vendredi 10 juillet 2020

Tout plaquer pour élever des ânes

Source – Afonso Morais
Plus ça va, plus je me demande à quoi sert tout ça. Les voitures, internet, construire des parcs d'attractions... Je regarde les gens dans la rue se presser pour faire quelque chose, aller quelque part, alors que, dans quelques années, il ne restera rien de ça. Ils se dépêchent pour rien : rien de tout ça n'a une utilité, dans le fond. Je me suis même demandée pourquoi la Vie était venue sur la planète Terre. Je veux dire : est-ce que c'est comme une mauvaise herbe qui s'est mise là parce qu'elle en avait l'opportunité, ou est-ce que la Terre a besoin de la Vie pour son équilibre ?

Je ne sais pas si c'est une déprime passagère ou une profonde et lancinante lassitude, mais plus ça va et plus je me dis que j'ai bien envie d'aller me reclure du monde. Je regarde avec envie ces vieux monastères juchés sur un piton rocheux, en me disant que là, je serais bien tranquille, loin de toute cette agitation inutile et vaine qui nous entoure. Je crois que je suis lasse. Lasse de chercher à avoir un métier, lasse de courir, et qu'une vie monotone tout en haut d'un piton rocheux me conviendrait bien. C'est assez étrange, d'ailleurs, quand on y pense, parce que j'ai aussi un côté ambitieux qui fait que je me demande si je serais compétente si j'étais ministre, et que ça serait bien si je pouvais devenir une écrivain célèbre et reconnue, et la meilleure des préparateurs mentaux. Et pourtant, plus ça va, et plus je me dis que rien de tout ça ne sert à quelque chose et que j'aimerais bien m'enterrer dans un petit village de trois cents habitants et y vivre une existence paisible.

Dans mon article sur les métiers que je n'exercerai jamais, j'avais parlé je crois de ce doux fantasme d'élever des ânes de randonnée dans la Creuse. Mais en fait, c'est bien davantage un rêve qu'un fantasme. En Dordogne, plutôt que dans la Creuse ; une grande ferme avec des ânes de randonnée ; des randonnées théâtralisées et contées ; des maisons d'hôtes pour le reste de l'année ; des partenariats avec les écoles pour faire venir des enfants en mode "ferme pédagogique" ; des paysages magnifiques ; juste ce qu'il faut de vie sociale pour ne pas dépérir ; et des ânes, des chiens, des chats. Et c'est tout. Un coin tranquille pour écrire mes romans et les soumettre aux crocs acérés des maisons d'éditions. Et c'est tout. Un peu d'internet, parce qu'on ne fait rien sans internet, et que les réseaux sociaux c'est bien pour faire venir des gens faire des rando. Et des randos, des contes, et des ânes. Et c'est tout.

Du coup, happée par ce paisible rêve, je suis allée voir sur SOS Villages. Eh bien voyez-vous, il y a une ferme, dans le Puy-de-Dôme (pas vraiment la Dordogne) : des terres à louer et un cheptel de vaches à viande à acheter. Autant dire que je garde les vaches pour ma ferme pédagogique mais qu'elles ne verront jamais les néons clignotants des abattoirs lugubres et vivront bien vingt ans dans leur champ à se faire caresser le nez par des marmots curieux. Il ne manque plus que des ânes et quelques travaux. Oh, bien sûr, je ne suis pas stupide, je sais qu'il manque aussi toutes les démarches administratives pour avoir le droit d'exercer, tout le matériel pour monter les ânes – que je prendrais parmi des associations les ayant sauvés de propriétaires maltraitants et défaillants – ; et surtout, l'argent. Allez demander de l'argent à une banque pour un projet un peu fou quand vous avez vingt-quatre ans. J'ai intérêt de bien le monter, mon projet déjanté, mon doux rêve fantasmé.

Je me sens sur la brèche, comme prête à sauter le pas pour mieux échapper au poids des villes, de l'anxiété, de ma propre ambition qui me mène vers des scenarii idiots. Faut dire aussi que j'étais à la crémaillère d'une amie qui a acheté sa maison à crédit et la rénove. Belle maison, beau jardin, tout est grand et un instant je me suis demandée ce que je pourrais bien faire de tout cet espace, à sa place – mais les idées viennent vite ! Je n'étais pas jalouse, je suis envieuse. Je veux une grande maison, un terrain, et des ânes à n'en plus pouvoir les compter. Des ânes frisés, comme j'en ai vus passer à la télé.

Dans le fond, ça aussi serait un peu vain, il n'en resterait pas plus de traces que les courses dans les artères bondées et malodorantes du métro parisien, mais j'ai comme cette impression confuse que plus la vie est simple et plus elle a du sens. C'est comme une fuite. Une fuite pour se reconnecter et arrêter de courir.

Je ne sais pas si je vais sauter le pas. C'est que j'ai un plan bien rôdé, savez-vous, pour devenir préparateur mental. Je me suis même renseignée sur mes chances que mes candidatures soient acceptées en Diplôme Universitaire. Mais plutôt que d'économiser pour ça, cette envie me titille de dépenser mon argent pour apprendre à conter et me rendre à ma banque avec mon projet bien ficelé.

D'ailleurs, ça a même un nom, ce que je veux faire. Ça s'appelle ânier. S'il y a un nom, alors c'est que c'est possible, pas vrai ?

Je trouve mon article un peu déprimant x)
Mais quand même...

Je veux des ânes, et un cheptel de vaches à viande qui ne verront jamais la lueur terne du néon d'un abattoir sordide.

10 commentaires:

  1. Je ne trouve pas ton article déprimant du tout, il est plutôt porteur d'un genre d'espoir, des projets esquissés, une recherche de ce que tu veux. Ça m'intéresserait de connaître la suite du projet parce que ça a l'air bien.

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    1. C'est gentil ! :D <3
      Pour le moment je vais prendre mon temps, travailler un ou deux ans pour préciser le projet, voir ce qui est possible, combien d'ânes je peux prendre pour commencer, et surtout le budget de tout ce fatras ! Parce que même vivre recluse du monde se paye xD Je vais en profiter pour mener mes réflexions en même temps que je suis le plan initial (quant à faire). Mais ce n'est pas la première fois que je pense faire des trucs un peu décalés. Jeune ado (pré-ado ?) je voulais monter un refuse pour animaux autonome avec cours d'agility, d'équitation, un arbre à chats géant, etc. Un refuge qui ne dépendrait pas des dons pour exister et ne serait pas obligé d'envoyer les animaux à l'euthanasie ni d'enfermer les chiens dans des tous petits boxes...

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  2. J'ai aussi parfois le sentiment que tout ce qu'on fait ne sert à rien, que ces énormes villes, sans champs, sans arbres fruitiers, sans rien pour nous nourrir sont une aberration, que cette vie à courir est vraiment futile...

    Pour moi, plutôt que des ânes, ce seraient des poules, un grand potager, un verger qui me permettent de sortir en partie de la dépendance à l'argent et aux autres... Mais je ne suis pas prête à le faire pour de vrai.

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    1. C'est vrai que l'autarcie, c'est cool aussi ! Je pense que c'est aussi une certaine forme de liberté !

      Tu n'es pas prête maintenant mais penses-tu pouvoir l'être dans quelques années ?

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  3. Ca n'a rien de déprimant Ô.o
    A vrai dire ce que tu dis rejoint un peu ma façon de voir "la vie". Pas pour rien que je suis passée de la région Parisienne à un village de 5500 habitants et que je prévois de déménager pour encore plus petit lol. Y'a toujours trop de gens ! J'ai un ras-le-bol des gens. (depuis toujours en fait) Et puis comme tu le sais déjà je ne travaille pas, je profite d'avoir un mari qui se sacrifie pour qu'on ait de l'argent et je me contente de vivre ma vie librement sans cette course à la carrière que je n'ai jamais compris. Je n'ai jamais trouvé le "job" idéal qui aurait pû me rendre heureuse et m'épanouïr. Trop d'inconvénients. Trop de stress.
    En plus moi aussi je veux adopter des ânes !!!! Je veux ma propre mini ferme et créer mon refuge pour chats érrants. Si j'avais les moyens je ferais même un hotel pour chats et chiens histoire de contribuer à la diminution des abandons d'animaux en période de vacance. Au vert, vue sur les collines. (Sinon avec monsieur en rêverais de vivre en haute-savoie un jour)
    Bref, bref, mon commentaire ne risque pas de t'aider à te remettre sur tes projets de départs. Mais je ne pense pas que ton idée de changement de cap soit une erreur non plus donc bon :P Après le nerf de la guerre est toujours le même : l'argent =='

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    1. Les gens sont épuisants... Je reviens d'un séjour sur Paris, ils sont méprisants au possible... y a que les touristes qui soient un peu sympa... À tel point que l'autre jour je me retrouve à avoir peur de demander mon chemin à un jeune couple de parents parce que je me suis demandée comment ils allaient m'accueillir x'D (et au final le monsieur qui m'a guidée était très gentil ! (comme quoi...))

      Je pense qu'il y a forcément un métier qui pourrait te convenir, non ? Il y en a tellement qu'on ne connaît pas et dont on n'a jamais entendu parler ! O.O

      Je voulais aussi faire un refuge quand j'étais jeune ado, mais un refuge qui serait à terme indépendant des dons. Donc avec des cours d'agility, d'équitation, etc. pour faire entrer de l'argent dans la machine !
      Si tu veux adopter des ânes, c'est peut-être possible en fonction de ton budget parce qu'apparemment ce n'est pas très cher : entre 500 et 600€ par an, y a des assos qui te permettent d'adopter des ânes sauvés de situations compliquées (450€) et un abri pour âne c'est entre 200 et 800 par contre, ça dépend de la taille et le matériau, je crois. Le plus compliqué au final c'est le terrain, parce qu'un âne est bien dans 1ha (et comme il aime pas être tout seul (après, il a pas forcément besoin d'un autre âne pour compagnie, un chat, une poule, etc. peuvent faire l'affaire !)).

      Comme tu dis ! Le nerf de la guerre, c'est l'argent ! Va peut-être falloir que je commence à jouer au loto de temps en temps x)

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    2. Oui on est pas des élèves modèles en France. Moi j'ose même pas demander l'heure alors mon chemin xD (Je ne veux juste pas parler à des inconnus)

      Bah ça risque de devoir me faire lever à une certaine heure donc non :D Je suis un oiseau de nuit, je m'endors vers 1h/2h et me lève entre 9h30/10h30. C'est important de respecter le cycle de son sommeil et de dormir le temps que le corps réclame. Donc bon. Faudrait que je sois mon propre patron xD Puis pendant mes phases déprime je doute d'avoir la motivation de bosser, même si c'est un job que j'aime.

      Ouais c'est surtout le terrain le problème ^^' Ca coûte bonbon en hectar! Moi je veux bien un âne mais je veux qu'il soit bien aussi. Puis j'en veux au moins deux, j'ai même déjà les petits noms mdr.
      L'argent, l'argent...

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    3. C'est sûr que vu comme ça !... Mais c'est vrai que c'est très important de respecter son cycle de sommeil ! C'est même vital !

      Ah carrément ! x)
      C'est toujours l'argent, le problème !

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  4. Moi non plus, je ne trouve pas ton article déprimant...Je m'y retrouve aussi. J'ai un projet / rêve / fantasme absurde que je garde toujours dans un coin de ma tête. Ca me fait du bien d'y penser, de me dire parfois "si ça ne se fait pas, si ce truc tourne mal alors...". Ca fait du bien je trouve de se dire que tout plaquer et faire autre chose, ça reste malgré tout possible...un peu possible en tout cas.

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    1. Ça me rassure haha ! :)

      Je pense que ça reste possible, oui. D'ailleurs je crois que ce soir sur M6 il y a un Zone interdite sur les gens qui ont tout plaqué pour changer de vie. Comme quoi, c'est faisable !

      Je peux te demander quel est ce rêve ?

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