mercredi 29 avril 2020

Journal d'écriture, mois 2

Source – Carlos Reusser Monsalvez
Ce mois-ci a été un peu plus compliqué que le précédent pour moi, car je travaille toujours sans ma frise chronologique et je dois dire que ça me terrifie de me rapprocher du dernier point de ma chronologie dont je me souviens, et de me dire que je serais sans filets après, et que je dois tenir comme ça encore un mois, car je ne pourrai récupérer toutes mes notes sur mon roman que dans un mois. Par contre, j'ai été très attentive à ce qu'il se passait en moi pendant ce mois d'écriture, à mes questionnements, et j'ai noté plein de choses que je voulais dire ici (heureusement, parce que là, maintenant, tout de suite devant mon écran, je ne m'en souviens plus).

D'abord, je ne sais plus si j'en avais déjà parlé ou pas, mais j'ai remarqué que ma créativité est bien meilleure. Avant, quand je passais des journées entières devant des séries, une fois que venait le soir j'étais incapable d'imaginer ce que j'allais mettre dans mon roman à la séance suivante. Aujourd'hui, même quand je me gave de séries, de films, tous plus niais les uns que les autres, j'arrive quand même à enclencher la machine du roman. D'ailleurs, d'une manière générale, j'arrive à enclencher la machine du roman. Lorsque je me retrouve un peu bloquée, et que je ne sais pas comment je vais faire, quelques minutes me suffisent à trouver la solution, quand il en fallait beaucoup plus auparavant !

Je doute aussi beaucoup sur ce que je fais. Je sors beaucoup de la ligne pour écrire des passages que je n'avais pas prévus et j'ai des fois l'impression que j'écris mon roman comme j'écris mes "juste-comme-ça". Je ne sais pas si j'ai cette impression parce que ce n'est pas qu'une impression, ou si j'ai cette impression parce que je n'ai pas l'habitude de travailler sans filets. Le truc, c'est qu'avant je passais une semaine à réfléchir à ce que j'allais écrire, aux dialogues, etc. Du coup, au moment d'écrire, j'écrivais ce que j'avais prévu. Là, comme je ne prévois pas grand-chose, puisque j'écris tous les jours, je suis beaucoup plus libre, mais du coup, je ne sais pas si ce que je fais est bien. J'ai aussi cette petite pensée que mon écrit précédent était trop court, que ce n'était pas vraiment un roman, et que celui-là sera un peu plus conséquent. Mais je ne sais pas s'il sera conséquent avec du vide ou conséquent avec des choses intéressantes.

Ça me fait venir à un autre questionnement que j'ai eu. Comme j'ai repris l'écriture, je suis redevenue active sur le forum Jeunes Écrivains. Revient beaucoup l'idée que, à la première relecture du premier jet, il faut purger le manuscrit des passages que l'on a écrit pour se faire mousser, parce que c'était joli et qu'on voulait montrer qu'on était capable de les écrire. Je ne pense pas qu'il y aura vraiment de ces passages dans mon manuscrit. Par contre, je vais devoir identifier les passages que j'ai écrit pendant que je réfléchissais à ce que j'allais écrire. Autant mes "digressions" me sont venues toutes seules, naturellement, et je leur fais confiance ; autant plus je les ai écrites il y a longtemps et plus je me demande si elles ont vraiment leur place, si elles apportent vraiment quelque chose. Et je me dis aussi de plus en plus que je ne rentre pas assez dans la tête de l'un de mes personnages, qui est quand même en deuil. D'un autre côté, même si les pages s'empilent, je suis les jours sans en sauter aucun. Donc il me paraît normal que l'on ne parle pas très souvent de son deuil, puisqu'il devrait revenir de manière régulière dans le temps, mais que j'écris jour par jour et que par ailleurs il est actuellement où il se trouve parce que a lui permet de vivre son deuil.

Je me suis demandée si le fait de m'interdire de relire (pour ne pas tout effacer en me disant que c'est nul) ne m'empêchait pas aussi de me rassurer. C'est une méthode à double-tranchant. Je ne relis que les dernières lignes à chaque fois pour bien reprendre de manière logique. Mais je m'interdis de remonter plus.

Depuis quelques jours, je rame. Hier, j'ai écrit neuf minutes. Ridicule quand on sait que j'ai déjà enchaîné des séances de deux heures trente. Le truc, c'est que plus je me rapproche du dernier point de ma frise dont je me souviens, plus je suis embêtée. Si je fais de grosses erreurs dans la rédaction, l'ordre des événements, corriger dans un mois sera vraiment lourd. Du coup, quand j'ai un doute, je laisse en suspend, ce qui n'est pas forcément mieux. Par exemple, j'ai un personnage extérieur à la ville où se passe l'histoire qui s'y rend de temps en temps. Au point où j'en suis, il est venu y faire une chose importante. Mais je ne me souviens plus s'il reste ou s'il repart. Du coup, je n'ai rien dit, et je suis passée à autre chose. Je ne pourrais par contre pas faire ça tout le temps.

J'ai aussi un problème avec les descriptions. Comme je n'ai pas pris vraiment le temps d'imaginer les scènes et les lieux, je me laisse guider par mes séances et les lieux ne correspondent plus aux flashs dans ma tête et ça me perturbe (il en faut peu, certes).

Mais surtout : je rame. Je me laisse complètement immobilisée par le fait que je serai bientôt sans ma béquille. Alors que bientôt ce n'est pas maintenant. Le lâcher-prise, l'instant-présent, tout ça, me posent problème dans tout ce que je fais. En même temps je sais déjà ce que contiendra le chapitre suivant à celui que je suis en train d'écrire. Je rame parce que je ne veux pas me retrouver devant une page blanche, vraiment bloquée et immobilisée, avant d'avoir récupéré mes notes (qui me permettront en plus de terminer le profil psychologique de mes personnages (d'ailleurs, si ça vous intéresse je pourrais vous faire un petit article sur la manière dont j'ai décidé de construire mes personnages)).

Je ne raisonne toujours pas en terme de quantité puisqu'écrire tous les jours est déjà beaucoup pour moi. Mais d'un autre côté je commence à être frustrée quand je n'y arrive pas et que je n'écris "que" trente minutes (imaginez mon désarroi quand je me suis arrêtée à neuf...).

Ce qui est bien, c'est que je resterai en télétravail même après le déconfinement. Je craignais le moment où je devrais reprendre le rythme métro-boulot-écriture-dodo, parce que je risquais de perdre en temps et surtout en qualité du fait d'une fatigue plus importante. Je vais donc pouvoir profiter du télétravail pour maintenir mes habitudes et mes temps d'écriture, ce qui est vraiment super bien.

Je pense que je ferai mon prochain journal d'écriture, sauf évolution majeure, dans la dernière semaine du mois de juin, quand ça sera à peu près un mois que j'aurais récupéré mes notes.

Et vous ? Avancez-vous dans vos projets ?

jeudi 16 avril 2020

Violence auto-agressive

Source – Emiliano Arano
Ici, j'ai déjà évoqué le fait que je me suis sans doute coupée de mes émotions. Mais qui dit que je me suis coupée de mes émotions dit aussi qu'elles me reviennent en pleine face comme un boomerang et de manière puissante. C'est ainsi que parfois, devant un film pas particulièrement triste mais montrant par exemple une scène où un personnage est accepté comme il est, je vais avoir une montée de larmes. Je les maîtrise (on va quand même pas chialer pour si peu !), mais elles sont là, brusques, et repartent aussi soudainement qu'elles sont venues. À d'autres moments, c'est plutôt la violence qui jaillit, comme une vague qui enfle. Celle-là, j'ai beaucoup plus de mal à la maîtriser. Je peux même dire que je n'y arrive qu'avec l'aide de sentiments et de pensée dans lesquels résident aussi une certaine forme de violence.

Je vous avais déjà écrit mon rapport à mon corpsà la peau et au sang, et à ma santé en général, donc je ne vais pas m'étendre dessus mais pour résumer je peux me mordre l'intérieur de la joue quand je suis angoissée, anxieuse, en un sentiment total d'insécurité et parfois avec tellement de violence que j'arrache des morceaux gros comme une tête d'épingle et que je me fais peur moi-même. Mais je peux aussi me mordre la joue au sang si je suis en cours et que j'ai tellement faim que mon ventre gargouille. Je me triture aussi régulièrement la peau – en ce moment beaucoup les lèvres. Donc, en fait, l'auto-agressivité sur mon corps est quotidienne. Elle se double d'une certaine agressivité sur mon esprit, du genre que l'on a un peu tous : manque d'estime de moi à base de "je suis vraiment trop nulle !" ou "j'y arriverais jamais !". Parfois, les deux se mélangent : je ne suis pas satisfaite de moi, je culpabilise très fort, par exemple, donc je vais laisser mon corps avoir mal. C'est moins sur un mode "je vais te faire mal" que sur un mode "je ne te soignerai pas" (oui, parce qu'en plus je me tutoie).

Mais parfois, beaucoup trop souvent j'imagine, quand les sentiments de frustration et de colère envers moi-même sont trop grands, quand je sens que ça ne va pas comme je veux, que ça m'échappe, et que, en gros, je me retrouve dans l'insécurité psychique la plus totale, ça va un peu plus loin. Par exemple – je crois que j'en avais déjà parlé – je me tape le front avec le talon de la main pendant plusieurs répétitions, au point où une fois ma sœur qui était dans sa chambre à côté de la mienne a cru que je tapais contre le mur. Plus rarement je peux m'enfoncer les ongles dans le dos de la main ou me mordre, ou me pincer, en exerçant une pression croissante, jusqu'à ce que je n'y arrive plus – et avoir cette petite pensée quand j'arrête que quand même je tiens vraiment pas longtemps. De temps en temps, c'est accompagné d'image (genre : tomber du troisième étage devrait m'infliger une douleur suffisante pour me calmer, n'est-ce pas ?) tout en sachant que je ne passerai jamais à l'acte. Il ne s'agit pas de suicide (j'ai des trucs à faire, moi !) mais de calmer la violence de mes émotions par une autre violence. Mais je pense que le processus à l'œuvre fait intervenir un peu les même mécanismes mais que c'est à la fois différent.

Là où je dis que j'éteins ces émotions et ces pensées qui m'assaillent par d'autres qui recèlent aussi une certaine forme de violence, c'est que par exemple je ne pourrais pas me scarifier (pourtant, faire sortir mon sang de mon corps ne me pose pas de problèmes et au contraire je le recherche) parce que, quand j'ai l'image de scarification dans mon esprit (sans que jamais ce soit ma main libre qui en soit autrice, comme si ma peau s'était ouverte d'elle-même), la pensée qui suit immédiatement c'est que, si je commençais, je ne pourrais pas m'arrêter. Comme une drogue. Je trouve que c'est une pensée violente parce qu'elle sous-entend que je suis dans l'incapacité totale de me maîtriser. Je cherche à maîtriser une image, une émotion, en me promettant que je suis incapable de le faire. De la même manière, je me dis souvent qu'il ne vaudrait mieux pas que je finisse dans le coma un jour parce que, à part mes parents (et parfois, quand mes émotions sont pas au top, je pousse en ajoutant "par obligation"), il n'y aurait personne d'autre pour venir me voir. Que mes amies ne se déplaceraient pas pour moi.

Au final, je pense que tout ça c'est une histoire de contrôle. Puisque je cherche à contrôler mes pensées, mes gestes, et jusqu'à mes interactions, il est juste que tout ce que je refoule me revienne en pleine face avec violence. Plus on a peur de ses émotions, dont la colère, et plus elles reviennent fortes. Mais même dans mes accès de violence, quand je voudrais crier et frapper, je maîtrise tout. Si on me mettait face à la mer sur une plage déserte où seule moi pourrais m'entendre et qu'on me disait de crier, j'en serais incapable. Tout est tellement reclus loin que même quand je l'invoque ça ne vient pas. Alors je suis asservie et opprimée (ce ne sont pas les mots que je cherche) par ces émotions que j'ai chassées. D'un autre côté, les montées de larmes devant les films sont aujourd'hui beaucoup plus nombreuses qu'il y a... je dirais deux, trois ans où elles étaient vraiment rares. Et pour des bêtises. Ce qui veut dire que je laisse aussi la porte plus ouverte à mes émotions. Je crois...

Comment parvenez-vous à gérer vos émotions ?

lundi 13 avril 2020

Évoluer


En farfouillant dans la liste de membres d'un forum sur l'écriture sur lequel je suis, j'ai fini par tomber sur le blog d'une jeune autrice de dix-sept ans. Elle parlait notamment de comment envoyer son manuscrit à une maison d'édition et du coup je ne comprenais plus si elle était auto-éditée ou éditée en maison. C'était en maison. Ça m'a fait un drôle d'effet. Partagée entre un sentiment impressionné et celui que dix-sept ans c'est quand même un peu tôt : écrit-elle vraiment si bien ?

Nulle jalousie là-dedans, vraiment ! En fait, c'est plutôt qu'il y a quelques semaines j'ai commencé à réfléchir à l'évolution d'une personne et au fait de mesurer sa progression. On évolue tout le temps, constamment, parce que même si on est en quelques sortes enchaînés par notre ADN, on rencontre aussi de nouvelles personnes, on vit de nouvelles expériences, on compose avec nos valeurs et nos caractéristiques psychologiques comme les messages contraignants où notre "position" sur le modèle DISC qui sépare les comportements face à l'environnement en quatre grands types. On évolue à partir de ce que nous sommes. J'aime bien la métaphore du Pokémon Évoli, que j'utilise depuis plusieurs années. Évoli peut, en fonction de la pierre avec laquelle il est mis en contact, prendre huit formes aussi différente qu'Aquali ou Noctali. Mais il ne peut pas devenir Pikatchu. Il ne change pas intrinsèquement, mais peut devenir beaucoup de versions de lui-même. Je pense qu'avec les gens c'est un peu la même chose.

L'autre jour je me disais que, du fait de cette évolution – et sans doute aidé par le fait que je n'ai pas beaucoup de souvenirs –, c'était difficile de savoir, de mesurer le chemin parcouru pendant une période donnée. Je ne me sens pas vraiment différentes de quand j'étais au collège : j'analyse toujours mes propres comportements et ma place dans un groupe ainsi que celle des autres, mais je le fais avec plus de recul et de précision. Je ne me sens pas non plus vraiment différente de quand j'étais au lycée : je suis toujours engagée sur les questions de discriminations en tout genre, même si je n'ai pas rejoins la voie militante que je trouve trop violente, trop fermée à la discussion et aux idées des autres, et qui ne me convient pas. Et pourtant je suis différente de ces deux périodes. Au collège et au lycée, je ne m'intéressais pas ou peu au sport, par exemple. En réfléchissant je me disais que c'est avec les créations, l'art, ce que l'on produit, que l'on peut mesurer une progression ou en tout cas une évolution.

Quand je reprends d'anciens textes, notamment un projet que j'écrivais quand je m'ennuyais en cours en Licence – donc il y a environ trois, quatre ans – je trouve ça nul. Je veux dire : objectivement nul. C'est bourré d'adverbes, de ce que je me souviens les dialogues n'étaient quand même pas terrible ; en fait, c'est illisible. Pourtant, il y a des images qui me plaisent bien et que je pourrais réutiliser plus tard. Je trouve que, quand on tombe sur d'anciens textes (ou d'anciens dessins pour ceux qui dessinent, d'anciennes céramiques, etc.) on peut constater les lacunes dans la technique mais, surtout, repérer les "périodes", les motifs récurrents, ce qui nous préoccupait, etc., et ça permet de voir comment on a évolué pas seulement dans notre technique et notre maîtrise de ce que l'on produit mais aussi dans notre personne. Ça permet de voir tout notre parcours, un peu comme de l'archéologie, de voir quand on est passé de groupes nomades à la sédentarité, puis comment on a inventé la roue...

À vingt ans, je n'étais pas publiable. Pourtant, j'ai été publiée avant ça, à peu près à l'âge de la jeune autrice, dans une maison belge, avec des web-copines du forum d'écriture que j'avais créé. De petites nouvelles (enfin, je n'ai jamais vraiment su en écrire donc je ne sais pas si on peut appeler ça des nouvelles mais toujours est-il que c'était de petites histoires qui tenaient debout) dont je ne me souviens pas du tout, que je n'ai même plus dans mon ordinateur et, d'ailleurs, je n'ai même pas d'exemplaire du recueil. Il faut dire que l'aventure s'est plutôt mal passée puisque certaines filles du groupes ont, dans mon souvenir, subie des remarques très déplacées, voire des attouchements, et que ça s'est mal fini. D'autant plus que par-dessus ça monsieur avait apporté des corrections aux textes sans les faire valider par les autrices ni même les prévenir, et qu'elles l'avaient découvert sur les objets finis. Pour une jeune fille comme moi coupée de ses émotions, pas étonnant que je ne m'en souvienne pas trop (ça, et le fait que je ne m'étais pas rendue au salon littéraire avec les autres).

Je suis contente pour cette jeune autrice si elle a pu être publiée à dix-sept ans. Tant mieux pour elle, vraiment. Mon écriture est plus lente. Elle éclot en même temps que moi et je suis lente. Lente à m'ouvrir aux autres, lente à régler mes divers problèmes. Quelque part je me dis que dix-sept ans ce n'est pas un bon âge pour être publié. Je ne peux évidemment pas la juger, ni son travail ; et encore moins considérer mon évolution comme représentative de l'humanité entière mais évidemment on émet une opinion, et surtout un ressenti, à partir de ce que l'on connaît. Et si je n'écrivais pas bien à vingt ans, je n'écrivais pas bien à dix-sept. Je lui souhaite vraiment d'écrire mieux que moi !

On pourrait se dire que c'est de la jalousie, que je crache sur ce qui aurait pu m'arriver, mais pas du tout. Je suis surtout pensive de mon propre parcours et de mon évolution. Aujourd'hui je fais un peu comme table rase et je considère que j'écris mon premier vrai roman alors que j'ai déjà fini deux histoires longues. Mais deux histoires trop courtes pour être considérées comme des romans et, surtout, deux histoires mauvaises.

À l'origine je faisais moins un article pour parler d'écriture que pour parler d'évolution. Souvent, j'entends des gens parler de changement mais c'est s'illusionner que de penser que l'on peut changer. On évolue. Je ressemblerai toujours à mon père – et ma mère n'est pas avare en remarques pour me le rappeler – et je détesterai toujours ça. Je peux décider de prendre une voie différente pour fabriquer une autre personne à partir de la base commune que j'aie avec lui. Mais je ne pourrai jamais devenir quelqu'un de foncièrement différent. Tout comme je ne deviendrai jamais un aigle royal. Parce que personne ne change. Jamais. On évolue. Je pense d'ailleurs que si on peut constater ce qui a changé en nous par l'intermédiaire de nos productions (une meilleure technique, d'autres préoccupations, etc.) on peut aussi remarquer ce qui est toujours pareil, les valeurs transmises, le message qui transpire de tout ça, la sensibilité qui est la même, etc.

jeudi 2 avril 2020

Qui veut ne rien faire trouve une excuse : les rouages de la motivation

Source – Andrea Piacquadio
Le proverbe complet est : qui veut faire quelque chose trouve un moyen, qui veut ne rien faire trouve une excuse. C'est un proverbe arabe que j'aime beaucoup car j'aime la manière qu'il a de dire une chose très vraie. C'est à ce proverbe que j'ai pensé à la lecture de l'article de Pêche & Églantine sur la procrastination, lorsqu'elle parle des excuses faussement valables que l'on se donne pour ne pas commencer quelque chose. Son article a été le second à me décider à me lancer dans la rédaction d'une idée qui me trotte dans la tête depuis quelques jours. Le premier a été celui d'Ingrid du blog Grass for pillow, "se motiver pour écrire". Je trouvais que les conseils qu'elle donnait correspondaient finalement plus à la problématique "atteindre ses objectifs". Mon regard sur la motivation, depuis que j'ai suivi un cours de psychologie du sport, c'est que c'est à la fois une chose très simple et très complexe.

Qui veut ne rien faire trouve une excuse – être motivé pour agir


Tout ce que l'on fait, on le fait car on y est motivé. Même ce devoir à rendre, ce coup de fil à passer, ce ménage à faire, que vous n'avez pas du tout envie de faire, vous le faites parce que vous avez bien voulu le faire. Si-si ! juré !

Il existe deux types de motivation. La motivation intrinsèque, qui vient de l'intérieur, et la motivation extrinsèque, qui vous est externe. Chacune de ces motivations se divise en trois types. Dans la motivation intrinsèque on retrouve la motivation à l'accomplissement (avoir l'impression d'accomplir quelque chose), la motivation à la connaissance (apprendre quelque chose), et la motivation à la sensation (ressentir une sensation sympa quand on fait quelque chose). Dans la motivation extrinsèque on trouve tout ce qui à trait au fait de faire comme quelqu'un ou de faire avec quelqu'un ; tout ce qui va dans le fait de ressentir de la culpabilité si on ne fait pas une action ; et tout ce qui rentre dans la catégorie bâton vs. carotte, autrement dit le système de récompense et la peur de la punition.

Donc ce devoir, que vous n'aviez pas du toooouuut envie de rendre mais que vous rendez quand même, vous étiez sans doute motivé par le spectre de la sanction du 0 qui planait au-dessus de votre tête dans l'éventualité où votre professeur n'aurait pas reçu votre copie à l'heure dite sur son bureau. Vous aviez donc une motivation.

On s'accorde à dire que la motivation extrinsèque est moins bonne et peut même être néfaste à moyen et long-terme sur l'atteinte des objectifs et la performance, puisque les raisons d'agir ne sont pas suffisantes et n'apportent pas de plaisir à la personne. Par contre, une récompense ponctuelle, comme une prime, peut apporter un coup de fouet à une motivation intrinsèque et venir en renfort.

Chaque personne, sur un plan général, a davantage tendance à être sensible à de l'intrinsèque ou à de l'extrinsèque : ça dépend de son éducation, de sa manière de fonctionner, et peut-être même de son ADN puisque de récentes recherches tendent à démontrer qu'une partie de notre personnalité est influencée par notre ADN.

Qui veut faire quelque chose trouve un moyen – le plan d'action


Dans son article, Ingrid parle de gérer ses priorités, son temps, de mettre en place des routines... ce sont tous ces petits conseils qui m'ont plus fait penser au comment qu'au pourquoi. Or, la motivation répond je pense à la question pourquoi.

Je pense que, d'une manière générale, avec une motivation bénéfique, le comment (la routine, le dégagement de nouvelles plages horaires, etc.) découle tout seul de la volonté d'agir. Je vais prendre des exemples personnels parce qu'en principe je me connais bien et que ce sont des cas concrets.

Il y a quelques semaines, j'ai décidé que j'étais prête à reprendre sérieusement l'écriture et que je voulais commencer puis terminer le premier jet de mon premier vrai roman pour ensuite faire toutes les corrections nécessaires et tenter de le soumettre à des maisons d'édition (on y croit). Je pense que, outre la motivation à la sensation qui sous-tend tout ça – puisque j'aime écrire –, je suis surtout poussée par une motivation à l'accomplissement : quand j'aurais terminé mon roman je me sentirai sans nul doute ultra fière de mon travail et j'aurai l'impression d'avoir fait quelque chose de chouette, de bien, et j'aurai mené un projet de bout en bout.

Depuis ma décision de me lancer, le plan s'est plus ou moins déclenché tout seul dans ma tête. Commencer, oui, mais pas n'importe comment. D'abord, j'ai choisi une date de début de projet qui semblait opportune et qui avait du sens pour moi : un début de mois qui correspondait aussi à un emménagement à un nouvel endroit, ce qui est assez symbolique d'un point de vue "renouveau". Ensuite, je me suis dit que j'allais écrire en rentrant du boulot (ce qui n'a pas été sans difficultés dans les faits), qu'après le premier jet que j'espérais boucler en trois mois, je laisserais reposer d'autant pour reprendre les corrections à la rentrée de septembre – autre moment charnière dans une année. Ce plan, ce n'est pas lui qui me motive : il découle de ma motivation.

Je pense que si j'avais fait le chemin inverse, que j'avais décidé d'écrire tous les jours en rentrant du boulot pour avancer un truc dans lequel je croyais moyennement et pour lequel je ne me sentais pas prête, ça m'aurait vite gavée.

Tendance motivation externe


Quand j'ai commencé l'aïkido il y a deux ans, je ratais beaucoup de cours et j'ai commencé à beaucoup m'en vouloir de ne pas y aller car je savais que j'en avais besoin, et puis le prof et les gens étaient sympa, et je me sentais bien à la fin des cours. Je culpabilisais quand je sautais une semaine, et encore plus si je me promettais d'y aller la semaine suivante et qu'en fait, la semaine venue, j'étais vraiment crevée et décidais de ne pas y aller non plus. Je me disais que j'étais vraiment nulle. Aujourd'hui, ça va un peu mieux même si ce genre de pensées réapparaît trop souvent et que je dois régulièrement me botter le cul pour aller à l'aïkido.

Je pense que, d'une manière générale, je suis plutôt dans une tendance à fonctionner à la motivation externe. La difficulté que je ressens à aller à l'aïkido, je ne la ressens pas avec le volley parce qu'en plus d'apprécier le volley (comme j'apprécie l'aïkido) je suis contente de retrouver chaque semaine mes amis du volley et qu'on l'on pratique ensemble.

J'ai beau crier sur tous les toits que j'ai pris mon stage parce que ça m'intéressais (ce qui est vrai), je l'ai aussi pris si tôt dans l'année pour me débarrasser des formalités, parce que j'avais peur de ne pas trouver à temps un stage davantage dans mon projet professionnel.

Pourtant, je sais aussi que ma tendance à être appâtée par de la motivation externe peut se corriger. J'ai réussi à entamer un travail pour changer ma vision de l'aïkido en insistant dans mes pensées sur le fait que ça me fait du bien, que les gens sont gentils, que j'apprends des choses, etc. Je pense qu'un blocage vient du fait que le truc qui doit sortir ne sort pas et aussi que je n'aime toujours pas trop qu'on me touche, ce qui est problématique pour un art martial. Actuellement, le travail est suspendu jusqu'en septembre car j'ai changé de ville et ai décidé finalement de ne pas m'inscrire dans un nouveau club. Comme la philosophie de l'aïkido c'est que l'on travaille ensemble et pas en combattant, je pense que c'est là-dessus que je dois travailler pour ressentir la même chose que pour le volley, tout en l'associant aux bonnes sensations, sinon je resterais dans de la pure motivation externe.

Pour l'apprentissage puis le passage du code de la route, j'étais motivée de manière très négative. Je le passais par obligation et rien ne rentrait dans ma caboche. J'ai opéré un changement d'état d'esprit en me forçant à voir cela comme une manière d'apprendre de nouvelle choses (motivation à la connaissance) et d'atteindre des objectifs plus généraux comme changer de ville et trouver du travail (motivation à l'accomplissement). Presque tout de suite j'ai commencé à retenir beaucoup mieux les leçons, et j'ai réussi le code de la route du premier coup. Tout ça pour dire que si comme moi vous avez plutôt une tendance à la motivation extrinsèque, et que ça bloque pour certaines choses, il est possible de faire évoluer la direction de votre esprit.