre les escaliers à grands pas… et je n'ai pas à subir les sautes d'humeur de mon père. Ça faisait longtemps que je n'avais pas si bien dormi !

En parlant de saute d'humeur, la veille du déménagement, tous les deux stressés et fatigués, on finit par s'engueuler. Il me crie dessus en me disant qu'il me parle et je lui fais remarquer que ce n'est pas ça, parler. Il me sort, très calmement, sur un ton entre le raisonnable et le mielleux, comme quand on veut calmer un enfant déraisonnable, un peu : "Et puis si je m'énerve c'est à cause de toi, c'est parce que tu m'empêches de parler". Ça m'a choquée. Il aurait dit ça en hurlant, ça aurait juste été dans la ligne des remontrances beuglées. Mais là, calme, ça montre juste qu'il le pensait vraiment, que c'était vraiment comme ça qu'il voyait la situation. Pas comme un mec stressé, qui se sent acculé parce que des problèmes lui tombent sur la tête, et qui explose contre une pauvre fille tout aussi fatiguée et aculée psychologiquement pour plein de raisons, mais comme un pauvre homme qu'on ne laisse pas parler.

Cette phrase, la tournure, la manière de la dire… tout, absolument résume le bonhomme : un mec avec un complexe d'infériorité manifesté en supériorité qui, à l'écouter, n'est jamais responsable de rien parce que tout est toujours de la faute des autres qui ne l'écoutent pas, ne le comprennent pas, et le persécutent. Je le savais déjà ; lors d'une autre explosion, contre ma mère, ma sœur et moi, il avait lâché : "Moi je fais tout pour vous" un truc du genre, avant de nous insulter de salopes. Je pense qu'il nous voit comme ça. Comme des espèces de sorcières qui complotent contre lui et ne lui rendent pas son amour et son affection. Il ne se rend même pas compte qu'il est toujours sur son téléphone et ne parle jamais, ou n'écoute pas quand on lui parle, ne retient pas ce qu'on lui dit, s'énerve pour rien (un jour il a quitté la table juste parce que le plat était pas assez salé, en disant qu'il en avait marre de manger des trucs pas bons). Bref. Tout ça pour dire que ça ne me manque pas. Le coup de "c'est à cause de toi, c'est parce que tu m'empêches de parler" ça m'a achevée. Je ne veux pas avoir à lui parler ni à lui demander quoi que ce soit. Il m'épuise. En même temps c'est pas plus mal, ça va me permettre de me démontrer à moi-même que je suis capable de me débrouiller toute seule plutôt que de toujours demander de l'aide à papa-maman (au point où quand ma mère m'a demandé de lui envoyé une photo du collier de serrage pour le tuyau de la machine à laver, ça m'a irritée…) Enfin, au moins ça me fera un truc à dire au psy. (Je dis ça mais même sans ça j'ai des tas de trucs à dire au psy.)

Psy pour lequel je n'ai toujours pas pris rendez-vous alors que ça fait des mois que je dis que, quand j'aurais ma nouvelle vie, je sauterais sur un psy. Oui, mais voilà : je suis dans une région où c'est un peu le désert. J'ai contacté une psy que je sentais bien, mais malheureusement elle m'a proposé de me mettre sur liste d'attente. J'ai demandé combien de temps ça pouvait prendre et si c'est plus de trois mois j'essayerais d'en contacter une autre. Je dis une autre parce qu'en ce moment mes digues intérieures cèdent, je pleure de plus en plus, certaines choses commencent à me travailler sérieusement, et sincèrement je ne me vois pas dire à un psy homme que j'ai envie d'être touchée par un homme, que j'ai envie de découvrir ce que ça fait d'avoir un amoureux, etc. Trop gênant. Déjà dire ce genre de choses à quelqu'un en particulier plutôt qu'à personne comme sur mon blog c'est difficile, mais alors à voix haute et à un homme… jamais j'y arrive. Du coup, ça réduit pas mal les possibilités aussi. De la même manière je n'ai toujours pas dégoté un médecin parce que j'ai des démangeaisons à un endroit un peu intime, que je me suis déshabillée devant peut-être une dizaine de médecins, et qu'il me faut une femme. Sauf que des femmes, dans ma ville, y en n'a pas des masses.

Histoire que cet article ne ressemble pas à un bureau des plaintes je dois quand même dire que je conduis tous les jours pour aller au boulot, qu'aujourd'hui j'ai conduis jusqu'à la ville d'à côté, et que pour le moment, tout va bien. Sauf quand je perds une demi-heure parce que je suis infoutue de tourner à l'endroit que me dis le GPS… Et je ne sais pas me garer, non plus. Mais j'arrive à déplacer la voiture sans être un danger public, ce qui est déjà un bon point !

Je regarde la date et je me rends compte que ça fait presque un mois que je n'ai pas écrit, depuis que j'ai fini le premier jet de Roman 2. J'ai prévu de reprendre un texte exutoire ce soir, que j'ai relu hier pour me le remettre en mémoire. Je me suis troublée moi-même… je n'avais pas réalisé à quel point j'avais mis des sentiments compliqués dedans.

Je pense aussi prendre un potichat. Je pense que je vais attendre janvier, histoire de mieux y voir question budget et aussi d'avoir trouvé un vrai rythme avec le travail car j'ai des horaires annualisés qui peuvent bouger et que je vais devoir trouver un équilibre pour ne pas laisser le travail bouffer ma vie privée. J'ai décidé que la priorité c'était l'écriture. Reprendre l'aïkido (en novembre, je pense) rentre dedans car se vider la tête, rencontrer des gens, et apprendre des trucs sur la baston (l'aïkido ce n'est pas vraiment de la baston, mais n'empêche que ça m'a bien servi pour les romans !), c'est toujours utile. Mais je dois ne pas me disperser, et renoncer à mes idées de bénévolat dans d'autres médias, pour ne pas m'éparpiller. L'écriture, l'écriture, l'écriture. J'en ai envie, j'en ai besoin. L'écriture et le potichat. J'en ai besoin aussi. J'en rêve depuis que je suis toute gamine. (Et du coup dans les mauvais jours je me dis que c'est égoïste, que le chat, lui, n'aura rien demandé et que si ça se trouve il ne va pas m'aimer, ou que comme je me suis jamais occupé d'un chat je sais sans doute pas faire…, etc.)

En gros, ce début de nouvelle vie ne commence pas aussi bien que je l'avais prévu, surtout dans ma vie psychique. Je me trouve pas mal de signe de stress, des tics qui reviennent et une tendance à vouloir beaucoup parler à une copine de Twitter, avec ce sentiment de trop m'accrocher comme si, si je n'avais personne à qui parler, je tombais dans une sorte de vrille – je ne sais pas trop comment expliquer –, une tendance aussi à ne pas pouvoir ne pas manger devant la télé, pour avoir du bruit et ne pas me retrouver "seule avec moi-même". Même le soir, je mets des méditations ou trucs du genre sur mon téléphone, ça m'évite de trop ruminer (mais à long-terme ça ne fait que bloquer mon cerveau alors qu'il devrait traiter des tas de trucs). Mais paradoxalement je dors assez bien. Avant le déménagement, il fallait le préparer, donc j'avais tout le temps des sollicitations de mes parents, etc. trop de sollicitations, trop de stimuli pour mon cerveau d'introvertie, et je pense que je paye un peu le contre-coup, d'une certaine manière. Je n'ai toujours pas eu une journée où je ne parle à personne, et paradoxalement je suis sortie aujourd'hui parce que j'avais besoin de voir d'autres gens que mon patron (non pas que je ne l'apprécie pas, mais quand je côtoie trop longtemps quelqu'un ou que je bingewatch une série je me retrouve avec les voix et les façon de parler des gens dans la tête, ce qui est assez déplaisant quand c'est pas Tao Ren de Shaman King ;P).

Voilà pour les nouvelles ! Ce n'est pas terrible, mais ça pourrait être pire !
Comment allez-vous ?

vendredi 8 octobre 2021

Mes 5 derniers livres lus (n°8)

Ça faisait un moment que je n'avais pas pondu d'article littéraire !... La faute à l'écriture de Roman 2 ! Je ne vais sans doute pas reprendre le rythme antérieur, même maintenant que la rédaction est finie, car j'ai repris le travail !


Les Dieux verts – Nathalie Henneberg

Frappée par le grand cataclysme il y a bien longtemps, la Terre abrite désormais un empire de l’Homme au bord de l’extinction. Les plantes, véritables souveraines de cette nouvelle ère, règnent à présent en maîtresses sur ce monde à la dérive. Seuls la reine Atléna et le suffète Argo, derniers des Solaires, portent en eux l’espoir d’une humanité aux abois. Et pour tenir tête à ses ennemis, Argo devra plonger dans l’enfer des ténèbres émeraude et faire face aux dieux verts.

En lisant le résumé la premier fois, j'ai hésité, parce que ça sentait la science-fiction bien plus que la fantasy. Mais, finalement, j'y revenais, je tournais autour, et j'ai fini par l'acheter. Et effectivement c'est un mélange de fantasy et de science-fiction. Je ne lis jamais de science-fiction parce que ça ne m'attire pas (les lecteurs récurrents de mes articles littéraires auront compris, à ce stade, que j'ai des goûts plutôt arrêtés ;P). En fait, j'ai bien aimé, mais dans le même temps je ne sais pas trop quoi penser de ce livre.

La dernière phrase du résumé laisse imaginer la grande aventure, mais en fait, c'est très différent. Argo se retrouve effectivement en voyage, si l'on peut dire ça comme ça, mais dans la seconde moitié du roman seulement.

On suit donc l'histoire des héros, Atléna et Argo, qui tentent de tenir tête aux plantes désormais maîtresses absolues de la planète, et bien plus manipulatrices qu'elles ne l'admettent.

Atléna et Argo s'aiment, mais, si l'histoire d'amour sous-tend les choix des personnages et donc l'histoire, ça ne se passe pas dans l'atmosphère d'une passion dévorante ; plutôt dans celle d'une tragédie antique, où tous les sentiments sont décuplés, et avec eux les entraves qui empêchent les personnages d'être ensemble. Ceci dit, ça finit bien (je précise, parce que parfois on peut ne pas vouloir se jeter dans un livre qui finit mal :P).

J'ai beaucoup de mal à décrire la plume de Nathalie Henneberg, je dirais que c'est elle qui crée entièrement l'atmosphère, plus que le scénario en lui-même. En fait, je suis très embêtée parce que, si j'ai eu un peu de mal à entrer dans le livre à cause de termes techniques que je ne connaissais pas et qui rendaient mon imagination parfaitement stérile, j'ai fini par accrocher à cette histoire sans plonger dedans, peut-être parce que le point de vue plutôt externe ne permet pas de s'approcher vraiment de l'intime des personnages, et que j'ai suivi tout cela comme j'aurais suivi une tragédie antique, un peu de loin en loin.

Pour moi, c'est un livre sur ce qu'est être humain, et sur l'amour. J'ai aussi eu l'impression que les unités de mesure choisies par l'autrice (coudées, stades…) participaient à raccrocher l'histoire aux grandes pièces qui nous viennent de l'Antiquité.

L'Assassin royal, première époque – Robin Hobb

Bâtard du prince chevalerie, le jeune Fitz grandit dans l'ombre de la forteresse de Castelcerf, où le roi subtil ambitionne de faire de lui son assassin personnel. Mais pour survivre, et avant même d'apprendre à manier la lame, il lui faudra faire preuve d'une connaissance parfaite des arcanes de la politique.

Après Ki et Vandien, j'ai voulu relire Robin Hobb. Grâce à Luxya (coucou si tu passes par ici ! :P) qui m'a mis sur les rails, j'ai commencé le long Cycle des Anciens tout dans le bon ordre (ce qui n'était pas une mince affaire, puisqu'il y a déjà neuf intégrales et que deux sont encore en attente ; c'est quand même un sacré bordel). J'ai donc commencé par la première époque de L'Assassin royal, qui tient en deux intégrales de plus de mille pages chacune. Gros morceau, et un peu risqué pour une lectrice lente de s'y mettre vingt jours seulement avant de se lancer dans la rédaction de son deuxième roman (je ne peux pas lire beaucoup et écrire beaucoup en même temps). Mais ma foi j'y suis parviendue.

J'ai été très emballée par la première partie, et j'ai un peu déchantée avec la deuxième. D'abord, j'ai été perturbée par le récit à la première personne, parce que je n'en lis jamais et je n'aime pas ça. Ce qui m'a permis de m'accrocher, c'est la bonne plume de Robin Hobb et aussi le personnage de Fitz en lui-même avec lequel je me suis trouvée plein de points communs, du coup je me suis accrochée à lui au point de, je pense, sans le vouloir, lui attribuer une fonction psychologique pour moi.

On le suit donc dans ses années d'apprentissage comme assassin royal, et sa lutte pour empêcher son demi-oncle de prendre puis garder le pouvoir. Fitz est un personnage complexe et le début de la deuxième partie est bienvenue pour nous permettre, au travers de discussion qu'il entend, de savoir comment les autres personnages le perçoivent (ce que l'on ne sait jamais habituellement puisque l'on est à la première personne). Tous les personnages ont leur complexité, d'ailleurs, et sont bien faits.

En fait, avant d'aller plus loin et de donner vraiment mon avis sur ce qui m'a dérangée, je me sens obligée d'avouer que cette lecture m'a permis d'apprendre une chose sur moi : je suis allergique aux histoires de prophétie. Je pense que ça tient au fait que, profondément, je rejette l'idée de destin et de fatalité, et du coup les prophéties c'est bien gentil mais ça va à l'encontre de ce en quoi je crois, et du coup je ne vois plus la lutte des personnages, l'histoire et tout le reste, mais juste qu'on ne leur laisse pas le choix. Je pense que c'est en partie ce qui fait que je n'ai pas aimé la fin. Ça, et le fait que ça part un peu en couille, quand même.

Au début, en plus des Pirates rouge qui transforment les gens en espèces de zombies et attaquent les côtes du royaume, on affronte aussi Royal, demi-oncle par son père de Fitz, trop loin à son goût dans la ligne de succession, et dont la mère a monté le bourrichon. Royal, jaloux de ses demi-frères et ayant grandi avec l'idée qu'il doit se méfier d'eux et qu'il mérite plus le pouvoir qu'eux veut donc le pouvoir. Donc, au début, c'est juste un intrigant rusé avec des tendances à la cruauté. Et puis, dans la deuxième partie, ça part en cacahuète. Tout à coup, il se transforme en méchant psychopathe, représentant des Forces du Mal, véritablement cruel et tyrannique. Mais la bascule est tellement brusque ! Pourquoi ?!… Pourquoi faire de Royal un personnage de block-buster alors que l'Intrigant devenu Usurpateur suffit bien ?

Voilà l'histoire : sauver le monde. Si Royal règne, il est le petit engrenage qui détraque la machine et précipite le monde dans la catastrophe, par une sorte d'effet papillon. Ça, je suis prête à l'admettre. OK, ça marche. Mais du coup, pas besoin de faire de Royal une sorte de méchant psychopathe frappadingue. En faisant ça, on dirait qu'on veut légitimer le fait qu'on l'affronte, comme si l'effet papillon était insuffisant et qu'il fallait une vraie raison, qu'il fallait un Méchant contre lequel doivent lutter les Gentils. Bof. Pour moi, ça enlève toute la complexité et l'ambivalence et de cette histoire de sauver le monde, et du personnage de Royal en lui-même. Même si le côté "enfant gâté à qui on a bourré le cerveau" est rappelé à la fin, il paraît un peu dérisoire pour expliquer un tel déchaînement de la part de Royal, et surtout aussi brusque. Peut-être que ça tient en partie au fait que l'on est du point de vue de Fitz, qui n'est pas dans les parages de Royal, et donc on ne peut pas constater son évolution à vouloir toujours plus de pouvoir. Mais même si on avait pu la constater, je trouve ça en peu dommage de la faire d'une manière si peu mesurée.

Autre point qui part en couille : la résolution de l'intrigue autour de Molly. Je ne veux pas divulgâcher, donc je vais être générale et évasive : je dois reconnaître à l'autrice que ce dénouement est préparé, par plusieurs points disséminés un peu partout, et auxquels on ne prête pas forcément attention parce qu'on suit les choses du point de vue de Fitz ; mais la dernière scène, celle qui conclue cette intrigue très secondaire, semble elle aussi précipitée, sortie de nulle part, brutale… Tellement brutale, d'ailleurs, que j'en suis sortie complètement incrédule (à moins que mon attachement à Fitz n'ait joué un peu ?) et que j'ai dû me raisonner pour me dire "ah mais regarde ici, et là, et là, ça avait été préparé". En fait, là encore, on suit les choses de loin en loin, au travers des rêves magiques de Fitz qui bien-sûr arrivent toujours au moment opportun pour nous montrer une scène-clef – et on ne pourrait pas faire autrement puisque Fitz est loin de Molly : ses rêves magiques, ce sont les seuls moyens pour le lecteur d'avoir des retours des autres personnages.

En fait, le problème vient sans doute de là : on est du point de vue de Fitz, et le point de vue interne montre ses limites sur la fin. À la toute-toute fin, au moment où on raconte un peu ce qu'il se passe pour tout le monde, on doit encore le faire du point de vue de Fitz et j'ai parfois eu l'impression que les choses qui expliquent que Fitz soient au courant étaient un peu poussives, un peu davantage comme des prétextes ou des "comme par hasard". Les choses auraient été plus naturelles avec un point de vue omniscient : pas besoin de prétexte : il faut montrer ça, je te montre ça. Mais là, par les yeux de Fitz, c'était parfois un peu poussé.

Puis ça part un peu dans tous les sens. On a des armées dans les Montagnes mais qu'on ne traite pas trop à cause encore une fois du point de vue, puis les Pirates mais finalement ils sont plus si importants puisqu'on est concentrés sur Royal et le fait de trouver Vérité, puis… etc. C'est un peu la pagaille et du coup à la fin on résout tout d'un coup de baguette magique. Je ne sais pas… Je pense aussi que j'ai plus de mal avec ce genre d'histoires de sauvetage de l'univers contre un Grand Méchant, où les personnages principaux se multiplient et où donc il faut trouver des prétextes à raconter ce qu'ils deviennent. Ceci dit, j'avais adoré le Cycle de Ji, qui a aussi une prophétie (même si elle n'est pas tant centrale) et dont le but des personnages est de sauver le monde ; donc au final je pense qu'avec L'Assassin royal le problème tient plus à la manière dont c'est fait, qui éclate de partout, hésite entre traiter vraiment les choses et juste les mentionner pour donner une situation géopolitique, et résout tous les problèmes en une seule fois comme par enchantement.

Ceci dit, ça reste une bonne histoire, et on ne s'ennuie pas, les personnages sont sympa (même si j'ai eu du mal à déterminer l'âge de certains d'entre eux, comme le fou et Burrich) et on voit Fitz grandir, apprendre, tout en gardant son petit côté immature. J'ai beaucoup aimé aussi le personnage de Vérité. Mais je pense que ces histoires de prophéties ce n'est vraiment pas pour moi, et que ce n'est pas le genre d'histoire que j'avais besoin de lire en ce moment, même si ma projection dans Fitz m'a sans doute apporté des trucs (j'ai fait des rêves un peu bizarres…). Du coup, je lirai la suite (elle est déjà achetée, de toute façon) mais sans me presser et pas tout de suite. En fait, ça m'a "séchée" (je ne sais pas comment l'expliquer autrement, j'ai l'impression d'être un peu vidée de mon énergie de lectrice et de ma capacité à me jeter dans un univers).

C'est une bonne histoire, une bonne histoire bien faite et bien construite avec de bons personnages, mais pas pour moi en ce moment et le côté point de vue interne, prophétie, et personnages qui virent de bord brusquement m'ont empêchée de vraiment apprécier le dénouement et la fin de ma lecture.

Mon sentiment est un peu comme dans les émissions d'immobilier, quand l'agent montre un appart' qui correspond à tous les critères des personnes, mais qu'il n'y a "pas coup de cœur". En fait, voilà : avec mon cerveau je vous dis : "c'est une bonne histoire", et avec mon cœur je vous dis : "y a pas l'étincelle".

Les Aventures de Setnê – J.-H. Rosny aîné

L’armée d’Égypte, ce grand fleuve d’hommes et de mort, s’est déversée sur les contrées d’Asie. Mais Ninive, la ville d’airain, résiste à la soif de conquêtes du roi-guerrier Thoutmès III. Pour prendre l’ennemi de court, le pharaon entrevoit un sentier qu’abrite une forêt séculaire. Setnê, un jeune chef de guerre, s’y engouffre donc, sans imaginer que derrière cet immense lac d’arbres et d’herbes s’étend une terre ancienne, pleine de forces secrètes, celle des légendes et de la vieille nature invaincue, celle des Dragons, des Tigres et des Hommes de l’Eau.

C'est un petit livre de soixante-seize pages qui était offert pour l'achat de deux livres des éditions Callidor. C'est d'ailleurs ça qui m'a décidé à acheter Les Dieux verts alors que je repoussais depuis un moment.

J'ai bien aimé cette lecture dans laquelle on suit le voyage de Setnê au travers des contrées sauvages et dangereuses. On découvre Setnê courageux et déterminé, ambitieux, aussi. J'ai eu parfois un peu de mal à me repérer dans l'espace (Est, Ouest, etc.) mais ça n'a pas été un trop gros problème même si c'est toujours un peu frustrant. Je crois que j'ai mis un peu de temps à entrer dans l'histoire, et pour le coup je ne saurais pas du tout dire pourquoi !

Je dois aussi souligner que j'ai eu un gros coup de cœur pour les illustrations de Maxime Desmettre qui ponctuent l'histoire ! J'aime beaucoup son trait, dans lequel je trouve qu'il y a du mouvement, et j'aime aussi le jeu de contrastes. En fait, j'adorerais, si je peux publier mon roman et qu'on me laisse proposer des noms d'illustrateurs pour la couverture, pouvoir le lui demander !

Dragons, entre sciences et fiction – Jean-Marie Privat (dir.)

"Il y avait à cette époque, en bordure du Rhône, un dragon mi-animal mi-poisson, plus gros qu'un bœuf, plus long qu'un cheval, avec des dents aiguisées comme des épées […]. Sainte Marthe le lia avec sa ceinture et il fut tué sur le champ par le peuple à coups de lance et de pierres."
Bénéfique ou maléfique, l'étrangeté du dragon a longtemps troublé les savants et continue de fasciner notre imaginaire : dragons d'ici et dragons de Chine, dragons de l'Apocalypse et dragons de carnaval, dragons des eaux et dragons des airs, dragons des contes ou des mythes et dragons des peintres, dragons antiques et dragons d'aujourd'hui, dragons des tout-petits et dragons des philosophes, dragons de la science et dragons des artistes. Cet ouvrage pluridisciplinaire (à l'iconographie très riche et originale) donne la parole à des paléontologues et à des historiens des sciences, à des linguistes et à des médiévistes, à des écrivains et à des anthropologues, à des experts en théologie ou en art contemporain. Chacun nous initie avec clarté au monde des dragons, ces créatures hybrides… entre sciences et fictions.

J'ai mis très longtemps à le lire, en partie parce que je me suis retrouvée à le commencer sur une période d'insomnie et donc où j'étais fatiguée rapidement après avoir commencé ma lecture, et en partie parce que je l'ai lu alors que je suis en pleine période d'écriture et qu'il est toujours difficile pour moi de lire beaucoup quand j'écris beaucoup. Mais j'ai aussi tardé à le lire parce que je l'ai trouvé compliqué.

J'adore les dragons depuis toujours, ce sont mes bêtes favorites et quand j'ai appris l'existence de ce catalogue d'expo assez ancien j'ai bondi sur Leboncoin, je l'ai trouvé tout de suite et j'en ai été ravie ! Mais voilà… j'ai eu beaucoup de mal à "entrer dedans" (si tant est que l'on peut dire ça pour une publication scientifique) durant toute la première moitié car beaucoup d'articles sont écrits sur un plan plus scientifique que vulgarisateur, avec tout un tas de mots savants, et que je n'ai pas tout compris. Ce que j'ai compris m'a passionnée, mais je dirais que pendant toute la première moitié j'ai dû m'accrocher. C'était un peu mieux après, les textes sont plus faciles à saisir, et toujours intéressants, mais quand même pas une bonne lecture de détente pour l'été, hein :P

En fait, ce livre m'a ramenée au même sentiment que j'éprouve parfois quand je navigue sur le forum d'écriture dont je suis membre : celui de ne pas être assez cultivée, voire même d'être proprement idiote. Et pourtant, si je ne suis experte en rien et que je suis très loin d'être une universitaire j'aime bien penser que je ne suis pas trop stupide ou inculte… Mais là… Surtout que dans l'une des contribution le passage en anglais n'est pas traduit. Et dans une autre on nous parle d'un tableau que l'on ne nous montre pas. Bon.

En revanche, j'ai quand même retenu quelques trucs sympa qui me permettront d'y revenir sérieusement si j'en ai besoin un jour. Et lire quelques articles pendant ma période d'écriture m'a permis d'intégrer un dragon dans mon roman, donc je ne suis pas trop fâchée !

En revanche, il y a énormément de fautes dans les articles, que ce soit des fautes de frappe, d'orthographe, d'accord, d'un mot manquant, d'un mot pour un autre, etc. et c'est assez agaçant, je dois dire. En stage, j'ai travaillé à la relecture d'une production, et il restait encore des fautes à la fin, donc je sais que c'est un travail difficile, que parfois on manque de temps pour le faire parce qu'on a accumulé le retard et que donc il faut bien rogner sur quelque chose, mais ce n'est quand même pas très sérieux, surtout pour une publication du CNRS.

Les Aventuriers de la mer – Robin Hobb

Chaque famille de Marchands possède une vivenef, un navire intelligent et sensible qu'on se lègue de génération en génération, et sans lequel la navigation sur le fleuve du Désert des Pluies et le commerce des objets magiques seraient impossibles. Althéa aurait dû hériter de Vivacia, la vivenef du clan Vestrit, mais c'était sans compter les machinations de son esclavagiste de beau-frère, Kyle…

J'ai donc fini par reprendre la graaaaaande fresque romanesque de Robin Hobb ! Je l'ai lu sur environ trois semaines (je crois) avant de déménager (je vous en reparle). Je me suis dépêchée, dépêchée, dépêchée parce que j'avais le sentiment que je devais finir avant de pouvoir passer à autre chose, comme si ce que j'avais mis dans le livre comme émotions, etc. faisait partie du cycle à clôturer avec le déménagement, ce qui fait que je me suis retrouvée le dernier jour à lire jusqu'à trois heures du matin (alors que je suis une couche-tôt et que j'ai besoin de neuf heures de sommeil et que je vous avais déjà parlé de ma peur de détruire mon cerveau, du coup c'est vous dire si j'ai mis sentimentalement des choses dans ma lecture).

J'ai mis beaucoup de choses sentimentalement parce qu'à un moment je me suis un peu reconnue en Althéa et je me suis accrochée à elle et à son histoire d'amour (en mode : si ça marche pour elle, ça marchera pour moi (oui, c'est idiot)), au point que je suis allée me spoiler l'histoire pour savoir si ça allait bien finir (et me préparer psychologiquement en cas contraire).

J'ai beaucoup préféré Les Aventuriers à L'Assassin royal et je pense que le côté moins manichéen des "méchants" et surtout le récit à la troisième personne y sont pour beaucoup. Les personnages sont toujours aussi bien fait (même si j'ai eu beaucoup de mal avec Hiémain qui est assez insupportable sans que l'on puisse vraiment dire si c'est parce qu'il est réussi et donc réaliste, ou raté et que donc on ne sait pas comment le prendre). J'ai par contre un peu regretté que les mêmes mécanismes reviennent beaucoup que ça soit dans le scénario ou dans la plume. Par exemple une tension émotionnelle est créée quand plusieurs personnages croient morts quelqu'un qu'ils aiment alors que le lecteur les sait vivants. Ou bien, pour ce qui est de la plume, souvent, comme on saute des semaines d'histoire, on prend un personnage en train de boire un café et, comme il est dans ses pensées, on fait le résumé des semaines précédentes. Je comprends que Robin Hobb n'ait pas eu le choix, mais du coup ça crée une routine qui est assez agaçante vers la fin, quand on arrive à 800 pages et qu'on a fini par capter le principe.

Le côté un peu "prophétie" qui pointe vers la fin m'a aussi un peu fait tiquer mais il est géré différemment que dans L'Assassin royal et d'une manière moins brusque qui m'a moins perturbée.

J'ai aussi eu un peu de mal parfois avec le côté revendications féministes, etc. Même si je dois reconnaître que c'est super bien fait, que ça s'intègre super bien aux personnages et à l'univers et qu'on n'a jamais l'impression de lire une leçon de morale qui tombe de nulle part de la part de l'autrice, ça m'a quand même un peu irritée parce que 1) Robin Hobb prêche une convaincue et 2) je ne lis pas de l'imaginaire pour me retrouver face à des problématiques aussi sérieuses de manière aussi "crues", si je peux dire ça comme ça. Du coup c'était en décalage avec ce que j'ai besoin de lire en ce moment, même si, encore une fois, c'est hyper bien fait, beaucoup mieux fait que dans Dragons et mécanismes ou même Le Fléau des rois que j'avais chroniqués ici.

À part ça, j'ai beaucoup aimé l'histoire, les personnages. Le rythme ronronnait parfois, ce qui est dommage, mais je ne me suis jamais forcé à lire, j'ai toujours été intéressée de savoir la fin. Les histoires parallèles des personnages finissent par se rejoindre presque de manière totalement fluide (on ne peut quand même pas éviter un "comme par hasard !..." mais ça reste bien fait).

J'ai fini la grosse série d'intégrales il y a une semaine à peu près et je n'ai pas repris sur la suite car Robin Hobb a un style auquel je suis très poreuse et j'aimerais lire un ou deux romans avant d'enchaîner sur L'Assassin royal, deuxième époque.


Qu'avez-vous lu ces dernières semaines ? Que lisez-vous ?

mardi 14 septembre 2021

Journal d'écriture, Roman 2, n°3

Source – Klaudia Ekert

Je sais, nous ne sommes pas le 29 du mois. Mais c'est aujourd'hui que je termine le premier jet de mon roman, avec presque 10 000 mots de plus que prévu et en avance de quinze jours sur le programme (chouette ! ça me laisse le temps de reprendre au moins un livre (oui, un livre mais pour ma défense c'est un intégral de Robin Hobb, y a presque mille page et s'est écrit tout petit – puis bon, je ne suis pas une lectrice bien rapide xP) avant de déménager et de commencer le travail (j'en reparlerai héhé :P)). Je suis assez contente de moi, en vrai, mais je sais aussi que je vais avoir pas mal de travail. J'ai déjà une page et demi de notes de probables corrections à faire ; je sais que je dois enlever certains passages, j'ai des doutes pour d'autres ; je sais que je dois ajouter certains trucs. Au final, entre ce que je dois enlever et ce que je dois mettre et tous les détails, je devrais être à l'équilibre au final et ne pas trop dépasser les 160 000 mots (ça a son importance parce qu'il paraît que les maisons d'éditions n'aiment pas trop les gros pavés – bon, 160 000 c'est déjà un gros pavé xP – quoiqu'on pourrait dire que d'ici-là j'aurais casé Roman 1 donc l'éditeur me prendra le 2 huhuhu :P).

J'ai aussi un peu peur que la fin soit trop différente du début et du milieu et que mon choix de ne pas tenir au courant sur le devenir de tous les personnages soit mauvais. Mais d'un autre côté, là-dessus, c'est que ce n'est pas le propos de mon livre : le vrai propos du livre c'est le parcours de mon héroïne (même si je pense que ça ne se sent pas trop). Le fait que la fin tourne en romance mièvre va me desservir auprès les éditeurs, je pense. Mais je suis encore très loin d'en être là ! Je dois laisser poser un mois et demi, relire, corriger, relire, corriger, envoyer en bêta-lecture... Je table sur un mois pour la première relecture, contre quinze jours pour Roman 1 étant donné que je serai salariée donc que je n'aurais pas "que ça à faire" au contraire de l'été dernier…

Même si je trouve que ma fin colle pas trop, je suis contente de l'avoir écrite, et je suis contente qu'elle existe… En gros, mes appréhensions sur ce roman font les montagnes russes, c'est un peu n'importe quoi ! Certains passages sont clairement mal écrits… bon, bref, y a du boulot !

On notera aussi que je suis super nulle pour estimer la longueur de mes histoires parce que quand j'étais à 135 000 mots je pensais qu'il me restait moins de 10 000 mots à écrire. Hahaha, c'te bonne blague ! x) N'empêche, je retiens de cette expérience que 1) je suis capable d'écrire beaucoup en peu de temps (dans un contexte où j'ai rien d'autre à penser, donc trop facile) et 2) plus jamais je ne me mets de quotas et de délais ! Ce n'est vraiment pas pour moi ! 3) écrire en trois mois plutôt qu'en six, ça permet aussi de mieux repérer les incohérences pendant l'écriture, et ça, c'est top !

Je n'ai pas trop envie de laisser poser avant de relire, en réalité, et je dois un peu me forcer pour le faire. Mais c'est super important de revenir avec un regard neuf, et en plus la période correspond aussi à ma prise d'emploi, ce qui fait que j'aurai un mois pour me caler sur le nouveau rythme et voir où sont les moments de libre pour écrire/relire/corriger et voir comment je peux m'organiser, comme ça tombe tout pile comme il faut, c'est cool !

De votre côté, comment avancent vos projets ?

dimanche 29 août 2021

Journal d'écriture, Roman 2, n°2

Source – Mikhail Nilov
C'est toujours un carnage mais au moins, maintenant, je sais ce qui a cloché (oui, alors que j'ai entamé ce matin mon avant-dernier chapitre, il était peut-être temps !).

Je pense en fait que c'est un ensemble de choses, mais le fait de m'être imposé un quota minimum de mots journaliers m'a pas mal bloquée, en fin de compte, parce que je pense que j'étais pas mal incertaine ou stressée de savoir si l'histoire allait rentrer dans le truc, sans compter les trous dans ma frise, pour pas dépasser trop et mettre plus de trois mois à écrire le premier jet, et du coup au début j'ai beaucoup sauté d'une scène à l'autre sans mettre les détails qui donnent en fait du relief à une histoire. Maintenant que je suis à la fin et que je sais que ça va rentrer, je maîtrise mieux le truc. Une autre chose qui me fait dire que les quotas c'est vraiment pas pour moi c'est que ce matin je me suis dit : "ma p'tite Énir, laisse tomber, écris juste et si t'écris 500 mots ben tant pis, hein", et ça m'a libérée, en fait. Du coup j'ai écrit 4 000 mots. Donc je suis quand même contente d'avoir tenté le quota et d'avoir fait cette expérience parce que ça me permet de me connaître mieux, mais très clairement : plus jamais.

Mais il n'y a quand même pas que ça.

Vous vous souvenez je vous ai parlé plusieurs fois du fait qu'en parallèle des romans j'ai aussi des projets exploratoire/exutoire pas sérieux dans lesquels je testes des trucs et qui me permettent aussi de me libérer psychologiquement. Eh bien en fait, Roman 2 est issu de ça. Je n'en avais pas conscience en 2017 quand j'ai commencé à écrire, mais le texte était destiné à sans doute devenir ce genre de texte un peu nul. En tout cas, je retrouve dans mon histoire tous les marqueurs habituellement présents dans mes projets pas sérieux : la thématique du corps couvert de cicatrices qui ferait que le personnage est rejeté, la thématique de la confiance en les autres, des personnages assez archétypaux dans leurs caractères, une fille un peu paumée et un garçon qui la "sauve" en lui faisant comprendre qu'il l'aime comme elle est, une histoire d'amour, d'ailleurs, et puis des personnages principaux de mon âge, un personnage étranger, qui n'est pas dans son pays d'origine ou a une origine étrangère… Tout ça était absent de Roman 1 et sera absent de Roman 3 et par contre se retrouve toujours, ou presque, en ces termes et dans ces quantités, dans les projets pas sérieux. On pourrait se dire que ça ne change pas grand-chose mais en fait, si, ça en change beaucoup.

L'écriture de mes projets exutoire/exploratoire n'est pas la même. Elle est plus simple et aussi plus dans l'énumération ("il se passe ça, puis ça, puis ça"), avec des dialogues partout. Les thématiques traitées et la manière de les traiter, un peu "trop", en fait clairement du Young Adult et pas de la fantasy adulte. La fonction psychologique pour moi est aussi différente. Dans un projet exploratoire/exutoire je me lâche, je symbolise ou pas, je pose des inquiétudes, c'est comme une thérapie chez un psy, et j'ai remarqué à quel point ça me fait du bien d'écrire certaines scènes, comme je me sens plus stable après. Alors que les romans, même si j'y suis liée psychologiquement et que j'y mets de moi, restent collés au principe de raconter une histoire à d'autres gens. Du coup, les deux types de textes sont super différents et ça demande un vrai travail d'adaptation. Quand je me suis lancée dans l'écriture pour moi le défi conscient était de caser une histoire d'amour alors que je suis jamais tombée amoureuse et que donc c'est un peu compliqué. Mais en fait, le vrai défi, c'est de faire un travail d'adaptation : de maîtriser ce que je mets dans l'histoire pour que ça ne déborde pas en exutoire, que ça reste dans les lignes.

Un autre problème aussi c'est que pour écrire je m'appuie beaucoup sur mon inconscient. La nuit quand je me réveille, je profite de l'état d'entre-deux pour mettre mes pensées sur les rails de mon roman et laisser mon esprit dérouler tout seul. Mais en ce moment je dors mal, quand je me réveille je suis très lucide très vite et j'ai du mal à me rendormir. Du coup je ne peux pas utiliser ça, et je me retrouve à réfléchir consciemment à ce que je vais écrire, ce qui est très perturbant pour moi, à vrai dire.

Au début, j'étais aussi beaucoup collée au souvenir que j'avais de Roman 1 (et aussi de Ayesha, comme l'influence est assez forte) et je me demandais beaucoup : "comment j'avais fait dans Roman 1 ?" alors que… on s'en fiche. J'écris une nouvelle histoire, avec de nouveaux personnages, un nouveau rythme. Donc ce qui a été fait avant, par moi ou par les autres, on en a rien à cirer.

Je suis troublée aussi par le fait que mon univers est très marqué par une seule région du monde alors que mon univers précédent et le suivant auront des influences beaucoup plus riches. Je crois que c'est aussi un trait des exploratoires/exutoires, quand j'y pense.

Mon cerveau a aussi décidé de changer tout seul la fin en plein milieu de la rédaction x) Mon personnage principal devait mourir, et finalement mon petit vélo intérieur a tout fait pour la sauver et je me suis demandé si la tuer avait vraiment du sens. En fait, je pensais que c'était la fin logique, nécessaire, inéluctable. Mais en fait, une fin a aussi rapport à ce que l'on veut donner comme message, et pas seulement à la logique des personnages. Je crois que dans une chronique littéraire je vous avais dit que je pense qu'un auteur peut faire gober n'importe quoi à ses lecteurs si c'est bien fait. Donc il ne tient qu'à moi de sauver mon personnage principal. En fait, cette histoire, par son origine exutoire/exploratoire, m'est tellement liée que je lui ai collé mon pessimisme naturel. Mais en fait je n'en ai plus envie. Je n'ai pas envie de raconter une histoire fataliste et triste. Je veux du bonheur, des sourires et de l'amour, donc la fin sera heureuse, avec de l'espoir et de l'optimisme, voilà ! Surtout que faire une fin triste aurait un peu trahi l'origine de l'histoire vu que toutes mes histoires exploratoire/exutoire terminent bien !

Là, j'arrive à la fin, que je maîtrise mieux que le reste maintenant que je suis libérée de tout ce qui me gênait jusqu'à présent ou à peu près. Mais je sais que le début et une grosse partie du milieu va demander beaucoup de corrections et je pense même faire une première relecture destinée à ajouter les détails-à-reliefs pas mis jusque-là parce que mon cerveau était bloqué.

Ça s'annonce ardu mais je vais m'en sortir !

Pour le point statistique : j'ai plus de 20 000 mots d'avance sur le programme donc ma foi tout va bien dans le meilleur des monde, mais enfin j'aurais préféré écrire mieux dès le début plutôt que d'avoir l'impression de faire des trucs tout nuls…

Et de par chez vous, comment avancent vos projets ?

samedi 21 août 2021

L'esprit ample

Source – Julia Volk
Il y a à peu près un an et demi – je pense que c'était en mars 2020 parce que j'étais encore dans ma ville de stage mais je me souviens avoir mis du temps à le finir parce que je lisais peu à ce moment-là donc j'ai dû le commencer avant, surtout que ça m'a servi pour la conduite – j'ai lu Le Traité des Cinq Roues, et autres textes ; l'œuvre complète du samouraï Miyamoto Musashi dont une partie traduite en français pour la première fois. En fait, c'est un ensemble de textes d'apprentissage destinés aux jeunes aspirants samouraïs. Apparemment, c'est aussi un texte utilisé par les préparateurs mentaux. Je pense que je le relirais un jour, mais dans tous les cas certains passages m'ont beaucoup marquée. Dans le deuxième rouleau du Traité des cinq roues, il écrit :

« Votre esprit doit être ample et déterminé, sans tension ni désinvolture excessives. Il doit rester centré et se mouvoir rapidement, librement, sans jamais s'arrêter, afin de ne pas rester figé lorsque la situation change. » – Miyamoto Musashi, Le Traité des Cinq Roues, traduction en français : Laurence Seguin, Synchroniques éditions, 2019.

Ça m'a beaucoup marquée parce que j'avais déjà pas mal de déboires avec la conduite, dont l'impression de ne pas "voir", de ne pas savoir réagir, ou de regarder un écran de jeu vidéo ; et d'avoir du mal à me concentrer parce que mes pensées partaient dans tous les sens. Donc j'avais appris cette phrase par cœur et j'essayais de me la répéter pour "étendre mon esprit". Puis à un moment donné j'ai laissé cette phrase de côté, je ne l'ai plus su par cœur mais je n'ai jamais oublié le message. Ni le début : votre esprit doit être ample. Absolument tout ce que je ne suis pas : ample, spontanée, rapide, libre.

Après les Jeux Olympiques, Netflix a sorti Shaman King, la nouvelle adaptation du manga, pour fêter les vingt ans. Je suis redevenue une vraie gamine ! J'avais déjà vu les épisodes en streaming illégal (pas bien, mais comme je les ai aussi regardés par la voie légale, ils n'ont pas perdus une spectatrice ! :P) mais la traduction des pros était parfois un peu plus précise. Notamment lors d'une discussion entre Yoh – le héros – et son fantôme gardien/esprit allié. Et Yoh dit que "tout ira bien". Ce n'est pas de la naïveté ni de la désinvolture, mais juste une manière de dire que ça ne sert à rien de s'inquiéter de ce qu'il peut se passer puisque ce n'est pas encore là. Et le fantôme enchérit en disant que, quand on essaye de tout prévoir, on se retrouve incapable d'agir face à une situation imprévue. C'est tout moi !

Pendant très longtemps quand je devais appeler quelqu'un je réfléchissais à ce que j'allais dire, à la réponse, à ma réponse, à la réponse de l'autre personne encore, puis je réfléchissais au message que j'allais laisser si jamais je tombais sur la boîte vocale (pire que tout ! et je ne suis toujours pas à l'aise !). Faire un Service Civique en radio m'a soignée un peu ou du moins m'a permis de m'améliorer là-dessus parce que le téléphone on doit le décrocher un peu tout le temps. Sauf que je ne suis toujours pas spontanée : c'est juste que je répète plus vite, j'ai des automatismes pour les messages, et puis voilà.

Je ne suis pas quelqu'un de spontanée : je prévois ce qu'il va se passer et, évidemment, comme ça ne se passe jamais comme prévu, je me retrouve bien embêtée. Parfois, je veux dire quelque chose, mais je ne veux pas le balancer comme ça, alors je crée une situation qui me permette de le dire : en gros, je pousse la personne en face à me poser une question, et comme ça la scène se déroule comme prévu (ne vous avais-je pas dit que je suis un peu maniaque du contrôle sur les bords ? x'P). Là-dessus aussi je me suis pas mal améliorée et je le fais beaucoup moins qu'avant. Mais c'est toujours difficile d'aborder parfois un sujet de but en blanc. Ou si j'ai une nouvelle à donner, au lieu d'aller dans le salon exprès pour ça, je "profite" d'être venue chercher un verre de lait. Je crois que ma mère n'est pas vraiment dupe mais ça me rassure de le penser donc ne détruisez pas mes dernières illusions, siouplaît xP

Je repensais à ça hier, en répondant au mail d'une copinaute qui me demandait des nouvelles, et en lui disant que j'évitais de trop réfléchir à ce que je ferais après mon entretien de la fin du mois, si j'ai plusieurs réponses en même temps, alternance et CDI confondues, parce qu'au final ma décision dépendra du cas ; si le courant est bien passé, quelle réponse j'ai en premier, si j'ai le choix entre les postes, tout simplement… Et comme il y a trop de possibilités qui se mélangent, tout prévoir est de toute façon épuisant : voilà un exercice facile pour faire lâcher-prise à mon cerveau : tout ira bien, attends et vois ce qui te tombe dessus. Je crois que finalement je n'ai jamais été spontanée parce que je n'ai jamais cherché à l'être.

J'aime bien penser que, même si ce cas-là est un exercice facile, je ne l'aurais pas géré comme ça il y a quelques années. Ça me fait quand même plaisir de voir le chemin parcouru, même s'il m'en reste encore un peu (beaucoup) à parcourir parce qu'on arrête jamais d'apprendre. Valider mon apprentissage de l'optimisme ne ferait pas de mal, par exemple. Et aussi arrêter de toujours vouloir avoir le dernier mot dans les débats (j'apprends, pour le moment j'arrive assez bien sur internet) – ce qui revient à lâcher-prise ; la boucle est bouclée. Arriver à dire à une personne, en face et pas seulement sur les forums, "je vais souffler un coup, je te réponds plus tard". Arriver à prendre soin de moi, aussi.

C'est marrant parce que j'ai eu quelques déboires, ces derniers jours, sur le forum d'écriture. On s'est un peu pris la tête, j'ai jamais su lâcher-prise donc forcément j'en ai perdu le sommeil alors que c'est déjà pas bien folichon, mais en même temps pas autant que j'aurais pu le craindre donc je suis un peu contente de moi. Comme quoi, peut-être même que j'arriverais à obtenir le lâcher-prise ! (Bigger victory ever !) Mais d'un autre côté, une membre m'a aussi dit par message privé qu'elle me trouvait, pour résumer, un peu imbue de ma personne, comme si je savais tout mieux que tout le monde, que je ne voulais pas comprendre, me remettre en question, etc. Ça m'a fait un choc parce que, adolescente, j'étais comme ça. J'ai eu peur que tout le chemin fait jusqu'à présent ne soit que du vent. Alors j'ai demandé à une autre membre si j'avais donné cette impression, histoire de me rassurer un peu. Rassuration opérée ! (Enfin, vous me direz peut-être le contraire, vous !) Mais mine de rien ça m'a fait un peu bizarre de me prendre ces critiques en sachant que ça aurait pu être vrai, que la membre qui les a formulé n'était pas si loin de la vérité.

Du coup, je lui ai répondu sereinement, posément, comme j'ai appris à le faire, et j'ai lâché le morceau. Elle peut me voir comme elle veut, après tout.

L'esprit ample, on vous dit ! :D

Et vous ? Arrivez-vous à lâcher-prise pour vous adapter à une situation ?