dimanche 27 mars 2022

Le temps d'écrire

Source – Karolina Grabowska
Des fois, je me demande ce que je fous là. J'ai toujours pensé que rien n'arrive jamais par hasard et que tout a une raison. Mais je cherche le pourquoi je suis dans un département où la mer – les goélands – me manque de plus en plus, où les gens sont moyennement sympa et répondent jamais aux mails et sollicitations, où rien n'avance jamais dans ce boulot… Et puis je me rappelle que, si je n'étais pas là, si j'avais eu mon alternance à Orléans, par exemple, je n'aurais pas un petit loyer, dans ce département pas cher, ni même un vrai salaire (en alternance, on gagne même pas mille balles) pour me permettre d'acheter des trucs que je veux depuis des années. Et j'aurais pas autant de temps pour écrire.

Avant même de commencer à travailler, j'ai mis la priorité sur l'écriture. J'ai fait d'un objectif le fait de pouvoir écrire le soir après le travail alors que je suis plutôt du matin, et de pouvoir gérer mon roman et autres projets en priorité. C'est vrai que je dispose du petit coup de main de mon employeur : nous avons une semaine de vacances à chaque congé scolaire. Du coup, j'ai pu relire mon roman sur une semaine en novembre au lieu d'un mois ; j'ai pu corriger le plus gros de la post-bêta-lecture sur ma semaine de février. D'un point de vue organisationnel, c'est assez pratique : je sais que j'ai des vacances en avril, que c'est là que j'aurais le plus de temps, la possibilité de m'enfermer dans mon bureau dix heures par jour pour faire de la correction orthographique, donc je me prépare mentalement, comme un athlète sait qu'il a les Jeux Olympiques au 26 juillet et qu'il doit être au top de sa forme à ce moment-là. Plus que le temps en lui-même, c'est surtout que j'ai des bouées sur toute mon année pour organiser mon calendrier : je n'ai pas à choisir une date moi-même : j'ai juste à être prête au moment où c'est le plus opportun.

Ceci dit, avoir le temps d'écrire, je crois que c'est avant tout une question de motivation et de priorité. Quand je dis que je peux passer une semaine à corriger mon roman, on me dit qu'on sait pas comment je fais, que je travaille vite. Oui, c'est vrai, je travaille vite. Mais c'est un choix. Je sors peu de chez moi à part pour faire les courses, j'ai beaucoup abandonné Instagram et un peu délaissé mon blog. Je ne regarde plus de séries, et j'ai mis une éternité à lire cinq livres et à publier mon dernier article littéraire. J'ai aussi plein de fois repoussé mon ménage à la semaine suivante parce qu'entre une et deux heures pour le faire, c'est entre une et deux heures en moins pour écrire. Parce que ma priorité, c'est l'écriture. La relecture, la correction. Bref : les romans. Avoir le temps d'écrire, c'est un choix ; comme avoir celui de bingewatcher des séries, d'aller jouer au foot avec des copains, ou de zieuter Instagram.

Il faut dire aussi que j'ai assez peu d'incompressibles dans la gestion de mon temps : j'ai un travail mais pas d'enfants, pas d'animaux de compagnie, pas d'amis proches de chez moi, un seul loisir qui m'occupe un soir par semaine, et même pas de mec. Mais n'empêche, je pourrais utiliser mon temps libre à autre chose. Comme apprendre ou m'améliorer dans les quatre langues que je rêve de savoir parler. Lire plus. Aller me balader davantage. Le temps ne se "trouve" pas sous une pierre comme on trouverait un trombone bleu, une pièce de franc, ou un bouton de manchette. Il se "dépense" comme disent les Anglais. Une fois qu'on sait ça, on peut s'organiser, mettre ses priorités en fonction de nos besoins.

Je m'accroche à l'écriture comme une moule à son rocher. Quand la psy a eu un désistement de dernière minute et a pu me caser, c'était pendant mes vacances, et le premier truc que je me suis dis c'est : "je vais perdre deux heures sur le roman". Et je me suis mise à calculer combien de pages j'allais prendre en retard et si j'aurais le temps de rattraper sur le reste de la semaine. Quand un château dans le coin a fait une visite au flambeau cet hiver, et aussi quand j'ai pu reprendre l'aïkido, je me suis dit que ça me servirait pour les romans. C'est ce qui m'a motivée à mettre le nez dehors. Quand j'hésite à aller me balader, je me dis qu'un bol d'air va m'éclaircir les idées et que j'écrirais mieux. Une vraie monomaniaque.

C'est en partie pour ça que j'ai postulé pour être famille d'accueil de chats. Avec un chat, je serai obligée de décoller mon cul de ma chaise pour jouer avec lui, faire le ménage plus souvent pour qu'il soit bien, pour me forcer à quitter un peu les mondes imaginaires qui flottent dans ma tête. Parce qu'un petit chat, c'est un petit être vivant et il faut bien s'occuper de lui.

N'empêche, le temps d'écrire, c'est subjectif. C'est une question de perception, de priorité, de motivation. De peur, parfois aussi, parce qu'on peut avoir tendance à regimber devant un texte ou une séquence de texte difficile à écrire pour X ; c'est une question de choix. Je pense aussi qu'il faut bien se connaître. Par exemple, je sais à peu près à quelle vitesse je relis : je peux donc estimer combien de pages je suis capable de lire dans une journée, et si donc ça rentrera dans ma semaine. Une routine peut aider aussi : la ou les heures d'écriture sont ainsi prévues à l'avance dans l'emploi du temps.

Cet article est un peu bizarre… entre le "voilà ma méthode pour avoir le temps d'écrire" et le racontage de vie. Pas sûre que cette hybridité soit bien heureuse…

Et vous ? Prenez-vous vraiment le temps de faire ce que vous rêvez de faire ?

samedi 26 mars 2022

Comme un livre ouvert

Source – Simon Berger
Il y a quelques années dans un anime le garçon disait qu'il aimait bien que, sur le visage de la fille, il y ait toujours ses émotions, qu'il puisse savoir ce qu'elle pense. J'ai jamais compris en quoi c'était une qualité, d'avoir affiché sur ta tête tout ce que tu penses. Je déteste ça. Une fois en Master le gars qu'on avait filmé était très rouge, le prof avait proposé de faire des réglages pour "ternir" un peu. J'étais franchement pas fan mais je pensais que sur ma tête ça allait, je souriais puis voilà. Et aux deux collègues de dire qu'on allait tester mais qu'on allait pas y allait trop fort parce qu'elles avaient "bien vu que ça me plaisait pas du tout". Et le prof d'aïkido mercredi qui me dit que si je veux je peux aller me reposer parce qu'il voit bien que je suis un peu fatiguée. Je déteste ça.

J'ai toujours été assez secrète. À part sur mes blogs, et aujourd'hui avec une amie en tchat, je ne me confie pas, je ne dis pas ce qui me travaille, je ne partage pas mes états d'âme. Trahie trop souvent pour ça. Du coup, je pense que le fait de ne pas vouloir que mes émotions se voient sur ma tête va avec. Quand Lady Gaga a sorti sa chanson Poker face (en 2009 ! ça nous rajeunit pas !) je me souviens que j'avais aimé ce concept de "poker face". J'en suis vraiment très loin !

En plus, la plupart du temps, je ne m'en rends absolument pas compte : pour moi, je fais bonne figure. Du coup, quand je découvre qu'en vrai je suis transparente, je suis catastrophée. J'aimerais bien que l'on ne puisse pas savoir ce que je pense juste en regardant ma tête. Parce que les émotions sont la premières porte vers les pensées, et tout le monde n'a pas à pouvoir deviner ce que je pense d'une personne ou d'une situation, ou je ne sais pas…

C'est marrant cette idée de cacher ses émotions aux autres parce que, quand j'ai vu la psy doit y avoir à peu près un mois, elle m'a dit qu'elle n'allait pas m'apprendre à gérer ma colère parce que la colère (et la tristesse peut-être) est la seule émotion que j'arrive à identifier. Du coup, elle allait pas me couper de la dernière émotion qu'il me reste. Du coup, je trouve ça intéressant de vouloir cacher aux autres un truc que je ne repère même pas moi-même. Je ne sais pas si c'est dans l'idée de "c'est pas juste qu'ils voient tout sur ma tête alors que moi je reconnais rien" ou plus dans l'idée de se protéger : si je me suis coupée de mes émotions, c'est sans doute pas pour les reprendre dans la poire par le biais des autres.

Je crois que j'ai commencé à me couper des émotions au collège, quand je pensais que pleurer c'était être faible. Résultat des courses : je sais plus pleurer, même si ça revient doucement je ne sais toujours pas sangloter. Bref.

Puis, les émotions, ça fait un peu mal, c'est un peu trompeur, des fois. Je veux dire… au-delà de la tristesse, de la peur, de la colère, du dégoût, qui sont des trucs pas très agréable à éprouver, même la joie, des fois, c'est un peu dur, quand t'étais joyeuse d'avoir une amie et que finalement tu réalises que cette personne ne te voyait pas du tout de la même manière. C'est comme si c'était une joie pas légitime, vous voyez ? Alors tout analyser avec sa tête plutôt qu'avec ses émotions, j'imagine que ça permet aussi de se protéger d'un certain nombre de trucs, quand on est ado.

Quel est votre rapport aux émotions ?

mercredi 9 mars 2022

Mes 5 derniers livres lu (n°9)

Ça fait un moment que je n'ai pas publié ce genre d'articles ! Faut dire qu'avec un roman à corriger, tout de suite, il me restait moins de temps pour lire. Avant de commencer à travailler j'avais prévu de me laisser le dimanche pour lire toute la journée, et finalement le roman a pris la priorité ! Donc, j'ai mis une éternité à lire cinq livres…


Blizzard
, tome 1 : Le secret des Esthètes – Pierre Gaulon

Dans le lointain Nord, tout autour d’une cahute, s’étendent à perte de vue forêts enneigées et pics glacés. Blizzard, l’un des rares magiciens survivant d’une guerre encore fraîche et son protégé Chasseur y vivent entre retraite et exil loin d’un royaume maintenant pacifié d’une main de fer par l’Inquisiteur. Jusqu’au jour où une redoutable phalange les attaque sans raison. Jusqu’au jour où la même troupe ravage entièrement le village de Iak, dresseur de tigre des glaces. Les voilà jetés sur les routes, consumés par le désir de vengeance et la volonté de comprendre. Leur périple les confrontera à des secrets qui ébranleront tout ce qu’ils croyaient savoir.

*

La fantasy recèle de nombreux trésors dont l’un est d’être la littérature de la belle aventure, celle qui nous emporte dans un récit puissant et échevelé, entre grande saga et paysages à couper le souffle.
Avec Blizzard, Pierre Gaulon signe un roman de cette trempe. Écrivain talentueux de thriller, il a tissé une histoire trépidante, plus grande que nature. Doué d’un sens du merveilleux digne des meilleurs, il nous emmène sur les pentes montagneuses balayées par les vents glacés, au sein de cavernes où gronde la révolte, dans des cités décadentes, aux venelles hantées, ou à la rencontre des étranges Esthètes, ce peuple qui magnifie tout ce qu’il touche. Un régal !

C'est un livre vers lequel je revenais sur la boutique de Mnémos, attirée par la couverture du tome 2, le titre, et puis finalement non, ça ne m'allait pas, ce n'était pas ce que je voulais ou avais besoin de lire. Et puis finalement je l'ai senti et je l'ai acheté. J'aurais mieux fait d'écouter mon premier instinct et de m'abstenir.

En fait, je n'ai jamais vraiment réussi à entrer dedans. Sans doute en partie parce que je l'ai commencé sur une période d'écriture et que j'ai toujours du mal à lire et écrire en même temps. Peut-être un peu aussi parce que, ayant repris le travail, je lisais souvent une quinzaine de pages par soir seulement. Beaucoup parce qu'il y a plein de trucs dans l'écriture qui m'ont fait lever les yeux au ciel. Déjà, des incohérences : le mec, dès le début, est censé être torse nu mais quand il sort du tunnel et arrive dans la neige il n'a pas froid ? Les mesures données tantôt en mètres et tantôt en pieds : on ne peut pas mélanger deux systèmes de mesure ! Le rapport au monde change si on mesure avec des parties du corps ou le mètre ou autre chose ; c'est juste pas cohérent ! Des mots mal utilisés ("envergure" ne peut pas s'utiliser pour dire la hauteur ! et un "rond" n'est pas synonyme de sphère : le rond est en deux dimensions alors que la sphère est en trois !). Des problèmes de ponctuation : des virgules qui auraient dû être des points-virgules ; voire des virgules manquantes ("je te l'avais dit, mon garçon" ; sans virgule, c'est fautif). Des erreurs de typographie : un coup c'est "Sank Data", un coup c'est "Sank data" ; un coup "collines Noires", et un autre "collines noires". Ajoutez à ça les quelques coquilles, et des répétitions trop nombreuses, et vous avez de quoi m'agacer beaucoup en moins d'une demi page. Du coup, certains soirs où j'aurais pu continuer à lire en attendant la fatigue, j'ai juste fermé le livre d'agacement. Et ça, c'est sans compter les problèmes de narration.

Je trouve que, un peu comme dans Engrenages et sortilèges, beaucoup de choses sur l'univers sont dites et jamais montrées, ce qui fait qu'on doit croire le narrateur sur parole. Par exemple, dans le dernier chapitre, on mentionne le culte de la personnalité instauré par le dictateur. Ah ? Quand ça ? Jamais vu de statues à son effigie ni quoi que ce soit. Des vendeurs de drogue dans les rues ? Jamais vu non plus. Où c'est qu'c'est ? Un personnage est censé être perdu dans les souterrains, au début, et avoir les pensées en compote, mais on ne nous plonge pas dans le cheminement chaotique de ses pensées. Du coup, comme le livre est assez court (284 pages), l'histoire va très vite et on doit croire le narrateur sur parole un peu tout le temps. Les descriptions des actions sont aussi beaucoup basées sur la vue et manquent des autres sens, je trouve. C'est parfois dur à suivre, aussi, dans la configuration dans l'espace. Quant au point de vue, c'est un point de vue externe (je crois ?) ; OK, tout peut se défendre, mais alors pourquoi parfois on a les pensées des personnages en italique ? C'est parfaitement contradictoire ! Et tous ces moments de redite où on nous explique un truc qu'on a compris, comme : le personnage donne un ordre en français, puis dans la langue de son peuple, inconnue du lecteur : quel besoin d'aller nous donner la traduction, bon sang ?! On a bien compris l'idée de ce qu'il a dit, puisqu'il vient de le dire en français ! Ce moment aussi où on nous montre le personnage, rendu insomniaque par les catastrophes qui lui tombent sur le coin de la figure, sur son lit en position fœtale, sa dague collée contre sa poitrine et où on nous précise qu'il la tient comme ça pour se rassurer ! Pas besoin, on a bien compris !

Ajoutez à ça une histoire quand même assez basique avec pour socle un grand méchant qui veut faire régner les forces du Mal et vous avez le jackpot (quoi que Adrien Tomas fait mieux (enfin, pire) dans le genre ; au moins, là, les personnages ne sont pas trop caricaturaux).

En fait je commence à me dire que plus une quatrième de couverture est dithyrambique et plus vous allez vous retrouver avec un truc très moyen entre les mains. Presque, ça ne me donne pas envie de confier mon propre manuscrit à Mnémos... (c'pas gentil d'dire ça, Énir !)

Si vous voulez une histoire où "gronde la révolte", lisez Ayesha, d'Ange. Si vous voulez une histoire "plus grande que nature" tournez-vous vers le Cycle des Anciens de Robin Hobb. Pour des aventures avec un "sens du merveilleux", procurez-vous Les Mille et Une Nuits par René R. Khawam. Si vous voulez une histoire où le périple des héros "les confrontera à des secrets qui ébranleront tout ce qu’ils croyaient savoir", foncez sur les intégrales du Cycle de Ji de Pierre Grimbert. Mais vraiment, aucune promesse de cette quatrième de couverture n'est tenue ici. Il y a du potentiel, mais rien ne va dans la narration.

En fait, je pense que c'est un livre qu'il faut lire d'une traite : une fois passé le moment difficile de rentrer dedans à cause de tous ces "que, qu'il, qu'un" etc. qui font que toutes les phrases sont construites de la même manière ou presque, on lâche l'affaire et on se concentre sur l'histoire. Mais devoir se replonger dedans à chaque fois est assez pénible. Et le dernier chapitre, censé lancer la suite, est à l'image du reste : caricatural, où l'on doit croire le narrateur sur parole.

Je m'étais dit que j'achèterais le tome 2 si quelque chose se passait, si la fin était extraordinaire. Ma fin extraordinaire, je ne l'ai pas eu, la suite se fera donc sans moi !


L'Assassin royal, deuxième époque
– Robbin Hobb

Ces quinze dernières années, Fitz s’est tenu à distance de la cour, laissant derrière lui son métier d’assassin royal pour tenter de trouver la paix en compagnie de la seule famille qu’il lui reste.

Mais pourra-t-il encore longtemps demeurer à l’écart, alors que de lourdes menaces pèsent sur le royaume ?

J'ai profité de mes vacances de Noël pour faire un marathon et passer mes journées sur les deux grosses intégrales de cette deuxième époque. Je les ai lues avec beaucoup de plaisir mais sans l'avidité des tomes précédents.

Le début est un peu long à démarrer (et en même temps on prend plaisir à retrouver Fitz, la plume est impeccable, et je ne me suis jamais ennuyée), et un peu long aussi à terminer (ce que je pardonne aisément : y a tellement de portes à fermer que, si on veut faire ça bien et sans précipitation, il faut un peu de temps, forcément) ; le reste est dans le bon rythme et on avance.

Pourtant, j'ai quand même des reproches à faire à Robin Hobb. Déjà, une incohérence : au sommet du glacier, les gardes sont décrit attendant avec leurs pics, pioches, etc. mais un peu plus tard on envoie un duo chercher les outils restés sur la plage. Ensuite, plus important : la grosse tension sur les actions des personnages, le gros suspens, est un pétard mouillé. Voici les termes de la tension : Fitz est censé aider le prince à tuer un dragon pour prouver sa valeur à sa fiancée et conclure les termes d'une alliance commerciale ; sauf que le Fou, lui, veut sauver le dragon afin de sauver l'avenir : si on tue le dragon, leur ennemie gagne, Fitz meure, il n'y a plus d'héritier Loinvoyant sur le trône. Le choix de Fitz est donc : tuer le dragon et respecter sa loyauté envers les Loinvoyant ; ou ne pas tuer le dragon et rester loyal au Fou.
Ben non.
Si, en tuant le dragon, on perd dans les prophéties du Fou tout héritier Loinvoyant, alors sauver le dragon permet de sauver la lignée et donc de respecter l'allégeance de Fitz.
Faux dilemme.

Or, les choses ne sont jamais présentées comme ça : tout du long, à partir du moment où le Fou fait sa prédiction, Robin Hobb essaye de créer un suspens et une tension. Mais ça marche pas. Son dilemme, c'est du vent.

Je crois que c'est à partir de l'énonciation du dilemme qu'une partie de moi a un peu lâché l'affaire. Fitz qui réalise certains trucs tard, ça peut se comprendre : il est un peu long à la détente, c'est pas nouveau. Mais là, le coup du faux dilemme, quand même, c'est un peu trop. Et même Burrich, quand il pose des questions pertinentes pour faire réfléchir Fitz, ne relève pas ce faux dilemme (ben non, forcément, Robin Hobb va pas révéler sciemment au lecteur la faiblesse dans la muraille) et du coup ça semble encore moins sérieux. Du coup, j'ai continué à lire, à suivre l'histoire, parce que c'est bien écrit, que les personnages sont chouettes, et que je voulais quand même savoir la suite (surtout que je m'étais divulgâché en partie par inadvertance ; en allant dans la table des matières mon œil à ripé sur la fin de l'épilogue).

J'ai aussi eu un tout petit peu peur quand Fitz a commencé à s'inquiéter des appétits de pouvoir d'Umbre ; je me suis dit avec lassitude : "oh non, pas un autre Royal, elle peut pas tomber dans cette facilité !...". Et, effectivement, elle n'y tombe pas mais du coup je me demande si c'est vraiment bien dosé. On dirait toujours qu'il va se passer quelque chose autour d'Umbre, et finalement non. Les fausses pistes, c'pas grave en soi, c'est une technique comme une autre, mais du coup elle est pas vraiment fausse puisqu'on parle de pas donner une couronne vide au prince, et pas vraiment remplie puisqu'on s'éternise pas sur les tirages de couverture internes (peut-être parce que le point de vue interne de Fitz est mal aisé pour le faire). En fin de compte, ça donne un sentiment étrange entre le trop et le pas assez.

Après la résolution du faux dilemme (avec beaucoup de suspens, donc), on entre dans la partie plus lente, qui se lit bien parce que bien écrit mais qui n'a pas très trépidante (forcément, on est en train de clore un bout de cycle). Mais comme les personnages sont chouettes, on lit quand même avec plaisir (mention spéciale à Patience, que j'adore !).

Évidemment, je ne vais pas m'arrêter en si bon chemin et lire la fin de toutes ces aventures (et il me reste encore cinq intégrales, va falloir s'accrocher !).


Sang maudit
– Ange

Dans une France où la Révolution n’a jamais eu lieu, une épidémie mystérieuse décime la population…

Angie, dix-sept ans, vient d’avoir son bac. Elle s’apprête à fêter sa réussite avec ses amis Clémence et Matt quand sa mère lui rend une visite surprise après plusieurs années d’absence : la duchesse de Noailles a décidé qu’il était temps pour sa fille, Angélique, de faire son entrée à la cour du roi Louis XXIV au château de Versailles.

Angie, qui a grandi dans le quartier populaire de Belleville, au cœur de Paris, décide d'obéir, par curiosité plus que par devoir.

Malgré son mépris pour la noblesse décadente française, la jeune femme va découvrir avec fascination les sombres intrigues des salons royaux…

Avant toute chose il faut dire que cette quatrième de couverture est très mauvaise et ne reflète pas du tout le roman (ce qui explique sans doute la majeure partie des lecteurs déçus sur Babelio). Ce n'est pas l'histoire d'une épidémie – qui arrive d'ailleurs tellement tard au milieu de tellement de trucs que je me suis dit :"ah oui, c'est vrai, devait y avoir une épidémie" –, ce n'est pas l'histoire de manigances feutrées au milieu du château de Versailles, et Angie n'accepte pas la proposition de sa mère "par curiosité". J'ai bien aimé ce roman, mais il ne raconte rien de ce que dit le résumé (en d'autres termes : l'éditeur a merdé).

Voilà ce que ça raconte : une tentative de meurtre sur Angie, qui donc accepte la proposition de sa mère pour, entrant à Versailles, tenter d'approcher le Premier ministre et savoir pourquoi on la vise. Il y a effectivement des complots, mais ils sont longtemps lointains et ils n'ont rien du feutré que laisse entendre le résumé officiel du livre. L'épidémie n'est pas une vraie maladie, d'ailleurs, ce n'est même pas contagieux. Et surtout, il y a des vampires. Ça, c'est le vrai contenu du livre. Avec une atmosphère qui tire sur la dark fantasy, surtout à mesure qu'on se rapproche de la fin – j'aurais bien aimé le savoir à l'avance, d'ailleurs, car je ne sais pas si je suis hypersensible ou quoi mais la dark fantasy ça me fout toujours au fond du gouffre du désespoir pendant trois jours où je vois tout en noir et où mes pensées tournent encore plus que d'habitude sur des scenarii terribles de solitudes et d'abandon, donc quitte à me lancer, autant le faire en connaissance de cause, hein.

Au début, ce livre ne me tentait pas plus que ça. Déjà, la fantasy urbaine c'est un peu dur pour moi, des histoires d'épidémie j'en voulais pas… J'avais donc écarté ce livre de ma liste il y a quelques temps. Puis finalement, cherchant un one shot sans prise de risque (l'auteur est Ange, donc j'avançais sans trop d'appréhensions) j'y suis retournée… j'ai farfouillé dans les avis sur Babelio. Très tranchés. Des "c'est génial" ou des "c'est nul". Ça m'a rappelé Ayesha. Mais, ce qui m'a décidée, c'est un commentaire qui commençait par : "c'est mal écrit". Là, j'ai souri. Ange ? Mal écrire ? Allons bon, voilà du nouveau. Et c'est là que je me suis lancée, parce que ça me faisait penser à Ayesha.

Au final, j'ai plutôt apprécié ma lecture. La plume semble plus simple que les autres romans que j'ai lu d'Ange, mais en même temps j'ai lu des romans Adulte, pas Jeunesse. Il y a un côté parfois très oral, dû au fait qu'on suit des ados, et quelque chose de saccadé dans la narration, qui titille sans que j'arrive à trouver pourquoi, mais qui m'a un peu déstabilisée. La fin arrive vite, avec parfois ce petit sentiment d'incrédulité, peut-être parce que les briques ne tombent pas parfaitement pour montrer l'accélération des événements internes. En fait, ce n'est pas un problème d'événements, davantage de narration, je pense.

Je voulais savoir la suite, ça se lit plutôt sans forcer. Là où j'ai été embêtée, c'est qu'on manque un peu de liens avec Matt, je pense. Surtout, la fin plonge brutalement dans la dark fantasy, comme ça, sans prévenir, ce qui est un peu perturbant et qui parfois fait un peu "trop" (y a que moi qui me comprend quand je dis ça mais je sais jamais comment dire autrement). Je pense qu'elle est ratée, moins du point de vue des événements que de la narration. Les mêmes techniques sont employées à répétition – par exemple "c'est à ce moment que le téléphone sonna" ou "ils devaient plus tard blablabla" – ; du coup, au lieu de rompre le rythme, ça crée une routine, c'est un peu dommage ; je pense que la fin aurait mérité un traitement un peu meilleur. Et puis, j'aurais quand même bien aimé savoir ce que devient la relation entre Saphir et Clémence ; or, on en a aucune nouvelle… c'est un peu dommage.

Un peu dommage aussi le manque de descriptions des lieux (bon, forcément, moi j'en case partout…) ; à certains moments je ne savais pas quoi imaginer, dans quelle configuration étaient les personnages, et c'était assez perturbant.

En revanche, mention spéciale à cette jeune fille qui, quand le garçon lui dit que ça ne lui arrive pas souvent que ça "clique" avec une fille, répond qu'elle non plus "mais principalement avec les garçons". Et voilà comment laisser entendre qu'un personnage n'est pas tout à fait hétérosexuel. Tout en subtilité. Sans en faire des caisses sur cinquante pages en expliquant en long en large et en travers qu'il est comme les autres et doit être accepté dans le groupe blablabla. Ce passage arrive relativement tard dans le roman : donc on a déjà un avis sur le personnage, sur son caractère, sa personnalité. Donc cette phrase qu'elle dit ne change rien à la manière de l'appréhender. Et voilà donc comment, avec une phrase toute banale, on fait passer quelque chose sans donner l'impression au lecteur de lui faire une leçon de morale comme peut le faire Adrien Tomas (oui, je tacle au passage, c'est moche). Merci pour cette leçon !

Pour résumer, c'est pas un grand roman, mais il est plutôt bien fichu tout du long, avec des thématiques classiques pour le young adult. Les personnages sont quand même sympa et l'univers d'un Versailles en plein milieu du Paris moderne donne des images étranges et amusantes, comme une console de jeux vidéos dans la chambre du roi, ou des téléphones portables sortis des poches des robes de bal.

Mais n'empêche, prévenir que c'est de la dark fantasy, et surtout écrire une bonne quatrième de couverture, ça ferait quand même pas de mal.


Les contes du perroquet
– Ziay-Ed-Din Nakhchabi

Meïmoun, riche et puissant prince d’un temps passé, épouse la belle Khodjesté. Alors qu’il se promène dans l’un des bazars de la cité, il se porte acquéreur d’un perroquet doué de parole et d’esprit pour l’offrir à sa compagne. Un jour que le prince est appelé à effectuer un voyage dans une lointaine contrée, il prévient Khodjesté : « Quand tu auras une affaire et une question importante à régler, ne conclus rien avant d’avoir pris conseil et avis du perroquet. »

Les mois s’écoulent, quand un bel étranger arrive dans la cité. Il tombe follement amoureux de Khodjesté, mais le perroquet, si doué d’intelligence, commence à conter à la jeune femme ses histoires.

Les Contes du perroquet (Touti-Nameh) sont un des livres les plus lus dans l’Inde musulmane et l’Iran. C’est vers 1330 que l’auteur a puisé dans un recueil rédigé en sanskrit et l’a transposé dans un cadre indo-musulman.

Au cours du XVIIe siècle, un érudit du nom de Mohammed Qaderi réécrivit l’ensemble et ramena le recueil initial de cinquante-deux à trente-cinq contes. C’est cette version qui reste la plus connue et que nous proposons ici.

Quand j'ai traîné sur le site de l'éditeur, je n'ai pas regardé le nombre de pages, et du coup je me suis retrouvée surprise de me retrouver avec un tout petit livre de 130 pages (sans compter les annexes).

J'ai bien aimé ; on y retrouve le type d'Histoire des Mille et Une Nuits (normal, ça vient du même coin) mais j'ai été assez perturbée par la taille des contes, vraiment très courts, davantage comme des anecdotes devant appuyer une morale. Il y a des "bref" et des "de fil en aiguille" qui font accélérer artificiellement le récit et j'ai trouvé ça perturbant parce que Khodjesté demande toujours au perroquet de lui raconter l'histoire "avec tous les détails", ce qui ne va pas vraiment avec des histoires très courtes. D'ailleurs, le perroquet est censé conter toute la nuit, mais les contes sont tellement courts que j'ai eu peine à imaginer comment c'était possible (alors que je ne me suis jamais posé la question avec Les Mille et Une Nuits par exemple).

Je ne suis pas non plus sûre du sens à donner à la conclusion, à part que le perroquet est quand même un sacré salopard !


Le château de Hurle
– Diana Wynne Jones

Sophie vit dans le royaume d'Ingary, un univers où la magie fait partie du quotidien. A la mort de son père, la jeune fille reprend la boutique familiale et se voit déjà condamnée à mener une existence insipide, lorsque l'étrange château du magicien Hurle apparaît dans le paysage, changeant de place chaque nuit. Maudite par une sorcière et transformée en vieille femme, Sophie pénètre dans le château, où elle découvre l'étrange séduction de Hurle, apprivoise un démon du feu et provoque catastrophe sur catastrophe en voulant s'initier à la magie. Mais la sorcière n'en a pas fini avec elle…

C'est le roman qui a inspiré Le Château ambulant d'Hayao Miyazaki. Avant de l'acheter, j'en avais entendu parler deux ou trois fois à des moments assez rapprochés et j'ai fini par me lancer !

J'ai accroché tout de suite à la plume, assez légère mais précise ; par contre, j'ai eu très peur au début que les histoires soient trop proches. J'aime bien lire d'abord et voir une adaptation ensuite, mais je trouve l'inverse assez troublant. Je pense que c'est parce que je tire du plaisir à voir les personnages que j'ai imaginé "en vrai" alors que quand j'attaque une origine d'adaptation avec les images de l'adaptation dans la tête c'est perturbant et ça met des bâtons dans les roues à l'imaginaire. Mais heureusement mon inquiétude a été vite balayée ! Hurle est très différent de Hauru et les histoires divergent aussi assez vite donc j'ai pu profiter du livre !

J'ai beaucoup aimé, c'est un livre qui se lit très vite et très bien et j'ai dû me réfréner pour ne pas me coucher à 1h du mat' alors que je travaillais le lendemain ! Les personnages sont tous un peu frappadingues et ça colle assez bien à l'univers. Par contre, je ne sais pas si c'est parce que j'étais fatiguée, mais j'ai trouvé la résolution assez peu claire ou trop rapide ou un mélange des deux, je ne sais pas trop…

Dans tous les cas, on n'a pas besoin d'avoir vu le film pour lire le livre, et même si on n'aime pas Miyazaki (je sais pas comment c'est possible mais j'ai rencontré des gens qui n'aiment pas Miyazaki !) on peut lire le livre sans crainte car les univers sont différents !


Dans mes prochaines lectures, j'ai des contes d'Asie mineure et un petit roman de fantasy. Après, je ne sais pas trop… La suite de Hurle, bien sûr, et j'aimerais bien lire Voyage au centre de la Terre de Jules Verne. J'ai aussi des National Geographic à rattraper, donc je pense qu'ils passeront avant les romans. C'est pas demain la veille que je refais un article de lectures !

Et vous ? Que lisez-vous ?

dimanche 6 mars 2022

Journal d'écriture, Roman 2, n°5

Source photo – Eva Elijas
Je ne sais même plus où je vous ai laissé dans le numéro 4 ! Je pense que ça devait être à l'envoi en bêta-lecture. Pour cette mission, j'avais deux bêta-lecteurs du premier roman, et deux nouveaux, auteurs eux-mêmes (ce que je n'avais pas pour le premier roman). Ben c'était pas triste ! Ce qui était bien, c'est que l'un m'a plutôt fait des remarques de forme, et l'autre de fond, du coup en alliant les deux j'avais une bonne vision d'ensemble de la catataschtroumpf. J'avoue que, à la fin de la lecture des commentaires de ma bêta-lectrice j'étais mal ! J'avais l'impression d'avoir fait n'importe quoi ! Et surtout d'être vraiment trop naze parce que j'avais les mêmes problèmes qu'une autrice que j'ai bêta-lu il y a quelques mois et avec laquelle j'avais été un peu trop dure. Au final, aborder les corrections avec une méthode (les scènes à refaire d'abord, puis les dialogues, puis le phrase à phrase) m'a permis de me rendre compte que c'était pas si pire et que c'était surmontable !

J'ai fait mes corrections sur ma semaine de vacances en février (grâce à un bêta-lecteur bien sympa qui a accéléré la cadence !), et j'ai presque enchaîné tout de suite avec la relecture de vérification. Du coup, ça fait trois semaines que je n'ai pas avancé sur un projet secondaire et ça me démange ! (Mais je suis ici à vous raconter ma vie à la place, parce que je vous aime bien ! :P) En relecture de vérification j'ai ajouté des trucs et j'en ai ajusté d'autres. Maintenant, il me reste la relecture pour l'orthographe que je ferai en avril. Je pourrais m'y lancer maintenant, mais d'une part l'autre projet me démange vraiment et en plus Roman 2 est assez difficile à aborder d'un point de vue psychologique parce qu'il est issu d'un exutoire, à l'origine, et du coup ça s'en est vraiment ressenti dans le texte (ma bêta-lectrice l'a senti) et je le ressens encore quand je le lis. Du coup recommencer la lecture depuis le début tout de suite serait assez dur, je pense.

Mais je suis contente d'être capable d'avancer rapidement même en travaillant à côté, parce que c'était l'une de mes inquiétudes, de ne pas pouvoir m'organiser. Savoir que je suis capable de travailler vite (et j'espère, bien) et de m'accorder ce temps c'est vraiment plaisant ! Si je ne pouvais pas écrire je pense que je serais beaucoup plus malheureuse. Et les semaines comme la semaine prochaine où je finis tard trois ou quatre soirs et où donc je n'aurais pas le temps, me stressent par avance.

Je pense pouvoir finir la relecture orthographique sur mes vacances en avril et avoir le temps aussi de reprendre Roman 1 en diagonale pour identifier les moments où les sauts de point de vue figent l'action (une remarque qui m'a été faite par des éditrices et confirmée par ma bêta-lectrice) et corriger. Roman 1 je ne l'enverrai pas après corrections : j'ai épuisé toutes les maisons d'éditions qui auraient pu être intéressées. Roman 2 une fois le résumé complet réalisé (ça va pas être de la tarte, ça non plus, c'est tellement le bordel), je vais l'envoyer sans grand espoirs : mon héroïne est très clairement une Mary Sue (grosso modo un personnage un peu cliché qui fondamentalement réussit tout ce qu'elle entreprend) et du coup je ne pense pas que les maisons d'éditions en voudront. Ensuite je reprendrais mon projet secondaire pour corrections et ensuite il sera temps de commencer Roman 3 !

C'est assez dur de travailler sur ce roman et de le "lâcher" et je ne pense pas recommencer de sitôt de tenter de faire d'un exutoire un roman !

Comment ça va de part chez vous ?