Voilà, j'ai trente ans. Bon, ça va, apparemment le cerveau ne commence à vieillir qu'à 32 ans, alors j'ai le droit de me considérer encore comme une adolescente en croissance :P Il paraît que c'est dur pour certaines personnes. Moi, ça va. Mes amis ne m'ont pas fait de giga teuf parce que bon la plupart ne savent même pas quand je suis née, je pense, puis tout le monde est dans des villes différentes, et entre ceux qui sont parents, ceux avec des TSA et compagnie tout le monde a autre chose à penser, et puis mes amis sont assez introvertis comme moi, pour la plupart, donc ça ne colle pas trop avec une giga fête. Je l'ai fêté avec Monsieur qui a emménagé chez moi au début du mois pour en faire un chez nous. Et c'était très bien comme ça. Je trouve que 30 ans c'est comme… l'âge de la "toute-puissance" ? Dans le sens assez adulte pour comprendre le monde et y évoluer au mieux, assez mature, et en même temps "encore" jeune. Enfin bon, ici la "toute-puissance" est toute relative parce que je n'ai toujours pas de travail qui me plaît, avec la fatigue et le chamboulement de l'emménagement de Monsieur j'ai beaucoup de mal à écrire le roman, qui patine complet alors que je devrais déjà l'avoir fini… je vais être plus lente que d'habitude, tant pis, j'essaye de l'accepter… C'est juste que c'est le deuxième roman de suite où c'est un peu compliqué (comme le précédent c'est moi qui déménageais) et le fait d'être "boulimique-monomaniaque" à vivre roman, manger roman, dormir roman, me promener roman me manque un peu.
Professionnellement, je commence à accepter que j'ai raté le coche. En Licence, les profs nous parlaient du Master recherche ou du Master prof, et je n'ai pas eu la jugeotte de me renseigner par moi-même pour savoir ce que je pouvais faire d'autre et puis j'avais encore envie d'être journaliste à ce moment-là, raison de plus pour ne pas chercher, et pour être passée à côté des Master en conservation pour travailler dans des musées. Tant pis. Maintenant, ni mes expérience ni mon CV ne suffisent à me faire bosser là où j'ai envie, les solutions de reconversion sont nulles (dans le sens : y en a pas) alors je vais continuer ce que je fais déjà et tant pis. Ma vie pro est ratée (jusqu'à la prochaine fenêtre, ai-je envie de dire, mais c'est quand même pas gagné). Et juste au moment où je commençais à me dire que ce job n'est pas si mal, je ne suis pas trop mal payée, l'équipe est quand même gentille, et j'ai plein de temps pour faire ce que je veux, pas de chance : c'est racheté par un autre groupe et le repreneur nous fait comprendre que son engagement d'assurer les postes et les salaires pour les trois prochaines années est caduc. En même temps, le chômage me donnerait plus de temps pour préparer une auto-édition (très naïvement ou immaturement je me rêve star de l'auto-édition en fantasy, haha… mais en vrai, si ça peut juste mettre un peu de beurre dans les épinards ce serait déjà un bon début).
Du mal à écrire, et du mal aussi à reprendre le pilates. Monsieur est venu avec plein de linge sale parce que devenu impossible de faire des machines dans son ancien logement et Lavomatic cher donc il faisait ça au minimum, du coup ça fait trois semaines que y a des lessives accrochées à sécher dans le salon (bon, ce que ça induit sur la situation est un peu exagéré : je n'ai pas pu faire des lessives tous les jours, il n'y a pas tant de linge que ça, et je suis bientôt au bout, il me reste juste une lessive à faire) ; et puis même avant ça c'était devenu compliqué de m'y mettre. Pourtant j'adore ça ! Et ça manque probablement à mon corps : j'ai grossi un peu, et puis je serre beaucoup plus les dents, je suis tendue du dos et des cervicales, ce qui aide moyennement pour les migraines. Les massages du kiné aident, mais bon à la première séances il m'avait aussi parlé d'exercices à faire et on n'en a pas encore faits donc je ne comprends pas trop… Bref.
Peut-être que 30 ans c'est aussi l'âge où je me fais plus plaisir pour mon bien-être. J'ai acheté un nouveau réveil, probablement trop cher pour ce qu'il est, pour me réveiller avec des petits sons de la nature, des musiques douces, etc. plutôt que les infos. J'ai du mal encore à suivre les infos. Je sens à nouveau l'envie de m'intéresser à, mais le fait d'avoir le nez dessus au travail me fatigue, je pense, donc je ne m'informe toujours pas de manière personnelle. Je pense que je suis probablement la journaliste la moins bien informée de France. Peut-être aussi que 30 ans c'est l'âge des projets et du lâcher-prise. Des projets parce qu'avec Monsieur nous voulons créer un jeu vidéo basé sur Cam-Cam la Lapine (qui mange toujours le papier-peint, devrais-je même dire qu'elle le dévore, est entêtée, chiante, mignonne, drôle parfois quand elle pique les paquets de bonbons vides et les entraîne de force derrière le canapé… c'est une chipie et une voleuse), Monsieur a créé une version du Serpent, aussi, et moi j'aimerais bien auto-éditer les romans. Je suis sortie de ma zone de confort en portant des bas, une nuisette, en me mettant au crochet (à un rythme très lent parce que ma priorité est toujours l'écriture (même si ça ne se voit pas)). J'ai envie de créer des trucs. Je pense que c'est la présence de Monsieur qui fait ça. Avant, j'écrivais et c'est tout. Maintenant, j'ai envie de créer des trucs.
Le lâcher-prise, la prise de conscience, je ne sais pas, sur d'autres trucs. Peut-être que vous vous souvenez de la "dispute" avec une copine sur un serveur Discord, de l'énorme quiproquo, de la géante incompréhension qui avait débouché sur un, en gros, "je ne veux plus te parler" ? Cette personne est revenue vers moi pour "apaiser les tensions", par hasard au moment où je tournais la page, et ça a remis une pièce dans la machine de mon deuil pas entièrement terminé et je voulais croire qu'elle voulait qu'on redevienne amies, mais visiblement, dans sa manière de répondre à mes sollicitations, que je trouvais assez distante, je dirais, froide parfois, ce n'était pas le cas de son côté : ça créait un paradoxe : il y avait de la tension, en fait, en tout cas ressentie de mon côté. Et d'espoir en anxiété, où j'ai ce fantasme que l'on va finir par parler vraiment et que au cours d'une conversation va venir sur la table le sujet de la perversité, nous voilà ici un an plus tard où au milieu d'une nuit après un mauvais rêve, j'ai enfin osé lui demander, de manière directe, si elle pensait toujours que je suis une perverse. Rien que poser la question m'a fait du bien. C'était la dernière friction en moi, je pense, le nœud qui m'empêchait vraiment de passer à autre chose, d'admettre une bonne fois pour toutes que nous ne pourrons probablement pas communiquer de manière saine plus tard, que peut-être je n'en avais pas envie, je ne sais pas, mais que je m'accrochais parce qu'il restait ce nœud jamais mis sur la table ni par l'une ni par l'autre (parce d'un côté elle revient vers moi comme le ferait quelqu'un qui ne pense plus avoir à faire à une perverse, mais de l'autre elle se montre distante, mais pourquoi revenir vers moi si elle pense que ? et ce questionnement est devenu une friction en moi). J'ai eu ma réponse. Peu importe ce qu'elle est, le simple fait qu'elle existe m'aide à couper une bonne fois pour toute ce nœud. Je ne sais pas ce que sera notre relation maintenant, ni même si le lien restant pourra être appelé dignement "relation", mais en tout cas je me sens mieux, je respire mieux, et je vais pouvoir arrêter de ressasser cette "dispute" (je mets des guillemets parce que, en réalité, je ne sais pas comment la qualifier, enfin, dans le sens où pour moi ce mot est trop léger, trop superficiel pour correspondre à ce que j'ai ressenti quand je l'ai vécu) de mois en mois et de me la traîner, de m'alourdir avec. Je dirais que je suis apaisée. Ce qui va très bien avec le passage symbolique des 30 ans, finalement, donc c'est parfait que ce soit maintenant. (Et une conversation avec Monsieur au sujet de cette "dispute" m'a aidée aussi à retirer du sac quelques pierres, même si je ne suis pas d'accord avec toute la manière qu'il a de voir la chose.)
Le lâcher-prise aussi parce que je me suis rendue compte que je n'ai plus besoin de tout noter sur mon calendrier. Les règles, les migraines, les trucs qui arrivent, les jours où je sors, ou si je m'arrache la peau des doigts, etc. Encore l'année dernière je notais tout, j'avais besoin de ce contrôle, de pouvoir compter. Maintenant, si j'y pense une fois par semaine c'est le bout du monde.
En parallèle ça fait quelques mois que je voudrais rencontrer de nouvelles personnes, mais pas sur internet : en vrai. Je crois que je commence à en avoir marre des relations à distance, que ce soit avec des gens que je connais moyennement sur un serveur Discord ou avec des amis que je ne vois plus. Et en même temps j'ai pas le temps ni l'envie de sortir tous les soirs avec des potes pour en faire des amis en faisant des trucs ensemble. Je suis une casanière, moi, et j'en ai besoin pour mon équilibre, aussi. Il va falloir que je m'inscrive à la matinée des nouveaux arrivants de la ville, ça me fera voir un peu de monde. J'ai voulu devenir bénévole dans différentes associations, aussi, mais ça n'a jamais débouché sur rien ; entre les assos qui ne sont jamais revenues vers moi, celles qui devaient me recontacter pour lancer la machine et ne l'ont pas fait… J'ai quand même rendez-vous avec une asso dans quelques jours. Nous avons parlé d'un rendez-vous tous les quinze jours. Parfois je suis motivée et parfois je me dis que c'est trop, que ça ne va pas avec mes projets… si je vendais assez de livres pour pouvoir arrêter de travailler je pourrais organiser mes journées comme je veux ; ce serait chouette mais ce n'est pas quelque chose sur laquelle compter.
Alors voilà, j'ai 30 ans et je ne me sens pas vieille. Je me sens plutôt comme pleine de projets et de trucs à faire, de trucs que je voudrais fabriquer et construire, même si c'est dur, et même si dans le fond je ne pense pas vraiment avoir les compétences. Un peu comme si je me lançais dans une aventure, en fait ?… Je me sens capable de plein de trucs et c'est en grande partie grâce à Monsieur, je pense. J'espère que vous allez bien !