dimanche 11 avril 2021

La parenthèse et l'inconnu

Source – Karolina Grabowska

Depuis quelques jours je me demande si je n'écrirais pas un article pour donner des nouvelles. Pas de réflexions sur mes problèmes psychologique, pas d'interrogations sur mes fonctionnements, juste des nouvelles. Mais je n'osais pas trop et je ne savais pas trop non plus si j'arriverais à me lancer, à aligner les mots, vu que c'est quelque chose que je ne fais jamais et que donc je ne sais pas faire. Et puis j'ai lu un article de Marie Kléber sur le fait d'écrire le bonheur, et cela tout en écoutant l'interview de Frédéric Lenoir dans C Ce soir sur France 5 qui disait que, quand on parle que du malheur on contribue à faire descendre l'humeur générale, alors que si on parle du bonheur au contraire on peut faire sourire les gens et qu'on a parfaitement le droit d'être heureux quand le monde va bien. C'est marrant parce que ça correspond aussi à une remarque de Petite Ombre dans le dernier commentaire qu'elle m'a laissée... Et donc je commence cet article sans trop savoir où je vais. Bon, avant de commencer je dois quand même dire que je ne vais pas étaler du "bonheur" : juste parler un peu de tout et de rien : je ne suis pas dans un moment de liesse non plus, hein. (On dirait que je m'excuse...)

J'ai appelé cet article "la parenthèse" parce que j'ai l'impression que ces derniers mois constituent une parenthèse dans ma vie : une parenthèse dans laquelle je ne travaille pas (parce que je ne trouve pas de travail) et peux passer mon temps à lire et à écrire si je le veux. Une parenthèse dont je dois sortir pour gagner mon indépendance, une parenthèse dont je veux sortir parce que je veux cette indépendance, mais une parenthèse bien confortable dont quelque part je ne veux pas sortir. Moins j'en fais, et moins j'ai envie d'en faire, et parfois je me prends à souhaiter que les lieux culturels rouvrent pas, comme ça j'aurais pas à aller bosser comme saisonnière à Versailles ; ou à regretter de devoir aller passer des tests d'admission pour une formation en alternance de journaliste radio, alors même que je sais que j'aime faire des reportages, des interviews, rencontrer des gens ; que l'alternance c'est un moyen d'avoir de l'argent pendant les études, de pouvoir avoir mon indépendance dès la rentrée prochaine, et de pouvoir ensuite avoir du travail, un vrai chez-moi avec mes meubles à moi et pas dans un appartement meublé comme j'en ai eu pendant mon Service Civique ou mon Master (dans des appartements tout naze, en plus...).

Mais c'est dur de me remettre dedans, de sortir de mes livres pour me plonger dans le flux de l'information anxiogène que je ne suis plus depuis plus d'un an. Quand j'ai eu l'entretien téléphonique avec le monsieur de la formation, et qu'on en est venus aux questions d'actualité, j'étais larguée et j'ai sauvé les meubles, alors même que j'avais révisé un peu quand même... Et d'un autre côté je commence aussi tout doucement à aimer analyser l'info, en apprendre les enjeux, etc. Et en même temps je prends peur de cet intérêt parce que j'ai peur de me perdre dans l'info, de me laisser engloutir. D'autant qu'en ce moment je suis une vraie éponge, donc l'actu me fatigue très vite. C'est aussi pour ça que je me tourne vers les émissions qui prennent le temps, comme C dans l'air, C Ce soir et C Politique sur France 5 ; Les Carnets du monde sur Europe1... Il faudrait aussi que je rattrape mon retard dans ma lecture des National Geographic.

D'un côté, ça réveille mon appétence pour les réflexions sur les sujets de société, les débats, etc. et la lettre d'un violeur publiée par Libération a titillé mon cerveau. Des féministes y ont vu une honte, y ont vu la culture du viol, quelque chose que l'on ne devait pas laisser lire. Moi, j'y ai vu un formidable outil pour discuter de la culture du viol. Parce que, Samuel est très ambivalent dans cette lettre : il reconnaît son geste, et en même temps il dit "c'est aussi la société", en gros, et demande à chacun de s'interroger. Et on comprend qu'il ne veuille pas se coller sur le front l'étiquette de "criminel" ou de "monstre". Personne ne voudrait d'une telle étiquette. (En revanche, et je crois en relisant le chapô qu'il a été modifié, la présentation qu'en fait Libé pose question car ils le présentent comme une analyse sociologique ou quelque chose d'objectivé ; ce qui est faux.) Mais les féministes aussi ne sont pas, selon moi, dans le juste : elles ont balayé le fait que lui-même a été victime d'abus sexuels, comme s'il l'avait utilisé pour excuse. Or, on sait très bien que les jeunes victimes ont plus de probabilités de devenir elles-mêmes les bourreaux. Bref. D'un autre côté, ça me fait peur, parce que le débat actuel est tellement polarisé, tellement pas dans la nuance... J'ai discuté avec une personne sur Twitter. Elle pointait la polarisation actuelle sans se rendre compte qu'elle-même participait de cette polarisation en caricaturant ma position et sans chercher à la comprendre.

Du coup, me replonger dans l'info dans cette période, devenir journaliste dans cette période, devoir gérer des débats d'invités, choisir qui j'invite ou qui je n'invite pas pour que ça ne parte pas en couille... c'est compliqué. Prenons le cas Alice Coffin. Je n'aime pas ce qu'elle dit, mais au-delà de ça je n'aime pas son positionnement dans les débats. Je ne l'inviterais pas. Mais, d'un autre côté, c'est une personnalité publique qui a le vent en poupe, ne pas l'inviter, c'est lui offrir une prise pour son discours (elle a travaillé dans les médias, elle maîtrise très bien son discours). Donc je dois lui trouver un débatteur qui lui ne soit pas dans la polarisation ou le spectaculaire. De préférence un féministe, pour ne pas avoir une opposition frontale sur la base même des inégalités. C Politique a fait le choix de Jean Viard, très bon choix, j'ai trouvé ses interventions intéressantes. Vous allez me dire, ces questions sont des questions que les journalistes se posent depuis toujours. Mais j'ai l'impression justement qu'on ne se les pose plus... et que se les poser est être "rabat-joie". Débarquer dans ce monde-là aujourd'hui, maintenant, ça m'effraie. Peut-être que c'est aussi l'une des raisons pour lesquelles je souhaite me tourner vers les radios associatives, où peut-être j'aurais plus de marge de manœuvre.

Bon, cet article ne prend pas vraiment la direction que j'avais prévu, mais d'un autre côté je n'avais rien prévu de précis héhé ;P

Je dois donc sortir de ma parenthèse pour entrer dans le monde, émerger de ma couette, me lever de mon lit, me plonger dans le monde, dans l'info, dans la rapidité, dans le temps et la succession des jours qui n'étaient jusque-là marqué que par le rythme des personnes qui vivent avec moi. Mon rythme à moi était hors du temps, hors de la réalité, hors du monde. Je dois me reprendre tout ça en pleine face, sans cesser de me protéger ; trouver un refuge en moi-même pour me replier, transformer le cocon en carapace dans laquelle je pourrais me rétracter au besoin, une carapace aux parois couverte de livres où tout se termine bien. Pour affronter le monde. C'est "l'inconnu" du titre de cet article : l'alternance, je n'ai jamais fait, ce sera un nouveau système, une nouvelle ville... Le confort de ma parenthèse m'engourdit et parfois je me dis que si je rate les tests ce serait pas bien grave. Mais il ne faut surtout pas que je me complaise là-dedans !

Ce qui est bien, c'est qu'une radio à laquelle j'ai envoyé ma candidature il y a quelques mois m'a appelée pour me demander si je cherchais toujours du travail. J'ai dit oui, et j'ai enchaîné en disant que j'avais même une recherche qui pourrait les arranger financièrement : l'alternance. Le monsieur avait l'air intéressé, et moi ça m'a motivée à travailler pour obtenir les tests ! En plus, c'est dans une région bien chouette, dans laquelle j'aimerais bien retourner.

Voilà...! Article un peu inhabituel, j'espère que ça ne vous a pas trop ennuyé ! Maintenant que le replay de l'émission que j'ai écouté en écrivant est terminé, je ne suis plus "portée" et j'hésite à publier mais disons que je dois me lancer pour tenter un truc nouveau... au pire, je pourrais toujours supprimer plus tard... On verra bien !

lundi 29 mars 2021

Journal d'écriture, mois 13

Source – Karolina Grabowska

Je crois que la dernière fois j'avais dit que je n'étais pas sûre d'écrire un article ce mois-ci. Finalement j'en fais un parce que je suis excitée comme une puce et que si je ne m'exprime pas quelque part je vais exploser x) (en vrai, avant, j'avais du mal à partager aussi les bonnes émotions, je me forçais à pas le faire et je culpabilisais d'en avoir envie... je ne sais pas trop pourquoi, peut-être une peur d'avoir l'air de faire ma crâneuse ou alors pour pas vexer les personnes tristes, ou alors pour une autre raison stupide d'ado qui ne sait pas gérer ses émotions... mais j'ai appris récemment grâce à Line de La Parenthèse Psy qu'en fait c'est normal et que c'était même un besoin de partager ses émotions ; du coup j'essaye de ne pas culpabiliser de vouloir dire quand ça va bien ! Bref !) Pourtant, dans le fond, il n'y a quand même pas de quoi se réjouir : j'ai du boulot qui m'attend ! Mais j'ai eu de premiers retours de bêta-lecteurs et je suis assez contente, au final ! Je vais aussi profiter de cet article pour faire le point sur mes autres projets ;)

J'ai donc reçu trois avis de bêta-lecteur sur cinq. Au début, je voulais attendre d'avoir les deux autres pour me lancer dans les corrections, surtout que les deux bêta-lectrices que j'attends travaillent dans l'édition, puis je ne trouve pas ça hyper respectueux de commencer sans elles. Mais j'ai super envie de m'y mettre, je suis super enthousiaste, et attendre est une torture ! Et puis, en discutant avec l'une de mes bêta-lectrices il est apparu qu'elle n'avait pas dépassé les trois, quatre premiers chapitres par manque de temps. Je ne lui en veux pas du tout ! mais c'est vrai que c'est un peu frustrant, surtout que j'ai Roman 2 qui pousse derrière pour avoir droit de cité, donc j'aimerais bien avancer un peu tout ce schmilblick parce qu'en fin de compte je ne me sens pas du tout capable de chevaucher. Je dois aussi dire que dans mes premières estimations, je pensais pouvoir envoyer le manuscrit cet été aux maisons d'édition, donc attendre me turlupine... (oui, c'est une mauvaise raison, on est d'accord).

Ce qui m'a aussi décidé à me lancer dans les corrections, c'est que jusque-là mes bêta-lecteurs ont tous dit plus ou moins la même chose. Ça me rassure beaucoup ! Si j'en avais eu dans tous les sens, je me serais posé des questions sur le fond de l'histoire, je pense... Là, au moins, j'ai une ligne claire, puis je n'ai pas à me demander si le commentaire est "juste un avis subjectif d'un lecteur" ou si c'est "vrai" : ils sont tous d'accord donc c'est forcément vrai x) Bon, si les deux bêta-lectrices qui n'ont pas fini leur lecture me disent le contraire, je serais mal, mais je ne pense très sincèrement pas que ça arrivera parce que les avis que j'ai pour le moment, en plus de se recouper entre eux, recoupent des choses dont je me doutais déjà ou dont j'avais peur. Je me suis donc fait une petite liste pour résumer le chantier et j'ai attaqué ce matin ! (je pense continuer après la lecture de cet article, sauf si je dégrise et que, l'excitation disparue, je me décide à mettre le nez dehors pour aller me balader ! :P)

Ce matin, j'ai commencé par corriger les coquilles (enfin, "coquille" c'est gentillet, parce que j'ai quand même réussi, après cinq relectures, à laisser "peine-ombre" xD) repérées par l'une de mes bêta-lectrices, ce qui m'a aussi permis de balayer rapidement le manuscrit et de noter deux, trois trucs. Dans mon article sur ma méthode pour corriger mon roman, je vous avais parlé des "codes" que j'utilisais pour annoter des parties problématiques. J'ai décidé de continuer d'utiliser ce principe, même si j'ai moins de codes, maintenant.

En vrai, j'adore corriger ! Je sais que beaucoup d'auteurs n'aiment pas ça (et on ne peut pas non plus dire que c'est mieux ou aussi bien qu'écrire !) mais j'adore ça ! Dès le début, je savais que j'allais sans doute aimer ça et je me suis préparée à devoir passer de longues heures à corriger. C'est bête à dire, mais je veux le meilleur pour mes personnages, donc ça implique de rapetasser (c'est un nouveau mot que j'ai appris, donc je le case parce que ça m'amuse ; il sonne super bien en plus je trouve !) encore et encore pour que les mots servent au mieux les personnalités et les évolutions de chacun ! Puis comme j'ai une méthode hybride ordi/papier ça me permet d'être le nez dans les feuilles, les papiers, les feutres, c'est quand même le pied ! :D

En parallèle, je commence tout doucement à préparer Roman 2. J'ai assez peur du moment où je devrais me lancer parce que ma frise chronologique a plus de trous que celle de Roman 1. Je sais que je suis capable de raccorder les wagons en cours d'écriture, mais quand même... en même temps c'est aussi que mes jalons incontournables sont assez espacés dans l'histoire. Je verrai bien, j'ai encore un peu de temps ! Puis, mon histoire est bonne (sans vouloir me vanter, et parce qu'il est bon de connaître ses forces et ses faiblesses, je peux dire que j'invente de meilleures histoires que je ne les écrit !), ce qui va m'aider beaucoup !

J'ai aussi terminé ce matin (en vrai j'ai un détail à rajouter), pour la première fois, l'une des histoires expérimentation/exutoire que j'ai commencées. C'est pas peu dire parce que depuis 2016/2017 j'ai dû en commencer quasiment une quinzaine !! Certaines ont juste vingt mille mots voire beaucoup moins, d'autres sont plus longues, et celle que j'ai terminé fait... la taille de mon roman ! x) Elle pourrait être bien plus longue si j'avais écrit sérieusement. Deux ou trois passages méritent d'être développés, et la narration n'est pas vraiment... qualitative, on va dire x) Mais c'est pour le fun, me décharger de certains trucs comme j'ai pu le dire dans mon article précédent, et je suis contente d'être arrivée au bout ! Ça me motive à terminer les autres, tester du nouveau vocabulaire, etc. ! Et puis, il faut aussi dire que j'aborde parfois des choses assez sombres dans ces expérimentations, mine de rien (et que la "morale" de Roman 1 est assez triste), du coup mettre mes amoureux ensemble ça fait du bien par où ça passe ! <3

D'ailleurs, en parlant statistiques : jusque-là, mes corrections m'ont demandé autant de temps que l'écriture en elle-même, soit environ 160h. Je ne sais pas si c'est "bien" ou pas, ou disons dans la moyenne, mais pour le moment, ça me va ! Si je dépasse "trop" je commencerais à m'inquiéter ! Je pense que j'en ai encore pour 130h (sans compter la dernière relecture pour l'orthographe) considérant que j'ai 260 pages de document et que rien que la relecture va me demander une heure pour cinq pages. Ce qui me fait penser à un conseil très judicieux de Zahardonia du blog Monde Fantasy qui soulignait l'autre jour l'importance de bien se connaître pour se fixer des objectifs : très clairement, en me connaissant j'ai pu faire de savants calculs (mouarf ;P) et déterminer que je pouvais terminer en un mois, sans me forcer.

J'aimerais bien récupérer pendant ce mois les avis de mes deux dernières bêta-lectrices, pour pouvoir les intégrer en cours de route. Après, je n'aurais pas non plus le droit de trop me plaindre de devoir faire une autre vague de corrections, vu que c'est quand même moi qui me serais lancée sans les attendre !

J'ai l'impression de partir un peu dans tous les sens...

Et vous ? Comment progressent vos projets ?

vendredi 26 mars 2021

Les carnets, le journal intime et le blog

Source – Deeana Creates

Je ne sais pas trop bien par où commencer : comme j'ai lu une paire d'articles avant de commencer à écrire, j'ai peur de partir dans un exposé "scientifique" alors qu'à l'origine je voulais juste faire un article léger sur mon amour pour les carnets, inspirée par un article de Carfax qui proposait des idées pour les remplir !

En fait, j'ai toujours adoré les carnets mais j'ai aussi toujours rechigné à les remplir, pour ne pas les gâcher, gaspiller, parce qu'ils étaient trop beaux pour être utilisés et qu'il fallait une très bonne raison pour les remplir... à tel point que je n'ai jamais acheté, jusqu'à il y a peu, de carnet Paperblanks alors qu'à chaque fois que je passais devant un présentoir, je bavais d'envie ! Au final, j'en ai acheté un il y a peu pour écrire mes rêves mais finalement, ça ne me plaît pas... j'y reviendrai (je pars déjà dans tous les sens, ça commence bien ! :P).

Mes carnets, quand ce que j'écrivais dedans me paraissait dérisoire, stupide, ou ne plus valoir le coup, j'arrachais les pages et je recommençais. J'ai massacré comme ça des carnets sur un bon premier tiers, voire quasiment en entier ! J'arrachais surtout mes débuts de journal intime. Je n'ai jamais su tenir un journal intime. Je ne sais pas trop pourquoi... Je pense que ça me paraissait stupide, ridicule de mettre ses pensées comme ça dans un carnet, que ça ne faisait que ressortir l'idiotie de mes pensées, le côté dérisoire de mes doutes et de mes "problèmes existentiels". Ou que j'avais cette pensée un peu comme celle que j'ai encore sur le maquillage : sur les autres, le maquillage ça peut être joli, mais si moi je me maquillais, j'aurais juste l'air d'un clown.

C'est un peu pour ça aussi que je n'ai tenu que deux jours à écrire mes rêves : trop intime pour terminer sur un objet, matériel, que l'on peut prendre. Trop ridicule pour mériter d'être écrit. Ou un peu comme si le fait d'écrire m'amputait du côté merveilleux du rêve, mystérieux, aussi, et lui donnait trop de prise. Le rêve est un formidable matériau mais je crois qu'il doit rester une matière à investiguer depuis l'intérieur (ou alors chez un psy, éventuellement, dans un cabinet hors du monde où on n'est donc pas vraiment dans "la vraie vie").

Et puis il y a aussi la peur. Celle d'être lue, et celle d'être moquée. Il y a un côté paradoxal évident à dire ça parce que, sur ce blog, j'ai parlé de tas de choses intimes, de peurs, de mon discours intérieur, de la colère, de sexualité, de masturbation, d'inquiétude, etc., etc., etc. Et je suis lue. Et pire que ça : je veux être lue, je veux discuter avec mes lecteurs et quelque part j'espère que certains de mes articles pourront aider au moins une personne qui passera par-là (même si ce n'est pas mon but premier). Mais, sous ce paradoxe apparent, il y a en fait une logique implacable : chercher à améliorer son estime de soi et rechercher celle des autres, c'est quelque chose que j'ai fait tout le temps pour l'équilibre de notre vie psychologique ; la médiation de l'écran permet une désinhibition (parfois même trop) ; le pseudo produit une identité virtuelle et marque la représentation que vous vous faites de moi. Je peux dire des tas de choses : je n'ai ni nom (Enirtourenef est un nom égyptien qui signifie "on n'a pas créé son nom"), ni visage. J'ai déjà donné mes groupes d'appartenance (femme, Blanche, hétérosexuelle, etc.) mais seulement pour souligner qu'elles ne définissent pas qui je suis à l'intérieur. Si demain vous me croisez dans la rue, vous ne saurez pas que c'est moi. Si par contre j'assistais à une conférence sur la sexualité des femmes, par exemple, et qu'on me demandait de me lever au milieu de l'amphi pour dire ce que j'ai pu écrire ici : je fuirais sans doute à toutes jambes !

Dans l'un des articles que j'ai lu (comme d'habitude je mets ma biblio en fin de billet), l'autrice dit que "dans les rapports sociaux d'aujourd'hui, il est devenu difficile d'exposer ses différences" et que le journal intime en ligne permet de compenser ce manque communicationnel. L'article a été écrit en 2009, je pense pouvoir dire sans trop me mouiller qu'en 2021 il est encore plus dur de dire ses différences, et ça malgré le fait que les paroles des "minorités" se désinhibent de plus en plus : et ce n'est même pas l'affirmation d'une différence, mais celle d'une normalité (ce qui est vrai, on s'entend). On ne peut donc toujours pas trop s'affirmer comme différent, sauf si on assume le risque d'être catégorisé de "bizarre" (personnellement, j'assume sans trop de soucis ! :P).

La peur que mon journal intime soit lu, c'est la peur que l'on vienne fouiller dans mes affaires, que l'on cherche à m'extorquer de force ce que je ne veux pas dire, qu'on viole mon intimité, en fait. Un jour, je regardais par-dessus l'épaule de ma mère sur son PC, elle avait ses mails ouverts. J'ai lu un mail dont l'objet était "le blog de ta fille...". J'ai ressenti une telle panique que mon cœur s'est gonflé dans ma poitrine, j'ai eu chaud, j'étais horrifiée, je sentais comme si on avait abusé de ma confiance. Oui, mon blog est en ligne, il est donc public. Mais il n'est pas destiné à des personnes que je connais et qui me connaissent. Encore moins mes parents. Encore moins quand on est ado. Le fait qu'ils puissent me lire en sachant que c'était moi... catastrophe abyssale ! J'ai tout supprimé, et j'ai récréé ailleurs. On n'en a jamais parlé avec mes parents, mais je n'en ai pas envie et de toute façon je crois que mes parents voulaient garder l'illusion qu'ils n'avaient jamais vu ce blog.

Il y a quelques années, j'ai commencé à tenir régulièrement et avec frénésie un tout petit carnet avec une tête de lion en noir et blanc sur la couverture : c'était un "journal de la perversion" (je l'appelle comme ça rétrospectivement) où j'écrivais mes pérégrinations psychologique de fille qui commençaient à se masturber, en éprouvait une grande horreur et une grande culpabilité, un certain dégoût, aussi. Je ne l'ai jamais relu, mais en le feuilletant je suis tombée sur des formules très exagérées (comme "[je vais arrêter] j'en fais le serment") qui mettent en exergue toute l'espèce d'horreur dans laquelle je me trouvais et à quel point j'étais violente envers moi-même. Il y a peu, je l'ai rouvert et j'ai écrit un petit mot gentil, un peu plus bienveillant, un peu pour "tourner la page". Ce carnet je crois que je l'ai ouvert en 2016 (et ça faisait déjà plusieurs années que je me débattais avec ce que je voyais comme un problème). Ce carnet doit être ce qui se rapproche le plus d'un journal intime. Je l'ai caché. Pas dans un tiroir, pas derrière une rangée de livre d'une étagère, pas sous mon lit ni sous mon matelas : je l'ai caché derrière un tableau. Classique, vous allez me dire, mais tellement éculé qu'on y penserait pas ; puis qui cache vraiment des trucs derrière les tableaux ?! :P Il est aussi en hauteur, hors de ma vue à tel point qu'il y a eu une période où je l'ai oublié. Il vaut mieux que je le garde en mémoire, pourtant, parce que si, au moment d'emménager dans mon appartement à moi, quelqu'un décroche ce tableau, trouve le carnet et le lit, pour le coup je me sentirais vraiment violée dans mon intimité (d'autant plus qu'il s'agit de sexualité).

Je l'avais ouvert comme thérapie, exutoire, appelons ça comme on veut. Je me disais que si je m'écrivais, j'arrêterais de "me toucher" comme je disais (ben oui, on dit pas "masturber" quand on refuse la réalité de sa situation et qu'on ne cherche pas volontairement le plaisir). Évidemment, ça n'a pas fonctionné. Je ne compte pas jeter ce carnet, mais je ne compte pas non plus le relire car si je le relie je vais trouver ça ridicule, comme tous les journaux intimes passés entre mes mains, et le jeter.

L'autre carnet qui se rapproche le plus d'un journal intime et que j'ai tenu plusieurs années, c'est un carnet avec une carte du monde (imaginaire, je crois) sur ses couvertures, et les pages et la première de couverture étaient traversées par une boussole. J'y mettais mes "récits de voyage" ; comprendre, dans la tête d'un enfant : les vacances, qui semblent prendre des proportions aventureuses ! Je ne me souviens pas trop mais je ne crois pas que je craignais d'être lue : après tout je ne parlais pas de moi : je parlais de comment mes journées étaient occupées, journées que je ne passais pas seule puisque j'étais enfant. Et comme je ne savais pas encore que la manière de parler de nous dit déjà quelque chose de nous, il n'y avait aucun problème : je ne racontais que des choses déjà publiques.

Dans un autre genre, au lycée, j'ai eu de petits cahiers dans lesquels j'écrivais des débuts d'histoire ou des bribes de machins quand les cours m'ennuyaient. Je les ai redécouverts hier en cherchant un truc dans un panier. Je ne pensais pas que j'en avais gratté quatre ! Quatre, quand même ! Pour le coup, c'étaient des cahiers basiques, à carreaux. Mais pour le coup, c'est peut-être là que se trouvent les choses les plus intimes. Peut-être pas tant à l'époque, mais aujourd'hui mes projets exploratoires exutoires, les trucs pas sérieux qui ne deviendront jamais des romans, les trucs que j'écris pour tester du vocabulaire, des situations et me décharger, renferment beaucoup d'intime.

Le plus parlant, c'est cette histoire de vampire : il est tout froid parce que son cœur ne bat que deux fois par minute, et il se sent assujetti à sa pulsion sanguinaire, esclave et prisonnier. Puisque l'on sait que le vampire renferme les thématiques du sexe, et que je peux vous dire que je peux paraître froide et distante quand on ne me connaît pas, on n'a pas besoin de chercher bien loin pour trouver là mon double. Mon autre double, c'est l'autre personnage principal, celle qui deviendra son amoureuse : une vouivre qui peut prendre forme humaine, n'a aucun problème avec la nudité et craint son "monstre intérieur", sa pulsion violente, celle qui l'a poussé à tuer le personnage qui l'a torturée. La rencontre de ces deux personnages, c'est la liaison de deux parties de moi, j'imagine ? J'ai commencé à écrire il y a à peu près six mois et ai arrêté presque tout suite, préférant d'autres histoires exploratoires. Je l'ai relu hier, sur une impulsion, et ce matin cette idée m'a frappée que c'est la projection de mes tensions psychiques la plus claire de toutes celles qu'on trouve dans ce genre d'histoires...

Il y a beaucoup moins de moi dans mes romans. Justement parce que je me décharge sur des projets particuliers pour ne pas polluer mes romans avec des considérations qui n'ont rien à y faire et qui m'échapperaient sans doute comme je n'ai pas de recul dessus quand j'écris (je ne fais pas ces parallèles consciemment, la plupart du temps).

Évidemment, dans le domaine parler de soi, il y a le blog ! C'est très différent d'une exploration de fantasmes et de peurs indicibles ; c'est même plutôt tout le contraire : conscientiser les choses, les livrer au monde pour trouver quelqu'un qui puisse comprendre, ne pas me juger, se reconnaître peut-être, me guider parfois. Je pense que les deux choses sont complémentaires. Je ne pourrais pas ne pas écrire mon blog... les chercheurs ont remarqué que les blogs apparaissent à un moment de tournant biographique (des choses concrètes comme arrêter de fumer, ou des questionnements, des ruptures, de nouveaux apprentissages...). Si c'est ça, mon tournant biographique est sur un temps long parce que j'ai commencé à bloguer autour de onze ans, avec un blog sur les chauve-souris (ce qui peut correspondre au besoin d'exister, de se sentir exister aux yeux des autres). J'en ai tenu un brièvement sur Lady Gaga aussi, mais les autres parlaient de sa vie privée, des photos de paparazzi, et moi ça ne m'intéressait pas m'incruster dans sa vie. Pour l'appartenance à un groupe, du coup, on repassera ! J'ai aussi eu une succession de blogs "société", reliés sans doute au besoin d'exister, et d'individuation. Au final j'ai fini par m'y sentir enfermée parce que je ne me sentais pas capable d'y parler de moi, vraiment, d'une manière intime. Alors qu'aujourd'hui on voit bien avec ce blog que j'ai des tartines de choses à dire dans mon exploration de moi-même et mon investigation du for intérieur ! ;)

Quand j'ai commenté l'article de Carfax, je crois que j'ai dit que je n'avais pas tant de carnets que ça... (oui, je reviens au sujet initial de cet article avec mes gros sabots) Mais en fait si je regarde bien... des carnets actifs j'en ai quand même un certain nombre ! Mon carnet fourre-tout, pour commencer : à la base j'avais juste un bloc-note à côté de mon ordinateur sur mon bureau puis devant ma capacité à perdre les notes que je prenais j'ai fini par acheter un carnet avec peut-être trois cents pages pour y foutre en bordel des numéros de téléphones, des planifications de sorties au musée, etc. Le tout sans la moindre date ni le moindre ordre : je trouve un petit espace libre ? je l'utilise au lieu de commencer une nouvelle page ! Le bordel. J'ai mon carnet d'écriture, aussi. Joli bordel dans celui-là aussi ! Une double-page est consacrée à un projet, la suivante à autre chose, et au final il faut sauter plusieurs pages pour revenir au projet de la double-page... J'ai des notes de projets sur feuilles volantes, glissées entre les pages. Il faut une certaine agilité mentale pour s'y retrouver ! J'ai un carnet de musée, pour prendre des notes sur les expositions que je vais voir, noter du vocabulaire, des références ou des infos ! C'est super pratique, en vrai ! Surtout quand le catalogue d'exposition est décevant et que je ne l'achète finalement pas (ou qu'il n'y en a pas, ça arrive et c'est très frustrant !).

Ensuite, j'ai des carnets en suspens, qui attendent sagement que je me remette au travail dessus ou que je le commence vraiment, comme par exemple mon "dictionnaire des images" pour l'apprentissage des langues... Je crois que si on m'interdisait de commencer un nouveau carnet temps que je ne les ai pas tous finis, je le vivrais très mal ! x) Aujourd'hui je me restreins et je n'en achète plus vraiment, même quand ils sont très jolis, parce que je n'ai pas de place où les mettre ni rien à mettre dedans donc je prends mon mal en patience et j'attends !

Des fois je resonge aux cours de dessin que j'avais commencés à prendre à la MJC quand j'étais enfant et qui finalement ne m'avaient pas plus parce que je ne faisais que recopier des photos alors que moi je voulais apprendre les proportions, les cercles et les lignes préliminaires... Je voulais créer et pas recopier. Je repense à ça et je me dis que si j'avais continué le dessin, je n'aurais sans doute pas fait de l'écriture ce qu'elle est aujourd'hui dans ma vie : la clef de voûte, sans exagération. Au final, je suis très contente parce que l'écriture m'apporte je pense plus que ce que le dessin pourrait m'apporter (et un dessinateur qui aurait arrêté l'écriture ou l'aurait passée au second plan dirait sans doute le contraire !). J'aimerais bien apprendre à dessiner, et en même temps j'aime bien dessiner ce que j'ai dans la tête avec des mots. Au final, ça permet aussi au lecteur d'imaginer, de se projeter, alors que je trouve qu'avec un dessin la projection est moindre parce qu'une ambiance, un trait, est "imposé". Je ne sais pas si c'est hyper clair... Tout ça pour dire qu'au final je me demande si l'amour des carnets ne vient pas aussi de l'amour du fait d'écrire (même si beaucoup de carnets sont vides...). Sans oublier que, quand même, le papier, ça sent bon !

Et vous ? Aimez-vous les carnets ? Écrivez-vous dedans sans culpabilité ? :P
Collectionnez-vous quelque chose ?

Bibliographie

♦ Hénaff Nolwenn, « Blog : un journal intime pour exister, voir et être vu », dans : Nicole Aubert éd., Les tyrannies de la visibilité. Être visible pour exister ? Toulouse, Érès, « Sociologie clinique », 2011, p. 145-170.
♦ Aupeix Anaïs, « Le journal intime en ligne, entre espace à soi et lieu d'échange », Empan, 2009/4 (n° 76), p. 51-56.

vendredi 19 mars 2021

Mes 5 derniers livres lus (n°5)

Cette fois encore j'ai des choses assez différentes à vous proposer ! Je trouve ça important, d'ailleurs, que mes articles littéraires soient un peu variés :) J'ai pas mal entamé la pile de livres que j'avais achetée dans la bibliothèque pas loin de chez moi. Il m'en reste encore pas mal mais je pense que je ne les chroniquerais pas tous. Ça dépendra de mes envies ! :)

Psychanalyse des contes de fées – Bruno Bettelheim

Qu'est-ce qu'un conte?
Bruno Bettelheim, pédopsychiatre, y voit un rite de passage entre l'univers de l'enfance et le monde des parents. L'intérêt que les enfants portent à ces récits, les affects qu'ils éprouvent à leur lecture, prouvent que ces histoires sont pour eux affaire sérieuse. Le conte aide les enfants à donner du sens à leur vie : il formule à sa façon ce qui, du monde des adultes, leur échappe et les intrigue. La simplicité des situations et des personnages (bon/méchant, enfant/parent, héros/ennemi...) offre à l'imaginaire infantile des repères faciles pour reproduire, à quelques simplifications près, des pensées ou des sentiments qui ont été réprimés dans la vie réelle. Bettelheim retrouve dans le matériel des contes de fées les grands thèmes analytiques : "Les trois petits cochons" mettent en scène l'opposition entre le principe de plaisir et le principe de réalité ; Blanche-Neige se rattache aux conflits œdipiens ; La Gardienne d'oies, rapporté à l'interdit de l'inceste, indique la voie vers l'autonomie, etc. Des analyses qui vous feront relire autrement les contes de votre enfance !

Avant de commencer il faut dire que c'est un livre de psychanalyse que Bruno Bettelheim a conçu pour les éducateurs et les parents. Autrement dit il n'y a pas trop de termes techniques et on comprend fort bien le propos, ce qui me paraît important de souligner !

Bruno Bettelheim aborde de nombreux motifs au travers de contes les plus connus pour nous permettre de comprendre en quoi raconter ou lire des contes aux enfants est absolument fondamental ; pour nous marteler que le fait que ça ne colle pas à la réalité du monde n'a aucune importance pourvu que ça colle à la réalité de la vie psychique des individus ; pour nous apprendre pourquoi le thème de la princesse en détresse ou de la méchante sorcière jalouse sont des motifs très importants pour régler les problèmes œdipiens ; et que le fait que les personnages soient des filles ou des garçons n'a aucune importance : l'enfant s'en fiche absolument et s'identifie aussi bien à l'un qu'à l'autre : ainsi un petit garçon de cinq ans qui avait trouvé beaucoup de réconfort avec Raiponce ; ou encore pourquoi un conte de tradition orale apporte toutes les réponses aux enfants, ce qu'un Disney ne fait pas, et un conte illustré fait moins.

Plus je lisais ce livre, et plus je me disais que c'est un livre à mettre entre absolument toutes les mains. J'ai appris beaucoup sur les contes, bien sûr ; sur les enfants ; et aussi sur moi-même (par exemple, je pense avoir compris ma fascination pour les dragons, peut-être que j'en ferais un article un de ces jours :P).

C'était un livre présent sur ma liste depuis longtemps et que je croisais en rayons à l'occasion. Du coup, quand je l'ai vu tout en haut d'une étagère lors de la vente de livres de la bibliothèque, je l'ai pris direct sous mon bras en m'exclamant "pour plus tard !". Finalement, je l'ai lu presque tout de suite. J'ai appris vraiment beaucoup de choses et comme je le disais dans un article, je pense que c'était un signe...

Cinq semaines en ballon – Jules Verne

« J’ai écrit Cinq semaines en ballon non pas comme une histoire de ballons, mais de l’Afrique. La géographie et le voyage m’ont toujours fasciné », témoigne Jules Verne. Dans cette extraordinaire aventure, parue en 1863, trois hommes – un savant, un chasseur et un serviteur – explorent le cœur de l’Afrique. Ils y découvrent un désert mortifère, des tribus cannibales et l’emblématique source du Nil, dont ils devancent de quelques semaines la découverte réelle. Appuyé sur une connaissance approfondie des explorations contemporaines, Verne se projette, par la fiction, dans cette dernière grande terre vierge du globe. Son roman foisonne de dialogues comiques, d’épisodes époustouflants, de scènes dramatiques et de débats sur l’altérité. Mais le véritable héros du roman est le ballon lui-même, dont nous suivons les aventures, en craignant pour sa vie. Le résultat est la parfaite synthèse du réalisme et de la fantaisie.

Une mouche m'a piquée. Je me suis levée un matin en me disant "je veux lire du Jules Verne !". Enfant, j'avais Le Tour du monde en 80 jours, que j'ai redécouvert il y a trois, quatre ans quand, chez un antiquaire, j'ai mis la main sur un exemplaire de 1983 rangé à côté d'un Michel Strogroff de la même année. Je les ai pris tous les deux et je les ai adorés. J'aurais trouvé ça sympa d'avoir toute la collection dans la même année, mais mes périgrinations sur Leboncoin ne me l'ont pas permis. Au lieu de ça, j'en ai déniché cinq de l'édition de 1968.

Dans Cinq semaines en ballon, on survole l'Afrique, ses déserts, ses forêts, ses plaines... on découvre ses animaux... Les rebondissements ne se bousculent pas mais c'est bien tout l'intérêt : on n'a pas le temps de voir les paysages si on doit à tout bout de champ échapper à des méchants héhé :P

Je pense que certaines personnes pourront être choquées du traitement qui est fait des Noirs. Personnellement, la première surprise passée ("ah mais oui ! à l'époque...!") j'ai trouvé au contraire que c'était bien fait, car les personnages de Joe et Fergusson, par exemple, n'ont pas le même avis, et Fergusson a ce regard raisonnable et sage, j'ai trouvé.

J'ai aussi adoré les gravures ! Il y en a quelques unes que j'aimerais bien afficher dans mon salon...! :)

Lud-en-Brume
– Hope Mirrless

Aux frontières de la Faërie, Lud-en-Brume est une cité prospère et paisible. Mais les secrets hérités du royaume voisin ne sauraient rester indéfiniment dans l'ombre. Les fruits féeriques, drogue nocive et bannie de la société luddite, circulent dans la région. Ranulph semble en être victime, et son père, le Maire Nathaniel Chantecler, qui faisait jusqu'à maintenant régner la Loi d'une poigne molle et tranquille, se doit bientôt de faire l'impensable pour sauver son fils et sa cité. Mais heureusement pour Lud-en-Brume, Nathaniel est doté d'un esprit des plus pragmatiques... et d'une tête dans la lune.

C'est encore un livre que j'ai déniché lors de la vente de la bibliothèque et franchement je ne suis pas déçue ! J'avais découvert les éditions quand je cherchais celles auxquelles je pourrais envoyer mon roman, mais comme ils ne publient que des vieux romans oubliés, j'avais passé mon chemin et, comme ce n'était pas l'objet de mes explorations numériques, je n'avais pas plus regardé que ça leurs romans. Du coup, avoir mis la main sur celui-là "par hasard" (je ne crois pas au hasard) tombait plutôt bien !

J'ai adoré ! C'est un roman décrit comme étrange et, étrange, il l'est indubitablement ! Souvent, surtout au début, je me demandais si ce que le narrateur décrivait était réel ou s'il y avait une astuce. L'atmosphère m'a un peu fait penser (en moins prononcé) à celle de L'Autre ville de Michal Ajvaz (un roman bien barré avec des phrases alambiquées interminables et une atmosphère très particulière où on se demande toujours si l'on n'est pas dans un rêve). Hope Mirrless décrit notamment un lever de soleil et tout à coup il paraît être un phénomène nouveau et surnaturel. Quand j'ai réalisé que c'était un lever de soleil je me suis dit "merde..." haha :P

C'est une sorte d'enquête qui se déroule sur deux plans : les fruits féeriques introduits dans la ville, reliés à un crime datant de plusieurs décennies plus tôt et que Nathaniel va devoir résoudre. Je pense que c'est un livre sur la peur de la Mort, en tout cas c'est comme ça que je l'ai compris.

Je crois qu'il y a des choses que je n'ai pas bien saisies, surtout au dénouement. Mais cette incertitude, me plaît bien, en fait. Je pense que c'est le genre de livre qui se relit. Une fois que l'on sait la fin, on le reprend et on prend plaisir à s'attacher aux détails et à voir comment tout tombe parfaitement ; et comme on connaît la fin, on ne cherche plus et on se laisse porter par la plume. J'avais à peine refermé ce livre que je me suis dit que c'est un livre qui se relit.

J'ai aussi beaucoup aimé les illustrations ! Elles ne ressemblaient pas du tout à l'image que je me faisais de cet univers mais elles ne les ont pas non plus "polluées" dans le sens où même avec les images sous les yeux je pouvais avoir les miennes dans ma tête. Et bien que je sois une grande fille, j'aime les livres avec des images huhuhu :P

En tout cas, d'autres livres sortis des tréfonds par les éditions Callidor me font bien de l'œil !

Contes kabyles
, Tome II, Le Monstrueux – Leo Frobenius

Une mine pour les adeptes de mythologie comparée que ces récits convoquant ogres, cannibales, hydres géantes, sorcières, dragons, fantômes, revenants et autres animaux chimériques, au même titre d’ailleurs que différents animaux sauvages du monde naturel. Un imaginaire hors du commun pour des aventures haletantes et souvent violentes, mais toujours réjouissantes de verve et d’audace.

J'ai trouvé ce livre lors de la vente de la bibliothèque. Ils n'avaient ni le tome un, ni le tome trois. Je me suis donc contentée de celui-là, dans lequel évoluent ogres, hydres et lions.

Je dois dire que j'ai eu beaucoup de mal à entrer dedans. Peut-être à cause du choix du premier conte, avec de très nombreux personnages, qui se déroule sur plusieurs années... et justement l'enchaînement de ces années n'est pas très clair, je l'ai trouvé assez obscur. D'autres contes comportent parfois de petites incohérences qui nuisent à la compréhension.

Ensuite, j'ai eu beaucoup de mal à me faire à la narration. Parfois, on trouve des phrases qui font très "écrit" au milieu d'un paragraphe plus "conte" ou "oral". Je ne sais pas si c'est un problème au niveau de l'auteur ou du traducteur, mais j'ai trouvé la lecture difficile. Pas tant dans la construction de phrases trop alambiquées, mais davantage dans l'enchaînement. Parfois, on saute les actions comme souvent dans les contes ("ceci se reproduisit encore trois fois") et parfois on explique davantage. Mais on ne comprend jamais ce qui fait qu'ici ou là on a coupé. En fait je dirais que la narration manque de cohérence, mais je ne sais pas si ça a beaucoup de sens de dire ça pour une narration.

Il faut souligner aussi que les contes ont été recueillis sans doute en kabyle par un Allemand : il y a donc eu une première traduction/adaptation de l'oral à l'écrit. Ensuite, les textes allemands ont été traduits en français. Je me demande dans quelle mesure la double-traduction de ces contes leur a nuit.

Du coup, je ne sais pas trop ce qui ne m'a pas séduit dans ces contes. Est-ce que ce sont les aventures en elles-mêmes, ou une narration qui m'a empêchée d'entrer dedans ? J'ai trouvé par exemple que le dernier conte était sensiblement mieux écrit que le reste (c'est assez vrai pour les contes de la fin, d'ailleurs).

J'ai aussi été assez perturbée face aux fins. Il y a rarement une fin "ils vécurent heureux jusqu'à la fin de leurs jours" ; c'est bête, mais ça m'a troublée (pauvre petit cœur fragile). Le méchant est puni et... c'est tout. Que font les personnages ensuite ? Où est le dénouement heureux qui permet de se dire que tous les problèmes du monde ont une solution ? Ça me donnait un peu une sensation d'inachevé.

Je pense aussi que dans une certaine mesure mes attentes n'ont pas été comblées. Quand sur la quatrième de couverture on te dit que ça vaut Les Mille et Une Nuits, forcément, tu t'attends à un truc extraordinaire qui t'explose à la figure. Et en fait... non. Peut-être qu'ici encore c'est une question de narration plus que de conte en lui-même, mais j'ai trouvé Les Mille et Une Nuits plus riches, avec des personnages hauts en couleur et complètement frapadingues ! Ce qui n'est pas vraiment le cas ici. Bien sûr, qui dit comparaison dit subjectivité, et Les Mille et Une Nuits m'ont tellement marquée que trouver aussi bien va être compliqué haha :P (C'est un peu comme si on me vendait un roman fantasy en me le ventant comme aussi bien qu'Ayesha d'Ange : celui qui me dit ça a intérêt d'avoir bien réfléchi !)

Mais même si dans l'ensemble je n'ai pas trop accrochée, il y a quand même deux contes dont j'ai marqué la page parce qu'ils m'ont bien plu ! Et un motif que je réemploierais bien dans un futur roman (très lointain à ce jour, haha :P).

Lucas et les Machines extraordinaires
– Lissa Evans

Lucas Hutin n’est pas content. Ses parents ont décidé de déménager sans lui demander son avis. Le voici errant dans les rues de Beeton, berceau de la famille paternelle. Au cours d’une promenade, il apprend l’existence de son grand-oncle Tony, un magicien disparu dans des circonstances mystérieuses, pendant la seconde guerre mondiale. Lucas retrouve également une tirelire que Tony avait remis à son père avant de disparaître. En la manipulant, il actionne un mécanisme et découvre un double fond, qui contient un message…

En allant sur le site des éditions pour chercher le résumé, je découvre que c'est un tome un. Bon, peut-être que j'irais lire le tome deux ! :)

C'est un petit livre Jeunesse que j'ai trouvé à la vente de la bibliothèque. L'histoire me paraissait bien sympa et je n'ai pas été déçue : on est entre l'enquête et la chasse au trésor ! Je n'ai pas toujours réussi à bien visualiser les choses (surtout vers la fin, avec le kiosque) mais c'est une histoire plutôt touchante, avec un projecteur allumé sur les complexes des personnages : notamment Lucas qui est très petit. On voit donc l'évolution de Lucas sur ce plan-là !

Le père de Lucas parle de manière assez vieillotte, ce qui permet l'introduction de plein de vocabulaire mis dans les caboches des jeunes lecteurs par l'intermédiaire de Lucas. Comme c'est un livre Jeunesse, ça me paraît pertinent de le relever ;)

Les personnages sont bien sympathique, c'est une petite lecture mignonne et agréable !


Voilà ! :)
Et vous ? Qu'avez-vous lu ces derniers temps ? Que lisez-vous actuellement ?

lundi 8 mars 2021

La Petite fille toute-seule

Source – Rene Asmussen
Remise de mon rhume, je me suis lancée dans la lecture de Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim, depuis longtemps présent dans ma "pile à lire" virtuelle et que j'ai trouvé par hasard lors de la vente de livres d'une bibliothèque pas loin de chez moi. Pour une fois, je ne me suis pas dit que c'était un signe, mais que c'était par contre la bonne occasion d'obtenir ce livre pour deux euros (alors qu'il est toujours vendu en librairie pour un peu plus cher : voilà donc une bonne affaire !). Mais peut-être que, finalement, c'était un signe

Bruno Bettelheim parle du besoin de la "pensée magique" des enfants, si on veut, et qu'il ne faut pas dire aux enfants, par exemple, que les géants n'existent pas. Sinon, ça peut donner des adolescents pour lesquels il faut faire appel "à des années de croyance au magique pour compenser le fait que l'individu en avait été privé prématurément au cours de son enfance, après avoir vainement essayé de lui imposer la stricte réalité". Il dit aussi que tant que l'enfant "n'est pas sûr que son environnement humain immédiat le protégera, a besoin de croire que des puissances supérieures" le protègent. En gros, plus l'enfant se sent bien en sécurité dans le monde, plus il recherche des explications rationnelles plutôt que magiques à ce qui l'entoure. Et ces passages m'ont un peu travaillée. D'un autre côté, c'est difficile pour moi d'interpréter mon enfance parce que je n'ai pas beaucoup de souvenirs de cette période, du coup je dois construire de grands ponts entre chaque fragment, ou en rassembler "beaucoup" pour tirer quelque chose (un quelque chose qui reste de toute façon une interprétation).

Je ne sais pas si c'est le rêve vraiment zarbi que j'ai fait qui a secoué le cocotier, ou juste le travail mental qui s'est terminé pendant que je dormais, mais la sensation que j'ai eu en lisant le livre s'est précisée. Je pense que mon besoin de sécurité n'est pas assouvi. C'est bête, parce que le besoin de sécurité est un des six besoins fondamentaux avec : le besoin de puissance (en possédant ou apprenant des choses) ; le besoin d'accomplissement (faire des choses gratifiantes) ; le besoin d'excitation (adrénaline) ; le besoin d'évasion (s'abstraire du quotidien) ; et le besoin de distinction (se sentir différent et supérieur aux autres). Cette liste n'est pas toujours la même en fonction des psychologues et je ne me souviens plus où j'ai eu celle-là mais toujours est-il que, peu importe la liste, le besoin de sécurité est toujours dessus.

Or, si je me penche un peu sérieusement sur la question, il est évident que je ne me sens pas en sécurité : ni en sécurité sociale (je n'ai pas de statut social dans le sens où je ne suis ni salariée ni étudiante) ; ni en sécurité intérieure (avec mes problèmes d'estime de soi dont le blog fourmille haha :P) ; ni en sécurité physique dans le sens où j'ai quelques problèmes de santé, démangeaisons et insomnies ; ni en sécurité affective dans la mesure où je n'ai pas vraiment quelqu'un à qui me confier même si j'essaye de faire des efforts là-dessus, et dans la mesure où je n'ai fait de câlin à personne depuis le collège c'est-à-dire... dix ans ! (oui, dix ans, l'écrire fait un peu mal haha ^^'). En même temps, je n'aime pas qu'on me touche donc difficile d'accepter des câlins ou d'en demander.

Bruno Bettelheim dit (et démontre) que les contes sont super importants pour le développement des enfants, mais qu'ils ne fonctionnent vraiment que s'ils ne sont pas illustrés (afin de laisser l'enfant fabriquer ses propres images). Le truc c'est que je ne me souviens pas d'un livre de contes, enfant, qui n'ait pas été illustré (ce qui entre dans les limites de ma mémoire de cette période (d'autant qu'on avait... beaucoup de livres !)). Ado, j'ai délaissé les contes. Je ne me souviens pas trop mais je crois que j'y suis revenue en fin d'adolescence/début âge adulte. Je dirais pendant ma Licence, donc il y a environ six ou sept ans, peut-être un peu moins.

Assez souvent, quand je me parle à moi-même à l'intérieur, je me qualifie de "petite fille toute-seule". Je ne sais pas à quel moment j'ai commencé à utiliser cette appellation, mais ça fait déjà plusieurs années. Elle m'est venue comme ça, spontanément, et m'a paru correspondre tout à fait à ma situation psychologique. Ce qui est assez triste, c'est qu'elle montre toute la désespérance de ma vulnérabilité intérieure. La petite fille, c'est la figure fragile, immature émotionnellement (ce que je suis sans doute étant donné ma difficulté à gérer mes émotions et à les réguler dont je parlais la dernière fois), qui doit être guidée, protégée, rassurée, sécurisée. Toute-seule, ben... la solitude et donc, en creux, la non-appartenance au moindre groupe (familial, amical, professionnel...). Pourtant, j'ai des amis, hein, mais d'abord on ne "fait pas groupe" ; et ensuite pour appartenir il faut se lier un peu intimement et pour ça il faut se confier et pour ça il faut avoir confiance... tout ce que je ne sais pas faire (même si en voyant une amie l'autre jour je m'étais lancé comme défi de dire des trucs que j'avais dit qu'ici).

J'ai un doudou, aussi. Paraît que beaucoup de femmes gardent leur doudou. J'ai même trouvé un livre là-dessus sur Cairn mais les chapitres étaient un peu longs, je n'aime pas lire sur ordinateur, et ce n'était pas tout à fait le sujet de mon article, du coup je ne l'ai pas lu. En revanche, je peux déjà dire que mon doudou c'est ma sécurité. Je ne pourrais pas dormir sans, par exemple (même avec j'ai des insomnies, alors imaginez sans ! l'horreur abyssale !). Parfois, quand je suis dans une situation stressante, je le prends avec moi dans l'hostile monde extérieur. Il m'est arrivé de le mettre dans mon sac à main et de l'emporter en entretien d'embauche (je crois, ou en tout cas situation du même genre) par exemple. Comme une sorte de talisman magique qui assure que tout va bien se passer. C'est puérile au possible. Et pourtant parfaitement indispensable. Il m'arrive aussi de me dire que mon doudou est la seule personne (chose ?) qui me comprenne. Ce qui est somme toute à la fois tout aussi désespérant (ça ne fait que souligner ma solitude) que logique dans la mesure où personne ne peut me comprendre si je ne donne pas les clefs pour être comprise.

Comprendre que je suis en insécurité profonde c'est aussi mieux comprendre mes émotions. Les émotions envoient des signaux et révèlent si on a assouvi ou non ses besoins (par exemple, ma grande fierté quand mon patron de stage m'a fait un compliment, révèle mon grand besoin de reconnaissance (reconnaissance que je ne peux m'apporter moi-même et que je recherche à l'extérieur)). Ça me prouve surtout, s'il en était encore besoin, que je ne suis pas prête à me retrouver dans une relation amoureuse. Parce que je chercherais toujours la sécurité auprès de mon compagnon (alors que lui-même aurait parfois besoin d'être rassuré par moi) alors qu'il ne pourra pas remplir le gouffre à lui tout seul. J'ai besoin d'un socle de sécurité intérieure personnelle.

Dans un chapitre de Les compétences émotionnelles, les auteurs expliquent que voir les fonctions positives (apporter un message) des émotions négatives aide à mieux les accueillir et les accepter. Je trouve ça tout à fait juste, et je vais sans doute partir de là pour travailler sur mes émotions et mes besoins fondamentaux. Parce que j'ai décidé que cette année serait l'année où je prends soin de moi. Prendre soin de soi c'est prendre soin de son corps mais aussi de sa sécurité intérieure. Pour que la petite fille ne se sente plus toute seule :)

Et vous ? Arrivez-vous à combler vos besoins fondamentaux ?

mardi 2 mars 2021

Instable

Source – Marius Venter

J'ai toujours eu des problèmes de gestion de mes émotions, je crois. D'ailleurs, j'avais fait un article sur la colère il y a déjà un petit moment. Aussi, je ne sais plus pleurer, parce que je me suis longtemps convaincue, adolescente, que pleurer c'est pour les faibles et donc... ben on se retient, hein, ce serait quand même dommage de se montrer vulnérable devant des gens en qui on n'a pas confiance ; c'est beaucoup trop risqué. Du coup, aujourd'hui, je ne sais plus pleurer. J'ai aussi constaté que je suis rarement joyeuse ou heureuse, même dans les moments de bien je suis "neutre" ascendant pessimiste. Par contre, je peux avoir des gros pics de fierté quand on me dit un truc bien. Mais c'est aussi violent que c'est fugace. Ensuite, je trouve toutes les raisons du monde pour nuancer ce que j'ai entendu. Et me voilà redescendue dans ma sorte de spleen. Et comme je ne laisse pas parler mes émotions, mon anxiété s'exprime la nuit et je ne dors pas. J'ai dormi cette nuit à peu près six heures en deux fois avec cinq heures d'espace entre les deux... Un rien peut aussi me jeter dans la tourmente, par exemple si on me fait une remarque, ou que j'ai l'impression que mes amies ne s'intéressent pas à moi, etc. J'ai envie de penser que l'on peut me répondre "comme tout le monde" mais je pense être vraiment trop instable dans mon ascenseur émotionnel pour que cette remarque soit juste.

Par exemple, il y a peu j'ai commencé (et me suis arrêtée à deux chapitres de la fin), Macabre. Traité illustré de la Mort. J'ai trouvé ça intéressant mais... il y a beaucoup d'illustrations (ce qui est somme toute assez logique). Du coup, pendant des pages et des pages et des pages, en plus de parler de la Mort (ce qui n'est pas un problème véritable pour moi parce que je considère la Vie comme un cycle), ce sont des dizaines de crânes aux yeux vides qui scrutent les lecteurs, de danses macabres aux squelettes drôlement expressifs, et de memento mori. J'étais presque à la fin du livre quand j'ai réalisé que l'espèce de lourdeur, la vague détresse passive qui montait en moi, venait de là. C'est là que j'ai regretté de n'avoir déjà plus le roman d'amour sous la main pour me remonter un peu dans l'ascenseur.

Le même genre de truc arrive quand je lis de la dark fantasy, avec son atmosphère très glauque, spongieuse, gluante et dérangeante. D'autant que quand je passe mes journées à lire, je rêve de ce que j'ai lu, et ainsi mes rêves déjà bien tintés d'une ambiance souvent assez malsaine deviennent encore pire (sans pour autant que l'on puisse les appeler cauchemars). Ça fait aussi remonter des angoisses profondes, et je me retrouve à imaginer ce que je ferais si un ami avait un accident, par exemple (très joyeux...).

Au contraire, un compliment tout bête m'emmène loin au-dessus de la ligne moyenne de mon ascenseur émotionnel. Beaucoup trop loin pour que ce soit raisonnable, d'ailleurs.

C'est assez compliqué à gérer parce que je sens bien que même dans les moments de mieux, je n'arrive pas à accéder à de la joie véritable. (Ou juste de l'optimisme.) Et quand j'éprouve de la joie, ou de la fierté, je la mâte parce qu'elle me paraît déplacée, injustifiée, imméritée. Comme si une partie de moi se complaisait dans des émotions médiocres. C'est assez difficile à expliquer, en fait...

L'effet "éponge" en ce moment est exacerbé, j'ai l'impression. D'ailleurs, c'est ce que j'ai dû expliquer sur le forum d'écriture dont je suis membre, quand un internaute m'a signifié que refuser de lire des livres à la simple mention du mot "épidémie" ou "covid" dans son résumé faisait preuve d'un esprit fermé. Oui, c'est vrai ; je suis fermée d'esprit. Ou alors je me protège. Je choisis des lectures paisibles, pleines de bons sentiments. Ce qui explique mon irritation en découvrant la leçon de morale dans Engrenages et sortilèges, ou le fait que Le Fléau des rois qui frôle avec la limite de la dark fantasy ne m'ait pas laissée totalement indemne (mes chroniques sont ici). Je me protège parce que l'effet éponge est trop fort et que le but n'est pas non plus de me complaire dans un état léthargique ou dépressif. D'autant moins maintenant que j'ai quelques petites choses à faire pour une asso.

Dans toutes les méditations ou hypnoses que j'ai pu écouter, ils disent que rejeter ses émotions ne fait que les renforcer et qu'il faut les accueillir et les accepter. Plus facile à dire qu'à faire. J'ai dressé des digues dans lesquelles à la fois je suis enfermée et à la fois qui me protègent de ce que les interactions avec les autres pourraient me faire. Les abattre, c'est à double-tranchant, et assez ardu tant que je n'aurais pas vu un psy.

D'un autre côté, comme j'ai décidé que prendre soin de moi (et de mon corps en particulier) serait mon objectif pour cette année, j'ai aussi décidé de commencer à dire des trucs jamais dit à personne à part ici (où je ne m'adresse à personne en particulier et à tout le monde à la fois, en profitant de la tendance à oublier la présence d'humains derrière les écrans). Du coup, hier, en voyant une amie, j'ai pris sur moi de raconter des trucs (l'épisode de la noyade ratée, par exemple (bien sûr, le fait qu'elle soit manquée est une bonne chose, sinon je ne serais pas là héhé :P)). Ça m'a laissé une drôle d'impression de vulnérabilité (amoindrie par le fait que j'étais face à une bonne amie) doublée d'une sorte d'attente de réaction, de fébrilité. Assez désagréable. Mais pas mortel.

Et vous ? Comment arrivez-vous à gérer vos émotions ?

lundi 1 mars 2021

Mes 5 derniers livres lus (n°4)

Oui, déjà :P Que voulez-vous, en ce moment mes émotions sont assez instables et j'ai pas mal besoin de m'évader (ou de fuir, ça dépend comment on regarde...). Du coup, j'ai mangé des livres. Du coup, je viens vous en parler ! :) Il y a moins de diversité de genre que la dernière fois, mais des choses tout de même assez différentes, donc j'espère que vous y trouverez tous des points d'intérêt !

Engrenages et sortilèges
– Adrien Tomas

Grise et Cyrus sont deux élèves qui vont à la prestigieuse Académie des Sciences Occultes et Mécaniques de Celumbre. Une bonne nuit, l’apprentie mécanicienne et le jeune mage échappent de justesse à un enlèvement persécutif. Alors qu’ils se détestent entre eux, ils doivent malgré tout fuir ensemble et chercher un refuge dans les Rets, un très sinistre quartier aux mains des voleurs et des assassins. S’ils veulent survivre, les deux adolescents n’ont aucun d’autre choix que de faire alliance…

Je dois dire que quand j'ai refermé le livre il y a quinze jours, j'étais pas mal remontée, je crois d'ailleurs que le petit mot que j'ai laissé sur Bebelio était un peu sec. Aujourd'hui, j'ai pris un peu plus de recul et je suis plus mesurée dans mon impression, mais il n'en demeure pas moins que je suis assez... irritée. D'autant qu'Adrien Tomas est un auteur que j'avais bien aimé dans La Geste du Sixième Royaume, donc... c'est d'autant plus frustrant pour moi.

En fait, tout s'est plutôt bien passé pendant les deux premiers tiers du livre. On suit Grise et Cyrus, des personnages bien faits, avec une évolution entre eux peut-être un chouïa trop rapide mais en même temps vue la merde dans laquelle ils sont, ce n'est pas non plus trop choquant. Ils ont leur faiblesses et leurs qualités et sont assez sympa. Mention spéciale à Quint le chat :P Mais déjà dans ces deux premiers tiers, j'ai tiqué à plusieurs reprises. Grise et Cyrus ont dû fuir et sont cachés dans "les Rets", un quartier malfamé où règnent toutes sortes de délinquants et de criminels. Le problème, c'est que le côté "les gens sont tellement opprimés qu'ils deviennent des voleurs pour survivre parce qu'ils n'ont pas le choix" est terriblement... caricatural, et moralisateur dans la mesure où... on ne le voit pas ! On nous le dit, à plusieurs reprises, mais l'autorité méchante, avilissante, et étouffante de l'Empire, on ne la voit pas. Et le fait qu'on ne le voit pas, a créé chez moi une sorte de refus, un peu comme si les personnages divaguaient (j'exagère un peu, mais c'est l'idée).

Ce problème est encore plus flagrant dans le dernier tiers. On mentionne l'impact profond des guerres sur la société mais... rebelotte : on ne voit rien, on doit y croire, hocher la tête, acquiescer, et continuer la lecture. Quel impact ? Quelles blessures, quelles transformations de la société par la guerre ? Et dans ce dernier tiers on se retrouve face à des questions sociales rendues encore plus moralisatrices par le fait que les personnages (à l'exception des héros) sont très caricaturaux. Le méchant un peu psychopathe sur les bords, la reine complètement à l'Ouest, etc. Tout est très... manichéen. Le gentil peuple opprimé contre le méchant Empire, contre le méchant gouvernement oppresseur... Ça, on nous le matraque, on nous parle des impôts, etc. ; on nous le dit mais ce n'est pas montré. C'est le plus gros problème de ce livre.

Parler des inégalités, des régimes totalitaires, de la liberté, des privilèges de certaines classes sociales (parce que Grise et Cyrus font partie des privilégiés et vont donc découvrir la misère du monde) sont des sujets que l'on peut tout à fait aborder dans un roman fantasy, dans un roman Jeunesse, et dans un roman tout court. D'une manière générale, les sujets graves peuvent parfaitement être abordés (et d'ailleurs le dernier livre de cette présentation est concerné et s'en est, pour moi, mieux tiré). Mais ici, c'est trop caricatural, trop manichéen... ça manque de finesse, de subtilité, il manque le fameux "montrez, ne dites pas" ; à tel point que ça en devient moralisateur.

Et le problème c'est que... je ne me plonge pas dans un roman fantasy Jeunesse pour lire une leçon de morale. Je sais qu'il y a des inégalités, je sais que les gouvernements peuvent parfois passer les limites, que toutes ces questions sont hyper importantes, et je pense que la plupart des ados en ont aussi conscience à divers degrés. Me confronter à ces sujets au travers d'un roman fantasy ne me dérange pas. Par contre, quand le thème est traité d'une manière aussi manichéenne, oui, ça me dérange. Parce que j'ouvre un roman pour me détendre, m'évader, et pas pour avoir entre les mains un texte moralisateur...

Je divulgâche un peu à partir de là, pardonnez-moi ! :P

Mais ce n'est pas le seul problème du dernier tiers d'Engrenages et sortilèges. J'ai trouvé la fin... terriblement mauvaise (ou précisons plutôt : mal amenée) (et d'autant plus que les deux premiers tiers sont super !). On se retrouve dans une espèce de procès en place publique, qui a du mal à démarrer parce que des informations qu'on sait déjà sont redonnées. Je n'ai pas compris ce choix scénaristique, en réalité. On a deux premiers tiers avec de l'action, deux héros sympa comme tout, et on termine sur un procès qui conduit à... une Révolution ?

Je veux dire... tout à coup, à la fin d'un chapitre, on nous dit que c'est comme ça que la Révolution a commencé. Ah. Moi, ça ne me dérange pas, qu'on me parle d'une Révolution. Mais du coup c'est le genre de trucs que j'aurais voulu savoir dès le début ; peut-être dans un prologue ou peut-être sur une quatrième de couverture, pour que je lise un récit en mode "comment on en est arrivés là" et pas un truc complètement absurde. J'ai eu l'impression que ça tombait comme un cheveu sur la soupe.

J'arrête de divulgâcher :)

En fait, sur ce dernier tiers, j'ai eu l'impression de lire la fin d'une autre histoire, comme si Adrien Tomas avait changé d'idée en cours d'écriture. Or, je pense qu'un auteur qui réussi son coup peut faire gober n'importe quoi au lecteur. Absolument n'importe quoi. Mais là, ça ne passe pas, pour moi.

J'ai aussi trouvé que beaucoup (trop) d'informations passaient dans les dialogues et ça m'a parfois paru pas très naturel (surtout dans les premières pages (ce que je peux comprendre étant donné le type de narration, mais qui est quand même parfois un peu lourd)).

C'est d'autant plus dommage que les deux premiers tiers étaient vraiment sympa tout de même, même si j'aurais davantage aimé voir les deux héros mêler leurs capacités plutôt que voir simplement le résultat de leur travail. C'est aussi d'autant plus dommage que la plume est bonne, fluide, avec du vocabulaire ; bref : que le style fonctionne.

Mais pour moi, il y a un vrai problème de traitement des thématiques, et de la fin complètement... sortie de nulle part ! Ça m'a un peu donné l'impression d'une histoire pas aboutie. D'autant qu'à la fin on nous parle du "monde" puis trois paragraphe plus tard du "monde connu". Or, ce concept de "monde connu" n'est pas je pense quelque chose qu'on peut utiliser comme ça, "pour faire genre", mais bien un concept important pour placer notre univers (et d'ailleurs Pierre Grimbert le manie à la perfection dans le Cycle de Ji). Bien sûr, vous pourriez me répondre que c'est anecdotique, et en un sens c'est vrai. Mais en un certain autre sens je trouve que c'est aussi une sorte "d'indice" sur le fait que ce roman a un problème.

Pour autant, Adrien Tomas a sorti il y a peu un autre roman dans le même univers (qui je pense se passe plusieurs années plus tard étant donné les informations données sur la quatrième de couverture), et il est d'ores et déjà dans ma liste de mes prochains achats. Tout simplement parce que j'ai quand même passé un bon moment pendant la majeure partie du premier livre et que je voudrais redonner sa chance à cet auteur. Parce que même si j'ai beaucoup critiqué, il y a quand même des choses sympa.

Les Fourberies de l'amour – Georgette Heyer


Pour rendre service à sa mère criblée de dettes, Evelyn Denvill, dandy désinvolte, accepte de jouer la comédie de l'amour à Cressida Stavely, issue d'une famille fortunée, dans l'espoir de restaurer les finances familiales. Mais le soir où un dîner est donné en son honneur par la famille de sa fiancée, Evelyn disparaît. Son frère jumeau, Christopher, accepte de le remplacer à cette réception. Et comme le hasard fait bien les choses, le jeune homme n'est pas insensible au charme de la ravissante fiancée de son frère…

On ne se moque pas ! :P Oui, j'ai lu une pure romance. C'était ma première de toute ma vie, même si j'aime beaucoup les histoires amoureuses en intrigue secondaire. J'avais besoin de quelque chose de léger, de sympa, de pas prise de tête, et comme je suis tombée dessus dans les rayonnages des livres à vendre d'une bibliothèque pas loin de chez moi et que je l'ai eu pour deux euros, il n'y avait vraiment aucune raison de se priver !

J'ai beaucoup aimé ! Il y a énormément de dialogues (presque que ça, d'ailleurs, et c'est quasiment du théâtre) et presque pas de descriptions psychologiques ou de lieux. Ça demande un petit temps d'adaptation quand on ne s'y attend pas ; mais une fois que l'on a compris le principe, ça coule tout seul !

On suit des personnages un peu frappadingues, quand même, surtout la mère des jumeaux. Elle passe pour une gentille bécasse un peu déconnectée mais pourtant est assez attachante dans son genre (et termine par une petite manipulation gentillette qui démontre qu'elle n'est pas si bête qu'on pourrait le penser :P).

En réalité, on suit moins la vie amoureuse des personnages que la résolution de l'imbroglio dans lequel ils se sont fourrés et de la raison pour laquelle Evelyn a disparu.

Certains dialogues sont franchement drôle ! J'ai passé un super moment absolument comme je l'avais prévu : mignon, léger, pas prise de tête !


Contes pour jeunes filles intrépides : Des quatre coins du monde
– Praline Gay-Para


Après le succès des recueils Contes curieux des quatre coins du monde (Babel n° 818) et Contes très merveilleux des quatre coins du monde (Babel n° 1258), Praline Gay-Para nous offre une savoureuse sélection de récits et légendes du monde entier dont les héros sont des héroïnes : princesses, paysannes ou jeunes filles en fleur, épouses, grands-mères ou enfants, elles brillent par leur ingéniosité, leur indépendance, leur courage, leur audace.

J'avais déjà lu un recueil de cette conteuse et rassembleuse de contes et j'étais bien décidée à en lire d'autres ! Je me suis donc lancée dans celui-ci. Si je n'ai pas toujours vue en quoi les héroïnes brillaient, j'ai bien aimé ces histoires souvent assez surprenantes qui nous amènent sur plusieurs continents. La plume est agréable.

J'ai juste un bémol, en réalité. Sur l'un des contes, provenu du Yémen, la fin a été modifiée. Je trouve que ça se sent étant donné l'origine du conte et le fait que l'histoire s'inscrive dans un contexte religieux fort. Ou alors est-ce parce que le sort des Mille et Une Nuits et que jamais un conte de ce genre ne s'est fini comme ça ? En fait, modifier la fin d'un conte ne me dérange pas en soi, bien au contraire : les contes vivent, ils sont sans cesse modifiés par les conteurs, et le public valide ou pas ces modifications, qui perdurent ou disparaissent au profit d'autres variantes colportées par d'autres conteurs.

La fin créée par Praline Gay-Para est plutôt maline et sympa, et ne pose pas de problème non plus en soi ! Mais, en fait, je trouve qu'elle ne sonne pas très réaliste étant donné la provenance de l'histoire et, éduquée par Les Mille et Une Nuits, j'avais deviné la vraie fin avant de lire le mot de la conteuse dans les annexes. Cependant je reconnais deux choses : premièrement, sans ma lecture précédente je n'aurais sans doute rien remarqué ; deuxièmement : un conte n'a pas à être réaliste dans la mesure où c'est un conte. Mais tout de même, je ne suis pas bien sûre que la fin colle bien à ce type de conte. Même si je comprends, dans le propos de Praline Gay-Para, pourquoi elle l'a modifié !

À part cette seule remarque, rien à signaler ! On a effectivement des héroïnes inventives et débrouillardes, et même certaines qui prennent les armes ! :)


Dame Merveille et autres contes d'Égypte
– Praline Gay-Para


Beautés silencieuses, vizirs félons, nomades rusés ou reines infanticides, toutes les figures des légendes orientales se trouvent réunies dans ces contes cruels, tendres, drôles ou grinçants.
Puisant dans le fonds traditionnel mondial, conformes à la "morphologie du conte", ces textes néanmoins sont spécifiquement égyptiens : ici, les femmes aiment la magie, les pauvres fument du haschisch à la lueur des bougies, les crânes humains tiennent leurs macabres promesses, et les tricheurs signent des pactes avec le diable.
Recueillis par une conteuse, traduits de l’arabe ou adaptés par elle, les contes d’Égypte que voilà ont été mis en bouche : de l’oralité, ils ont gardé la vivacité et la fraîcheur, mais aussi la force.

Ces contes, écrits au présent, sont souvent assez acides et inattendus ! Certains motifs bien connus (du genre de la pantoufle de Cendrillon) sont présents mais utilisés d'une manière surprenante et parfois déroutante !

J'ai beaucoup aimé cette lecture, et je crois même que je l'ai fini en une traite ! J'ai beaucoup aimé les personnages et leurs histoires qui ont parfois le parfum des Mille et Une Nuits ; ce qui n'a rien de vraiment étonnant puisque l'on se trouve dans la même région du monde !


Le Chœur des dragons
, tome 1 : Le Fléau des Rois – Jenn Lyons


Kihrin a grandi dans les quartiers pauvres de la Cité capitale. Voleur et fils de ménestrel élevé dans une maison close, il a été bercé par les fables évoquant des princes disparus et des aventures trépidantes. Lorsqu’il est malgré lui désigné comme le fils perdu d’un seigneur cruel et corrompu, Kihrin se retrouve à la merci des querelles de pouvoir et des ambitions politiques qui animent sa nouvelle famille.
Quasi prisonnier, Kihrin découvre qu’être un prince disparu n’a pas grand-chose à voir avec les histoires des ménestrels. D’ailleurs, il s’avère que celles-ci lui ont bien menti : sur les dragons, les démons, les dieux, les prophéties… et l’idée que le héros gagne toujours à la fin.
Peut-être Kihrin n’est-il pas ce héros, finalement. Car il n’a pas pour destin de sauver le monde… mais de le détruire.

Alors... Comme pour Engrenages et sortilèges, il y a beaucoup de choses à dire et je ne sais même pas par quel bout je vais prendre ce casse-tête... Le mieux serait déjà que je commence par le début : ce livre m'a interpelée en premier de par sa couverture épurée, très différente des autres couvertures de chez Bragelonne. Ensuite, le résumé m'a bien plu. Mais je ne voulais pas série, alors j'ai laissé tomber. Puis finalement... ben finalement j'avais bien envie de tenter l'aventure quand même. Alors je me suis lancée. Puis, si on me promet des dragons, c'est difficile de résister :P

D'abord, il faut signaler l'originalité de la mise en scène. Pendant la majeure partie du livre, il y a une sorte de récit-cadre : Kihrin est prisonnier, Serre est sa gardienne, et elle le fait raconter son histoire pour tromper l'ennui. Mais comme Kihrin ne commence pas à l'endroit qu'elle considère être le vrai début, ils s'échangent des tours de parole, ce qui fait que l'on a deux temporalités en parallèle. Le récit est rapporté par un personnage qui écrit la "retranscription" et fournit donc des compléments avec des notes de bas de page. Au début, quand j'ai vu ces notes, j'ai pris un peu peur, mais finalement ça marche très bien !

Au contraire du roman d'Adrien Tomas, j'ai un peu galéré dans les deux premiers tiers, mais le dernier est dynamique, bien tourné, tout roule !

Plusieurs fois pendant ma lecture je me suis demandée si je n'allais pas lâcher l'affaire. Non pas que ça ne m'intéressait pas ou que la plume est mauvaise, loin de là ! Mais parfois le "montrez, ne dites pas" est assez abscons. Il y a aussi des petites erreurs. Par exemple dans une note de bas de page notre transcripteur dit qu'il est bizarre de lire une description de lui-même. Sauf que lui l'entend, puisqu'il travaille à partir de la réécoute de la conversation... Puis Kihrin commence à vouvoyer son auditoire, alors que dès la première page, dans son dialogue avec Serre, il la tutoie (je ne saurais pas dire si c'est une erreur de l'autrice ou de la traduction). Et puis il y a aussi des coquilles ici et là qui ont tendance à me hérisser le poil. Tout ça mis bout à bout fait que je me suis posée des questions.

Surtout que l'ambiance du début, si on n'est pas dans l'atmosphère gluante de la dark fantasy, n'est quand même pas très loin et, plus que ça, l'appétit sexuel d'un héros qui a entre quinze et seize ans pendant la majeure partie du récit m'a un peu... choquée ? perturbée ? Je veux dire, je veux bien qu'il ait grandi dans un bordel, mais quand même... ceci dit on ne voit rien ! Il n'y a pas de scènes de sexes toutes les deux pages (j'aurais refermé, sinon), c'est davantage suggéré ou rapporté. Mais j'ai quand même été mal à l'aise du fait du jeune âge du personnage. Peut-être est-ce à cause de mon rapport assez compliqué à la sexualité, ou alors parce que c'était, précisément, le but de l'autrice.

D'autant que les thèmes qui sous-tendent le récit tournent autour de la sexualité, l'orientation sexuelle, les violences sexistes et sexuelles, le consentement (par la question sexuelle ou pas, d'ailleurs), et même le détournement de mineurs. Jenn Lyons traite des sujets graves. Et ça marche. Ce n'est pas "trop", ce n'est pas "glauque pour être glauque" : ça sous-tend l'histoire. On comprend les messages que veut faire passer l'autrice (non, je ne confonds pas auteur et narrateur). On les sent d'ailleurs un peu trop parfois. À trois ou quatre reprises, je me suis fait cette réflexion que l'on ne parlait plus de cet univers ou à ces personnages mais que l'on parlait au lecteur humain de la Terre au XXIè siècle. Ça m'a fait tiquer et sortir de ma lecture. Or, s'il y a bien une chose que je déteste c'est d'être sortie de ma lecture. Surtout quand la cause de cette éjection de l'histoire est la lecture elle-même.

Je comprends que ces thèmes soient abordés de manière directe : ils sont des thèmes importants du livre et ils doivent donc être traités sans détour. Je comprends aussi qu'il soit d'autant plus important de traiter ce genre de thématique de manière juste (dans le sens de la justesse) et appropriée pour démontrer que l'on peut écrire une bonne histoire sans répandre la culture du viol. Cependant, quelques discussions entre les personnages y vont trop avec les gros sabots, je pense (surtout la discussion de la fin entre Jabel et Kihrin qui se rapporte au thème de la "princesse en détresse") et du coup on sait que l'on parle ici davantage de nous que de l'univers du roman. C'est peut-être l'objectif de l'autrice, mais je trouve ça dommage de ne pas être un tout petit peu plus subtile, juste histoire de faire passer le message sans sortir le lecteur averti de sa lecture (ou même le lecteur non-averti qui risque de lever les yeux au ciel en mode "oui, c'est bon, on a compris" excédé).

Il est difficile de comparer ce livre avec le roman d'Adrien Tomas parce que celui d'Adrien Tomas est un roman Jeunesse et que donc on n'attend pas le même public, comme on ne peut montrer le même degré de violence, etc. Mais Jenn Lyons démontre que l'on peut traiter les sujets lourds, graves, en montrant plutôt qu'en disant, et sans laisser cette impression de donner la morale (à moins que ça ne soit parce que je me reconnais plus dans le message de ce livre que dans l'autre ? je ne suis pas vraiment une gauchiste dans l'âme... (même si les régimes totalitaires, c'est la merde, on s'entend !)). Je pense que ça vient du fait que les personnages et l'histoire elle-même sont beaucoup plus ambivalents. À part le fait que la violence des femmes est présentée comme une vengeance (justifiée) alors que celle des protagonistes vient juste du fait qu'ils veulent le pouvoir (ceci dit, je suis obligée de me nuancer moi-même : on frôle la dark fantasy, donc c'est normal), les personnages ne sont pas "bons" ou "mauvais". Ils ont leurs parts d'ombres, leurs qualités, leurs traumatismes. La frontière entre le Bien et le Mal est floutée, surtout à la fin du tome. Ce n'est ni manichéen, ni caricatural. C'est le Bien contre le Mal mais pas "les gentils" contre "les méchants". C'est une nuance importante à mes yeux.

J'ai parfois eu un peu de mal avec les histoires dynastiques... je crois bien que j'ai pas tout compris (en même temps, lire jusqu'à 23h-minuit (ce qui est vraiment super tard pour moi) n'a pas vraiment dû aider).

J'ai aussi trouvé que parfois c'était difficile de me représenter les âges des personnages. Par exemple Kihrin est censé avoir seize ans mais est beaucoup, beaucoup plus mature (étant donné son parcours ce n'est pas très étonnant, en même temps). Mais les catégories d'âges de beaucoup d'autres personnages ne sont pas signalées et j'ai trouvé ça difficile, du coup, de me les représenter.

Peut-être que mes réserves et mon avis si mitigé, en fin de compte, alors que c'est au final une lecture que j'ai plutôt appréciée, vient aussi du fait que la communication de Bragelonne autour de ce roman est dithyrambique. Du coup, je me suis attendue à un "effet wahou", je pense (alors qu'il n'y a pas plus subjectif que ça !) ou du moins à un truc extraordinaire. D'un côté, quand j'ai lu qu'il y avait déjà une série télé de prévue, je me suis dit "oula" dans le sens : OK, ça a plu parce que c'est du truc où il y a tout ce qu'il faut : de la trahison, des secrets, de l'action, etc. En fait, pas tant, mais du coup je suis partie un peu sur des œufs, avec quand même cette idée en tête que ça devrait me souffler. Et du coup... ben... face à des coquilles, des trucs parfois pas trop bien menés (des "montrez, ne dites pas" un peu obscures, par exemple), je suis assez mitigée. Alors que peut-être n'aurais-je pas été si sévère sans cette promesse d'extraordinaire qui m'a été faite.

La fin est telle que l'on pourrait s'arrêter là. Ce n'est pas un cliff-hanger qui fait sursauter et crée un avide désir à savoir la suite. Je pense donc en profiter pour effectivement m'arrêter là pour le moment. Pas à cause de l'histoire, de mon malaise face à Kihrin (d'ailleurs, le dernier tiers est purgé des questions sexuelles et l'ambiance est moins glauque, ce qui fait beaucoup de bien) mais simplement parce que je pense que ce n'est pas ce que j'ai besoin de lire actuellement. Je vous en reparlerai mais mes émotions sont assez instables en ce moment et je suis une vraie éponge donc j'ai besoin de choses un peu plus légères (comme Les Fourberies de l'amour mwahahaha !). Le tome 2 est déjà sorti. Je pense que j'attendrais qu'ils sortent tous pour m'y remettre (je crois qu'il s'agit d'une tétralogie déjà quasiment entièrement sortie en VO). D'autant que c'est une histoire de prophétie, etc. et même si c'est bien mené, ce n'est pas ce que j'ai envie de lire en ce moment.

Dans tous les cas, si vous voulez une bonne fantasy (parce que ça reste une bonne fantasy malgré mes quelques remarques) sans risquer de lire des scènes qui s'enlisent dans la culture du viol, vous pouvez y aller ! :)


Voilà !
Et vous ? Que lisez-vous en ce moment ?