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Source – Daniel Metz |
Il y a quelques jours j'ai passé ma soutenance de stage et j'ai été très marquée par les remarques de mes deux jurés que, à certains égards, je trouve inadaptées. Tout se passe très bien pendant mon stage, cependant voilà : il n'est pas exactement dans le domaine de mes études ou plutôt il est dans le domaine de mes études générales mais pas dans celui de l'option que j'ai choisie. Les deux options de mon master se retrouvent dans les deux master 2 entre lesquels je devrais choisir l'année prochaine, et entre lesquels, surtout, j'ai déjà choisi.
Je me retrouve donc devant des professeurs qui ne comprennent pas que j'aie choisi le stage que je fais actuellement et que je veuille aller dans le master 2 que j'ai choisi puisque ça ne correspond pas, et d'ailleurs, le stage que j'ai choisi ne correspond pas non plus au domaine du Service Civique que j'ai fait l'année dernière (qui lui, pour le coup, correspond au master 2) (j'espère que je ne vous ai pas perdu en route). De cette incohérence minime dans mon parcours, est née une remarque des professeurs : "réfléchissez à ce que vous voulez faire, ce n'est pas sûr que ce master 2 soit fait pour vous et en tout cas c'est une discussion que nous aurons, entre nous". Un camarade, qui a fait son stage dans le même domaine que moi alors qu'il suit la même option a aussi eu droit à des critiques négatives sur son projet professionnel.
Dans le fond, je m'en fiche de ces remarques, je veux dire, je ne les prends pas personnellement dans le sens où je sais ce que je veux faire, je sais où je vais, je sais que je veux travailler au sein de structures sportives et une opportunité de stage pour l'année prochaine me conduit là-bas (alors que mon stage de cette année n'est pas du tout dans le sport, aucune cohérence on vous dit !). Je sais aussi que je ne veux pas travailler dans le domaine du master que je fais actuellement, et que je veux tenter d'enchaîner sur un master de psychologie du sport. Donc les remarques des uns et des autres sur mon parcours, je m'en passe. Mais je pense à ces autres étudiants qui veulent vraiment travailler là-dedans et à qui on dirait "je ne vous vois pas faire ça"... j'ai envie de répondre : "de quel droit ?". Est-ce qu'on ne peut pas simplement mener sa barque comme on l'entend ?
J'ai fait la Licence que j'ai faite, et qui n'avait rien à voir avec le schmilblik, parce que j'en avais envie. Et ensuite j'ai candidaté là où j'avais envie d'aller. Et je ne le regrette pas du tout. Oui, peut-être qu'à la fin, quand je serai insérée dans le milieu professionnel, j'aurais mis plus de temps que les autres, j'aurais mon premier emploi plus tard que les autres, et qu'on va souvent me demander ce que j'ai foutu pour en être à ce point. Mais j'aurais suivi le chemin dont j'avais envie. Et qui n'est pas l'autoroute.
C'est très bien, quand on sait ce que l'on veut faire, de suivre l'autoroute ; de suivre les flèches sans se poser de questions. Mais à quoi bon suivre l'autoroute quand on ne sait même pas où on va ? On va vite, oui, mais peut-être dans un mur, où ensuite changer d'embranchement sera difficile. Je préfère de loin la route de campagne, où je fais demi-tour presque quand je veux, et où je peux m'arrêter visiter le village d'à côté quand je le désire. J'aime aussi la métaphore du fleuve. Le fleuve ne file pas tout droit, il ne s'écoule pas toujours au même débit, et, parfois, il a des méandres si sinueux qu'on dirait qu'il veut faire demi-tour; et pourtant il arrive toujours à la mer.
Ce que je n'ai pas aimé, dans le comportement de mes profs, c'est aussi la manière un rien sournoise de me reprocher mon parcours. Ils avaient sans doute mon dossier sous les yeux (en tout cas, les jurés d'une amie avaient le sien sur leur table et l'ont consulté) et ils m'ont quand même demandé : "quel stage avez-vous fait en Licence ?", en sachant pertinemment que je n'avais pas fait de Licence chez eux et encore moins dans ce domaine. Pourquoi ne pas en venir directement au fait ? Pourquoi ne pas me demander quel Service Civique j'avais fait ou – encore mieux ! – m'en faire la remarque : "vous avez fait tel Service Civique, mais votre stage est dans tel domaine, expliquez-nous ce choix" ? Rebelote à la fin de la séance : "d'habitude, on profite de la Licence, du Master, et des stages pour [aller dans la même direction]". Et bim, dans tes dents ma cocotte ! Je ne comprends pas ça.
Je le comprends chez les recruteurs, que les recruteurs préfèrent faire confiance à des étudiants qui ont suivis toutes leurs études supérieures dans le domaine où ils demandent un stage, mais je ne le comprends pas des professeurs. Surtout que ce n'est pas pour aider à choisir les élèves qu'ils acceptent, puisqu'ils ont déjà du mal à remplir leur master 1...
J'ai dit à mon camarade qui a aussi essuyé des remarques qu'ils faisaient chier et que l'on menait notre barque comme on voulait. Il m'a dit que c'est aussi ce qu'il avait pensé.
Cette année, j'étais en colocation avec un Franco-allemand qui m'expliquait qu'en Allemagne, on pouvait faire deux années de Licence, s'arrêter pour travailler, reprendre cette Licence ou en faire une autre, etc. jusqu'à presque l'infini, et que ça ne choquait ni ne dérangeait personne. Je pense que l'on gagnerait à se rapprocher de ça. Bien sûr, il y a toutes les questions d'entrée sur le marché de l'emploi mais, de toute façon on y entre de plus en plus tard et j'ai des amis et des membres de ma famille plus âgés que moi qui galèrent à trouver du boulot alors qu'ils viennent d'obtenir leur diplôme parfois dans une grande école. Alors dire que l'on doit finir le plus tôt possible pour entrer sur le marché du travail, ça tape un peu à côté...
J'ai le parcours que j'ai, je ne le regrette pas, j'ai vu plusieurs choses différentes, j'ai été dans plusieurs villes, j'ai appris humainement et j'ai rencontré beaucoup de personnes très intéressantes. J'ai su m'adapter à mon milieu et je suis en train, je pense, de réussir mon stage, n'en déplaise à mes professeurs. J'ai le parcours que j'ai, et je n'ai pas l'intention de le changer, d'arrêter de faire ce que j'ai envie de faire. Plein de jeunes ne savent pas quoi faire de leur vie, tâtonnent, hésitent, ont, du coup, un CV sans queue ni tête, des Licences arrêtées, un Service Civique, une tentative dans autre chose et puis finalement le déclic, ou pas... j'ai du mal à saisir en quoi c'est critiquable, de chercher sa voie, d'avoir plusieurs centres d'intérêts, de pouvoir évoluer à la fois dans la culture, le sport ou la santé, la sécurité ou l'éducation. Au contraire je trouve que c'est une grande richesse.