samedi 12 septembre 2020

Où je termine mon roman

Source – Leah Kelley

Certes, il est très exagéré de dire que ce roman est terminé mais en un sens, comme je viens de mettre le point final au premier jet, eh bien : il l'est. Un peu frustrée parce que je pensais pouvoir arriver aux cent-cinquante mille mots tout rond et en fait... non. Mais d'un autre côté je sais que j'ai mal mal de choses à préciser, rajouter, détailler, donc ce n'est que partie remise.

En chiffres ça donne : 6 mois et 9 jours de travail, plus de 150h d'écriture, 240 pages, 149 554 mots (si proche du 150 !). Ça donne aussi 3 mois de pause pour laisser couler. J'ai gagné deux semaines sur mes prévisions (ou j'en ai perdu deux, en fonction de comment on se place et de quelle prévision on prend ;P) donc je suis assez contente (profitez : vous ne me verrez pas souvent regarder le verre à moitié plein xD).

Pendant mes mois de pause je pense que je vais me mettre sur des textes pas sérieux, ceux qui me permettent de tester des trucs ou de m'approprier du vocabulaire. Je vais aussi essayer de participer à des appels à textes de maisons d'éditions pour des anthologies, même si le fait que mes "nouvelles" soient plus des contes me handicape sans aucun doute pour une publication ce n'est pas grave parce que je cherche surtout à avoir un retour sur ce qui ne va pas pour pouvoir préparer mes corrections en sachant ce que je dois regarder.

Si je devais faire un bilan je dirais que je me suis pas mal pris la tête. Je sais déjà que je vais devoir redécouper une séquence pour lui donner plus de rythme. Je pense aussi que, sans le coronavirus, je n'aurais pas pu le finir "si vite" parce que ma moyenne de nombre de mots par jour, avant que je ne me botte le cul pour en écrire 1 000, c'était 640. En travaillant à Paris, avec la fatigue induite par les heures de trajet et le fait d'aller au bureau pour ne rien faire, je pense que même 600 mots je n'aurais pas réussi. Donc merci le coronavirus, merci le télétravail. Merci aussi le coup de pied au cul pour écrire 1 000 mots par jour ! D'ailleurs, c'est assez drôle parce qu'au tout début j'avais dit que je ne me mettais pas de quota de mots dans la mesure où écrire tous les jours était déjà un objectif plus qu'ardu pour moi, et au final j'ai terminé en m'imposant un quota, donc je suis assez contente de moi pour ne pas dire très !

J'ai déjà fait une demande à quelqu'un que je connais pour être bêta-lectrice (d'ailleurs je suis un peu frustrée parce que pour le moment dans ma liste de personne à qui demander ce service je n'ai que des femmes) et par bonheur cette personne a accepté donc ça me motive vraiment à aller au bout du bout jusqu'au moment où je le soumets aux maisons d'édition (dans... un an à peu près, selon mes estimations qui comprennent les temps de pause, relecture, corrections, bêta-lecture, corrections...). Je suis aussi supra motivée par les journaux éditoriaux des membres du forum dont je suis membre, même si je ne pense pas que je réussirai à caser mon bébé en deux mois ou en un seul envoi comme certains.

Je sais qu'il y a du potentiel dans cette histoire, même si en la racontant à voix haute à ma première bêta-lectrice j'ai trouvé ça tellement nul... mais en vrai je peux en faire quelque chose de vraiment sympa et le fait d'avoir déjà pris des notes sur des choses à corriger autant en forme qu'en fond qu'en cohérence (comment on peut passer, en première page, à plusieurs dizaines d'orphelinats et finir le roman en disant qu'il n'y en a que trois ?!) ne me décourage pas du tout ! J'ai déjà relu certains passages pour reprendre des infos que j'avais oubliées et je sais que c'est... mal écrit, ou disons maladroit. Il y a du boulot ! J'ai trop hâte de m'y mettre, en réalité. Peut-être que ça vient d'un effet "première fois" ou que je suis complètement frappadingue parce qu'en général je crois que les auteurs n'aiment pas trop le passage des corrections.

Pour les corrections, je sais déjà comment je vais m'organiser. Je vais commencer par faire une copie et annoter la copie, et à chaque nouvelle étape je travaillerai sur une nouvelle copie, pour toujours pouvoir revenir à la version d'origine un peu comme en restauration d'art avec son principe de réversibilité. C'est vraiment super important pour moi de toujours pouvoir revenir à la version d'avant ou à la première version. Je pense aussi fonctionner par thématiques de corrections dans mes annotations (fond, forme, description, dialogue, etc.) pour pouvoir m'y retrouver. Mais je pense que je vous ferai un article spécial sur les corrections quand j'aurais fini d'annoter mon texte, donc vers début-janvier. Ça me permettra d'aborder aussi les corrections orthographiques même si je serai loin d'en être là et de faire un article général sur les corrections (pour changer des journaux d'écrire, ahem).

Voilà.

Mais qu'est-ce que je vais faire demain matin ?!

mercredi 2 septembre 2020

Et maintenant ?

Source – Joshua Welch

Ce matin je me faisais la réflexion que cette année est la première où je n'ai rien à faire à la rentrée ; où la rentrée, pour moi, ne veut rien dire. Je me suis dis que ce n'était sans doute pas étranger à mon état un peu amorphe, en ce moment et bien que je me sois dit qu'en Septembre j'allais prendre des bonnes résolutions (pour m'améliorer en langues, par exemple). Puis je suis passée à autre chose. Jusqu'à ce que ça soit l'heure de mon rendez-vous avec une psy du travail de Pôle Emploi. La conseillère me l'avait proposé à notre premier entretien. J'avais dit oui un peu comme ça sans rien en attendre vraiment. Finalement je ne regrette pas parce que j'ai trouvé ça intéressant. Sans en avoir l'air, elle m'a fait me rendre compte qu'en fait, depuis plusieurs années, je monte des stratagèmes, des plans, des combinaisons et des assemblages pour essayer de devenir préparateur mental en passant par la fenêtre entrouverte puisque je ne peux plus passer par la porte. Sans réfléchir.

Sur son conseil, j'ai envoyé un mail au responsable du Master de préparation mentale que je visais en demandant si, avec un Diplôme Universitaire je pouvais espérer entrer. Réponse diplomatique et cordiale mais claire néanmoins : non. En vrai, ça ne m'a rien fait de particulier. C'est peut-être d'ailleurs la preuve que la psychologue avait raison et qu'en fait je cherche à faire des études pour fuir le moment d'entrer pour du vrai dans le monde du travail. Ce qui est assez paradoxal car je n'ai vraiment pas l'impression de fuir (pour une fois). J'ai bien aimé faire un Service Civique et des stages, être utile, travailler. Mais peut-être que la psychologue a raison. Ou bien peut-être que, comme je n'ai pas trouvé ce que je veux vraiment faire (à part élever des ânes, et encore – est-ce que c'est une fuite, ça aussi ?) je monte des stratégies pour continuer à faire ce que je sais faire : des études, apprendre, m'asseoir sur une chaise et écouter.

Sauf que, maintenant, qu'est-ce que je fais ? Je cherche du travail, bien sûr, mais je me retrouve un peu sans perspective. Et pour moi qui aime les plans, les projets, c'est assez compliqué à gérer. Bon, en vrai, je vais reprendre le sport et j'aimerais aussi commencer à prendre des cours de théâtre. Toutes ces activités devraient m'occuper tous les soirs de la semaine, ce qui est bien. J'aimerais aussi reprendre une activité en radio associative. Tout ça, c'est très bien pour mon développement personnel, mais on ne peut pas vraiment dire que ça remplisse le compte en banque. Ce qui est bien, c'est que j'aurais aussi le temps de gérer mon roman (même si ça non plus, ça ne remplit pas le compte en banque).

Le truc, c'est qu'en fait je trouve que la vie ne sert à rien. Je ne suis pas suicidaire, je vous rassure (promis-juré !), mais dans le fond, si on réfléchit un petit peu, on vient à la vie sans savoir pourquoi, on va jusqu'à la mort sans que rien de ce qu'il se passe au milieu n'ait la moindre importance. Des tas de planètes n'ont pas donné la vie et ne s'en portent pas plus mal. La Vie, dans le fond, n'amène rien. Du coup, sans projet pour garder la tête dans le guidon et faire semblant d'avoir un objectif à atteindre pour remplir la vie, c'est compliqué. Quand on y réfléchit vraiment, la Vie, c'est absurde. Ce n'est pas d'être suicidaire de le dire, c'est remarquer un fait. Bref. Du coup, pour la première fois de ma vie, je n'ai rien à faire à la rentrée quand tout le monde s'agite dans tous les sens. Et ça me donne encore plus envie d'aller vivre en ermite dans la forêt, à cueillir des framboise pour survivre en attendant que ça passe. Cette pensée est assez triste, quand on y pense... Elle dénote surtout d'une grande solitude, vous ne trouvez pas ? N'importe qui se dirait "heureusement, j'ai des amis sur qui compter pour rendre ce passage de la vie agréable". Bref.

En allant voir cette psy du travail je ne pensais pas que ça me conduirait à ça et que ça serait vraiment prolifique. Comme quoi, les préjugés, c'est mal. Je la revois à la fin du mois. Le temps de digérer plus que celui qu'il faut pour prendre des contacts, etc. Quand je l'ai quittée en me disant que j'allais envoyer ce mail au responsable de cette formation je me disais que ça serait mieux, plus simple, que la réponse soit non. Je m'étais préparée, ou bien les réflexions amenées par la psychologue avaient fait leur chemin et je savais d'instinct que ses intuitions à elle sur mon propos étaient justes (même si on peut toujours reconstruire a posteriori).

En fait, cette course pour remplir le mois de Septembre est une idiotie. Ce serait plutôt le temps de profiter de ce moment pour prendre le temps. Faire du sport, écrire, faire du théâtre, régler mes problèmes d'estime de moi et d'affirmation de soi... Pour me pauser. Peut-être que c'est bien là d'ailleurs tout ce dont j'ai besoin, que c'est ce que révèle mon inaction profonde actuelle, ce besoin de faire une pause.

dimanche 30 août 2020

Journal d'écriture, mois 6

Source – Dominika Roseclay

Panique à bord. C'est la panique à bord. Je me rapproche tout doucement de la fin. Cent-trente-mille mots, que j'ai passés. C'est la panique à bord. En fait, un personnage doit mourir. Pas pour le plaisir, pas pour faire pleurer à chaudes larmes (ce n'est même pas vraiment un personnage principal ni un personnage à qui on peut vraiment s'attacher (d'ailleurs peut-on s'attacher à l'un de mes personnages ?)) : il doit mourir pour l'histoire, parce que c'est ce qui va régler la situation. Sauf que cet homicide eh bien... je ne sais pas encore vraiment ce que je vais écrire.

Déjà, je me suis lancée dans l'écriture du roman sans savoir encore si ce serait un homicide volontaire ou involontaire. Sans savoir qui allait le tuer, enfin c'était surtout que le personnage que j'avais mis là-dessus n'a pas les bons ressorts psychologiques, les bonnes motivations, pour faire ça. J'ai fini par décider comment il allait mourir, par la main de qui, quand, pourquoi, etc. Vous allez me dire : où est la raison de paniquer ? C'est très simple : le moment juste avant le meurtre, l'instant où ça bascule, est encore flou : je dois placer certains personnages (ou plutôt en déplacer un pour que la réalisation du meurtre soit crédible, sinon on se demanderait comment ça a pu arriver avec autant de gens autour). Bref. J'ai pas tout. J'ai pas tout et ça sent le roussi parce que la victime s'apprête à entrer dans la ville où elle va se faire tuer, pour discuter avec les gens qui vont la tuer au cours de cette entrevue. Sauf que bientôt, pour moi, ça sera la panne sèche. Ce serait quand même ballot si proche du but...

Ces derniers jours, je me suis forcée à écrire au moins mille mots par jour. Même si j'ai sauté deux, trois jours. J'ai décidé d'écrire mille mots par jour après avoir calculé ma moyenne : un peu plus de six-cent soixante-dix mots par heure et un peu plus de huit cents par séance. Trop peu pour vraiment avancer donc je me suis botté le derrière. Le risque c'est bien sûr que je me sois retrouvée à écrire des choses inutiles, juste histoire d'écrire, et que tout ça ne serve à rien. Mais pour le moment ça a l'air d'aller. J'ai tourné autour de mille trois-cents mots par jour et je me suis plus ou moins tenue à ma règle. Plus ou moins parce que j'ai ressenti le besoin de sauter quelques jours.

Un jour pour réfléchir, un autre pour ne pas me laisser ensuquer par le roman que j'ai dévoré en trois jours : l'intégral un peu remanié des Trois Lunes de Tanjor, d'Anne et Gérard Guéro sous le pseudonyme d'Ange, édité chez Bragelonne. C'est un livre que j'avais déjà lu quand j'avais douze ou quatorze ans et qui m'a beaucoup marquée. J'en ai toujours gardé des scènes et un souvenir général de l'ambiance en mémoire qui me revenaient dans la tête très régulièrement. Ces derniers temps c'était un peu plus souvent. Et puis, je ne sais pas ce qui m'a pris : tout à coup j'ai ressenti un besoin irrépressible de le relire, moi qui n'ai jamais lu deux fois un livre de ma vie. Je l'ai dévoré. J'y ai passé mes journées. Une claque.

En fait je m'étais dit que, pour qu'il m'ait marquée à ce point, il devait s'y trouver quelque chose de plus que les souvenirs que j'en avais gardés, qu'il devait raisonner quelque part en moi, s'engouffrer dans des brèches. Ça n'a pas raté. Je me suis identifiée au personnage d'Arekh comme jamais je ne me suis identifiée à un personnage. Expérience assez troublante pour une fille comme moi qui est plutôt du genre à étouffer ses émotions et à ne pas les laisser parler. Comme lui, d'ailleurs. Bref. Une claque. Je ne sais pas si j'ai trouvé les réponses que je cherchais, mais dans tous les cas je pense que ça va me travailler un petit moment. Tragédie hyper bien menée, que les éditeurs annoncent traiter du fanatisme religieux et du racisme mais, en réalité, tout cela n'est que le prétexte à une grande interrogation sur le destin. D'ailleurs j'étais étonnée de ne pas lire un commentaire sur Babelio qui mentionnait ce thème diffus mais central. Tragédie hyper frustrante qui aurait pu tellement mieux tourner si Monsieur hurlait son amour à Madame au lieu d'exploser de colère. Tragédie dont la fin est quasiment la seule possible, où chaque détail est distillé. Les auteurs se laissent même aller, dans le début, à deux ou trois répliques prophétiques.

Vous devez vous demander pourquoi je m'éternise sur la lecture d'un roman qui m'a servi d'excuse à ne pas écrire. C'est que ce n'est pas une excuse. J'étais tellement prise dans l'histoire, dans le style, que je sentais que si je prenais la plume pour écrire mon propre récit je serais emportée par ce que j'avais lu. J'ai besoin de distance. Un peu. Ce qui est assez bizarre, d'ailleurs, parce qu'avec le temps, quand on écrit depuis longtemps, le style des autres ne tache plus le nôtre, ne l'imbibe plus : on a un style propre que les lectures n'ébranlent pas. Mais pas là. C'est le point "négatif" de mes jours de lecture effrénée. 

Le point positif – qui justifie aussi que j'en parle dans un journal d'écriture – c'est que tout est tellement bien articulé que ça me donne envie de faire pareil, que ça m'a un peu rappelée ce que je recherchais quand j'ai commencé à écrire mon roman ; je comprends que mon premier jet est une architecture, un dégrossissement, qu'il me manque des choses, des détails, la dentelle. Je comprends aussi que j'ai été trop manichéenne, caricaturale, sur certains plans, ou pas assez fine dans mes explications des enjeux. Pas assez équilibrée dans le "show, don't tell" (un peu la règle de base), je pense, mais je confirmerais à la relecture. Mais je n'irai pas non plus à l'extrême inverse d'Ange. J'aime bien quand même les paragraphes interminables avec des explications. Il faut juste mieux doser.

Ça m'a donné des pistes de choses à préciser. Ça m'a aussi aidée à mieux cerner la manière dont je vais organiser mes corrections. Donc même si mon cœur a complètement chavirée et que je suis toute retournée – d'ailleurs, je me souvenais de la dernière scène, de la fin du livre, et une fois que vous savez où ça va, chaque détail vous frappe et c'est encore pire que tout –, je suis quand même satisfaite d'avoir écouté mon instinct et d'avoir relu ce livre.

Ce qui ne règle pas mon problème de personnage qui doit mourir. Sortez-moi de là. Plus j'avance plus je panique et plus je panique plus j'avance en reculant, m'étendant sur des détails sans savoir si c'est justifié ou si ça rempli mon nombre de mots en retardant la fatidique échéance, ce terrible moment où je risque de me retrouver bloquée, entre deux scènes, parce qu'il me manquera une toute petite pièce, un tout petit bidule pour passer de l'une à l'autre, un rien du tout indispensable et porté disparu.

Ce qui ne règle pas non plus le problème de "l'effet éponge". J'ai vraiment peur que ma manière d'écrire soit affectée au moins pour quelques jours, sans que je puisse déterminer si c'est pour le mieux (tirer les leçons de ce que j'ai lu, placer des détails hyper importants là où ils doivent être mis, me préoccuper de choses que je n'avais pas remarquées avant, etc.) ou pour le pire (singer un style qui n'est pas le mien, qui détonnera du reste, et qui sera hyper compliqué à rattraper en corrections.

En relisant cet intégral je pensais trouver des réponses, je les ai eues, mais dans d'autres aspects j'ai de nouvelles questions.

Panique à bord.

dimanche 9 août 2020

Me suffire à moi-même

Source – Paula Schmidt

J'ai eu une révélation. Depuis quelques temps je me suis rendue compte que ma détresse affective est sans doute induite par une dépendance affective. D'ailleurs, j'ai souvent été déçue, plus jeune, de découvrir que mes amies, pour lesquelles j'avais une grande affection et dans la relation avec lesquelles je mettais beaucoup d'espoir et d'implication, ne voyaient pas notre relation de la même manière. Qu'elles avaient déjà une "meilleure amie" et des gens avec qui partager tous leurs secrets. Par ailleurs, comme je n'ai moi-même véritablement confiance en personne, je ne me confiais pas, et ne pouvais donc pas attirer les confidences des autres. C'est donnant-donnant. Une amie au téléphone le mois dernier parlais de vases communiquant, mais disait aussi que ça pouvait dépendre du moment dans la relation parce que l'un des deux peut avoir plus besoin de l'autre à un moment donné. Je trouve qu'elle a parfaitement raison. Et c'est quand on se rend compte que les vases ne communiquent jamais qu'il y a un problème. Partant de là, je me suis rendue compte, donc, que ma détresse affective n'est que le symptôme d'une dépendance affective. Ce que je cherche, c'est une personne en qui avoir confiance mais aussi qui m'aimera pour deux. Qui verra mes qualités quand moi je n'ai tendance à voir que les défauts. Mais la révélation ne tient pas à ça. La révélation est la suivante : c'est sans doute moins une question d'amour qu'une question d'être "assez".

Souvent je ne me trouve pas assez. Pas assez jolie, pas assez sociable comparée aux autres (toute l'ambivalence résidant dans le fait que mon degré de sociabilité convient très bien à mon équilibre), pas assez intelligente, je ne connais pas assez de mots, je n'ai pas assez de talent, je ne fais pas assez d'efforts pour atteindre mes objectifs, je ne suis pas assez fine, je ne suis pas assez spontanée, je ne passe pas assez de temps à lire, je ne sais pas assez maîtriser ma colère quand quelque chose entre en conflit avec mes valeurs, me bouscule, me jette dans un sentiment de vulnérabilité... Je ne suis pas assez bien.

Souvent j'ai cette idée que si je n'ai jamais eu d'animal de compagnie dans ma vie (ma plus grosse blessure d'enfant, je pense, et ma plus grosse blessure tout court) c'est que je ne l'ai pas mérité. Parce que pouvoir s'occuper d'un animal est quelque chose de précieux. Et que moi, je ne l'ai pas (encore) mérité. Je ne suis pas assez indépendante de mes parents, je ne suis pas assez bien, et j'investirais sans doute cette relation de la même manière que j'investie (ou ai investi) à peu près toutes mes relations : trop. Je serais toujours là à lui faire des papouilles. Bref. C'est très con, parce que des animaux entre les mains de gens méchants, il y en a des tas. Alors mon raisonnement ne tient pas. Ce n'est pas un raisonnement, c'est une terreur.

Il y a quelques semaines, une amie m'a invitée à sa crémaillère. Je vous en avais parlé dans mon article sur les ânes (oui, encore celui-là, décidément cette idée ne quitte pas ma tête : je veux des ânes !) et me comparer avec mon amie qui a maintenant cette grande maison et ce grand terrain à ne plus savoir qu'en faire ne m'a pas fait que du bien. Mon amie est célibataire et le vit bien, elle a un boulot qui lui plaît, elle s'entend bien avec sa famille, elle a des super amis, elle est super elle-même, et elle gère toute seule avec l'aide de ses parents les travaux de rénovation de sa maison. Ce qu'elle me renvoie, c'est qu'elle n'a besoin de personne.

Qu'on s'entende : on a tous besoin des autres à un moment donné ou à un autre de notre vie. On a tous besoin d'un service de temps en temps, d'un coup de papatte, d'un conseil, d'un encouragement, d'un soutien, etc. Mais on n'a pas besoin des autres pour tenir debout. On tient tout seul, on peut avancer tout seul, et les autres viennent en appui. C'est ce que me renvoie cette amie. Elle tient toute seule, comme un bel arbre, vous voyez, et elle n'a pas besoin des autres pour aller bien. Son moral ne dépend pas d'une désillusion sur l'investissement dans une relation ou autre. Vous voyez ce que je veux dire ? Elle se suffit à elle-même (ou du moins c'est l'image qu'elle me renvoie car nous n'en avons pas vraiment parlé ensemble).

Et moi je me rends compte à quel point je suis faible. À quel point je suis incapable de tenir une résolution. Que j'arrive à écrire mon roman tous les jours tient du miracle ! Je voulais me remettre à l'espagnol : j'ai tenu deux semaines avant de me laisser glisser vers autre chose, de repousser, happée par des choses plus importantes sur le moment et, avant que je ne m'en rende compte – paf ! – je n'ai plus lu un seul mot d'espagnol de la journée. Ce n'est que plusieurs semaines plus tard que je me suis dis "ah oui, tiens, ça fait longtemps que j'ai pas fait d'espagnol, j'avais dit que je m'y remettrais !". Du coup, devant cette incapacité à faire des efforts, à tenir une barque, je me sens coupable, toute petite, et bien vulnérable. Je me sens aussi bête parce que j'ai l'impression (la conviction ?) que j'ai du potentiel, et je ne l'utilise pas, et je m'en veux encore plus, d'autant que j'ai une tendance à l'ambition (ça aussi, j'en avais parlé dans mon article sur les ânes, comme quoi tout est entremêlé). Je suis aussi incapable de prendre soin de moi, comme si je me punissais, et quand j'essaye, ça finit comme pour toutes les autres résolutions. Sauf le roman. Quand je vous dis que c'est un miracle !...

Plus qu'un miracle, ça doit tenir à une motivation supérieure mêlé d'un besoin vital. Autant je ne sens pas le besoin vital d'aller chez le médecin dès que j'ai mal quelque part, ce qui fait que des problèmes traînent pendant des années avant que je daigne m'y intéresser ; autant je ne pourrais pas arrêter d'écrire.

J'ai l'impression d'avoir un peu dérivé dans mon propos. Ce que je voulais dire, c'est que je ne me suffis pas à moi-même. J'attends des autres. Plutôt que d'apprendre le piano dans mon coin, j'attends en fantasmant qu'un jour quelqu'un qui sache jouer m'apprenne. C'est pareil pour l'apprentissage du japonais, du roller, etc. J'attends. Je ne fais même pas l'effort d'aller prendre des cours : j'attends que le fil rouge du destin – en lequel je ne crois d'ailleurs même pas – mette sur mon chemin la bonne personne. Je trouve ça triste, ridicule et même, disons-le, risible. Au moins, j'ai compris le mécanisme. Mais je sens que je ne trouverais pas la solution toute seule. Comme j'avais déjà prévu d'aller voir un psy (quand j'aurais des thunes, du coup), ça sera à ajouter à la liste des questions. D'une thérapie brève on est parti pour dix ans de suivi x) Le pauvre... (ou la pauvre, d'ailleurs). Il en a pas fini avec un boulet comme moi.

Pas assez bienveillante avec moi-même, non plus, du coup.

samedi 8 août 2020

Trouver du travail

Source – Kaboompics
Bien que la perspective d'élever des ânes en Dordogne me mette en joie, ce n'est pas vraiment un projet que l'on pourrait qualifier de réaliste à l'heure actuelle et plus encore considérant le fait que je n'ai pas d'apport d'argent, donc la réponse de la banque va être rapide : jeune femme fauchée, tout juste diplômée, sans permis de conduire, sans qualification dans les animaux, sans emploi, se lance dans une entreprise pour laquelle elle n'a même pas encore de business plan : nous fait-elle une blague ? Donc il semble plus approprié de chercher un vrai travail, au moins pour le moment et ne serait-ce que parce que j'ai quand même un projet de Diplôme Universitaire sur le feu et qu'il va bien falloir le financer. Sauf que voilà, je suis jeune diplômée (enfin, techniquement, je le serai au début du mois prochain). Or, rien de nouveau sous le soleil : les jeunes diplômés galèrent grave à trouver du taf, encore plus dans le journalisme, encore plus quand la formation n'est pas agréée journalisme.

Heureusement que je ne cherche pas que dans le journalisme.

Je pense que le plus dur pour moi à entendre c'est le reproche du manque d'expérience. Parce que si personne ne veut m'en donner, de l'expérience, eh bien je n'en aurais jamais. Une radio associative a rejeté ma candidature en partie parce que je ne venais pas de la région, et en partie parce que j'ai plus un profil de journaliste que d'animatrice. Certes. Mais enfin c'est le genre de métier que l'on peut apprendre sur le tas, à mon humble avis, et auquel d'ailleurs les écoles ne préparent pas aux réalités du terrain. Ça vaut aussi pour les écoles de cinéma et les formations de l'audiovisuel : tu apprends à tenir une caméra, à monter, mais les bons réflexes à prendre sur le terrain pour concevoir de A à Z une vidéo, tu les acquiert, ben... sur le terrain, par l'expérience. En plus, je suis d'autant plus frustrée que j'ai prouvé dans mes différentes expériences, que je sais travailler et que je sais m'adapter, et donc je sais que je saurais bosser dans une radio si une radio m'en donnait l'opportunité. Mais je comprends aussi que les entreprises, surtout en ce moment, ne veuillent pas prendre de risques.

Une autre chose que la radio m'a dite et qui me perturbe, c'est qu'ils m'ont reprochée d'avoir été honnête en disant que je ne me souvenais pas avoir candidaté chez eux en Service Civique il y a trois ans (alors qu'eux se souvenaient apparemment très bien de moi). Je suis peut-être très bête, mais pour moi l'honnêteté est essentielle, surtout quand on parle à des gens qui sont nos futurs employeurs potentiels et donc avec qui on sera peut-être amené à travailler tous les jours. Je suis sans doute trop naïve, un peu candide et ahurie, mais c'est ma vision des choses. Je ne me voyais pas retomber sur mes pattes par une pirouette, d'ailleurs je n'y ai même pas songé une seule seconde. Leur remarque me perturbe parce qu'elle rentre en conflit frontal avec les choses en lesquelles je crois, mes valeurs profondes. D'ailleurs ça arrive assez souvent ces derniers jours et ça créée beaucoup d'anxiété.

J'attends actuellement la réponse d'un musée. Je veux ce poste. C'est dans un domaine qui ne rentre pas exactement dans mes attributions car je n'ai pas fait d'études dans l'accueil du public ou la médiation culturelle ; mais mes expériences m'ont permis d'acquérir les qualités qu'il faut, puis bon, j'ai quand même une Licence d'Histoire à laquelle je peux m'accrocher : je ne suis pas sans filets. Les responsables qui m'ont fait passer l'entretien m'ont paru vraiment sympa, et j'ai l'opportunité d'être formée en conservation préventive, ce que je trouve extraordinairement intéressant ! Je veux ce poste.

Mais la réponse se fait attendre parce que la direction est partie en vacances avant de la transmettre. Et je me retrouve à avoir peur que tout ce temps supplémentaire à leur réflexion ne leur fasse réaliser qu'ils feraient mieux de prendre quelqu'un qui a fait des études dans ces domaines, que ça serait le choix de la sécurité pour leur équipe, surtout si la prise de poste est finalement en octobre. Là aussi, ça rentre en conflit avec une grande croyance : que l'on peut toujours apprendre, apprendre dans plein de domaines différents, apprendre sur le tas, apprendre des autres sur le terrain, en transmission directe plutôt que dans un amphi à écouter un prof toute la journée (bien que je n'aie rien contre les profs puisque je souhaite reprendre des études).

En fait, je me rends compte que je cherche un travail qui ait du sens. Médiation culturelle dans un musée, au contact du public, des scolaires, etc., ça a du sens. Un poste dans une radio associative, à faire de l'éducation aux médias, ça a du sens. J'adorerais faire des ateliers avec des jeunes de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, ou en milieu carcéral, dans les quartiers populaires, etc.. Élever des ânes, faire des randos contées, faire découvrir une région, ça a du sens, aussi.

Ce qui est bien, dans ma recherche de travail, c'est que même si je suis jeune, à peine diplômée et sans expérience ; que je suis une femme et qu'on peut préférer un homme en supposant que bientôt j'aurais des enfants (ce qui n'est pas le cas) ; au final, il y a plein de choses qui m'intéressent. Je pourrais bosser dans le sport comme dans la culture, dans un Parc Natural régional comme dans les médias. Quoiqu'à la réflexion je me demande si ça ne brouille pas mon profil aux yeux des recruteurs. On m'a demandé si je n'avais pas peur de m'enfermer dans la culture après m'être enfermée dans le milieu de la Défense. J'ai répondu que je ne m'enfermais pas : au contraire je m'ouvre, je m'ouvre à une expertise multiple, riche, qui me permet d'avoir un regard large.

Je trouve que l'on ne nous apprend pas à faire ça. Quand on est au lycée, à la fac, on nous apprend seulement a poursuivre dans la voie où l'on se trouve. Par exemple, lors de mes deux années de formation en journalisme/communication on ne nous parle jamais des radios associatives. En Histoire, je ne me souviens pas avoir entendu parler de la conservation préventive (enfin, un petit peu lorsque nous avons visiter des archives). Au collège, je ne me souviens pas que les filières professionnelles aient été abordée. Toutes les possibilités restent très floues. Les conseillers d'orientations ne servent à rien. Au lycée, c'est la même chose, on ne nous parle pas de tout ce qui est possible, on n'élargit pas les voies en expliquant que, même si tel métier tape un peu à côté de telle formation, ça peut passer si par ailleurs on a telle compétence (acquise en association, par exemple). En fait, on ne nous apprend pas à "ratisser large". Je trouve que c'est dommage, car ça permettrait ensuite de faciliter la recherche d'emploi en permettant aux jeunes de savoir réfléchir à ce qui est possible ou non.

Comme j'ai un peu de mal à terminer cet article, j'abandonne, et je l'arrête comme ça.
Nah !