mardi 5 janvier 2021

Se relativiser pour apprendre à s'aimer

Source – Karolina Grabowska

Hier, on parlait acceptation de soi avec Eikomania sur Twitter et un peu plus tard dans la soirée je laissais mes pensées divaguer sous la douche quand soudain une idée plus forte que les autres a transpercé mon esprit : c'est dur de s'aimer. Puis j'ai réfléchi et je me suis dit qu'en même temps je suis meilleure à débusquer mes défauts et traquer mes mauvais mécanismes qu'à me trouver des qualités. Je pense que ce blog est d'ailleurs un assez bon reflet de cette capacité que j'ai à m'examiner fort bien et avec recul et lucidité... mais d'un seul point de vue.

Il y a quelques temps je vous avais fait un article dans lequel je vous disais que je ne me trouvais pas assez bien. Pas assez ceci ou assez cela. Dans le fond, dans cette idée de ne pas être assez il y a celle de ne pas être parfaite. Or justement "sois parfaite" est l'un de mes messages contraignants forts. Avec "fais des efforts". Du coup, je me retrouve à me dire que même si un jour je tombe amoureuse ce ne sera sans doute pas réciproque puisque je ne suis pas assez musclée pour qu'on s'intéresse à moi (oui, c'est stupide) : donc pas assez parfaite. Le "fais des efforts" est pas mal gratiné aussi parce que comme j'ai l'impression de ne jamais en faire vraiment, de me reposer sur mes facilités de raisonnement et d'apprentissage, je culpabilise de ne pas savoir assez de choses, de ne pas faire assez bien, de n'avoir aucun talent (talent qui est une chimère mais chhhut, faut pas le dire). J'avais déjà remarqué à quel point mes problèmes et mes questionnements sont imbriqués mais c'est drôle de voir à quel point c'est vrai !

Parfois, je me lance dans une liste de qualités pour essayer de me démontrer que j'ai de la valeur, comme tout le monde. Et il se passe à peu près la même chose qu'il se passe avec la fierté dont on parlait hier : la voix qui souffle "oui, mais". Oui mais cette qualité est moins intéressante qu'une autre. Oui mais quand même y a ci ou ça. Ou alors, tout simplement, je n'y crois pas. Parce que le truc avec la méthode Coué c'est qu'il ne suffit pas de se le répéter pour y croire : il faut associer image/sensation/émotion. En gros, il faut faire ressentir au cerveau que ce que vous dites est vrai.

Cette année, j'ai décidé de me concentrer sur l'essentiel, poussée par un tirage de cartes oracles qui insistait dessus. L'essentiel, c'est de faire remonter cette estime de soi toute nulle sur l'échelle de Rosenberg dont je vous parlais hier. C'est de se pardonner, de se respecter, et de prendre soin de soi (d'ailleurs je pense que c'est ce que j'ai le plus dis quand j'ai souhaité la bonne année !). Pour prendre soin de soi, il faut s'aimer.

Et je réfléchissais à tout ça, à cette incapacité à me voir en tout entière, à ce biais qui consiste toujours à pointer ce qui ne va pas – d'ailleurs c'est bien connu que l'on parle des trains qui arrivent en retard et pas de ceux qui arrivent à l'heure – quand je me suis rappelée d'une méditation qu'Olivia Kissper a publiée il n'y a pas si longtemps. Elle parlait plus ou moins du fait de s'accepter et elle a fait un parallèle qui a fait mouche : elle a dit que, dans les romans, quand les personnages font des erreurs, ont des défauts, on les aime quand même. D'ailleurs, on peut même aller plus loin que ça : on les aime parce qu'ils ont des défauts, qu'ils nous ressemblent.

Il n'y a rien de pire qu'une Mary Sue à la Tara Duncan, ce personnage parfait à qui jamais rien de vraiment triste ou mal n'arrive. Perd-t-elle ses parents ? Elle peut se rendre dans le monde des morts pour leur parler. Rencontre-t-elle une difficulté ? Elle a toujours un objet magique pour augmenter ses pouvoirs. Etc. Agaçant. Les personnages qui ne nous ressemblent pas, qui ont l'air inhumain tant ils sont parfaits, on ne les aime pas. On aime les personnages avec un caractère, ceux qui dont des erreurs et se relèvent, ceux qui se trompent, ceux qui ont des défauts. Bref : les personnages comme nous.

C'est intéressant parce que si l'on est capables d'aimer ainsi nos reflets, on devrait être capables de s'aimer nous-mêmes !

On a peut-être même pas besoin d'aller chercher dans les romans – même si ce parallèle permet de prendre un peu de distance – : nos amis ont des défauts, et on les aime quand même.

Donc peut-être que nous pourrions décider de nous aimer comme on aime nos amis, et de nous aimer comme on aime les personnages de nos romans préférés. Peut-être que nous pourrions nous regarder comme si nous étions le personnage de notre propre roman.

Parfois pour relativiser je repense à ce truc que j'ai entendu dans je-ne-sais-plus-quel animé : imaginez si le monde, tous vos souvenirs et tout ce que vous connaissez avait été créé il y a cinq secondes. C'est bête et complètement impossible, mais cette idée me procure un certain apaisement, un peu comme si ça écrasait les déterminismes et les repoussait un peu plus loin, vous voyez ?

Alors peut-être qu'on pourrait gommer un peu ce qui nous fait peur en nous disant que ça n'a que cinq secondes d'existence, et se voir comme le personnage de notre propre roman. Pour se relativiser et prendre du recul. Et voir que finalement c'est pas si pire et qu'on a tout autant de valeur que les autres personnages du même roman et des autres romans sur l'étagère.

Et vous ? avez-vous réussi à vous accepter tel(le) que vous êtes ?

lundi 4 janvier 2021

Apprendre à être fier de soi

Source – Vlad Bagacian

Je ne sais pas trop comment m'y prendre pour écrire cet article, j'ai l'impression que mon propos va être un peu décousu, mais je me lance quand même parce que j'imagine que ça va me faire du bien, et puis qui se préoccupe de savoir si mon article fait trois parties avec trois sous-parties par partie ? Personne. (Je suis traumatisée : je n'ai jamais réussi, en trois ans d'Histoire, à faire un plan aussi organisé.) En fait, je me suis posée la question de la fierté quand il y a quelques jours j'ai terminé la première relecture de mon roman (ne vous en faites pas, on va pas parler d'écriture tout de temps, je vous ai déjà assez bassiné pour un moment ;P). Je me suis sentie ultra fière. Et je me suis empressée d'étouffer cette bouffée de fierté parce que... je ne sais pas trop, en fait. Je l'ai fait un peu comme un automatisme. La raison rationnelle serait que le roman est loin d'être fini, donc calme-toi, je te laisserais être fière à la fin ; la raison irrationnelle serait que y a vraiment pas de quoi être fière d'en être arrivée que là, et puis aussi c'était la première fois que je me suis sentie fière par moi-même depuis... euh... tellement longtemps que je ne saurais même pas dire ! et donc une lanterne s'est allumée dans ma tête, en mode "ah, c'est de la fierté. Je suis fière ?" et la surprise mêlée d'émerveillement a éteint la magie de l'émotion.

Du coup, j'étais quand même assez contente d'avoir été fière de moi. La dernière fois je ne crois même pas que c'était vraiment de la fierté, en tout cas ce n'était pas la même. Quand j'étais en stage, et que mon chef m'a dit que je bossais bien, je me suis sentie super contente et flattée, mais dans mon souvenir c'était un ressenti très différent de quand j'ai fini de lire mon roman. Peut-être parce que justement ça venait de quelqu'un d'autre. Cette fois-là, je n'ai pas étouffé l'émotion dans l'œuf. Je suis en train de me dire que c'est peut-être parce qu'elle provenait de quelqu'un d'autre, et que donc ce n'était pas moi qui me lançais toute seule des fleurs et que donc puisque ça provenait de quelqu'un d'autre, c'était la vérité et j'avais le droit d'être contente. Tout ça est un peu ridicule. Et un peu triste aussi, parce que dans les secondes qui ont suivi je me suis attachée à démonter le manque de justesse du compliment. En mode "il me dit qu'il s'attendait à ce que je travaille comme ça en fin de stage, mais alors à quoi est-ce qu'il s'attendait en début de stage ?!". En gros, je ne travaille pas spécialement bien, je travaille juste comme j'étais censée travailler. Circulez, y a rien à voir.

Pour mon bac, je n'étais pas fière. Les gens de la classe étaient tous contents, y en a même qui ont pleuré... Moi, je suis allée chercher ma note, c'était celle du reste de l'année, j'ai hoché la tête et... c'est tout. Si, quand même j'étais contente parce que la seule matière pour laquelle j'ai vraiment travaillé – l'Histoire – j'ai eu dix-sept alors c'était cool. Mais par exemple, à la fac, en dernière année de Licence, quand j'ai enfin attrapé quelques dix-huit, j'étais satisfaite mais en même temps je me disais "OK, il suffisait juste de recracher le cours par cœur. Si j'avais su..." (j'avais nourri cette illusion que l'on me demandait de réfléchir...).

Pour mon permis non plus, je n'étais pas fière. D'abord, j'étais persuadée que je ne l'aurais pas. Du coup, quand j'ai reçu mes résultats et que je l'ai eu, de me suis dit que je ne le méritais pas. Et comme mes parents n'ont pas eu l'air plus contents que ça (en même temps, vu que je ne sais toujours pas conduire, c'est normal) : personne pour valider la réussite (pauvre petite chose incapable d'être fière par elle-même !) (je n'ai eu mes amies que par SMS, du coup je trouve que ce n'est pas pareil qu'en face à face). C'est aussi que je n'ai jamais vraiment voulu le passer, et rien que pour me motiver pour le Code de la route j'ai dû procéder à un "changement cognitif" et essayer de rattacher le passage du Code à une motivation intrinsèque pour manipuler mon propre cerveau.

Alors quand j'ai été fière d'avoir passé une étape dans la correction de mon roman, j'ai commencé à me demander pourquoi là et pas dans un autre domaine, et comment fonctionne la fierté, d'ailleurs ? J'avais quelques bouts de réponses soufflés par mon instinct et je me suis mise à chercher des trucs sur le mécanisme de la fierté, comment ça apparaît, etc. Je me suis retrouvée à lire Comprendre les émotions de Silvia Krauth-Gruber, Paula Niedenthal, et François Ric.

En fait, la fierté fait partie des émotions réflexives (avec la jalousie, la honte, la culpabilité et l'envie), ce qui veut dire qu'elles peuvent nous pousser à adopter un comportement, qu'elles ont des implications interpersonnelles, et des fonctions sociales et morales. Ce sont aussi des émotions qui s'apprennent (au contraire des émotions universelles "de base" comme la colère ou la joie). La fierté et la honte sont liées à notre perception de notre valeur (on est fier d'avoir réussi une tâche jugée difficile). Les chercheurs ont découvert que la fierté avait des résultats positifs dans les domaines où la personne est fière, qu'elle permet plus de motivation, un sentiment d'efficacité de soi, favorise la créativité, la productivité, l'altruisme... et permet le développement de son estime de soi !

Je vous parle estime de soi parce que, au fil de mes recherches, je me suis retrouvée à parcourir un petit livre général sur les émotions (un petit Que sais-je de Robert Dantzer, je crois) et suis tombée sur l'échelle de l'estime de soi de Rosenberg. Par curiosité, j'ai répondu aux questions. J'ai eu un score de dix-huit. En dessous de vingt-cinq, on considère que l'estime de soi est très faible. Ah. Mince. Bon, en même temps, je me doutais bien que j'étais pas au top (tellement que je pense que parfois j'ai sous-estimé mes réponses), mais avoir un chiffre-sanction sur lequel me baser m'a fait tout drôle. Du coup, je trouve ça intéressant de savoir que le sentiment de fierté peut aider.

D'ailleurs, c'est ce que je ressens un peu tous les jours quand je travaille sur mon roman. Je ne suis pas fière tous les jours, parce qu'il faut quand même réussir pour être fière, donc terminer quelque chose, et je suis en plein dans mon travail, mais bizarrement l'écriture de ce roman est la seule chose en laquelle j'ai confiance et pour laquelle je suis optimiste. Je dois dire que ça fait beaucoup de bien de se dire qu'on peut y arriver et réussir vraiment ! D'un autre côté, j'ai commencé à me dire que ces sentiments de confiance et émotion de fierté étaient une évolution de mon tempérament naturel qui sert à ma survie. Je veux dire... Si je n'étais pas sûre de mon coup, j'arrêterais là. Je ne passerais pas des heures à corriger mon texte ; je me dirais juste "OK, j'ai mis le point final à mon texte, maintenant on passe au suivant" et c'est tout. Ou alors je corrigerais un peu sans y croire, et j'enverrai aux maisons d'éditions une lettre d'accompagnement un peu mal faite et je me saboterais toute seule. Être contente de moi, c'est m'assurer de faire du bon travail et de me donner les chances.

C'est aussi sauver ce qui reste de mes "digues émotionnelles" dans la mesure où l'écriture est la seule chose que je pense savoir vraiment faire, alors si je me rendais compte que je n'avais aucune chance de réussir, je sombrerais sans doute dans une sorte de cercle vicieux à base de "je n'arriverais jamais à rien". L'écriture est autant un besoin que mon ancre, de ce point de vue-là. (C'est assez triste de me dire que j'ai besoin d'une ancre pour tenir la route, mais enfin passons.) Mais d'un autre côté, une fois que je recevrai refus sur refus des maisons d'éditions (oui parce qu'on s'appelle pas tous Olivia Ruiz ; quand on envoie à douze maisons d'éditions, les douze ne disent pas "oui") je serais déçue mais pas surprise.

En même temps, j'expérimente le fait d'être content de soi, de se trouver efficace, et de vouloir aller au bout pour le plaisir et en pensant pouvoir obtenir de bons résultats et je dois dire que c'est vraiment... reposant ! C'est reposant de ne pas s'inquiéter trop de l'échec, et de penser que "tout va rouler comme sur des roulettes" parce que j'ai la capacité de le faire, etc.

Mais du coup je me demande quand même qui de l'œuf ou de la poule. Je veux dire... Ai-je une mauvaise estime de moi parce que je n'ai pas appris à être fière ? Ou ne suis-je jamais fière de moi parce que j'ai une mauvaise estime de moi ? Ou les deux en un système de vases interdépendants ?

J'aimerais bien aussi trouver une astuce pour empêcher mon cerveau de pirater mes sentiments de satisfaction envers moi-même. Parce que par exemple hier j'ai enfin terminé mon livre en anglais (dont je vous avais présenté les deux premiers tomes de la trilogie) et au lieu d'être contente d'être arrivée au bout, d'avoir appris du nouveau vocabulaire, etc. je me suis retrouvée à me dire que "bah oui mais bon, t'as quand même fini les dernières pages en passant des paragraphes entier dans un traducteur donc c'est un peu de la triche". Mais en même temps je suis satisfaite et j'ai pris du plaisir à lire en VO, donc je vais enchaîner avec le livre des contes mexicains en espagnol qui traîne toujours sur une étagère ! ;P

C'est quand même terrible d'avoir sans cesse une petite voix qui minimise les réussites sous tel ou tel prétexte. Et d'être plus fière quand quelqu'un a validé la réussite que quand on est seul – comme les enfants, quoi, sauf que je n'ai plus cinq ans depuis longtemps donc va falloir mûrir émotionnellement parlant ! x)

Tout ce que je vous dit est décousu et un peu mal construit, j'ai l'impression que ça va dans tous les sens dans un article complètement ébouriffé ! Mais ce que je voulais dire, au fond, c'est que je ne sais pas si c'est que moi ou si c'est quelque chose qui se remarque à grande échelle, mais j'ai quand même l'impression que l'on ne nous apprend pas à être fiers et qu'on ne valorise pas la fierté. Parce qu'avec la fierté vient le soupçon d'orgueil, qui lui est mauvais (et la personne accusée d'une telle émotion peut se voir marginalisée socialement). J'ai l'impression aussi qu'on ne valorise pas les gens. On dit à ceux qui échouent "tu as échoué, tu es nul" et à ceux qui veulent entreprendre quelque chose "mais tu es sûr ? c'est quand même pas très raisonnable". Alors qu'aux États-Unis, même si leur société a ses problèmes, quelqu'un qui échoue est encouragé à recommencer, et quelqu'un qui veut entreprendre est encouragé par ceux qui l'entourent. Nous, on nous descend. Et je pense que dans le fond ça participe de cette mauvaise appréhension individuelle de la fierté (en plus de tout ce qu'il peut se passer à l'échelle d'un foyer et d'un parcours personnel, bien entendu !).

En fait, ce que je voulais dire c'était qu'au final c'est très gratifiant de se sentir fier de soi, fier d'avoir réussi quelque chose, d'avoir réalisé quelque chose, tracé son chemin, etc. et je voulais vous encourager tous à être fiers de vous et à cultiver cette fierté !

jeudi 31 décembre 2020

Corriger son roman

Source – Ksenia Chernaya

Comme promis, je vous fait un article spécial sur la méthode, pour ne pas mélanger avec les journaux d'écriture et que ce soit plus facile à lire (ou à ne pas lire ! :P).

Avant de commencer, je dois dire que je ne prétends absolument pas vous mettre entre les pattes une énième méthode infaillible ou même vous donner des conseils de trucs qui marchent : je pense que "les trucs qui marchent" n'existent pas ; en revanche "les trucs qui marchent pour vous", oui. Ma seule prétention, c'est de vous expliquer comment j'ai décidé de m'y prendre pour corriger mon premier roman, pourquoi j'ai décidé de faire comme ça, en quoi ça répond à mes besoins et mes inquiétudes et réduit le stress quand je corrige :) C'est tout ! :) L'idée, c'est que l'on puisse échanger, partager, discuter, que vous piochiez ce qui vous intéresse s'il y a une chose qui vous intéresse, que vous me disiez comment vous vous y prenez si vous-mêmes vous écrivez, et voilà :) Aucun remède miracle ! Je pense qu'une bonne méthode est personnelle, évolutive, et née de l'expérience et d'une bonne connaissance de soi !

Principe numéro un : et si je me rate ?

Ben, si je me rate, c'est pas grave : j'ai la version précédente ! Mon grand principe de correction, c'est de travailler à chaque nouvelle phase sur une copie de la phase précédente. Ça me permet de pouvoir toujours répondre à la question "attends... comment c'était avant, déjà ?" et comme ça j'ai un peu moins peur de corriger en pire. Je me dis que si finalement à la fin je n'aime pas une correction, j'aurais accès à mes versions précédentes pour prendre une décision. Du coup, je peux tailler dans les phrases et accepter plus facilement d'enlever des tournures que j'aime bien mais qui finalement n'apportent rien, etc. puisqu'elles ne sont pas perdues. Actuellement dans mon ordinateur j'ai donc deux V1, deux V2, et j'aurais une V3 quand je travaillerai sur les retours de mes bêta-lecteurs (je pense que je ferais un article dédié à ce moment-là).

La première V1 est mon premier jet, tel que je l'ai terminé avant de faire une pause pour laisser décanter. La seconde V1 est une version corrigée à la volée durant ma première relecture, avec dans la marge les codes de corrections (j'y reviendrai). La première V2 est la version où j'ai corrigé les erreurs pointées à la première relecture, et la seconde V2 est ma relecture finale avant envoi en bêta-lecture, pour à la fois prêter attention à la formule, et à la fois vérifier que mes corrections précédentes, faites dans le désordre, tiennent la route et n'ont pas l'air d'un rafistolage malheureux !

Dans une clef USB j'ai aussi une sauvegarde de mon premier jet et de ma première V2 (on n'est jamais trop prudent).

Cette manière de faire une copie du fichier à chaque nouvelle séquence me permet aussi de savoir combien de temps je passe sur chaque partie. Par exemple, je sais que j'ai passé à peu près 160 heures à écrire mon premier jet, et à peu près 40 à le relire en attribuant des codes de correction.

Comment est-ce que je m'organise ?

J'ai choisi une méthode hybride entre ordinateur et papier. C'est ce qui me convient le mieux. Je suis vraiment très, très papier et je n'utilise pas du tout les logiciels d'aide à l'organisation d'écriture ! Mes fiches de personnages quand j'en ai sont sur papier, ma frise chronologique, mes cartes, plans, schémas en tout genre sont sur papier, l'écoulement des jours est sur papier, mes listes de prénoms et autres "ressources générales", mes croquis de vêtements... tout ça, c'est sur papier ! Du coup, travailler mes corrections entièrement sur ordinateur est absolument impossible pour moi : j'ai besoin de passer dans le concret, avec un stylo et des feutres pour m'aider à réfléchir.

Des codes de correction

Voilà comment ça se passe : pendant ma première relecture, j'ai corrigé à la volée les coquilles et autres atrocités que je trouvais (les fautes, les tournures vraiment trop moches que je savais comment améliorer, etc.) et j'ai noté toutes les autres (incohérences, tournures vraiment nulles mais pour lesquelles je n'arrivais pas à réfléchir, etc.) avec des codes que je reportais ensuite dans un cahier. J'ai attribué une couleur à chaque code. À côté du code je mettais l'explication du problème, comme par exemple telle tournure incompréhensible, ou telle incohérence, ou une maladresse, un non-sens, une interrogation, une précision à apporter, etc.

Mes codes sont les suivants :
• GEN : général (c'est tout ce qui concerne toute la longueur du roman ou les choses que je savais devoir corriger alors que je n'avais pas encore fini d'écrire)
• DLG : dialogue
• MLD : mal dit
• DSP : description
• PSO : personnage
• RTM : rythme
• UNR : univers
• TYP : typographie (c'est un peu superficiel mais je me suis rendue compte que je n'avais pas mis les majuscules aux mêmes endroits partout donc je l'ai noté pour être sûre de m'en souvenir)
• COH : cohérence
• CNS : construction (qui peut aller de l'articulation entre deux paragraphes, au déroulement de toute une séquence).

En relisant mon premier jet, si je voyais un problème sur un personnage, j'utilisais la fonction des commentaires dans mon logiciel d'écriture, je surlignais le passage, je mettais "PSO003" par exemple, et je reportais mon code sur mon cahier avec la correction à faire.

Outre le fait que j'ai besoin du papier pour réfléchir, ça me permet d'avoir un suivi des corrections dans le sens où parfois, en reprenant mes indications, je n'étais plus d'accord avec moi-même. J'aime bien aussi faire comme ça parce que bien sûr je pourrais détailler la correction à faire dans la case du commentaire sur le document directement, mais parfois mes commentaires étaient assez longs, les problèmes assez rapprochés, et donc tout se serait chevauché et je me serais retrouvé avec une boîte de commentaire en fin de page alors que la correction à faire était au début, ce que je trouve vraiment relou, du coup passer par le papier permet de régler ça.

Passer par le papier avec des codes couleur me permet aussi de voir d'un coup d'œil les problèmes d'un chapitre. Par exemple j'avais des chapitres avec que du bleu (problème de forme) ou des oranges (problème de fond). Je pouvais choisir plus facilement ce que j'allais corriger en priorité. D'autant que je n'ai pas repris mon manuscrit dans l'ordre.

Corriger dans le désordre

Au début, j'avais pensé balayer le texte en gérant d'abord le fond, puis une seconde fois pour la forme. Finalement j'ai réalisé que ça allait vite me gaver, donc j'ai corrigé chapitre par chapitre, le fond puis la forme. Outre mon bien-être à corriger (le plus important !), l'autre avantage que ça permet c'est que j'ai pu corriger mon roman dans le désordre. Du coup, je ne m'intéressais vraiment qu'aux choses que j'avais relevées, et pas à savoir si l'histoire se découlait bien, patati et patata (ce que j'avais déjà fait à ma première relecture en posant le diagnostique, donc autant ne pas se remplir le cerveau avec des trucs déjà réglés). Je pense que si j'avais corrigé dans l'ordre j'aurais été influencée par le déroulement de l'histoire que je connais. Pouvoir corriger un chapitre de fin, puis enchaîner par un chapitre de début, permet de prendre plus de recul, je pense.

C'est un peu anecdotique mais je le case quand même : j'avais fait sur mon cahier des cases représentant chacune un chapitre, que je cochais quand j'avais terminé, pour visualiser mon avancée et aussi ne pas chercher pendant des plombes les chapitres non-corrigés isolés au milieu de plein de notes et de gribouillis en vert x)

Actuellement, j'ai commencé ma dernière relecture avant appel aux bêta-lecteurs. Cette fois, je corrige tout ce que je trouve directement et je lis dans l'ordre.

Je pense que l'on ne peut pas (en tout cas c'est mon cas) courir à la fois derrière un diagnostique pour vérifier que tout se tient et avoir une idée de la tête générale du texte, et à la fois derrière la jolie formule. À ma première relecture, j'ai eu souvent beaucoup de mal à trouver des solutions aux problèmes que je pointais, alors que maintenant que je porte mon attention complète sur la forme, j'en trouve même d'autres !

Pour cette seconde relecture, j'ai aussi décidé de la faire à voix haute. J'ai piqué l'astuce à une autrice dont j'avais lu l'interview quand j'étais adolescente (incapable de vous dire qui c'est, malheureusement !) et je trouve que qu'elle fonctionne bien pour moi. Je trouve que je déniche mieux les problèmes de rythme, ou les lourdeurs, bref : tout ce qui concerne le style :)

J'avance assez lentement puisque je tourne à cinq pages par heure... mais je préfère avancer lentement que me précipiter.

J'ai aussi décidé de changer de routine. Pour l'écriture du premier jet, ma première relecture et ma première phase de corrections, je travaillais dès le réveil. En parallèle, je me suis lancée dans un projet pas sérieux juste pour le fun que j'avançais en fin d'après-midi et jusqu'en soirée. J'ai trouvé que je tournais plutôt pas mal à ces heures-là, et que la lumière me mettait dans de bonnes dispositions, donc j'ai décidé de tester une correction du roman plutôt en fin d'après-midi. C'est un vrai crash test parce que je suis plutôt du matin en général, donc on verra ce que ça donne !


Voilà ! :)
De votre côté, comment organisez-vous vos corrections ?

mardi 29 décembre 2020

Journal d'écriture, mois 10

Source – cottonbro

Quand j'ai recompté pour savoir quel nombre de mois je devais mettre dans le titre (oui, j'ai compté avec mes doigts, comme les enfants :'P) et que je me suis rendue compte que ça fait presque un an que je travaille sur ce premier roman, j'ai trouvé que le temps avait passé bien vite ! La dernière fois je vous avais laissé sur la fin de l'écriture de mon premier jet. Ce mois-ci, après une pause pour laisser décanter, j'ai repris mon texte et j'ai terminé la première phase de corrections ! Comme ma méthode pour corriger ne va pas intéresser tout le monde, j'ai décidé de vous faire un article spécial que les personnes non-intéressées pourront simplement ne pas lire, et me concentrer ici sur mes ressentis, comme dans tous les autres journaux d'écriture précédents :)

Au début, j'ai un tout petit peu déchantée parce que je pensais pouvoir relire une quarantaine de pages par jour et finir donc ma relecture et mon diagnostique des corrections à faire en une semaine. Haha ! c'te bonne blague ! Pas du tout. Je tournais à cinq pages par heure, autant dire que ma cadence de travail s'est stabilisé à quinze pages par jour, soit trois heures tous les matins. J'ai donc été plus lente que ma première estimation. Je me suis aussi accordée une pause de trois jours pour lire Les Gardiens de Ji qui me draguaient depuis ma table de nuit depuis des jours ! Mais au final, je ne suis pas trop mécontente de mon rythme et surtout du fait que j'ai réussi à me discipliner pour tenir !

Une chose qui me faisait peur c'était de ne pas apprécier ce moment de corrections, qui est redouté par beaucoup d'auteurs dont je lis les témoignages ici et là. Finalement, j'ai bien apprécié me relire, trouver mes tics de langage, etc. J'avais aussi très peur de me rendre compte que toute cette histoire est toute pourrie, ou pas bien écrite (même si le premier jet n'est que rarement parfait) et de me dire qu'il n'y avait plus rien à faire et d'abandonner. Bon, au final c'est surtout que c'est très, très hétérogène. Il y a des passages qui n'ont quasiment pas besoin de correction, et d'autres (que j'ai bien galéré à écrire) qui frôlent la catastrophe. Mais en fin de compte je suis assez contente de mon histoire, je pense que mon scénario n'est pas mauvais ; j'ai surtout très peu qu'une mauvaise écriture le desserve.

Je suis tombée sur bien trois ou quatre phrases qui n'avaient pas de fin et ne voulait rien dire... Et même sur une phrase qui n'avait tellement pas de sens que j'ai été incapable de retrouver ce que j'avais voulu dire ! x) Maintenant ça me fait bien rire, je me demande ce qui me passait par la tête, mais sur le coup ça m'a grave énervée ! x)

J'ai aussi remarqué que mes problèmes de cohérence étaient plus nombreux vers la fin, ce qui est somme toute assez normal puisque le plus dur ce n'est pas de jeter les lignes à la mer, c'est de les remonter dans le bon ordre et avec le bon rythme ! D'ailleurs, le rythme est je pense mon problème principal – ce qui est vraiment pas de pot quand on sait que le scénario en lui-même n'est pas la grande aventure avec plein de rebondissements, du coup si le rythme qui porte cette histoire pas très énergique n'est pas le bon, ça risque encore plus de tout ficher par terre. Mais d'un autre côté vouloir faire un rythme nerveux pour une histoire qui ne l'est pas ne fera que des dégâts. Je pense que le plus gros danger pour moi pour la suite c'est de corriger des trucs qui n'ont pas besoin de l'être, de me mettre la pression parce que les nombreux auteurs que j'ai lu pendant ma boulimie livresque sont excellents et que je dois faire pareil ! Sauf que : chacun son style, chacun ses mots, et chacun sa manière de travailler. Si je corrige trop, je vais perdre en spontanéité et en naturel. Pareil si je corrige en me rapprochant trop du style d'Untel ou d'Untel. Je pense que je vais devoir me concentrer à faire le tri entre les corrections que je veux faire "pour faire bien" et celles qu'il faut que je fasse "pour le bien du roman".

Malgré tous ces problèmes et ces quelques doutes, mon moral, ma motivation et mon optimisme sont toujours assez élevés, ce qui est un petit miracle quand on sait que je suis plutôt pessimiste de nature ! Je pense bien que ce roman, et l'écriture en général, doit être la seule chose pour laquelle je me sens compétente (c'est vous dire si la chute sera rude au moment de l'échec).

D'ailleurs, j'ai très peur de la réaction de mes bêta-lecteurs. J'en ai quatre, plus une amie qui va lire par curiosité et me donner un avis général ; et les deux à qui j'ai pitché l'histoire de manière un peu complète avaient l'air super emballées ; du coup elles ont forcément une idée de ce que ça peut donner, et j'ai peur que ça termine mal... J'ai aussi pitché à un membre du forum d'écriture sur lequel je suis, qui m'a dit que ça avait l'air d'un truc avec un univers "bien gratiné", ce qui me fait très plaisir mais me terrorise parce que moi je n'ai pas l'impression que mon univers soit très gratiné... C'est quand même pas la grande aventure, les révélations tombent pas comme des coups de tonnerres, au contraire je dirais plus que ça "coule". Y a pas trop de moments d'action, non plus, j'ai l'impression. Du coup j'ai peur de ne pas avoir réussi à valoriser mon scénario. Ce qui me frustre vraiment parce que je sais que mes scenarii sont bons, je n'ai jamais douté de mes scenarii, mais il n'y a rien de pire qu'un livre avec une bonne histoire et pas de mots pour la raconter... Pour le moment j'essaye de ne pas trop y penser, après tout le manuscrit n'est pas encore prêt à être envoyé en bêta-lecture, donc on verra plus tard (politique de l'autruche, donc).

C'est l'ensemble de toutes ces terreurs et de ces doutes qui me fait hésiter à commencer le second roman par chevauchement. J'avais prévu de commencer à rédiger en janvier, mais je pense que finalement, comme c'est mon premier coup, je vais attendre de voir comment je me débrouille et d'avoir vraiment tout, tout fini pour commencer le second. Avec ces problèmes d'homogénéité entre le début et la fin, j'ai aussi décidé que j'essaierai de rédiger le premier jet de ce deuxième roman en trois mois au lieu de six, ce qui est largement faisable et me posera sans doute moins de problèmes au moment des corrections ! (ou alors plus parce que j'aurais écrit n'importe quoi...).

Actuellement, avant d'envoyer en bêta-lecture, il me reste une dernière relecture avec correction au fur et à mesure. Pendant ma première relecture, j'avais juste corrigé les trucs qui crevaient vraiment les yeux et pour lesquels je savais comment rectifier le tir ; j'ai juste annoté les autres pour les corriger plus tard. Là, j'ai fini ces corrections annotées. Le risque, c'est que comme j'ai butiné de correction en correction et malgré mes notes, je me retrouve avec un truc "rafistolé" plutôt qu'un bloc qui tient bien. Donc je vais relire une seconde fois, pour repasser et vérifier que tout se goupille comme il faut, faire aussi bien attention aux tournures, etc. (qui n'étaient pas ce que je cherchais en priorité lors de la première relecture). Ce qui va aussi me permettre de vérifier ces histoires d'homogénéité, parce que si ça se trouve j'affabule complet ! Mais comme il y a des expressions qui apparaissent et disparaissent... d'un autre côté c'est pas grave si j'utilise une expression qu'une seule fois dans le roman... je devrais être libre de faire ce que je veux ! Donc je suis pas mal tiraillée entre ce que je veux et mes présupposés sur "ce qui doit être".

Ce qui est assez ironique en un sens parce que quand je réponds aux questions d'autres auteurs en herbe sur les forums et autres réseaux je réponds souvent "fais ce que tu veux !". L'hôpital qui se fout de la charité, donc... (je savais que je n'aurais pas dû lire autant pendant ma phase de correction, c'était une très mauvaise idée !)

Donc j'ai peur que ce ne soit pas assez bien.
Mais d'un autre côté j'ai peur aussi que la partie de moi qui trouve ça bien, trouve ça bien parce que je connais l'histoire, je sais ce qu'elle doit être, et donc en fait je trouve bien mon intention, et pas ma manière de la réaliser. C'est le bourbier, cette histoire !

De votre côté, où en êtes-vous dans vos projets ?

samedi 19 décembre 2020

Vivre de son écriture

Source – Karolina Grabowska

Je n'avais pas vraiment prévu d'écrire cet article (un peu comme tout mes articles, d'ailleurs :P), mais c'est une question qui me taraude depuis quelques jours. En fait, je me rends surtout compte que j'ai beaucoup évolué sur ce sujet. J'ai presque carrément fait un revirement à 180°, d'ailleurs !

Il y a encore quelques années, quand j'étais au lycée je pense, pour moi ce n'était pas envisageable de vivre de mon écriture parce que je ne voulais pas avoir à faire que ça de mes journées, je ne m'imaginais pas que ce serait possible et j'avais un peu peur que ça ne me plaise pas, aussi, ou de ne pas avoir le temps de faire autre chose. Le message d'une autrice (je crois me souvenir que c'était Samantha Bailly mais je ne pourrais pas le jurer) me disant qu'elle s'était lancée dans des études pour le plaisir, etc. m'avait à peine convaincue. 

En fait, pour moi, écrire est un besoin et je ne me voyais pas être payée pour réaliser un besoin. Ce qui est très con parce qu'à côté de ça je veux aussi publier mes histoires même sans en faire mon métier et donc gagner de l'argent dessus, et donc gagner de l'argent sur un besoin. On n'est plus à une contradiction près...

L'autre jour j'ai reçu ma première newletter de Pierre Grimbert (qui pour une raison tout aussi inexplicable qu'irrationnelle m'a carrément mis la patate !) qui disait qu'il pouvait désormais consacrer plus de temps à l'écriture et écrire plusieurs heures d'affilées chaque jour. Et je me suis prise à me dire à moi-même "qu'est-ce que j'aimerais bien n'avoir que ça à faire de mes journées !". Vous imaginez ? Tous les matins je n'aurais qu'à me pencher sur mon ordi et écrire, écrire, écrire, écrire ; voir mes personnages se sortir des situations compliquées dans lesquelles ils se sont mises (ou plutôt dans lesquelles je les ai mises, les pauvres loupiots !). Je pourrais écrire des heures et des heures et c'est bien tout ce que l'on me demanderait : rester dans mes mondes imaginaires et leur faire prendre une certaine réalité. Le rêve !

Je ne sais pas d'où me vient soudain cette idée. Peut-être que c'est la newletter de Pierre Grimbert que j'ai trouvée inspirante quelque part au fond de moi. Peut-être que c'est le fait que j'écris beaucoup en ce moment. Je dois restreindre ma boulimie livresque parce que si je plonge dans un livre (le dernier intégral du Cycle de Ji de Pierre Grimbert, justement) je sens que je ne vais pas le lâcher, or c'est embêtant parce que j'ai quand même quelques petits trucs à faire. Alors je me restreins, jusqu'au moment où je me bloquerais trois jours pour lire en ne m'arrêtant que pour aller aux toilettes, manger, et dormir. Et pour compenser, j'écris. C'est aussi que je suis dans la correction de mon roman (je vous en reparle bientôt dans un journal d'écriture et un article spécial sur ma méthode de correction ;P) et du coup j'y accorde plusieurs heures par jour et ensuite le soir je trouve encore le moyen de penser au roman suivant de plus en plus sérieusement tout en écrivant une histoire juste comme ça pour le plaisir, au moment où je craignais de n'être plus capable d'avoir de nouvelles idées dignes de ce nom. Et en fait... j'adore ça ! En tout, je dois bien accorder six heures par jour à l'écriture (pas aujourd'hui, j'ai fait le ménage, j'ai même pas encore commencé à corriger mon roman !). Je profite de ne pas trouver de boulot pour y passer des heures. Je trouve ça hyper grisant ! Peut-être que c'est le fait de voir ce que ça fait de ne pouvoir passer ses journées qu'à ça qui m'a débloquée et me permet de dire que finalement non : je ne m'ennuierais jamais si je n'avais que ça à faire !

Sur le forum dont je suis membre, une membre a demandé combien d'heures par jour on passe à l'écriture. Je lui ai donc raconté mon parcours des dix derniers mois. Et j'ai réalisé que peut-être le fait de m'être lancé comme défi d'écrire tous les jours pour commencer et finir mon roman a déclenché chez moi tout ça. A tout débloqué. Parce qu'après l'écriture, j'ai lu et lu et lu durant des jours où je ne faisais que ça. Et maintenant j'écris. Ou je pense écriture. Ou je parle écriture sur mon blog alors que ce n'est même pas un blog auteur ! Même le fait de n'être jamais tombée amoureuse je tourne ça en question d'écriture : comment je peux écrire bien une romance si je ne sais même pas de quoi je parle ?

Pourtant, je pense qu'il n'est toujours pas raisonnable de penser vivre de mon écriture. Si ça arrive, tant mieux, j'en serais ravie. Mais c'est déjà tellement difficile d'être publiée, que d'en vivre !... C'est à peu près aussi réaliste que de d'envisager tout plaquer pour élever des ânes de rando en Dordogne ! Mais ça me fait plaisir de me prendre à rêver que ce soit possible. En fait, je ne connais qu'une seule autre chose que je pourrais faire à longueur de journée sans m'ennuyer : la radio !

vendredi 27 novembre 2020

Mes 5 derniers livres lus (n°2)

La dernière fois je vous avez dit que j'avais bien envie de revenir à des articles un peu plus légers alors me voici ! En vrai, j'ai un peu triché parce que je n'ai pas vraiment pris mes cinq derniers livres lus ; j'ai plutôt pioché parmi les cinq derniers dans la longue liste de ce que j'ai lu depuis quelques mois. Mais on s'en fiche parce que c'est mon article, je fais ce que je veux, puis je voulais aussi faire de l'unité entre les articles et donc garder le "cinq derniers". Bref. J'ai des trucs sympa :)


Pérismer – Franck Dive

Ils sont cinq. Cinq adolescents qui vivent depuis leur plus jeune âge dans un monastère isolé du monde extérieur. Par une nuit tragique, ils échappent de justesse à l’agression de ténébreuses créatures et, pour survivre, doivent se résoudre à l’exil.

Un long périple les attend, au cours duquel ils n’auront pas d’autre choix que d’apprendre à s’entraider et à dépasser leurs différences, car face à eux se dresse la Reine des noctères, un fléau qui les considère déjà comme ses pires ennemis.

C'est ma première triche : je ne vais pas vous parler que du premier tome mais de la trilogie (sans rien divulguer, évidemment ;P). C'est assez facile parce qu'il y a une grande unité dans cette trilogie, à la fois dans le bon et dans le moins bon.

Je dois dire que cette trilogie m'a énormément frustrée. À tel point que je vais commencer par les points négatifs et finir sur le positif, parce qu'on se souvient toujours mieux de ce que l'on a lu ou vu ou entendu en dernier et que ça m'embête que vous vous souveniez du "mauvais" (oui, l'autrice de ce blog vient d'admettre chercher à manipuler ses lecteurs, à part ça tout va bien ! xP).

En fait, pour résumer le moins bon, j'ai trouvé que ça manquait d'écriture. J'ai eu beaucoup de mal à imaginer les lieux des actions car les descriptions succinctes n'étaient pas toujours claires, par exemple. Ce n'est pas grave quand ça n'importe pas à la scène, mais quand le lieu est central c'est déjà beaucoup plus embâtant. J'ai aussi trouvé que ça allait souvent un peu trop vite, presque comme si l'on sautait d'une action à l'autre. Parfois, des choses semblent sorties du chapeau ; soit que l'on n'a pas été préparés soit que l'on a été mal préparés. On reçoit donc des vérités ou des actions auxquels on doit dire "oui, d'accord" alors que ça semble venu de nulle part, là parce que l'auteur en a eu besoin. C'est vraiment dommage parce qu'en réalité l'univers est vraiment travaillé, donc ces vérités sorties de nulle part font sans doute réellement partie de la construction de l'histoire.

Le dernier tome est celui qui a le moins ce problème de manque d'écriture mais d'un autre côté il comporte quelques incohérences qui, même si elles ne sont pas méchantes, font tiquer et sortent de la lecture comme par exemple quand à une page on vous dit que le dragon tient un soldat dans une patte et que trois pages plus tard c'est deux. Par contre, bon point pour le tic de langage du tome un ("avoisiner" utilisé tout le temps) qui disparaît.

Ce manque d'écriture m'a beaucoup frustrée parce que, derrière ça, l'histoire est géniale ! Assez sombre (digne de la dark fantasy, je dois dire) mais traitée d'une manière idéale pour un livre classé Jeunesse. Le point de départ est la lutte contre le Mal, rien de bien original mais ça marche ! L'univers est sympa, bien construit, le scénario fonctionne, et les personnages !... Les personnages, principaux comme secondaires, sont vraiment, vraiment bien construits, ils ont des personnalité à eux sans tomber dans la caricature, leur développement est parfait et le traitement de leur vraie nature (pas tout à fait humain) est très bien traitée que ça soit du point de vue du scénario ou de l'évolution psychologique des ado. C'est vraiment une très jolie histoire avec une fin parfaite (qui moi m'a mise par terre mais je suis fragile xD). Et du coup, toutes ces qualités de fond portées par une écriture qui manque un peu, n'est pas tout à fait à la hauteur, m'a beaucoup frustrée !

J'ai passé un moment très sympa et je vous le conseille pour quand on ne veut pas se prendre la tête ! Et puis les personnages sont vraiment attachants, c'est difficile d'avoir son préféré (même si moi Erian me tape un peu sur le système, mais bon, justement ça démontre qu'il est bien construit parce qu'il a ses qualités mais ses défauts sont bien dosés et me saoulent). Je pense qu'il est facile de pardonner le "manque d'écriture" face à la très jolie histoire !


Le Charognard
– K.-J. Parker

Un homme se réveille au milieu de nulle part, parmi des corps éparpillés, sous le regard inquisiteur des corbeaux. Il ne sait plus qui il est, ou comment il est arrivé là. Le seul lien le rattachant à son existence ultérieure est son don naturel pour manier l’épée, et les rêves fragmentaires qui hantent son sommeil.

Perdu dans un monde hostile, il erre de village en village, jouant au dieu pour trouver le gîte et le couvert. Mais l’ombre de son passé ne cesse de le poursuivre. Elle lui évoque un mystère bien plus grand qu’il ne l’aurait imaginé, une vérité qu’il préférerait sans doute ne pas croire.

Je vous présente encore une trilogie. J'ai lu récemment le tome deux, mais je me suis dit que pour vous présenter la saga, il valait mieux mettre ici la quatrième de couverture du premier tome. Je dois dire avant de commencer que cette trilogie n'est pas complète en français. Bragelonne n'a publié que les deux premiers tomes, je pense qu'ils ont renoncé au dernier devant le peu de ventes. Et pourtant !...

Je suis actuellement en train de lire le tome trois en anglais en livre numérique. Autant dire que je fais des aller-retours avec un dictionnaire et qu'encore plein de petits détails m'échappent, mais je comprends suffisamment pour savoir ce qu'il se passe. C'est ça, ou ne jamais savoir du tout, ce qui serait bien pire côté frustration !

Ce que je vais dire est un peu méchant : je comprends que des lecteurs, après la lecture du premier tome, n'aient pas voulu lire le deuxième et que ceux qui sont allés au deuxième aient voulu abandonner. C'est que c'est un peu mou, on a l'impression qu'il ne se passe rien en presque six cents page à chaque tome. En réalité, c'est une mollesse et un rythme parfaitement maîtrisés, qui installent un univers, une ambiance, et un déroulement parfaitement maîtrisés. En fait, c'est un bonbon. Chaque pièce se positionne, et on lit en se disant "oh non... la vache !". Surtout dans le dernier livre où tout va se résoudre.

En fait, je comprends que la plupart des lecteurs aient abandonnés et que Bragelonne n'ait pas pris le risque de publier la suite : ça tient à la construction de la trilogie. Normalement, une trilogie commence par un tome qui installe le truc ; puis le tome du milieu fait avancer l'histoire, les actions, monte en puissance ; et enfin le dernier tome résout tout. Là, ce n'est pas ce qu'a choisi de faire l'auteur. Il a fait un premier tome qui installe les enjeux, et un deuxième qui sert de pivot. Pour le coup, c'est un tome de révélations sur Poldarn et en terme d'actions il ne se passe réellement que deux grosses choses. Je comprends que ça puisse dérouter. Mais en réalité il est hyper bien construit et permet de se poser pour donner au lecteur comme au personnage les infos dont il a besoin pour la suite. Et, de fait, dès le début du dernier tome, l'auteur met son personnage – et donc le lecteur – en position d'apprendre des tas de trucs sur lui. L'histoire se déroule aussi un peu plus vite que dans les autres tomes. Mais toujours dans une sorte de lenteur qui correspond bien à l'ambiance.

En gros, même si je comprends les critiques du point de vue du lecteur, l'autrice en moi a vu comment les romans sont construits et vraiment, cette trilogie est un bijou extrêmement bien réussi ! Après, c'est aussi une question d'attirances personnelle : si on n'aime pas quand c'est mou, on n'aime pas quand c'est mou ! De mon côté je suis hyper admirative de la manière dont c'est construit !


Un Long voyage – Claire Duvivier

Issu d’une famille de pêcheurs, Liesse doit quitter son village natal à la mort de son père. Fruste mais malin, il parvient à faire son chemin dans le comptoir commercial où il a été placé. Au point d’être pris comme secrétaire par Malvine Zélina de Félarasie, ambassadrice impériale dans l’Archipel, aristocrate promise aux plus grandes destinées politiques. Dans le sillage de la jeune femme, Liesse va s’embarquer pour un grand voyage loin de ses îles et devenir, au fil des ans, le témoin privilégié de la fin d’un Empire.

Ce livre m'a été conseillé par FeyGirl sur Twitter tandis que j'étais à la recherche d'un one-shot de fantasy de préférence francophone. Pas trop exigeante, la fille ! Et encore, j'avais pas précisé que j'aime pas les récits à la premières personnes ! C'est heureux parce que précisément ce livre est rédigé à la première personne, et du coup on ne me l'aurait pas conseillé, et du coup je ne l'aurais pas lu. Ça aurait quand même été dommage. J'ai adoré.

Le truc c'est que comme c'est écrit comme des mémoires, le fait que ce soit à la première personne ne m'a pas du tout dérangé, au contraire c'est passé tout seul !

J'ai trouvé que c'était un récit très tendre, bien écrit. Il aborde plein de sujets importants, comme la tolérance, par exemple, d'une manière très délicate sans avoir trop l'air d'en toucher. Je l'ai par contre trouvé très triste. En vrai, il m'a mise par terre (mais je suis fragile).

C'est bête, mais je ne sais pas trop quoi dire d'autre. Ah, si ! Même si vous ne lisez pas de fantasy habituellement, vous pouvez y aller en fermant les yeux, parce que finalement le côté fantasy ne ressort pas trop. On se trouve dans un Empire imaginaire qui ma foi pourrait tout autant être une puissance du passé. La magie à laquelle on est confronté, on l'est de manière indirecte. Pas de dragons, pas de sorciers, pas de guerres interminables, de complots... c'est tout doux et convient parfaitement à quelqu'un qui n'aime pas la fantasy. Alors foncez :)


Des Sorciers et des Hommes
– Thomas Geha

Sur la Grande Ile de Colme, quand on sait mettre toute morale de côté, la vie offre de nombreuses opportunités. Boire, voler, rudoyer ou tuer, tel est le quotidien de Hent Guer, un guerrier redoutable, et de Pic Caram, un sorcier aux rubans. Toutefois, leurs plans se trouvent contrariés lorsqu'un matin de gueule de bois, Hent constate, impuissant, la disparition de Pic. Sur la Grande Ile de Colme comme ailleurs, les talents d'un sorcier aux rubans attirent bien des convoitises ! Pour le guerrier, pas question d'abandonner son partenaire de crime : spolier son prochain est beaucoup plus drôle avec l'aide d'un sorcier à la morale légère.

Bon. Il y en a des trucs à dire. En un mot ? Frustrée. Mais pas frustrée ascendant contente comme Pérismer. Frustrée ascendant déçue, voire quel-gâchis. Et pourtant ça commençait tellement bien !

Pour commencer, ne vous fiez pas à la quatrième de couverture : Hent retrouve Pic dès le premier épisode, donc circulez, y a rien à voir. L'intrigue générale ne tourne pas autour de ça mais bien davantage autour de vengeance. Sauf que cette vengeance a du mal à passer. Je m'explique : le roman est construit avec des épisodes, qui se suivent sans que l'on sache toujours très bien combien de temps passe entre chacun et ce n'est pas grave. On suit donc les aventures de nos deux salauds plus intéressés par le fric que par le fait d'aider des gens. Pas de problème : les anti-héros, c'est cool aussi. Et puis, à la moitié du roman, rien ne va plus. Exit les épisodes relativement courts : c'est désormais un seul et long épisode qui couvre la seconde moitié du livre, comme un roman classique. Sauf que, sauf que.

Dans cette seconde moitié, on ne suit plus Hent et Pic mais un groupe de personnes qu'ils ont arnaqué chacun de leurs côtés et qui se réunissent pour les attraper et se venger. Soit. Sauf que du coup on les suit eux, et plus du tout les deux anti-héros dont on n'aura plus jamais le point de vue. Drôle de choix de la narration. Ensuite, ça va à toute vitesse ! On aurait dit que vite-vite, il fallait finir pour ne pas dépasser un nombre de pages prédéfini et tout faire entrer dedans ! On saute de personnages en semaines, on est un peu perdu parce que la ligne de temps repart en arrière, fort heureusement des balises nous permettent de nous repérer plus ou moins. Mais ça va vite, tellement vite !...

Ces personnages sont réunis par une sorcière très méchante et très puissante dont on a entendu parler dans un épisode de la première moitié du livre et pourtant elle m'a donné l'impression d'être sortie d'un chapeau. On se retrouve pris dans une vengeance de personnages manipulés par elle, en suivant leur point de vue mais sans jamais vraiment aller au fond des choses. Ça galope, ça galope jusqu'à une fin un peu sortie de nulle part, mal amenée. Et décevante. Je n'ai pas envie de la divulgâcher donc je vais tâcher de la faire comprendre : en gros, Hent et Pic sont punis de manière à ne plus jamais faire de mal à personne mais restent en vie pour bien profiter de la merde éternelle dans laquelle ils sont. C'est une fin en mode "le méchant perd toujours" alors que jusque-là ils trouvaient toujours un moyen de s'en sortir. Presque, je n'ai pas trouvé ça crédible. Ou trop facile.

En fait, non, je vais m'expliquer mieux ça. L'idée c'est que, quand on a une bonne technique d'écriture on peut écrire à peu faire avaler à peu près n'importe quoi au lecteur sans qu'il bronche. La fin de Des Sorciers et des Hommes n'est pas mauvaise en soi. Le choix de punir de la sorte les deux anti-héros en mode "le Mal perd toujours" se défend, dans le fond. Mais là, c'est mal amené. Trop rapide, on survole tout ce qu'il se passe, et surtout j'ai du mal à comprendre ce choix de ne plus jamais faire appel au point de vue de Hent et Pic pendant la séquence vengeance.

Si je dois adoucir un peu ma critique, je dirais que tout ça tient en la construction du roman et son origine. Il me semble avoir lu dans les pages annexes que ce roman à épisodes était né de nouvelles. Sauf qu'on n'écrit pas une nouvelle ou un épisode comme on écrit un roman. Du coup, la première moitié du roman, avec les épisodes, correspond à ce que l'auteur maîtrisait pour ces personnages et cet univers. Ensuite, la seconde moitié est plus comme un roman classique, sur le long-terme, et du coup ça ne fonctionne plus.


La Mésopotamie
– Bertrand Lafont et al.

Entre désert aride et riches vallées fluviales, se sont développés des civilisations brillantes et ouvertes. Au tout début du IIIe millénaire avant notre ère, les Sumériens y ont inventé l'écriture cunéiforme, l'agriculture céréalière irriguée, la civilisation urbaine autour de vastes palais ainsi que les premières formes de l'État. Par la suite, alors que les caravanes des marchands allant de l'Anatolie jusqu'à la vallée de l'Indus dessinent les routes commerciales et transportent métaux et produits précieux, les rois font mettre par écrit la législation, établir les règles de la comptabilité publique et de la diplomatie... Au tournant du Ier millénaire, la Mésopotamie est le centre de gravité de grands empires : assyrien, babylonien, puis perse achéménide. Leurs capitales ont laissé des vestiges impressionnants et l'activité de leurs scribes nous a transmis l'essentiel de leur tradition écrite, associant les Annales royales assyriennes, l'Épopée de Gilgamesh ou l'astrologie mésopotamienne…

C'est de la triche parce qu'il ne fait pas partie des cinq derniers. En vrai, le précédent de tout ce que je vous ai présenté ici, je ne m'en souviens pas, j'en ai lu tellement trop vite par rapport à mon habitude que mon cerveau a buggé. On s'en fiche. Ça me fait plaisir de vous présenter ce manuel, et c'est bien tout ce qui compte !

Je l'ai lu – oui, le millier de pages en tout entier :P – parce que ces périodes de l'Histoire et ces zones étaient assez mystérieuses pour moi, et aussi que je voulais m'en inspirer pour mon prochain roman. Piocher des trucs dedans. Et j'ai bien fait parce qu'il est très bien !

Déjà, il est bien écrit. Ça peut paraître bête de le signaler, mais dans les livres d'Histoire et compagnie, les auteurs n'ont pas toujours une plume très agréable à lire pour la raison toute bête que ce n'est pas du tout ce qu'on leur demande : on leur demande de la science, pas un truc à lire pour se détendre dans un transat à l'heure de la sieste. Mais là, c'est bien écrit. C'est bien.

Évidemment, on brosse quelque trois mille ans d'Histoire en un peu moins d'un millier de pages, donc on se concentre sur l'essentiel, mais j'ai trouvé que c'était bien fait et bien expliqué. On apprend plein de choses et c'est cool !


Voilà ! En avez-vous lu dans cette liste ? qu'en avez-vous pensé ? Avez-vous envie d'en lire ?
Je lis trop de trucs tristes en ce moment, donc si vous avez du joyeux et du gentil où tout est bien qui fini bien, en fantasy, avec même une romance en guise de cerise sur le gâteau, je prends vos conseils ! ;)

samedi 21 novembre 2020

Détraquée

Source – Miguel Á. Padriñán

Je ne sais pas si c'est l'hypnose contre les conditionnements que j'ai écoutée avant-hier, ou juste parce que j'étais quelque part entre le sommeil et l'éveil (j'aurais préféré dormir, mais que voulez-vous, mon esprit est incapable de lâcher-prise), mais hier soir j'ai repensé à des trucs de quand j'étais enfant, et ça m'a un peu perturbé parce que comme j'ai toujours le bourdon, et que je suis pessimiste de nature, j'ai tendance à interpréter ça comme la preuve que je traîne depuis bien, bien longtemps mes problèmes de rapports et interactions entre corps et émotions. Ces souvenirs sont brefs, un peu flous et à la fois très nets, c'est assez perturbant sachant que j'ai du mal avec mes souvenirs de l'enfance comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire ici. Je ne sais pas trop ce que j'attends en vous racontant ça, peut-être juste un exutoire, peut-être qu'on me rassure, ou peut-être que c'est juste un prétexte pour vous parler plus largement de mon état d'esprit du moment. Dans tous les cas il va falloir que je songe à écrire des articles un peu plus légers et joyeux un peu plus souvent, ne serait-ce que comme thérapie. Peut-être que j'écrirais un article avec des trucs chouettes, et je pense aussi vous refaire un article de "mes 5 derniers livres lus". Bref. (Le lecteur perspicace aura remarqué que je retarde le moment d'en venir au fait en racontant ces souvenirs qui sont venus m'emmerder alors que je cherchais le sommeil).

Le premier souvenir, c'est un truc un peu zarbi (genre, vraiment zarbi en fait). Je me souviens qu'avec ma sœur des fois dans les séries qu'on regardait il y avait des amoureux (comme dans beaucoup de séries pour enfants et adolescents, en même temps) et que c'était assez mystérieux et que parfois il y avait des scènes dans le lit (oui, alors bon on va éclaircir les choses tout de suite : on voyait rien que des bisous, hein, je vous rassure). Et du coup je me souviens (ou crois me souvenir ?) qu'avec ma sœur on jouait (c'est le bon mot ?) à ça. Disons que l'on se couchait l'une sur l'autre dans le lit et on se faisait des bisous. Alors quels bisous, combien de temps, etc. je n'en sais fichtrement rien du tout ! Je me souviens juste que je me sentais confusément honteuse et que j'avais suffisamment l'impression de faire une bêtise pour ne pas vouloir que ma mère l'apprenne. Je ne sais pas trop quel place ou quelle valeur je dois accorder à ce souvenir, je ne sais même pas si s'en est vraiment un dans le sens où on a peu de souvenirs intacts et qu'avec les années les souvenirs se troublent, se déforment, qu'on y met sans doute beaucoup de reconstructions.

Le deuxième souvenir c'est moi un peu plus vieille, sur un vélo. Je ne saurais pas trop vous dire mon âge, je pense que j'étais une jeune collégienne mais je ne pourrais pas le jurer. Je me souviens que, assise sur mon vélo, je me frottais à la selle pour avoir du "plaisir". Je le mets entre guillemets parce que c'est le mot que je mets dessus aujourd'hui, est-ce que c'est comme ça que je l'aurais décrit à ce moment-là, je n'en sais rien. Bien sûr, ça ne faisait que mal. Là encore, je ne sais pas trop quelle valeur je dois donner à ça, si on peut considérer que c'est juste la curiosité d'une gamine qui veut savoir comment ça marche, ou si c'est la preuve que j'étais déjà dérangée sur la question. Ça expliquerait mon rapport au corps compliqué... enfin non, ça n'expliquerait rien, ça donnerait juste un nouveau point de départ, une nouvelle balise sur le chemin pour démontrer que tout ça est compliqué pour moi.

Je vous avoue, je me sens un peu mal de raconter ça. Pourtant j'ai déjà raconté des trucs intimes sans éprouver de problèmes. Je dois dire que la seule chose qui me retient d'abandonner c'est que je suis anonyme, si vous me croisez dans la rue demain vous ne saurez pas que c'est moi, et je ne suis même pas sûre que quelqu'un qui me connaisse déjà puisse me reconnaître sur mon blog parce qu'au final je suis plutôt secrète sur ce genres de choses dans la "vraie vie".

D'ailleurs, ça me fait penser que dans l'hypnose que j'ai écoutée le monsieur dit une phrase vers la fin, du genre "vous avez le droit de parler et vous avez le droit de ne pas parler" et ça a plutôt fait tilt en moi parce que je suis plutôt secrète de nature mais ces dernières années j'ai eu tendance à essayer de parler plus, surtout à mes parents qui me le reprochaient, sauf que je commence à me demander si c'était vraiment une très bonne idée de forcer ma nature (surtout quand lesdits parents ne semblent pas avoir remarqué de différence alors que moi j'ai la sensation d'avoir consenti des efforts insurmontables). D'autant que je n'ai pas l'impression d'être vraiment soutenue (ou comprise, mais on ne peut pas être compris si on ne s'exprime pas donc je ne peux rien reprocher de ce côté-là) quand je m'ouvre. Alors je vais sans doute tout refermer pour me protéger.

Je vais aussi arrêter de dire aux militants radicaux sur internet quand je ne suis pas d'accord avec eux parce que le Débat est dans un état déplorable. Ma dernière mésaventure c'était moi, disant à une blogueuse qu'on ne pouvait pas se réjouir de la sortie du livre Moi les hommes, je les déteste parce que ça ne fait que diviser les gens dans la violence et que quand on lit les propos de l'autrice dans les interviews il y a de quoi être flippé (ce à quoi on m'a répondu que les journalistes ont déformé les propos ; certes, ça arrive, mais ont-ils aussi déformé les propos d'Alice Coffin invitée en direct dans C Politique sur France 5 ?). Je suis partie dans la même envolée lyrique que j'avais faite dans mon article sur les sensitivity readers, en disant que je n'étais pas qu'une femme blanche hétérosexuelle mais aussi que je tenais à l'honneur, tout ça. Cette partie, sur l'honneur, le juste-milieu utopiste, etc. se trouvait au milieu d'autres trucs sur moi, tout comme dans mon article. Sauf que la personne l'a sortie de son contexte pour dire que je montais sur mes grands chevaux et me faire passer pour un chevalier des temps modernes imbu de lui-même. Great. Sauf que pas du tout : c'est une donnée lucide sur moi, ce sont mes valeurs, fondées sur ma personnalité et mes expériences, ce sont à la fois une force et une faiblesse (on a souvent les défauts de ses qualités).

Ça et le reste... vraiment, il faut que j'arrête de discuter avec des gens comme ça, qui vous reprochent de ne pas considérer leur ressenti et leur agacement à répéter toujours la même chose, mais dénigrent le vôtre et vous accusent d'anti-féminisme sans vous connaître (et vous reprochent de vous en prendre à la forme du propos, sauf que la forme du propos en dit long sur l'état d'esprit et que l'état d'esprit impacte la qualité du débat et les réactions des débatteurs). Si vous n'êtes pas avec eux vous êtes forcément contre eux. Sale temps pour discuter. Je ne veux pas que vous croyiez que je règle mes comptes : j'ai pu m'expliquer auprès de cette personne, j'ai juste besoin de vider un peu mon sac ici, c'est bien pour ça que je ne cite pas son nom (ça n'aurait d'ailleurs pas grand intérêt).

Il faudra aussi que je me souvienne de ne pas donner mon avis à la suite d'un tweet d'une personne très suivie, parce qu'après on reçoit des centaines de notifications et ça me gave, moi en plus qui suis incapable de lâcher-prise !... De temps en temps je me dis que j'aimerais bien avoir une communauté un peu plus grande ou un peu plus active, mais quand je vois ça je me dis que je suis très bien comme ça et que je n'ai pas besoin de plus. Vous imaginez recevoir des centaines et des centaines de notifications et de messages à chaque fois que vous faites un tweet ? Je me demande même si je ne devrais pas arrêter de cliquer sur "j'aime" sur les tweet qui en ont déjà énormément parce que je me dis que le pauvre derrière va encore recevoir une notification, ce qui est stressant (je suis juste fragile, je pense xD).

La déprime n'est pas passée, je me dis que ça ira déjà mieux quand j'aurais trouvé du travail, sauf que le simple fait de dépendre des conditions extérieures pour aller bien ou pas est déjà un problème en soi. Évidemment, je n'ai pas appelé de psychologue alors que j'avais dit que je le ferai en octobre. Le truc, c'est que je n'ose pas. Le centre dont m'a parlé la psy du travail de Pôle Emploi précise qu'ils prennent les urgences. Or, si mon cas est suffisamment inquiétant pour que la psy du travail se fende d'un "Ah oui..." quand j'explique, ce n'est pas vraiment ce que l'on pourrait qualifier d'urgence (je ne compte pas me suicider même si j'aimerais beaucoup disparaître dans une cabane perchée dans un arbre dans la savane, dans une dimension parallèle où une nappe magique me donnerait à manger quand je la déplierai, et un tiroir magique me fournirait des livres, et sans pollution lumineuse je pourrais voir les étoiles et les lionnes chasser, comme une retraite dans un monde où je serais le seul être humain et où je pourrais me promener à dos d'éléphant sans les dresser, parce que je parlerais la langue des éléphants (je rêve de parler aux animaux depuis que gamine je regardais Marcelino et Yakari)). Je me dis aussi que si jamais j'appelle et qu'on me dit que mon cas ne peut pas être pris, je vais assez mal le vivre donc au final je préfère ne pas savoir et attendre d'avoir un travail pour payer un psy moi-même (ce qui me donnerait aussi moins l'impression d'être une grosse assistée).

Il paraît que la déprime ne peut pas passer toute seule. Donc je vais faire un effort et arrêter d'écrire des articles déprimants, ou au moins contrebalancer avec des trucs un peu joyeux ou légers.

Comment que ça va de par chez vous ?