vendredi 11 juin 2021

Mes 5 derniers livres lus (n°7)

Me voilà pour une nouvelle série de chroniques ! :) Il y a du très bon et du moins bon, mais surtout du bon ! :) C'est un peu moins diversifié que les fois précédentes, mais j'espère que vous trouverez tout de même votre bonheur !

Pour ne rien vous cacher, j'avais super hâte de vous partager tout ça !

Dragons et mécanismes
– Adrien Tomas

Dague est voleur et espion. Il vit de cambriolages et de petits larcins. Alors qu’il est en mission de surveillance, il assiste à l’agression de Mira, une étrangère qui a fui son pays suite à un coup d’Etat. L’adolescente est archiduchesse, poursuivie par un tyran qui veut l’épouser et s’accaparer ses talents. Car elle fait partie des mécanomages, des sorciers capables de combiner leurs pouvoirs à de savants montages d'ingéniérie mécanique. En sauvant Mira, Dague est blessé, et les deux jeunes gens sont d’abord contraints de se cacher. Mais l’aristocrate est déterminée. Pour échapper à son ennemi et – accessoirement – tenter de récupérer le trône d’Asthénocle auquel elle peut prétendre, elle est résolue à s’enfoncer au cœur de la jungle. Un territoire hostile, quasi inexploré, et peuplé de dragons sanguinaires.

Bon. J'avais dit après Engrenages et sortilèges que j'allai donner une nouvelle chance à cet auteur parce que les deux premiers tiers du livre et les héros étaient sympa mais… si je n'ai pas eu la même impression très dérangeante d'un manichéisme poussé à fond, ça reste un roman… mauvais. Je suis toujours un peu réticente à utiliser les grands mots parce que j'écris moi-même, donc je sais le travail que ça demande, les heures que l'on passe dessus, et je pense que je ne vivrais pas très bien qu'on me dise que l'histoire sur laquelle j'ai passée autant d'heures avec autant d'amour soit mauvaise. Mais là : c'est juste mauvais.

Les deux personnages principaux sont assez sympa, mais pas autant que dans le premier opus, ce qui enlève tout le charme qui sauvait ledit premier opus. Quant au reste… On a un Arlov complètement caricatural et manichéen, qui ressemble à un personnage de manga shônen, mais sans toute la profondeur des méchants de manga.

Un méchant de manga, on sait toujours pourquoi il est méchant et on a toujours une petite prise de sensibilité. Par exemple, dans certains les méchants sont en fait devenus fous à cause d'un traumatisme. Dans d'autres, les méchants agissent mal pour des buts louables. Dans d'autres encore, des immortels s'ennuient ferme de l'éternité et cherchent un peu par tous les moyens à se divertir. Peu importent les raisons : on sait toujours pourquoi le méchant est méchant, pourquoi il se comporte comme un salopard, pourquoi il aime tuer des gens et pourquoi il veut le pouvoir. Les raisons peuvent être clichées ou un peu plus originales, on s'en fiche complètement : on a besoin d'une raison, et on l'a.

Là, avec Arlov, on peut penser à un méchant de manga avec son côté excessif, frappadingue et dégénéré, mais sans le fond derrière. Arlov est terriblement creux et c'est ce trou béant dans sa personnalité qui le rend irrémédiablement manichéen et caricatural. Or, si avec de bons personnages on fait une bonne histoire, avec un bon méchant (on lui préférera même "antagoniste" si on veut souligner le fait qu'il n'est pas forcément du côté des Forces du Mal) on fait une excellente histoire.

Ensuite, je me suis à un moment fait la réflexion que c'était un peu long à démarrer, sans que ce soit justifié derrière par le besoin de mettre des choses en place. En tout cas je n'ai pas eu l'impression de rouages bien agencés où on se dirait à la fin "ah mais oui parce que…!"

Adrien Tomas a aussi voulu traiter trop de choses. Du coup, deux problèmes en découlent : on garde une impression de creux, puisque rien n'est vraiment traité à fond ni même bien traité ; et ça s'empile sans logique avec cette impression de partir dans tous les sens dans l'anarchie la plus totale.

En plus de la poursuite d'Arlov, on a : un autre méchant lancé dans une quête de destruction pas plus convaincante que la celle du premier ; on survole l'amputation de Dague ; on doit traiter son passé, sa vraie famille, son origine ; la question de l'orientation sexuelle, de la transidentité ; une notion d'altérité par les relations avec les dragons ; la réflexion sur les régimes politiques, les tirants, les types qui gouvernent seuls sans écouter les conseillers ; assumer les conséquences de ses décisions ; les choses pas très honnêtes/difficiles que doivent faire les gens du petit peuple pour survivre… C'est juste trop ! Des thèmes sont chassés au profit d'autres, ou apparaissent tout d'un coup au milieu de nulle part. Et dans tout ce fatras Adrien Tomas a décidé de privilégier les questions sociétales (transidentité/genre et régimes politiques) au détriment des questions individuelles, sensibles (l'amputation, la famille).

Sauf que c'est un choix mal assumé. L'amputation est quand même abordée alors qu'elle pourrait tout simplement disparaître du paysage pour ne pas disperser le lecteur : soit on traite bien, soit on ne traite pas, mais le cul entre deux chaises, ça ne fonctionne pas. Comment, en trois jour, un adolescent qui perd son bras peut-il être sur pied, sans les douleurs fantômes, sans la difficulté à se réapproprier son corps…? Caser des handicapés dans les romans ? Formidable ! Mais traiter le sujet n'importe comment fait plus de mal que de bien, à mon humble avis.

Quant au personnage de Shumbi, c'est un rôle, pas un personnage : il sert uniquement à traiter les questions de genre, du coup il est terriblement creux, lui aussi, et ses sentiments à l'égard de Dague ne sont pas développés (pas plus que ceux de Dague pour Shumbi, d'ailleurs, puisqu'il n'a presque l'air de ne s'intéresser qu'à son corps : pardonnez-moi, mais, même si le coup de foudre existe, je ne pense pas que quand on tombe amoureux on tombe amoureux d'un corps). C'est d'autant plus gênant qu'Adrien Tomas sait mettre des sentiments en place, puisqu'il l'a déjà fait dans d'autres romans. Là, il n'en avait sans doute pas le temps : difficile à placer dans moins d'un tiers de livre et quelques jours à peine de récit. Du coup, il en ressort une "relation-prétexte" mal menée, et d'un aspect moralisateur. J'ajouterais que j'avais deviné que Dague et Shumbi se mettraient ensemble, parce que je me suis dit : "y en a qui reprochent aux romans de jamais permettre aux personnages LGBT de rafler la mise en se mettant en couple, donc vu ce qu'Adrien Tomas veut faire passer comme message, il fera ça". Pour moi, c'est un indice de plus que ce roman a un problème : on ne doit pas pouvoir deviner ce qui va se passer en fonction des idées de l'auteur, mais de la psychologie des personnages.

Et surtout, surtout je n'ai pas eu l'impression de lire le narrateur omniscient me rapportant l'histoire, l'univers, les personnages, mais de lire l'auteur me faisant la morale et faisant passer ses idées. J'ai eu l'impression que l'on ne me parlait plus des personnages et de l'univers, mais qu'on me parlait à moi, directement, lectrice du XXIème siècle, de son monde du XXIème siècle. Bien sûr que, quand je lis un roman, y compris de fantasy, je le lis avec tout mon bagage de Française contemporaine de la sortie du livre. Évidemment. Mais je ne dois pas le sentir. Sinon, je ne lis plus un roman : je lis un essai, un manifeste, et je sors de l'univers créé par l'auteur. Or, il n'y a rien que je déteste plus que d'être sortie de ma lecture quand je lis. D'autant plus quand c'est le livre lui-même qui me sort de ma lecture.

J'avais eu un peu le même problème à certains endroits du Fléau des rois mais, au moins, les thèmes traités ne partaient pas dans tous les sens, ils étaient traités sur l'ensemble du livre, ne tombaient pas comme un cheveu sur la soupe, et, si l'on pouvait se dire "elle nous parle à nous", au moins je n'avais pas cette impression de "morale", et c'était circonscrit à des passages très précis, des dialogues notamment, et non sur l'ensemble du récit !

La fin arrive à fond les ballons, et en paraît presque incohérente : pour libérer le dragon il faut incanter des formules magiques, mais pour l'emprisonner il suffit de mettre la clef dans la châsse sans un mot ? Logique. Là encore, pas le choix : notre héroïne est décrite comme une mauvaise mage, donc elle ne pourrait rien incanter de si puissant… Puis une petite incohérence sur le voyage : Shumbi déclare avoir mis deux jours à l'allée, mais ils mettent le double pour le retour ? Ou bien la flaque d'huile étalée devant la porte dans laquelle les méchants sont censés marcher sauf qu'ils ont défoncé ladite porte qui est tombée vers l'avant sur le sol, donc elle devrait empêcher les méchants, précisément, de marcher dedans. Ou ce passage où Dague n'a qu'un bras mais "se met la tête dans les mains". Aïe. Ce n'est presque rien, mais ça agace quand ça vient couronner un fatras de trucs agglomérés sans liaisons. Surtout que, c'est le genre de trucs qu'on finit par repérer quand on lit son manuscrit pour la douzième fois (je le sais, ça m'est arrivé), donc rien d'insoluble.

Quant à l'épilogue, il clôture à toute vitesse le devenir des personnages, comme attendu, mais précise aussi les buts du second méchant. Buts qui paraissent tellement dérisoires que ça en est ridicule. L'objectif d'Adrien Tomas est bien sûr qu'on se dise "mais ce méchant est vraiment stupide !", mais je me suis plutôt dit "OK, ben, comme le reste, l'auteur a fait n'imp'". Pour moi, c'était une info à mettre dans le corps du récit. Ou alors dans l'épilogue, mais d'une meilleure manière.

Du coup, au contraire du premier opus, au lieu d'avoir les problèmes principaux dans le dernier tiers d'une manière décuplée, on les a un peu partout en plus lancinant, ce qui fait que je n'ai jamais vraiment été emportée dans l'histoire…

Je ne comprends même pas pourquoi des critiques sur Babelio mettent cinq étoiles… Je sais que c'est méchant de dire ça, et je comprends qu'on n'ait pas tous les mêmes goûts. Mais là ça dépasse la question des goûts et des couleurs : l'histoire est mal construite, et les personnages complètement archétypaux.

Vous l'aurez donc compris, c'était ma dernière tentative sur Adrien Tomas. Je jette l'éponge. Pour moi, ce n'est "pas au niveau". Je sais que c'est super dur de dire ça, et que si on me disait ça à moi je le vivrais vraiment mal, mais c'est mon ressenti. C'est un roman raté, encore. Donc je passe mon tour. D'autant qu'apparemment, les méchants d'un autre de ses romans Jeunesse sont aussi manichéens, du coup c'est un problème qui a l'air de revenir dans tous ses livres et moi ça me pose un vrai problème du point de vue de mes valeurs les plus ancrées : on n'est jamais tout Blanc ou tout Noir, une crème ou un abject personnage.

Je passe donc mon tour sur cet auteur.

Le Jeu de la Trame
– Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne

Trente-neuf, c’est le nombre de cartes du Jeu de la Trame que Keido, fils du seigneur du Roseau, doit réunir afin de ressusciter sa sœur, morte de l’avoir trop aimé. Et il ne laissera rien n’y personne le distraire de son but. Des guerres sauvages du pays des Mille Nuages aux combats contre les pirates sans merci du fleuve Salé en passant par la bataille contre le terrible Ordre des Ananke, Keido ira même jusqu’à franchir la Muraille de Pierre pour se livrer aux brûlures inconnues des Terres de Cendre et affronter les légendaires créatures de feu. Mais que trouvera-t-il au bout du chemin ?

J'ai beaucoup aimé, mais c'est une histoire très triste, qui m'a mise par terre (à moins que je sois trop sensible ?). Le style des auteurs est à la fois précis et poétique, j'ai beaucoup aimé les comparaisons et les métaphores et la manière dont étaient tournées les choses. L'atmosphère est assez gluante. On n'est pas dans la dark fantasy, mais il y a un côté lourd, pesant.

À la fin de chaque arc, Keido reçoit un indice sur où se rendre ensuite, mais sans que ça fasse trop "bah oui, comme par hasard !" ; c'est plus que c'est comme ça et puis c'est tout, comme si on passait à l'étape suivante de sa quête après avoir battu le "grand méchant" du niveau.

Les femmes se succèdent aux côtés de Keido. Je ne sais pas trop quoi penser des scènes de sexe. Elles sont crues. On pourrait se demander ce qu'elles font là et en même temps si elles n'y étaient pas l'histoire ne serait pas tout à fait la même, la personnalité de Keido ne ressortirait peut-être pas autant, et l'atmosphère du livre serait tout à fait différente. Par ailleurs, il y en a moins dans les deux dernières parties (c'est un intégral, donc je devrais plutôt dire les deux derniers tomes). Peut-être que je ne sais pas trop quoi en penser parce que j'ai trop de questionnements autour de la sexualité.

Keido pourrait être qualifié d'anti-héros. Il est impatient, agressif, et sème la mort derrière lui sans se poser de questions, complètement obnubilé par sa quête dans laquelle il s'enferme jusqu'à l'obsession. Comme l'on suit son point de vue, son côté un peu dérangé, ou fou ne ressort que par touches par les yeux des personnages qui l'accompagnent. La fin est intelligemment amenée, tout fonctionne très bien !

Pendant un moment – à peu près tout le roman, en fait – je ne savais pas trop si j'aimais bien Keido. C'est un personnage ambivalent. Mais comme à la fin j'ai versé ma petite larme, je pense qu'au final je me suis plutôt attachée à lui ;) Il faut dire que, malgré ses défauts, son côté un peu détaché du monde dans lequel il est, tout entier dévoué à sa quête, est contrebalancé par le fait qu'il sursaute souvent, a peur, est rusé, mais lâche : bref, il est humain. Ce n'est pas une espèce de grand fort invincible qui bat tout le monde à coups de cartes magiques. C'est pour ça que ça fonctionne.

La fin de chaque tome, bien que rapide, tombe avec précision et n'est pas précipitée. Tout est logique au regard de la psychologie des personnages.

En revanche, j'ai regretté quelques fautes de frappe dans l'édition : des espaces absents, ou des phrases dont il manquait un mot (trois, dans mon souvenir). Mais aussi une petite incohérence : Keido tue son père et la servante avec laquelle il dort (rassurez-vous, je ne divulgâche rien : c'est le point de départ ! :P) mais plus tard il est dit que c'était l'épouse de son père. À un autre moment, je ne sais pas si c'était une incohérence ou un mensonge de la part de l'un ou l'autre des personnages, mais l'histoire de la jeune Ananke diverge. Comme les personnages ont tendance à mentir, la thèse du mensonge d'un personnage se tient.

L'histoire se déroule sur plusieurs années et, comme dans dans Ki et Vandien, j'aurais bien aimé pouvoir savoir avec un peu plus de précision le défilement des années.

En fin de compte, j'ai beaucoup aimé cette lecture assez troublante.

De la Terre à la Lune
et Autour de la Lune – Jules Verne

À la fin de la guerre fédérale des états-Unis, les fanatiques artilleurs du Gun-Club (Club-Canon) de Baltimore sont bien désœuvrés. Un beau jour, le président, Impey Barbicane, leur fait une proposition qui, le premier moment de stupeur passé, est accueillie avec un enthousiasme délirant. Il s'agit de se mettre en communication avec la Lune en lui envoyant un boulet, un énorme projectile qui serait lancé par un gigantesque canon !
Tandis que ce projet inouï est en voie d'exécution, un Parisien, Michel Ardan, un de ces originaux que le Créateur invente dans un moment de fantaisie, et dont il brise aussitôt le moule, télégraphie à Barbicane : "Remplacez obus sphérique par projectile cylindroconique. Partirai dedans..."
Avec ses personnages parfaitement campés, son humour toujours présent, De la Terre à la Lune est une des grandes œuvres de Jules Verne, une de ses plus audacieuses anticipations.

Ça commence avec une idée un peu folle ! Envoyer un boulet sur la lune quand même…! Mais j'ai adoré ! Je suis entrée tout de suite dedans ! J'ai eu plus de mal, peut-être, à bien m'immerger dans la partie autour de la lune parce qu'avec nos connaissances scientifiques actuelles on sait que ce n'est pas trop possible de procéder comme ça pour aller sur la lune, donc c'était un petit peu plus dur. En revanche, j'ai adoré la fin !

C'est souvent drôle, surtout grâce au personnage de Michel Ardan (qui, ma foi, a finalement bien fait d'emporter avec lui des jeux de société !), qui ne comprend rien aux maths (un peu comme moi) et se retrouve enfermé dans un boulet avec deux scientifiques pour qui l'algèbre se lit comme le journal !

J'ai pas tout compris aux questions scientifiques (que voulez-vous, je suis une L, on n'ce refait pas), mais ce que j'ai compris m'a intéressée ; c'est toujours bien écrit et agréable à lire. C'est chouette !

Par contre, je veux pas critiquer Jules Verne, mais il a oublié un truc dans la super organisation de sa capsule : des toilettes. Je sais bien que, dans les romans, on évite de parler de ce genre de choses triviales, mais là les mecs ils partent pour plusieurs jours dans l'espace, dans une petite boîte en aluminium, et y en a pas un qui se demande comment on va évacuer les déchets ? Je veux bien qu'on ouvre une porte pour larguer les trucs inutiles, mais je ne les imagine pas accroupis devant ladite porte, m'voyez. Et comme je suis plutôt stressée pour ce genre de questions, le fait de ne pas avoir de réponse m'a perturbée x)

Le Fort intérieur et la sorcière de l'île Moufle
– Stella Benson

Le regard sans cesse accroché au ciel constellé de bombes allemandes, Sarah Brown n’a pour toute richesse que sa valise, baptisée Humphrey, de bonnes intentions et une bienveillante inefficacité… Mais lorsqu’elle croise la route du fidèle Harold, un balai égaré par une sorcière londonienne, c’est pourtant bien à elle qu’il incombe de le restituer à sa propriétaire. Avec son chien David, Miss Brown découvre alors l’île Moufle, nichée entre la Forêt Enchantée et la Commune de la Faërie, où se dresse une petite maison curieusement nommée « le Fort Intérieur »…

J'ai beaucoup aimé, même si je ne suis pas sûre d'avoir saisi entièrement la conclusion. Peut-être un truc tout bête : on peut être bien en vivant seul. Ou peut-être que j'extrapole pour que ça colle à mes préoccupations actuelles. Quoi qu'il en soit, c'était une lecture très sympa !

J'avais découvert les éditions Callidor lors d'une vente de livres d'une bibliothèques de ma ville, où j'avais trouvé Lud-en-Brume sur un rayonnage. Comme j'avis beaucoup aimé, j'étais allée voir ce que les éditions avaient publié d'autres. Dès que j'ai mis le nez sur le résumé du Fort intérieur, j'ai su que ça allait me plaire !

C'est parfaitement farfelu ! Les personnages sont tous un peu archétypaux et frappadingues, déconnectés, mais les magiciens sont pires que les autres ! Ils sont parfaitement inaptes à vivre en société, un peu à l'Ouest, et en même temps ils donnent parfois l'impression de comprendre plus de choses qu'ils n'en ont l'air. L'écriture sert parfaitement ce côté décalé, de part les comparaisons, par exemple.

L'intrigue est assez diffuse, et même si Stella Benson décrit parfois les sons, j'avais du mal à les "entendre", un peu de manière étouffée et, ajouté aux scènes farfelues, ça donne un peu l'impression d'être dans un rêve, où on sauterait d'une action à une autre de manière à la fois étrange et étrangement logique. La fin est rapide, mais pas précipitée.

Je me suis parfois retrouvée dans les caractéristiques des êtres magiques. De là à penser que je suis une sorcière, il n'y a qu'un pas ;) (ou alors c'est que je suis moi-même parfaitement farfelue, ce qui fort possible !)

Le Cloître des vanités
– Manon Ségur


1231, Occitanie…

Cela fait plus de mille ans que le cloître des vanités attire des âmes gangrenées par le désir et le désespoir. Sernin le bâtisseur, démon à la fois cruel et raffiné, règne en maître dans cette cour ensorcelée. Il a façonné Albeyrac, la fière cité Languedocienne entourant son piège et goûte à présent une retraite bien méritée mêlée de torture, de meurtres et de dégustation de souvenirs volés...Hélas, l’arrivée d’un groupe de prêcheurs Albigeois va tout changer à proximité de son garde-manger. Les Parfaits et Parfaites de la secte cathare risquent de lui saccager son arme favorite par leur foi. Les pouvoirs du démon s’affaiblissent à leur approche, l’empêchant de se débarrasser d’eux par voie directe. Pour ne rien arranger, une des croyantes commence à attirer son attention d’une manière encore inédite, étrangement douloureuse…

Ce roman, je voulais le lire alors qu'il n'avait même pas encore trouvé d'éditeur, c'est vous dire si j'étais contente quand je suis allée retirer ma commande à la librairie ! Il est plus court que ce que je pensais – 250 pages –, du coup, comme je l'ai attaqué une après-midi, je pensais pouvoir le finir le lendemain (je suis une lectrice assez lente). Bon. En vrai, je n'ai pas pu décrocher et j'ai poussé jusqu'à minuit passée pour le finir ! x') C'est une sensation très étrange, d'ailleurs, car ce n'a pas été un empressement passionné à tourner les pages ; c'était un sentiment plus diffus, moins palpable, mais je tournais quand même les pages et, au moment de me coucher je n'ai pas pu le remettre au lendemain : j'ai été hypnotisée. Cependant, il y a quand même des petits bémols, donc on va commencer par-là, comme ça, ce sera fait et on pourra se lancer dans les choses sérieuses ;)

La plume a quelque chose de simple et en même temps je lui ai trouvé un certain mordant qui colle parfaitement à l'histoire ! Seulement, j'ai eu un peu de mal à imaginer parfois les scènes d'action (l'épisode du lustre dans la chapelle de Sernin, et quand l'une de ses proies le met à mal dans son garde-manger, par exemple). Parfois, les pronoms "elle" ou "il" ne trouvaient pas tout de suite à qui se rattacher et je devais lire la phrase plusieurs fois pour comprendre (en même temps, lire après 20h quand j'ai plus les yeux en face des trous n'a pas dû aider). Ou, à d'autres moments, quelque chose n'était pas précisé du coup j'avais du mal à imaginer la scène et je découvrais deux ou trois pages plus loin qu'en fait la petite fille était sur le dos de Sernin, par exemple. J'ai été un peu perturbée, aussi, par le fait que, dans la description des mouvements, la main utilisée, gauche ou droite, était toujours précisée ; parfois, la scène venait naturellement, et parfois je devais réfléchir à quelle main je devais faire lever dans mon esprit. Assez régulièrement, on lit des choses comme "Untel avait raison quand il avait dit que", sans que je parvienne à me souvenir de la conversation, un peu comme si Sernin et moi n'avions pas assisté à la même interaction, c'était un sentiment un peu étrange.

C'est un roman un peu féministe aux entournures, c'était moins violent que chez Adrien Tomas, ça m'a rarement donné l'impression que l'on s'adressait à moi, et ça m'a donc moins dérangée. J'ai mis assez longtemps à réaliser qu'un aspect de l'écriture inclusive était utilisé : le fait de préciser à chaque fois qu'il y a des hommes et des femmes (toutes et tous, Parfaits et Parfaites). Une fois que je m'en suis rendue compte, ça avait tendance à me déconcentrer un peu à chaque fois. Je ne pense pas que ce soit qu'une question d'habitude, plus que j'imaginais déjà des hommes et des femmes, du coup la précision avait peut-être quelque chose de redondant pour mon esprit ("une pierre, c'est gris par défaut", ai-je lu dans un fil de la Communauté Auteur sur Twitter, et il y a un peu de ça) (maintenant, je sais qu'il y a des vrais enjeux de représentations, etc. et j'en ferais peut-être un article bientôt). Ceci dit, ça reste très peu répandu, donc la plume n'est pas alourdie.

À part ces détails (parce que même si la liste peut paraître impressionnante, ça reste des détails !!), j'ai beaucoup aimé ! Je n'ai jamais lu de roman gothique, donc je ne peux pas dire si les codes sont respectés, détournés, ou entre les deux. Je peux juste dire que j'ai apprécié ma lecture. Les personnages sont tout en nuances et j'ai absolument adoré Sernin ! Finalement, pas si méchant démon, qui découvre ce qu'est être humain, l'amitié et l'amour. C'est d'ailleurs un livre sur l'amour plus que sur la recherche de soi, autour de Sernin, mais aussi autour de Hermine. J'ai pas mal pleuré (est-ce qu'on pourrait arrêter de me faire lire des trucs qui font pleurer, siouplaît ? :P), mais ça finit plutôt bien, en fin de compte, donc je n'étais pas totalement au bout du rouleau en refermant le livre ! ;) (Mais ça a dû toucher des cordes en moi parce que je n'ai pas pu m'endormir avant 3h du matin…) 

Les personnages étaient tous un peu attachants à leur manière. Leur évolution est très bien amenée, dans le bon rythme, surtout pour Sernin, ni trop rapide ou trop brusque (et pourtant l'histoire se déroule sur une semaine), ni trop lente et toujours bien dosée !

Dans le déroulé de l'histoire, il y a un petit quelque chose de La Belle et la Bête, un peu détourné ou disons exploré différemment et c'est une chose plutôt sympa à constater ! D'ailleurs, la "morale", si l'on peut l'appeler comme ça, tient un peu du conte, elle aussi.

C'est un petit roman très sympa, que je n'aurais sans doute jamais lu si je n'avais pas été membre d'un forum d'écrivains, donc d'autant plus jolie découverte qu'elle me serait passée entre les doigts en d'autres circonstances !

En revanche, dans l'édition elle-même, quelques coquilles typographiques. Et j'ai eu un peu de mal avec les décors en bas de page, qui ont tendance à alourdir la page, je trouve.

C'est tout :) Si vous aimez les histoires qui finissent bien, un peu sombres, mais pas pesantes, avec de super personnages et une plume agréable vous pouvez y aller ! :) (Je vous encourage à y aller :P)

mercredi 9 juin 2021

Surmonter la peur de conduire

Source – Kelly Lacy
Sur YouTube je suis quelques personnes qui proposent des méditations et des hypnoses. Un jour, l'une d'elle à fait une hypnose sur l'amaxophobie, la peur de conduire, et je me suis dit que de toute évidence j'étais un peu concernée. J'ai écouté l'hypnose, et à un moment je me suis retrouvée au bord des larmes. (Oui, je suis un être sensible, c'est de pire en pire, va vraiment falloir faire quelque chose de toute urgence avant que je me transforme en chouineuse.) Quand je pense à la conduite, je ne fais de crise de panique, ce n'est pas aussi violent que ça, mais je me sens… je ne sais pas trop, "vaseuse" ne serait pas vraiment le bon terme, mais disons un peu stressée, pas sûre de moi, parce que je ne comprends rien.

Je ne comprends rien à la mécanique, je ne comprend rien à l'espace autour de moi (si ça passe ou pas, si les roues arrière vont suivre, si je suis bien placée ou si je vais me prendre les voitures de la file d'à côté…). J'ai aussi quelques problèmes de coordination, donc parfois je frêne en même temps que j'appuie sur l'embrayage, mais je ne m'en rends pas compte. Comme je suis stressée, et qu'il y a beaucoup trop d'informations à regarder pour mon petit cerveau et de trucs à faire (déjà, gérer le passage des vitesses, la coordination avec les pédales, ça a pris trois plombes, mais en plus s'il faut regarder dans les rétroviseurs, surveiller les autres véhicules…!), je me précipite, je panique, je ne sais pas où regarder, donc je panique encore plus. J'ai aussi énormément de mal à me concentrer.

Des fois, je me prends à conduire un peu en "automatique", détachée, comme si le pare-brise était un écran projetant un jeu vidéo. En fait, je crois que j'en avais déjà parlé sur le blog, mais j'ai une petite roue de hamster dans la tête, qui tourne tout le temps, tout le temps, tout le temps. Ce qui me fait mes problèmes de sommeil. Ce qui me fait aussi que parfois, quand je conduis, j'ai la sensation que mon cerveau réfléchis à des tas d'autres trucs en arrière-plan, mais pas à la conduite. Quand c'est pas encore trop marqué, et que j'ai le temps, j'essayais de me répéter un petit mantra (que j'ai à moitié oublié, maintenant) trouvé dans le Traité des Cinq roues de Musashi, et de me recentrer sur mes cinq sens. Mais quand je suis trop paniquée, je ne pense même pas à faire ça (c'est con, c'est au moment où j'en ai le plus besoin).

Il y a quelques temps, j'ai eu mon permis. Donc j'ai commencé à conduire avec ma sœur à côté, sauf qu'elle est très stressante. Donc, j'ai commencé à conduire avec mon père. C'est un peu mieux, mais comme il a pas les pédales, ça me stresse, ses remarques me stressent (même s'il est patient et tout), et comme j'ai déjà du mal à me concentrer, c'est encore pire. Du coup, la dernière fois que j'ai conduis avec lui, j'ai fait n'importe quoi, et en me garant entre deux voitures je m'en suis pris une. Le pire c'est que, en regardant toutes les places vides au fond du parking avant de commencer la manœuvre, dans mon préconscient une petite voix m'a soufflé que me garer là-bas serait mieux. Puis après je me suis dit "nan, c'est bon, ça va le faire". Moralité : quand je n'écoute pas mon instinct tout tourne toujours mal. Je le sais depuis des années et j'arrive quand même encore à me faire avoir. Grande championne. Bref. 

C'est à ce moment-là que j'ai commencé à reprendre des heures de perfectionnement. La dame est très gentille, elle me donne des repères mieux que mes anciens moniteurs pour que je puisse bien me garer, bien savoir si ça passe, et tout. Sauf que, quand je panique, je panique : donc je ne sais plus où regarder, et je fais tout vite comme si une partie de moi voulait prouver que je sais conduire (alors que je ne sais pas conduire, donc je devrais m'arrêter régulièrement, dans une manœuvre par exemple, pour bien tout vérifier de partout). Ça s'est encore vérifié à mon heure de conduite ce matin. Faut dire aussi qu'avec seulement trois heures de sommeil, c'est un peu plus compliqué que d'habitude de ne pas faire n'importe quoi. Je pense que j'ai un peu énervé la monitrice, la pauvre.

En fait, je suis désemparée.
Complètement perdue.

Le jour du permis, à la fin, quand je suis sortie de la voiture, j'étais certaine que je ne l'avais pas, parce que l'examinatrice m'avait fait des remarques, et aussi qu'au début elle voulait avancer l'examen, puis quand elle a vu que j'avais pas confiance elle l'a remis à l'heure normale. Si un examinateur sent que tu n'as pas confiance, je crois qu'il peut ne pas te donner le permis. Donc moi, j'étais sûre que je ne l'avais pas. Quand j'ai eu les résultats, et que je l'ai eu, ça avait un côté un peu irréel, comme s'ils s'étaient trompés de personne. Je crois que, malgré mon petit papier rose, je n'ai toujours pas intégré que j'ai le permis, ou alors je considère que je ne le mérite pas, que je l'ai eu dans un paquet de Miel Pops, et du coup ça ne m'aide pas vraiment à avoir confiance.

J'ai essayé de trouver des petites hypnoses ou des méditations. Ça m'aide sur le coup, mais c'est plus dur dans la longueur, surtout les jours où le moral est moins là (comme aujourd'hui…) parce que toutes mes peurs et mes insuffisances se mélangent. J'ai dormi 3h cette nuit, je suis claquée, mais je dois avoir cumulé seulement 1h de sieste sur mes deux tentatives. Sachant qu'un humain normal a besoin de de 7h, et que moi j'ai besoin de neuf. Et que je dois me lever demain pour aller à un entretien d'embauche (enfin, me lever… vu que je dors mal en ce moment, de toute façon…).

C'est à deux heures trente de ma ville. Je voulais prendre le train ; mon père a proposé de m'emmener. Du coup, c'est moi qui conduit sur une partie du retour. Génial. Ça me stresse encore plus. Va falloir que je négocie de conduire moins d'une heure. Surtout si j'ai pas rattrapé mon sommeil. J'ai déjà failli me prendre un muret de séparation des voies, une fois, juste parce qu'en regardant ailleurs j'avais tourné le volant sans m'en rendre compte. Donc si la fatigue se mêle à la partie, on va bien s'amuser.

Je ne sais plus trop par quel bout prendre le truc, en fait. Ma monitrice de perfectionnement est vraiment sympa, elle m'explique tout bien et elle me dit que c'est pas si pire que ce à quoi elle s'était attendue quand on lui avait présenté la situation ; mais en même temps des fois elle me reprend sur des trucs pour lesquels elle ne devrait pas avoir à le faire pour quelqu'un qui a déjà son permis. Moi, c'est ça que je regarde, pas les encouragements un peu creux qu'on me donne. Les hypnoses et méditations, je sens bien que ça me donne un coup de fouet, mais quand le moral est pas là…

Et puis, si je trouve une alternance, comme je serais journaliste, je devrais partir en reportage. Conduire. Toute seule. Rien que cette idée me stresse. Dans un monde de brute de gens qui s'impatientent et qui te klaxonnent. Et comme j'ai une manie à vouloir être trop honnête (on a les défauts de ses qualités), j'ai dit à une recruteuse que je prenais des heures de perfectionnements (alors qu'en plus c'était même pas le sujet : elle me demandait juste quand j'étais dispo). Et c'est en disant ce genre de choses que je pense pouvoir obtenir le poste. Tout va bien. En même temps, vu le score que j'ai fait à un test de psychologie sur l'estime de soi…

Je suis perdue complet.
Faut dire aussi que conduire ne m'a jamais intéressée. Pour passer le code j'avais déjà dû agir sur ma façon de voir les choses (appraisal, "évaluation") en utilisant mes cours de psychologie du sport, pour monter ma motivation. Je n'aime pas conduire, ça me stresse, ça me fait peur. C'est simple, j'ai peur de tout : les routes à double-sens, les ronds-points, les camions, les bus, les gens, de rouler à plus de cinquante, de me prendre les voitures garées le long de la route… Je ne maîtrise pas la voiture, je ne comprends pas, c'est trop complexe, on dirait un cockpit de vaisseau spatial (Thomas Pesquet, si tu passes par-là, ne te moque pas trop, s'il te plaît xP).

Donc, j'en suis là. À me dire que je ne suis pas faite pour conduire et que je n'y arriverais jamais.

Et vous ? Aimez-vous conduire ?

mercredi 2 juin 2021

Démence

Source – Mariana Montrazi
C'est un article que je pense faire depuis longtemps, presque depuis l'ouverture du blog, même, je pense bien ; mais je l'ai toujours repoussé parce que ce n'était pas le bon moment ou que je ne savais pas comment m'y prendre. Peut-être que dans le fond ça me fait un peu peur – ce qui est très bête parce qu'au final il n'y a rien de fou, c'est juste une peur comme toutes les autres, toutes celles que j'ai abordées sur ce blog. Le fait est que, si j'ai du mal à prendre soin de mon corps (c'était une bonne résolution pour 2021, on est déjà à la moitié de l'année et je n'ai rien amélioré de concret en ce sens, d'ailleurs) et que me maltraiter ne me pose "pas trop de problèmes", c'est différent avec mon esprit. Je songe souvent que, quitte à choisir, en vieillissant, je préférerais ne plus pouvoir me lever de mon lit pourvu que j'aie encore toute ma tête pour raisonner. J'ai très peur de "perdre la boule".

Du coup, mes insomnies m'inquiètent, parce que le manque de sommeil cause des dommages au cerveau. Donc, quand je dors vraiment très peu, je prends peur et je dors encore moins parce que je me dis "oh lala, je fais des dommages à mon cerveau, qu'est-ce que je vais faire, je suis vraiment nulle" (quoique ce n'est pas arrivé depuis longtemps). Dans un autre genre, avant, de me retenais d'éternuer, pour ne pas faire trop bruit, déranger les autres, me faire remarquer, etc. Puis c'est devenu un automatisme, et j'ai fait ça pendant des années. Vous ne m'entendiez jamais faire "atchoum". Un jour, je crois que je suis tombée sur l'interview d'un monsieur dont j'ai oublié le nom et la qualité, mais je crois que c'était un numéro de C à dire sur France 5. Il parlait d'Alzheimer et j'ai appris que, se retenir d'éternuer fait exploser des vaisseaux dans le cerveau, parce qu'il faut bien évacuer la pression quelque part, et que si elle ne peut pas sortir, elle explose à l'intérieur. Du coup, ça peut favoriser Alzheimer. Oups. Depuis ce jour ne me suis plus jamais retenue d'éternuer. D'autant plus qu'il y a Alzheimer dans ma famille du côté de mon père, donc j'aimerais bien que ça ne soit pas pour ma pomme.

Mais la démence, la sénilité, c'est aussi l'état psychologique. Je vous avais déjà parlé du fait que je ressemble à mon père, et que j'ai tendance à m'énerver comme lui. Voyez-vous, son comportement empire. Il se victimise de plus en plus, passe son temps à nous reprocher des choses qu'il fait lui-même, mais nous ne pouvons rien lui reprocher du tout, il s'énerve pour un rien… Dans son blog La Parenthèse psy, Line Mourey avait parlé de l'affirmation de soi et du fait que, quand ce n'était pas équilibré, ça pouvait partir dans la colère. C'est ce qui arrive, je pense. Ça aussi, ça pourrait être pour ma pomme. J'aimerais autant pas, raison pour laquelle j'ai prévu d'aller voir un psy, j'ai même commencé à faire des repérages sur internet, pour regarder les psy dans mes potentielles villes d'alternance. Je sais que j'en ai besoin, pour ça et tout ce dont je peux parler sur ce blog.

Je me demande aussi si mon insécurité intérieure ne me joue pas des tours, alliée avec la fatigue. Il y a quelques temps, un soir, je lisais dans mon lit et tout à coup je vois une coccinelle. Je me suis sérieusement demandé si ce n'était pas une hallucination. Je l'ai mise dehors, avec toujours ce doute, et elle n'est pas partie, elle est restée sur le volet. Je l'ai même re-regardée en me disant "si elle est toujours là, ce n'est pas une hallucination". Elle était toujours là. Mais mon doute aussi. Si ça ne vous est jamais arrivé je peux vous dire que c'est une sensation super déroutante. Un peu comme dans les films, quand le réalisateur fait en sorte qu'on ne sache pas si une chose est vraie ou pas. À un moment, je me suis aussi convaincue que les odeurs de crack qui entraient dans ma chambre (les voisins fument…), comme je les sentais encore en fermant la fenêtre, étaient des hallucinations olfactives parce que j'étais stressée ou "pas bien". Je ne sais même pas si c'est possible, les hallucinations olfactives ! (Bon, je vous rassure, ma sœur sentait aussi, donc c'était vrai.)

Je songe aussi souvent que, si jamais un jour on m'annonce que j'ai Alzheimer, et qu'à ce moment-là la médecine n'est toujours pas capable de le guérir, j'opterais pour le suicide. Parce que je refuse vraiment de perdre la boule. Plus probablement je demanderais un petit coup de main à quelqu'un, parce que je manque du courage nécessaire pour le faire moi-même (je sais qu'il ne faut pas dire que le suicide est un acte de courage, parce que ça peut encourager les personnes sensibles qui hésitent, mais je ne suis pas journaliste, je suis sur mon blog et je dis mes ressentis tels qu'ils sont ; si quelqu'un lit ces lignes et souhaite mettre fin à ses jours : appelez l'un des numéros des lignes d'écoute !). Il faudrait encore que je trouve quelqu'un en qui j'ai assez confiance, et pour qui ça ne serait pas trop dur. Mais j'espère bien que j'aurais ce genre de personne sous la main dans quelques décennies si jamais le cas devait se présenter !

Ce que je dis peut paraître hyper violent, mais franchement, mourir à petit feu en ne me souvenant de rien ni personne, ne plus être capable d'écrire des romans, faire souffrir tout le monde et ne même plus comprendre le monde qui m'entoure, soyons sérieux, qui voudrait de ça ?

Donc, voilà, j'ai peur de devenir un peu folle. Je crois bien que j'ai davantage peur de devenir folle que peur de mourir. Après tout, ça, on va tous y passer. Mais j'aimerais bien y passer avec toute ma tête. Du coup, quand je ressors un jeu de Memory, et que je ne suis plus aussi bonne que quand j'étais enfant, ça me fait peur aussi (et écrire cet article me donne envie de finir le jeu que j'avais commencé à créer pendant le confinement).

samedi 29 mai 2021

Journal d'écriture, mois 15

Source – KoolShooters
Je n'ai jamais été aussi proche de la fin. Comme je trépignais d'impatience, je n'ai pas attendu les retours sur les extraits corrigés envoyés à une bêta-lectrice, ni la réponse à mon mail d'une autre bêta-lectrice pour faire la relecture chasse-aux-fautes-de-l'orthographe. Et j'en ai trouvée… beaucoup trop ! Et encore, l'une de mes bêta-lectrices était passée par-là ! xP J'ai surtout trouvé des incohérences à en perdre la tête. Vous savez, le genre de petites incohérences qui pètent toute la crédibilité d'une scène ? Genre, une pièce qui se retrouve translatée du premier étage au deuxième comme par magie. Ou ce personnage qui tient une arme cachée dans son manteau "au cas où" mais, trois paragraphes plus loin, portant une main à sa ceinture, ne trouve pas d'arme parce qu'il s'est volontairement désarmé le temps des négociations. Des trucs comme ça, j'ai bien dû en trouver une demi-douzaine. Je ne les ai pas tous retenus (ça vaut peut-être mieux ;P). J'ai aussi commencé à travailler sur le synopsis à joindre lors de la soumission aux maisons d'éditions.

Il y a deux, trois jours une mouche m'a piquée : tiens, si j'envoyais à L'Atalante ? ils ferment le 31 pour un an, c'est maintenant ou jamais. Au début, je n'avais pas prévu de leur envoyer. Déjà, je connais très mal la Maison, ensuite, j'ai du mal à cerner leur ligne éditoriale, et comme j'attendais encore un retour de mail et une relecture d'extrait, j'hésitais, je me disais oui mais non, le manuscrit est pas si pire, je peux bien… mais c'est pas gentil… Je ne voulais pas non plus leur envoyer, au début, parce que je ne voulais pas me presser pour finir mon travail avant la fermeture des soumissions. Mais j'ai fini avant sans me forcer. Alors une mouche m'a piquée, et le doute avec. Au final, ce matin j'avais pris la décision de ne pas envoyer sans avoir d'abord les derniers retours que j'attendais. En ouvrant ma boîte mail je suis tombée sur le mail de ma bêta-lectrice qui me dit qu'elle est moins occupée et va pouvoir s'y mettre, j'ai pris ça comme un signe d'attendre et de ne pas envoyer, mais elle m'a dit d'y aller. Alors si je peux boucler le synopsis avant le 31, j'enverrai.

À vrai dire, j'avais aussi peur d'envoyer parce que j'avais peur de recevoir un oui avant d'avoir pu envoyer à Mnémos (oui, c'est un peu vaniteux, mais que voulez-vous, je suis imparfaite), alors que Mnémos est la Maison que je vise en priorité (oui, pas "dont je rêve" mais "que je vise"). Mais du coup, si ma bêta-lectrice s'y met là, je devrais pouvoir envoyer à Mnémos quasiment dans la foulée, donc du coup aucun risque de recevoir un oui de l'une ou de l'autre longtemps avant la réponse de l'autre ou de l'une.

C'est peut-être bizarre, mais j'ai confiance en mon roman. Surtout que le début est plus réussi que la fin (je crois que malgré mes corrections j'ai quand même un ventre mou…), du coup, si les éditeurs commencent à lire ils iront au bout, je pense. Que si le début était raté, les éditeurs n'auraient sans doute pas très envie de continuer jusqu'à la fin (on se rassure comme on peut). Mais du coup, même si j'ai confiance en mon roman, j'ai très peur du synopsis. Le synopsis, c'est une page de résumé, avec révélation de la fin. Allez résumer 159 676 mots en une page, vous… En vrai, j'ai l'esprit assez synthétique (mon rapport de stage de Master 2 doit faire dix pages), mais il faut quand même bien doser, choisir ce qu'on dit, c'est un peu compliqué. J'ai peur de rater le synopsis, qui est la première chose qu'un éditeur lit, et du coup que le roman ne soit pas lu. (D'ailleurs, j'ai besoin de relecteurs qui ne connaissent pas le roman, donc si une âme charitable passe par-là et veut bien me donner son avis sur le synopsis, ce serait top :D)

En faisant mes corrections, j'ai un peu taillé dans le gras, j'ai enlevé quelques trucs (je pense que je n'ai pas encore enlevé assez du point de vue "détails inutiles", mais mon petit cœur fragile se contracte quand je fais mine d'appuyer sur la touche "supprimer", en mode "nan mais ça en vrai, tu sais, c'est là pour montrer tel truc, alors du coup je peux le laisser ?" xD). Du coup, je suis vexée parce que je suis descendue sous la barre des 160 000 mots, et j'étais contente de les avoir atteints. Mais en vrai l'important c'est d'avoir un roman qui se tient bien, avec la taille dont il a besoin.

Je suis contente d'arriver au bout après presque un an et demi, et de savoir que je vais bientôt pouvoir penser un peu plus sérieusement à Roman 2 même si j'ai déjà pris quelques notes. En réalité, c'est un peu bizarre à dire, mais j'ai peur qu'avoir passé mon temps à corriger ou alors à écrire à la va-vite des projets pas sérieux m'ait fait perdre ma capacité à écrire. Je sais que c'est trop bête comme idée, et que trop la redouter risque justement, par biais de confirmation, de me créer un blocage d'écriture, mais je ne peux pas m'en empêcher. Savoir que Roman 2 a un début déjà écrit il y a quelques années, que j'avais commencé comme une histoire pas sérieuse avant de me rendre compte qu'il y avait de quoi faire, à la fois me rassure parce que je peux me servir de ce qui existe déjà comme impulsion (comme j'ai fait pour Roman 1), et à la fois me terrifie parce que c'est quand même un style très loin d'être parfait, donc je ne sais pas trop encore si je dois réécrire, corriger… J'ai commencé à relire mais je me suis piqué les yeux (et j'avais l'esprit trop sur Roman 1) et je me suis contentée d'aller piocher les infos dont j'avais besoin pour continuer ma réflexion. De toute façon, si je reprends des phrases entières, ce sera assez peu, en fin de compte, parce que j'ai changé pas mal de trucs au niveau de l'intrigue.

J'aimerais bien me préparer sur le mois d'août et commencer à écrire en septembre. J'aimerais maintenir mon objectif d'un premier jet écrit en trois mois. Ce qui fait grosso modo du 1 600 mots par jour, soit du deux heures d'écriture, peut-être un peu plus, par jour. Je pense que c'est tenable avec une bonne routine, si je parviens aussi à réguler convenablement mes heures de sommeil pour ne pas sombrer dans des siestes de deux ou trois heures, et en fonction de mes horaires de travail. Car à la rentrée j'espère bien que j'aurais trouvé une alternance et que je travaillerais, ce qui va compliquer un peu les choses. Du coup, la durée du trajet boulot-dodo va aussi être déterminante, parce qu'une heure d'aller-retour, c'est autant d'écriture en moins. Le mieux serait que je sois à cinq minutes à pied du boulot, mais je l'ai déjà fait et j'ai du mal à bien couper du travail, donc il va falloir trouver le juste milieu (et ça, c'est sans considération pour les questions financières et compagnie).

Si je tiens mon objectif de 1 600 mots par jour pour Roman 2, j'ai évalué que je pouvais finir le roman en un an. De toute façon je suis une écrivain assez lente, donc finir complètement un roman en quatre mois c'est hors de ma portée ! Ça demande aussi de l'expérience que je n'ai pas !

Par contre, écrire mon premier jet de Roman 2 sur septembre-octobre-novembre fait que je ne pourrais pas participer au NaNo de novembre. L'objectif du NaNo, c'est d'écrire un roman de 50 000 mots dans le mois. Donc 1 600 mots par jour. J'avais une idée de livre Jeunesse que je voulais pondre pendant le NaNo, sans pression, mais si je le fais ça va doubler mes objectifs, et je préfère favoriser Roman 2. Donc ça me paraît compliqué. Peut-être que je reporterais sur un camp-NaNo d'Avril ou quelque chose comme ça. Bref.

Les envois pour Roman 1 vont commencer et ça me fait un peu flipper. Je suis déjà paniquée pour ma présentation auteur alors qu'apparemment c'est un truc tout bête ; ça s'annonce bien !

J'ai aussi beaucoup de mal à identifier les Maisons auxquelles je pourrais envoyer mon roman (raison de plus pour ne pas rater l'occasion d'envoyer à L'Atalante, surtout que dans un an je serai à fond sur Roman 2, donc continuer de gérer les envois de Roman 1 sera peut-être un peu compliqué).

On verra bien ce que cela donne !

J'ai une idée d'histoire courte (je ne sais pas écrire les nouvelles, et ce n'est pas non plus un conte, donc ça n'a pas de nom), je pense essayer de l'écrire, parce qu'elle me tourne dans la tête depuis un moment. Peut-être que je publierais sur une plateforme du genre Plume d'Argent. Je pensais à Mont Best Seller, mais ce sont plutôt des textes longs, donc je verrai (déjà, il faut que je décide de la publier, parce que je n'ai jamais publié quoi que ce soit sur internet, à part sur le forum que j'avais créé, mais on n'était vraiment pas nombreux).

Il est possible que ce journal d'écriture soit le dernier puisqu'il devait suivre mon écriture et que j'ai quasiment fini. Peut-être que j'en ouvrirais un autre exprès pour Roman 2, même si le parcours risque d'être le même : j'avance, j'ai des doutes, je me pose des questions, etc., donc ça va faire des redites x) Mais j'aime bien réfléchir aux processus d'écriture. Bref.

Et vous ? Comment avancent vos projets ?

vendredi 14 mai 2021

Introvertie en mal d'isolement

Source – Tatiana Syrikova
Hier, je me suis énervée pour rien, j'ai été hyper agressive juste pour une remarque de ma sœur, en lui disant que je n'avais pas pu entendre, puisque j'avais le casque anti-bruit sur la tête – chose qu'elle ne peut pas savoir puisqu'un mur nous sépare. J'ai explosé pour rien comme mon père. Je me suis choquée moi-même. J'ai l'impression que je vais de moins en moins bien. En même temps, comme je suis toujours un peu instable, c'est difficile de savoir si c'est une tendance globale ou juste une impression née de ce que je suis dans le creux de la vague. Peut-être que je devrais m'acheter un calendrier et faire une "météo intérieure" tous les jours, peut-être recoupée avec mon cycle menstruel (?) ça me permettrait d'essayer de déterminer s'il y a quand même un cycle dans mon humeur, ou si c'est au petit bonheur la chance. Le livre que je lis actuellement a une ambiance assez lourde, et comme je suis une éponge, ça ne doit pas aider non plus. En fait, c'est comme si j'étais incapable de me protéger de l'extérieur et que chaque chose avait un effet décuplé sur mes émotions. Je crois surtout qu'il est temps que toutes ces conneries de Covid s'arrêtent.

Ça fait quasiment un an et demi que je suis chez mes parents, avec ma sœur, et entre mon chômage, celui de mon père, les cours en distanciel de ma sœur, et les divers confinements, on ne peut pas vraiment dire que j'aie eu ma dose de solitude et de silence. On pourrait me dire que c'est facile : suffit d'aller se balader et hop, je suis toute seule. Mais être dans une rue bondée, ce n'est pas vraiment être seule. Et je dois bien avouer aussi que moins j'en fais, moins j'ai envie d'en faire. Cela conjugué à mon éponge intérieure qui se noie dans les livres pour ne pas avoir à réfléchir et voilà le cercle vicieux qui s'installe. Admettre que je me suis laissée enfermer dedans est déjà une bonne chose. Ma petite virée pour passer mes tests d'admission à la formation a aussi eu pour effet de me couper de Twitter, ce qui est une très bonne chose. Me retrouver seule avec moi-même à l'hôtel, manger ce que je veux quand je veux, regarder ce que je veux à télé, et dormir sans les ronflements de la chambre d'à côté m'a fait un bien fou. Le dernier matin, j'ai passé presque deux heures sans rien faire dans un parc, juste à en faire le tour, puis assise dans l'herbe à... attendre. (J'ai quand même failli me faire agresser par une bande de canards outragés que j'aie pris ce qui, apparemment, était leur place.)

Parce que même quand je suis dans ma chambre, me parviennent les bruits des chambres qui flanquent la mienne. La musique à fond, le père qui gueule, la sœur qui rit ou qui parle pour son cours en visio… Le casque anti-bruit (prêté aux élèves de la promo de ma sœur par la prof) est absolument génial et me repose beaucoup, m'isole, assourdi tout, mais est aussi susceptible de créer des problèmes (si on m'appelle, je n'entends pas...).

Et tout ça s'ajoute à mes insomnies, mes rêves glauques et malaisants et mon manque chronique de sommeil. Quand je fais la sieste, ce n'est pas une sieste : je sombre, c'est le trou noir, je tombe trop vite et trop profondément pour rêver.

Je suis introvertie. Profondément. Au point que, pendant l'un de mes semestres de Licence, mon emploi du temps concordant avec celui de mes amies, on passait absolument toute la journée ensemble, même le midi. Ne pas avoir de temps de pause toute seule me pesait. Je leur ai demandé de me laisser manger toute seule (et comme mes amies sont cool, il n'y a pas eu d'histoires du genre "tu nous aimes pas blablabla"). J'aime être seule, dans le silence, j'en ai besoin pour me recentrer, trier mes pensées, réfléchir, retrouver de l'énergie parce que parler aux autres m'épuise. Il faut toujours maîtriser son ton, faire en sorte de ne pas blesser, ne pas répondre à côté, ne pas paraître bizarre à outrance… C'est bizarre ce que j'écris parce que d'un côté je me dis que j'exagère et qu'en écrivant ça je passe pour une grosse asociale, et en même temps c'est sorti tout seul au fil du clavier.

Disons qu'avec les inconnus, ou les vagues connaissances, il faut respecter des règles, des codes. Déjà, tu peux pas dire ou montrer que tu ne vas pas trop, trop bien parce que tout le monde s'en fiche (puis bon, je parle déjà pas de ma vie intérieure à ma famille ou mes amies, donc c'est pas pour l'étaler à des inconnus, mais disons que si t'es pas de bonne humeur, faut quand même faire bonne figure). La question "ça va ?" n'est pas une vraie question : c'est la question qui lance la conversation sur des banalités. En Corée, c'est "est-ce que t'as mangé ?", par exemple. Donc, il faut faire l'effort d'être d'humeur égale et sourire, même quand t'as pas envie d'être là. Bon, moi, je pêche : mes émotions se voient sur ma tronche. Je suis une bonne menteuse mais pas une bonne actrice xD En fait, comment dire… peut-être que le fait qu'écrire ça me paraisse "trop", ou exagéré, c'est parce que c'est devenu un réflexe, une habitude. Peut-être aussi que j'analyse trop. Quand j'arrive dans un groupe un peu important, je scrute, pour analyser qui n'est pas d'accord mais ne le dit pas, ou essayer de comprendre pourquoi Untel se comporte comme ça.
J'ai l'impression que ce que j'écris ne correspond pas tout-à-fait à ce que je ressens, mais j'ai du mal à expliquer mieux.

Au-delà d'un certain nombre de personnes dans un groupe, ça devient trop. Trois ou quatre, ça va encore. Au-delà il y a des sous-discussions, tu ne peux pas tout suivre mais en même temps tout le monde peut te répondre au débotté, et il faut gérer les avis de tout le monde. Ça me prend trop d'énergie de traiter toutes ces informations. Comme un logiciel qui traiterait des informations en arrière-plan et prendrait toute la puissance du processeur. Et puis tu ne peux pas non plus être trop toi-même, surtout quand comme moi tu as la peur du rejet. Disons que… en fait, quand tu es dans un groupe avec des gens que tu ne connais pas, ou peu, des "amis d'amis", si on veut, tu dois être lisse. Parce que le but de tout le monde, c'est de passer un bon moment sans prise de tête, donc si un crétin dit une bêtise plus grosse que lui, tu ne sais jamais trop si tu peux le reprendre ou pas, et sur quel ton, parce que ça va foutre la merde. Les relations sociales, c'est trop dur à gérer. Je ne suis ni spontanée ni naturelle. Je ne suis pas programmée pour les relations sociales. C'est comme… Comme si on était au théâtre et qu'il fallait dire le bon truc au bon moment.

Paradoxalement, j'adore apprendre des techniques pour s'affirmer dans un débat, ou gérer les conflits ; j'aime bien… en fait je crois que j'aime bien analyser, et étudier les groupes dans lesquels je me retrouve, mes camarades de promo, par exemple, ou mes collègues ; j'aime bien essayer de voir comment le groupe fonctionne, quels sont les sous-groupes, quelles sont les règles et pratiques tacites, etc. Un peu comme un zoologue face à une nouvelle espèce. Comme Jane Goodall et ses chimpanzés, v'voyez ? J'aime bien la science des dynamiques de groupes, même si j'ai pas encore acheté le bouquin que j'avais repéré. J'aime être l'observatrice un peu à l'écart, c'est analytique, c'est un raisonnement, il n'y a pas d'affect. Voilà, en fait, j'ai un problème avec les émotions, et la vulnérabilité qui va avec (sans déconner ? On s'en serait pas doutés, Enir !).

Cette dernière année et demie a été pénible, quand je regarde l'état psychologique où j'en suis maintenant, ma fatigue mentale et ma lassitude. Et pourtant je n'avais pas l'impression de mal vivre le premier confinement, par exemple. Peut-être parce que j'ai été en stage tout l'été et que, même si je n'avais pas grand-chose à faire, justement je me disais que si j'avais dû aller au bureau je me serais ennuyée toute la journée, alors que là je pouvais m'occuper, écrire, lire des blogs, etc. Mais n'empêche, être "enfermée" avec ma famille, gérer la susceptibilité de mon père, les reproches permanents qu'il fait à tout le monde, le craquage de nerf de ma sœur, et tous les petits ennuis du quotidien (ronflements, musique à fond, etc.), ça use. C'est au point où je ne descends pas le matin s'il y a "trop de monde" dans la cuisine parce que je ne veux croiser personne et pouvoir prendre mon petit-déj toute seule, sans parler à personne (en plus, j'aime pas parler le matin, mais quand je le dis, on se vexe).

Je crois que j'aurais préféré être toute seule dans un appart'. J'aurais moins mal vécu les choses, je pense, paradoxalement et au contraire de tout un tas d'étudiants. Jeunes qui, d'ailleurs, veulent sortir faire la fête mais ne veulent pas se vacciner. Sérieusement ? Si tu veux pas te vacciner ça doit être que tu peux bien tenir encore un peu sans voir tes amis dans ton studio de 9m², nan ? Je sais que je suis un peu injuste de dire ça, parce qu'on a le droit d'avoir peur d'un vaccin (j'ai fait des convulsions quand j'étais gamine après un vaccin, donc j'aurais des raisons de pas vouloir me faire vacciner) mais sans déconner, les enfants, à un moment donné faudrait savoir ce que vous voulez ! Bref, c'est pas le sujet, je m'emporte toute seule…

Du coup, maintenant, je ne rêve que d'une chose : trouver une alternance et pouvoir déménager, dans un appart' toute seule. Ce sera compliqué si je me retrouve en région parisienne, où la plupart des offres sont des colocations. Il est hors de question que j'aille m'enterrer dans une colocation ; c'est un coup à empirer ma gestion désastreuse de mes émotions, mon sentiment d'insécurité, et à péter un câble. En fait, je crois que je rêve d'une cabane perdue au milieu de la forêt. Ou d'une barque au milieu d'un lac géant. De la mer. Aller élever des rennes dans les steppes mongoles. Grimper tout en haut d'une montagne sans la moindre trace humaine où qu'on porte le regard à l'horizon. Mais comme c'est quand même mal barré pour tout ça, je me conterais d'un appartement sympa dans une ville sympa avec du silence.

jeudi 6 mai 2021

L'escapade, les exams, et quelques nouvelles

Source – Daniel Frese
Puisqu'apparemment mon dernier article du genre (et premier du blog) a été apprécié, je retente le coup d'un article au fil de ma pensée, juste pour donner quelques nouvelles. Je pense aussi que j'en ai besoin, besoin de le publier ce soir, pour boucler la boucle, les trois jours d'escapade, et passer sereinement à autre chose.

La dernière fois je vous avais parlé du fait que j'allais passer des tests d'admission à une formation de journaliste radio en alternance. C'est chose faite. Et je ne sais pas trop quoi en penser, en fait. Ils ne m'ont pas paru hors de portée, mais si je n'ai pas le sentiment d'avoir vraiment raté, je n'ai pas non plus le sentiment d'avoir vraiment réussi. Donc disons que si je n'ai pas la moyenne et que je ne suis pas prise, je serais dégoûtée mais pas surprise. Surtout que le test de repérage de fautes d'orthographe dans un texte était donné (quand les fautes c'est "en fête" à la place de "en fait", "défanseur", "tereur", et autre trucs du genre…) mais j'ai quand même réussi à ne pas voir toutes les fautes et à en rajouter (ou enlever des "s" à "aux mêmes" alors qu'il ne fallait pas… ahem). Du coup… bof.

Certaines questions m'ont fait un peu tiquer, aussi. Comme le fait de devoir remettre dans l'ordre les villes les plus peuplées de France. C'est typiquement le genre de chose inutile à savoir. Disons que, pour citer Guitry : à quoi bon apprendre ce qu'il y a dans les livres, puisque ça y est ? L'important, c'est d'être capable d'identifier le moment où j'ai besoin de cette info et de pouvoir aller la chercher au bon endroit, rapidement. Qu'est-ce que ça peut faire que je ne me souvienne pas de ce que j'ai lu dans mes numéros de National Geographic pourvu que je sois capable de me dire "ah ! mais j'ai lu un truc là-dessus !" et d'aller rechercher l'info ? Il vaut mieux avoir la tête bien faite plutôt que bien pleine, comme disait Montaigne (ce à quoi une mauvaise langue pourrait me rétorquer que c'est la phrase que sortent les ignorants quand ils veulent se dédouaner de ne rien savoir).

J'ai quand même répondu à plus de la moitié des questions, donc je ne devrais pas avoir une note trop catastrophique non plus. Je verrai bien ce que ça donne : réponse début de semaine prochaine, apparemment !

Traverser la France pour me rendre aux tests m'a fatiguée, surtout que j'étais partie avec une migraine (en même temps, quand tu restes sur l'ordi jusqu'à 23h alors que t'es claquée, juste pour terminer une scène d'une histoire à la con où deux personnages se bécotent, forcément…), et pas mal stressée (mon cerveau est parti tout seul dans d'ces trucs !... Comme "peut-être que je devrais prendre un autre pantalon parce que si j'accroche celui-là quelque part et que je l'arrache, je pourrais pas le remplacer et comme les magasins de vêtements ne sont pas ouverts…" et bla bla bla), mais en même temps ça m'a permis de rencontrer mes hypothétiques futurs camarades et même si au final on n'a pas beaucoup fait connaissance parce que je pense qu'on était tous un peu trop stressés pour ça, ça m'a quand même fait du bien de rencontrer des gens, et de parler, même de trucs basiques. Oui, même moi, casanière et introvertie, je commence à saturer de ce Covid, c'est dire ! Avoir de longs moments seule avec moi-même, dans les rues ou à l'hôtel, et pas avec ma famille (j'ai dit que je suis introvertie et que j'ai besoin de solitude ?) m'a aussi fait beaucoup de bien !

La ville était sympa mais fort heureusement je ne recherche pas mon entreprise d'alternance par là-bas : il fait beaucoup trop chaud ! Passé onze heures, c'est trop pour moi ! Vous allez voir que je vais me trouver un petit coin de Finistère où poser mes valises et ce sera parfait ! ;P

En attendant, je ne veux qu'une chose : me couper de l'actualité ! Je l'ai suivie pendant un mois intensif (bon, vu ce que ça a servi je ne sais pas trop si j'ai bien le droit d'utiliser ce mot mais disons que je m'informais environ quatre heures par jour) et ça m'a vaccinée pour un moment ! Je veux juste prendre un livre et lire toute la journée sans m'arrêter pour autre chose que mes besoins biologiques incompressibles ! Et le bouquin a intérêt d'être bien, c'est moi qui vous le dit ! :P J'ai jeté mon dévolu sur Dragons et mécanismes d'Adrien Tomas, pour lequel je suis très méfiante étant donné que j'avais vraiment bloquée sur le livre précédent… Donc on verra bien ! J'aimerais bien le terminer d'ici lundi, comme ça je reprends un rythme un peu plus varié sur un lundi.

J'emmènerais sans doute mon ordinateur au service après vente parce qu'il me fait un peu n'importe quoi depuis que je l'ai acheté. Il avait déjà fait une première visite en SAV mais le mec avait rien vu de particulier… Bon. Ben c'est raté, on est reparti pour un tour ! Ce n'est pas grave : j'ai de quoi lire pour m'occuper ! Par contre, ça veut dire zéro écriture pendant X jours et ça… ça passe moins bien ! Je travaille sur un projet exutoire/expérimentations qui m'est quasiment indispensable actuellement pour calmer mon esprit et juguler un certain nombre de mes tensions psychologiques. Sans compter le roman qui a besoin de la fin de la relecture post-bêta-lecture (j'en suis à la moitié, j'en ai encore pour trois ou quatre heures), puis des corrections qui vont avec… J'aimerais bien qu'on ne m'enlève pas mon outil de travail (tout de suite les grands mots ! :P) pendant des semaines et des semaines. Je vais assez mal le vivre… Pour l'envoi de candidatures pour une entreprise, et les affaires courantes je peux toujours emprunter aux membres de ma famille, mais pour écrire… aïe ! Donc on va croiser les doigts ! Je ne peux pas repousser car j'arrive en fin de garantie.

Voilà pour les nouvelles ! :)
Quoi de neuf de par chez vous ?

(C'est bête mais dans ces articles j'écris un peu plus "oral" et j'ai l'impression de montrer plus de choses de moi qu'habituellement, c'est très bizarre comme sensation.)

vendredi 30 avril 2021

Mes 5 derniers livres lus (n°6)

La vérité c'est que j'avais vraiment troooop hâte de publier cet article. Cette fois j'ai décidé d'écrire mes avis au fur et à mesure de mes lectures et pas tout à la fin, ce qui est beaucoup mieux pour ne pas oublier de dire la moitié des choses et rester dans l'atmosphère de ma lecture !
Je triche parce qu'en réalité il n'y a pas cinq livres mais neuf, notamment à cause d'une petite tétralogie ! ;)


Les Aventures du capitaine Hatteras
– Jules Verne

Avril 1860. L’équipage du Forward embarque pour une expédition secrète à destination d’une région inconnue. Mené par le mystérieux et taciturne capitaine Hatteras, ce voyage haletant les mènera jusque dans les terres hostiles et reculées du Grand Nord, à la rencontre d’Esquimaux et d’ours sauvages. Mais la quête éperdue du capitaine vers le pôle sera semée d’embûches et de dangers et, bientôt, leur survie deviendra un combat de chaque instant.

La dernière fois que j'ai chroniqué un Jules Verne, j'avais dit que les rebondissements et les aventures ne se pressaient pas au portillon. Bon, ben là, il y en a ! Il y en a même plus qu'un homme ne peut le supporter en une vie ! Sans surprise, j'ai absolument adoré ce roman, même si j'ai trouvé peut-être le début un tout petit peu longuet. Mais une fois qu'on est dedans, on est dedans, et on suit l'équipage – ou plutôt ce qu'il en reste – jusqu'au bout de son aventure. Comme d'habitude, la plume de Jules Verne est précise et érudite : lire ce roman c'est prendre une grande bouffée de culture générale !

La fin est assez logique compte tenu du personnage d'Hatteras, mais je l'ai trouvée vraiment très triste, j'étais toute déboussolée... :(

Le Sang des Quatre
– Christopher Golden et Tim Lebbon

Dans le vaste royaume de Quandis, tout le monde est esclave. Certains sont esclaves des dieux ; d’autres, des hommes.
Protégée par les divinités, vivant dans le luxe et le confort, la famille royale s’acquitte de ses devoirs sans états d’âme. Cependant, tous n’apprécient pas les contraintes de leur fonction. Jeune femme à l’ambition dévorante, la princesse Phela refuse de laisser une poignée d’obstacles – parmi lesquels sa mère, la reine et son frère, l’héritier du trône – lui interdire l’accès à la gloire et au pouvoir dont elle rêve de s’emparer.
Tout au bas de l’échelle, à l’opposé de la famille royale, se trouvent les Baju. Pauvres et opprimés, les membres de cette caste misérable n’ont que deux manières d’échapper à la servitude : la prêtrise… ou la mort.

Encore un livre attrapé lors de la vente de la bibliothèque ! Je l'avais croisé en rayons d'une librairie quelques mois plus tôt mais face aux avis mitigés sur Babelio j'avais passé mon chemin. Au final, il me tentait quand même bien donc j'en ai profité !

Je dois dire que je ne sais pas quoi penser de ce livre. D'un côté j'ai plutôt bien aimé l'histoire, d'un autre je ressens une pointe d'indifférence… D'un coté, je me suis laissée parfois emportée par ce que je lisais, d'un autre la plume très monotone, finalement, m'a souvent dérangée et empêchée de rentrer dans l'histoire… Au final… Je ne sais pas. On est loin du "tour de force" ou d'un des "meilleurs romans de ces dix dernières années" comme le promettent les citations en quatrième de couverture, mais en même temps ce n'est pas non plus la catastrophe. Je suis mitigée mais avec le sentiment très bizarre que je ne sais pas où se trouve exactement le problème.

Mais, à ce moment de ma chronique, je suis obligée de dire une chose : j'ai pensé à Ayesha, d'Ange, pendant… tout le roman, en fait. L'ombre de ce roman me poursuit souvent. Là, c'était bien plus qu'une ombre ! Quand on me parle d'esclaves aux yeux bleus rendus esclaves à cause d'une religion (même si ici c'est juste soufflé à deux ou trois endroits, je crois), quand on me parle d'une légende avec un héros censé libérer son peuple, quand me parle de discriminations, de tolérance, je suis obligée de penser à Ayesha, même si finalement Le Sang des Quatre traite les sujets différemment. Donc, mon avis sur ce livre a forcément été influencé par mon coup de foudre intersidéral (qui date quand même d'il y a une dizaine d'années, voire un peu plus) avec Ayesha. Et, à partir du moment où je lis "esclaves aux yeux bleus", où le mot "Ayesha" s'imprime dans mon esprit : c'était fini.

Outre la comparaison entre les deux romans, mon esprit a aussi beaucoup tourné sur le style. Là encore, je ne sais pas si je suis parfaitement objective (haha, je suis en train de donner un avis et je parle d'objectivité, tout va bien :P) ou si mes préoccupations sur mon propre style ont joué, mais j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup trop de phrases en "qui", "que", "qu'elle", etc. Il y en avait tout le temps, en fait. Or, au moment où j'écris ces lignes je suis moi-même en train de leur mener la chasse dans mon roman, du coup, je tiquais à chaque fois. Je ne sais pas si le style des auteurs est comme ça, ou si c'est dut à la traduction, mais dans tous les cas ça m'a agacée. Les rares moment où cette construction disparaît, tout de suite j'ai senti plus de fluidité. D'autres rares moment, l'action m'a emportée dans la lecture sur quelques paragraphes à la suite et je ne saurais dire s'il y avait cette construction ou pas. Mais globalement, j'ai trouvé ça assez "dur à lire" pour cette raison. D'ailleurs c'est drôle parce que sur Babelio les commentaires vont plutôt dans le sens contraire, je crois : une bonne écriture au service d'un scénario malheureusement pas très original.

Personnellement, le manque d'originalité ne m'a pas perturbée plus que ça. Je suis une lectrice assez basique : on peut me faire avaler à peu près n'importe quoi tant que c'est bien fait. Certes, la comparaison avec Ayesha a été inévitable, et au-delà de ça le côté personnage complètement frappadingue qui veut toujours plus de pouvoir est effectivement vu et re-revu (mais pas dans Ayesha (oui, je défends mon petit chou au passage ;P)). Mais ça ne m'a pas dérangée parce que pour le coup le glissement vers la folie de tel ou tel personnage est plutôt bien fait, surtout à la fin. En revanche… je ne sais pas, on arrive là au moment où je ne sais trop dire ce qui coince.

Arrêtée un jour au milieu du livre, je me suis surprise le lendemain à vouloir continuer plutôt que de me jeter sur mon tome de Shaman King. Donc, j'ai continué. Je voulais la suite, mine de rien. (Même si ce n'était pas avec l'avidité de tourner la page suivante et de devoir arrêter ma vie entière à part mes besoins vitaux pour le faire. (Alors que quand j'ai lu Ayesha…)) C'est parce que j'ai beaucoup aimé Demos, je pense. Et je voulais quand même la fin de l'histoire. Mais à côté de ça j'ai trouvé certain passages trop rapides, j'ai trouvé que la question des Bajus, les esclaves, était traitée de manière trop superficielle, qu'on nous disait trop et qu'on nous montrait pas assez, ou alors que ce qu'on nous montrait était "trop"... je ne sais pas comment l'exprimer… ce n'est pas trop manichéen ou quoi que ce soit du genre, au contraire. C'est plus dans le sens "exagéré" ou disons que l'on passe d'un moment où ça va à peu près pour la vie des esclaves, à un moment où on nous dit des trucs terribles. En gros, on doit croire ce qu'on nous dit, ou alors peut-être que c'est parce qu'on ne sent pas la haine dont on nous parle… En comparaison, Ayesha est beaucoup mieux fait, on est toujours en tension… J'ai trouvé, en fait, que la question des esclaves était traitée de manière un peu artificielle. Tout comme la question de la ferveur religieuse…

J'ai parfois eu l'impression que c'était un bon point de départ pour une série télé, mais pas un "vrai" roman. J'ai aussi trouvé que l'on ne rentrait pas assez dans les personnages, on nous dit beaucoup de choses, ici encore, que l'on ne voit pas. Ou alors… c'est une impression un peu bizarre qu'ils sont artificiels et n'ont pas de vrai passé, de vrai background… Dans le même ordre d'idée, la relation amoureuse/sexuelle-éclair entre deux personnages se retrouve là comme un cheveu sur la soupe, sans que j'aie véritablement compris à quoi elle servait à part faire ce qu'on appelle au Japon du "fan service". Peut-être parce que justement rien n'est traité de manière assez profonde pour que l'on comprenne l'utilité de la scène (que je soupçonne être faite pour montrer le développement des sens du héros). Ayesha, qui est une trilogie, à l'origine, mais dont l'intégral fait la taille d'un one-shot, est beaucoup mieux fait de ce point de vue-là. La comparaison n'est pas reluisante pour Le Sang des Quatre, mais je suis obligée de la faire : j'ai lu ce livre aussi avec ce que j'ai lu avant, et le livre d'Anne et Gérard Guéro a été une telle claque que j'ai été obligée d'y penser en lisant celui-là. J'ai trouvé aussi que les pensées transcrites en italiques des personnages n'apportaient pas toujours quelque chose de pertinent (alors que dans Ayesha… – Stop, Enir, on a compris ! :P).

Par contre, j'ai bien aimé les idées autour de l'accession à la magie, etc., même si en fin de compte ce n'est "que" une magie élémentaire classique ; le système de son apprentissage m'a paru intéressant.

J'ai bien aimé aussi le personnage de Demos. Les auteurs ont voulu faire une fin positive mais le côté patriotique me laisse complètement indifférente. Moi, je voulais qu'on me dise clairement et sans sous-entendus que Demos et Myrinne allaient vivre ensemble dans le bonheur pour toujours (que voulez-vous ! je suis un petit cœur tendre !). En fait, j'ai trouvé la fin, paradoxalement, assez maussade et tristounette. Elle participe de l'impression que je ne sais pas quoi penser de ce livre. Surtout qu'on insiste tout le temps pour dire que ce n'est pas la vie que Demos veut et finalement, tout à coup, d'une seconde à l'autre, paf ! réveil patriotique et il s'en accommode… Moyen crédible, quand même.

J'ai bien aimé l'histoire, dans le fond, et j'ai bien aimé l'évolution des personnages même si ça allait parfois un peu vite, surtout au début pour ce qui est de Lysandra et Phela. Mais il y a des manques et des insuffisances, et dans la plume et dans la construction, qui me rendent assez incertaine et sur le fil. C'est un roman qui a du potentiel mais dont la forme ne le sert pas. Le traitement reste trop en surface, je pense, et ne s'empare jamais vraiment des thèmes traités.

J'y pense encore vaguement, il va me rester en tête un moment parce qu'il a quand même touché des cordes (j'ai dit que j'aimais Demos ? (j'ai toujours plus de facilités à m'attacher aux garçons de toute façon :P)) chez moi, mais toujours avec ce petit goût bizarre que ça aurait pu être tellement mieux.

En gros, si vous voulez une histoire mine de rien plutôt sympa, avec de l'action, et sans trop de prise de tête, lisez-le. Par contre, si vous voulez une histoire prenante, et vraiment, vraiment bien faite, lisez Ayesha ! :D (Et même si vous lisez Le Sang des Quatre, lisez Ayesha après. :P)


Ki et Vandien
– Robin Hobb

Les harpies vouent à Ki, une jeune romni, une haine sans merci depuis qu’elle a détruit un nid de ces monstrueuses créatures dans un acte de vengeance désespérée.

Endeuillée et seule, Ki doit pourtant reprendre la route avec sa roulotte. Ella a accepté, pour une grosse somme d’argent, de transporter un colis au travers des montagnes enneigées réputées infranchissables. En chemin, elle rencontre Vandien, jeune voleur et personnage étonnant qui l’accompagnera dans un périple semé d’embûches, et l’aidera à comprendre ce qui se trame derrière cette mystérieuse mission…

C'est la première saga de Robin Hobb que je lis (et ça ne sera pas la dernière !). J'avais acheté le tome 1 tout seul, ignorant l'intégrale, juste "au cas où" sauf qu'évidemment ensuite j'ai passé un mois à trépigner d'acheter la suite. J'ai a-do-ré !

Les tomes sont assez différents les uns des autres. Le tome 1 pose les enjeux de la relations entre Ki et Vandien, le tome 2 est un peu dans la suite de ça. J'ai parfois trouvé des choses un peu "maladroites" dans le tome 3, j'ai eu l'impression que l'autrice essayait de créer une "histoire générale" sans que je puisse déterminer si c'était prévu depuis le début ou si elle se raccrochait un peu aux branches, c'était assez perturbant mais l'impression est vite passée ! Le tome 3 est un peu moins "haletant", un peu plus sombre, aussi, et on entre vraiment dans les pensées intimes de Ki et ses mécanismes sentimentaux, ce qui permet d'ouvrir sur un tome 4 beaucoup plus sombre que le reste, j'ai trouvé. J'ai trouvé le début assez dur à lire dans son atmosphère (je suis trop fragile ?) mais plus on approche de la fin et plus on retrouve l'atmosphère des autres tomes.

En fait, Ki et Vandien, avant les aventures, c'est l'histoire de leur relation (vu le titre, ce n'est pas étonnant :P) qui sous-tend les histoires. Donc, à la fin, Ki dépasse ses peurs, de vulnérabilité, etc. pour entrer dans une relation entière avec Vandien. Je trouve que le message est super fort. Je me suis beaucoup retrouvée en Ki (la peur d'aimer, d'avoir besoin de l'autre, d'être vulnérable… parce que si en face ça répond pas, ça fait trop mal) alors même si ça se termine bien, au moment où il y a doute, j'ai déversé toutes les larmes de mon corps ! J'ai pleuré quand même alors que, chez Mnémos, Ki et Vandien fait partie de la collection Naos et jusque-là, les livres que j'en ai lu (Le Secret de Ji et Pérismer) se terminent tous bien, donc je me disais que sans doute ce serait pareil avec cette saga et en même temps elle m'a tellement prise que la raison a été balayée ! Je pense que si j'avais été seule chez moi j'aurais éclaté en sanglots comme une petite fille… en tout cas, je pense que ça m'a fait du bien !

J'ai beaucoup aimé les deux héros, mais aussi les autres personnages, très bien faits ! Au tout début du tome 1, l'écriture m'a un peu perturbée parce qu'aujourd'hui on a l'habitude de lire beaucoup de paraphrases sur les personnages ("la jeune femme", "l'interprète", etc.), ce que fait très peu Robin Hobb. Mais une fois qu'on se laisse prendre ça coule tout seul !

J'ai aussi beaucoup apprécié l'univers en lui-même, avec des peuples davantage mélangés que ce que j'ai pu avoir l'habitude de voir (le pays des elfes, le pays des trucs-machins, etc.) et je trouve ça vraiment intéressant comme approche en plus du fait que c'est bien fait !

Mon seul petit bémol c'est que, dans le tome 4 on apprend qu'ils se sont rencontrés environ sept ans plus tôt. Je pense que la plupart de ces années sont avalées entre le tome 1 et le tome 2. Mais j'aurais bien aimé pouvoir savoir, justement, combien de temps s'était passé. J'aime bien savoir combien d'années d'expérience de plus les personnages ont pris quand ils abordent une situation. J'aurais bien aimé savoir combien de temps s'écoule entre chaque tome. C'est mon seul bémol.


21 lames
, tome 1 : Gabrielle – Pierre Grimbert

Dans la guerre contre les Arcanes, un seul candidat tirera la bonne carte. Un seul pourra devenir la 21e Lame.

Avant cette nuit, Gabrielle était une étudiante sans histoire. Jusqu’à se retrouver traquée par des démons, puis sauvée de justesse par des inconnus aussi effrayants !
Qui sont ces héritiers du tarot, menant une guerre de l’ombre dans les rues mêmes de la ville ? Quels sont leurs pouvoirs ? Et surtout, pourquoi ces camps ennemis s’intéressent-ils autant à la jeune femme ?
Les deux hommes qui partagent son sort n’en savent pas davantage. Ils comprennent seulement qu’un seul des trois aura une vraie chance de survie. Un seul est destiné à recevoir les talents surnaturels lui permettant de résister aux créatures des ténèbres !
Dès lors, la compétition est inévitable. Malgré les passions naissantes, malgré les rapprochements, qui compliquent encore les choses. Il faut s’endurcir le corps et l’esprit, et se préparer aux épreuves qui désigneront la 21e Lame… Même si l’élu est destiné à aller affronter les Arcanes. Car pour les autres, la partie sera terminée.
Reste à savoir qui a tiré la bonne carte. Et qui restera sur le tapis.

La version courte : j'ai eu du mal à entrer dedans mais ce n'est pas la faute de Pierre Grimbert : c'est parce que l'urban fantasy n'est pas du tout ce que je lis habituellement, et la narration est un peu plus "orale" que ce dont j'ai l'habitude, et donc fatalement j'étais un peu perdue. Mais dès que j'étais dedans, c'est allé tout seul ! :D

Je dirais que je suis véritablement rentrée dedans à partir de la moitié, quand tout ce met en place tranquillement et qu'on s'approche de la résolution de tout ça. Avant ça, je trouvais ça un peu long, un peu laborieux, mais très largement parce que la narration me perturbait, tout comme le fait que ça se passe dans une ville humaine du XXIème siècle. Du coup, tous mes repères habituels quand je lis étaient portés disparus et m'en faire de nouveaux n'a pas été simple. Au final, je dois avouer que quand les intrigues amoureuses ont pris un petit tournant, ça m'a donné une prise, une porte d'entrée (je suis un petit cœur tendre, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? :P). Mais je pense aussi que c'est parce qu'à partir de la deuxième moitié, à peu près, on n'est plus en ville, du coup les références citadines sont moins nombreuses et c'était plus facile pour moi qui n'ai pas l'habitude de l'urban fantasy de me mettre dedans parce que je pouvais éluder le côte "urban", "XXIème siècle", etc. Bon, en gros, l'urban fantasy c'est vraiment pas pour moi x)

Ceci dit, les personnages sont vraiment cool (même si j'ai beaucoup de mal à cerner Gabrielle, qui se veut "forte" et déterminée mais passe quand même pour une nunuche pas très dégourdie), comme d'habitude chez Pierre Grimbert, et ça m'a aussi offert une prise pour entrer dans l'histoire. Les personnages sonnent vrai et juste, j'ai trouvé !

(Chad qui tout à coup meurt en devenant "Brad" ça m'a fait sourire ;P Petite coquille !)

Les méchants qu'on a rencontrés ont tous leur caractère ; ils sont un peu pétés, quand même ! Et en même temps, assez paradoxalement peut-être, ils ne donnent jamais l'impression d'être caricaturaux ou manichéens. Ou disons plutôt qu'ils ont un côté caricatural assumé que l'on accepte parce que ça colle bien aussi au côté Lame de tarot, avec des "rôles", vous voyez ce que je veux dire ? Ce qu'on nous laisse entrevoir de la "nature" de Chayton et la situation de Matthew permettent aussi de casser une lutte qui sans ça aurait pu paraître un peu plus manichéenne entre le Bien et le Mal. Là, je n'ai jamais eu cette impression de "tout blanc" ou "tout noir", justement, ce qui est remarquable dans une histoire où on lutte quand même contre de grands méchants assoiffés de pouvoir et de sang !

Ce tome 1 est ce que j'appellerais un tome d'introduction, qui rebat les cartes (c'est le cas de le dire !), les enjeux, et nous lance dans l'affrontement entre le Bien et le Mal (en gros). Une fois que l'on sait plus de choses, que les enjeux à venir, les relations avec les méchants, les batailles à venir sont posés, ça devient vraiment intéressant ! Du coup, malgré ma difficulté à me trouver des atomes crochus avec l'urban fantasy, je lirais la suite de la série avec plaisir ! (Il serait plus juste de dire que je me jetterai dessus.) J'ai bien envie de savoir comment tout ça va se finir et ce qu'il va advenir des personnages ! :D

J'ai juste un bémol. Le carré amoureux avec un triangle dedans c'est pas possible. J'ai trouvé que le triangle amoureux était un peu… je ne sais pas comment dire, en fait… "trop" ? un peu artificiel... Ou alors c'est moi qui suis allergique à ce type de triangle amoureux ? (Ce qui est parfaitement possible ; je vous avoue que le côté "la fille troublée dès qu'un garçon l'approche et qui est incapable de faire le tri dans ses sentiments" a tendance à m'exaspérer un peu…) Je pense que ce genre de triangle amoureux doit pouvoir se résoudre à la moitié du tome 2. Ou alors il faut lui donner un peu plus de profondeur, de plus gros conflits sentimentaux à l'intérieur des personnages, pour sortir du côté artificiel de la fille qui a le cœur qui bat dès qu'on la frôle. (En même temps, ça me va bien de dire ça ; je ne suis jamais tombée amoureuse ni ai jamais été trop proche des gens donc difficile de dire comment je réagirais si on "me frôlait" xP Je vais finir comme un personnage de roman, ça sera cocasse !) Je pense que si ce genre de triangle amoureux doit durer jusqu'à la fin du tome 3 tel quel sans évolution, ça va vraiment m'exaspérer.
Cela dit j'ai trouvé que les questions amoureuses étaient juste dosées comme il faut : elles ne prennent jamais le pas sur l'intrigue principale et elles permettent de remettre des enjeux autour des personnages.
P.-S. : C'est possible que Gaby et Julian finissent ensemble, siouplaît ? (Comment ça, "je ne suis pas objective" ? C'est pas de ma faute si j'aime Julian, je veux pas qu'il soit triste ! :P)

(Et aussi, un tout petit détail : j'ai eu du mal à m'imaginer la tête des personnages. En soi, ce n'est pas très grave : du coup on les imagine comme on veut. Mais comme Gabrielle est bien identifiée avec la couverture (ce que j'ai trouvé difficile, du coup, parce que moi je ne l'imaginais pas comme ça mais mon esprit était toujours ramené à ce visage), ça crée un déséquilibre avec les autres personnages, c'est ce qui m'a gênée.)

À part mon allergie aux triangles amoureux "trop" (je me comprends, mais je pense que ce qualificatif est nébuleux pour quiconque ne se balade pas dans ma tête xP) : rien à signaler : une fois que je suis rentrée dedans c'était top !


20 000 lieues sous les mers
 et Une ville flottante – Jules Verne

Le professeur Aronnax, son domestique Conseil et le harponneur Ned Land, qui cherchaient à capturer un fantastique monstre marin, se retrouvent prisonniers du capitaine Némo, à bord de son sous-marin le Nautilus.

Bon. Clairement pas mon Jules Vernes préféré. J'ai trouvé ça terriblement long, même si la deuxième partie accélère beaucoup par rapport à la première ! Dans la première, on trouve de longs, longs, looooongs passages d'énumérations de bestioles sous-marines inconnues au bataillon et donc difficiles à visualiser, ce qui rend la lecture plus ardue parce que se fabriquer des images est compliqué. Et on alterne ces passages que l'on pourrait dire contemplatifs avec des moments un peu plus "palpitants", si l'on peut dire. Généralement, j'aime bien Jules Vernes pour l'équilibre entre la science, la culture générale qu'il permet d'acquérir grâce à ses romans, et l'action, le déroulé de l'histoire. Mais là… j'ai beaucoup moins accroché face aux longs passages d'exposés (et à l'évidence de ne pas pouvoir tout retenir, malheureusement…).

J'ai aussi été un peu déroutée par le point de vue interne. Le narrateur qui s'exprime à la première personne n'est vraiment pas quelque chose que je lis habituellement (je dirais même plus : je le fuis), ce qui fait que ça m'a pas mal perturbée au début. Mais Jules Verne a fait le choix parfait compte tenu de ce qu'il voulait faire : la découverte du capitaine Nemo et de son ambivalence par les yeux de son personnage, procédé qui permet de garder le mystère par rapport à un point de vue omniscient. C'est maîtrisé (c'est Jules Verne, en même temps) mais ce n'est pas mon truc.

Peut-être aussi que ma tolérance à la longueur a été amenuisée par le fait que ces dernières semaines je dors très mal, donc je suis fatiguée, et si le rythme ne m'accroche pas j'ai beaucoup de mal à suivre… Ça n'a pas dû aider la conduite de ma lecture !

P.-S. : je dois faire un aveu : avant de lire, je pensais que "20 000 lieues sous les mers" c'était en profondeur, et pas en longueur… Sachant qu'une lieue fait quatre kilomètres, ça ferait quand même beaucoup !

Dans mon édition (exemplaire de 1969), Une ville flottante succède à la fin de 20 000 lieues sous les mers (donc même quand je ne veux pas tricher et présenter vraiment que cinq livres, je me retrouve à tricher quand même, c'pas d'ma faute :P). Je dois dire que j'ai beaucoup aimé cette lecture ! Le roman est court (171 pages) et a ceci de différent de ce que j'ai pu lire de Jules Verne qu'il ne présente pas des personnages extraordinaires par leur volonté, leur courage, et leurs réalisations, mais presque des personnes lambda. C'est reposant et rafraîchissant !

Le narrateur, anonyme, est embarqué à bord du Great Eastern à destination de New York. Il y rencontre l'un de ses amis qui voyage pour tenter d'oublier sa peine de cœur assez sévère : son amoureuse a été mariée de force à un rival. Mais sur le bateau se trouve précisément ledit rival. L'histoire, narrée de manière paisible, se concentre donc sur le voyage du bateau, la vie des passagers à bord, et la résolution de la peine de ce pauvre Fabian.

J'ai beaucoup aimé et ça m'a fait une bonne transition après 20 000 lieues ! :)


Voilà !
Et vous ? Que lisez-vous en ce moment et que comptez-vous lire ? Certains de ces livres vous tentent-ils ?