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Source – Andreas Wohlfahrt |
Il y a quelques temps, je suis tombée sur une ancienne chronique d'une psychologue sur Europe 1. Elle disait que tout le monde ne peut pas tomber amoureux, mais ne s'est pas étendue dessus parce que ce n'était pas le sujet de son papier. Ça m'a un peu perturbée parce que je me suis dit que je faisais à tous les coups partie de ces personnes ; ça n'a fait que confirmer une crainte que je pense être lucide : pour tomber amoureux, il faut se confier aux autres, être le confident des autres, et être bien avec soi-même. Or, il ne vous aura sans doute pas échappé que je ne suis pas vraiment bien avec moi-même (sans blagues...). Donc, je ne suis jamais tombée amoureuse.
Dans le fond, ce n'est pas ce qui me dérange vraiment. En fait, pour moi, la relation de couple c'est la relation parfaite (on a les stéréotypes qu'on a, hein...) où l'on se fait confiance, etc. J'en avais déjà parlé ici, je crois, d'ailleurs. Du coup, ce qui m'embête vraiment, c'est de ne pas avoir de relation profonde, de confiance, etc. avec qui que ce soit. Et aussi un peu le regard des autres, en quelques sortes.
Quand j'étais en Service Civique il y a trois ans, on parlait du stress avant de commencer une émission avec une collègue, et elle comparait cela à la petite boule au ventre avant un rendez-vous amoureux. Je me suis fendue d'un "je ne sais pas, je n'ai jamais eu de rendez-vous amoureux". Elle n'a pas caché sa surprise, elle m'a fait : "même pas un crush, un coup de cœur ?". Non. Même pas. "Oh... bah, ça arrive..." a-t-elle dit pour me rassurer, se retrouvant devant le fait accompli qu'elle n'avait jamais imaginé avant : que l'on puisse n'être jamais tombé amoureux à vingt-et-un ans.
Donc oui, je ne suis jamais tombée amoureuse. Les papillons dans le ventre, je ne les ai qu'en regardant les anime shojo et autre films, livres (même pas des romances, faut pas pousser), etc. c'est vous dire si je suis un cas désespéré. Du coup, je suis vierge, aussi (enfin, ceci dit évidemment il n'y a pas de lien de cause à effet, je pourrais très bien ne pas être vierge si j'avais déjà eu un sex friend ou un coup d'un soir mais vu mon profil de casanière qui ne fait confiance à personne, le lecteur comprendra que les probabilités que cela ait pu m'arriver restent de l'ordre de l'infime).
D'ailleurs, il y a quelques années, j'ai dû passer un prélèvement vaginal (glamour...). Au début, pour savoir avec quel outil ils vont procéder (je pense) ils posent des questions qui vont crescendo – genre : avez-vous déjà fait ce genre d'examen ? – et si tu réponds non à ces questions, on va à la dernière – avez-vous déjà eu un rapport sexuel ? Inutile de dire que nous sommes donc allées avec la dame qui me faisait le prélèvement jusqu'à cette dernière question à laquelle j'ai bien entendu répondu par la négative. Et alors la réaction de cette dame m'a fait me sentir vraiment mal à l'époque, un rien honteuse (l'agacement à vite pris le dessus, quand même). Elle a soupiré, comme agacée. Je ne me souviens plus de l'année, mais j'étais à la fac pour ma Licence, donc j'avais plus de dix-huit ans. Autant dire que j'avais passé l'âge moyen du premier rapport (qui est de dix-sept ans et des poussières chez les deux sexes, et c'est une vraie moyenne en ce sens qu'on ne l'obtient pas avec des personnes qui le font à douze et d'autres à vingt-deux mais bien avec des personnes qui le font autour de dix-sept). J'ai trouvé ça assez violent et je m'en souviens encore aujourd'hui (ce qui est assez symptomatique chez moi qui ai relativement peu de souvenirs, je trouve).
J'ai donc sept ans de retard sur la moyenne de l'âge au premier rapport en France. Score honorable.
Je crois me souvenir que, quand j'étais enfant, j'étais sortie de chez le médecin avec ma mère et le médecin avait discuté un peu sur le palier à propos des vaccins, je crois, et d'une patiente qui lui avait demandé si elle devait en passer un et à qui il avait répondu que, étant donné qu'elle était encore vierge il n'y avait pas de raison (je ne sais pas si ça a un sens médicalement, c'est un souvenir assez vieux et donc largement reconstitué). Toujours est-il que cette patiente avait à l'époque, si mon souvenir n'est pas trop mauvais, environ l'âge que j'ai maintenant. Ce qui a a fait dire à ma mère qu'elle espérait que je ne serais plus vierge à vingt-cinq ans parce que... je ne sais plus trop pourquoi, d'ailleurs, sans doute un truc du genre "c'est une expérience sympa à vivre", quoi.
Ce qui m'embête avec ce souvenir c'est que, dedans, j'ai les cheveux bouclés. Je les avais bouclés quand j'étais très jeune, or je ne pouvais plus les avoir bouclés à cette époque, ce qui est une marque de la large reconstitution de ce souvenir. J'ai aussi cru remarquer que j'ai tendance à me voir les cheveux bouclés dans mes souvenirs quand je me considère comme une vraie enfant, une petite fille, une gamine, comme une marque que mon inconscient insiste sur ma jeunesse (je ne sais pas si je suis claire). Du coup, je ne sais pas quelle réalité je dois accorder à ce souvenir. D'un autre côté, on s'en fiche un peu, de savoir si c'est vrai, reconstitué, ou monté de toutes pièces à la base d'un rêve chelou : l'important c'est ce que ça a produit sur moi : plus j'avance dans les années et plus j'ai cette barre des vingt-cinq ans qui s'approche. D'ailleurs, je me dis que peut-être mon mauvais rapport à la masturbation sera dépassé quand j'aurais moi-même dépassé ces vingt-cinq ans.
Il y a quelques temps j'étais à la crémaillère d'une amie. Je discutais avec l'une de ses amies qui a balancé comme ça, au détour de la conversation, parce que l'anecdote s'y prêtait bien, qu'elle était vierge, avec naturel. Et personne n'a relevé, personne ne s'est moqué ou étonné. Ça m'a vraiment beaucoup étonnée. Ceci dit mes amies n'en font pas tout un plat non plus. Mais quand même, ça m'a surprise.
J'ai beaucoup dérivé sur les relations sexuelles, dites-moi...
Pour revenir aux relations amoureuses, j'ai remarqué que j'ai tendance à beaucoup me critiquer, me dire que je ne suis pas assez bien, pas assez jolie, etc. alors que chez les autres c'est l'inverse. S'ils ont en couple (ou même s'ils ne le sont pas, d'ailleurs) je trouve toujours des bonnes raisons. Par exemple, Unetelle n'est pas très jolie, c'est vrai, mais elle est très drôle, et positive, un vrai rayon de soleil. Unetelle autre est toujours bien habillée, hyper classe même quand ce sont juste ses vêtements de tous les jours et qu'elle n'a pas fait d'efforts particuliers. Unetelle autre s'assume pleinement, a l'air super bien dans sa peau, etc., etc., etc. Alors que moi je ne suis pas assez. Du coup, je ne cherche même pas à m'inscrire sur des sites de rencontre.
Je veux dire... pour quelqu'un comme moi qui a du mal à rencontrer des gens en vrai, à se confier, etc., passer par le numérique pourrait être une solution. En plus, j'ai une amie qui a rencontré son compagnon comme ça et aujourd'hui ils vivent ensemble et ont un enfant ; je ne manque pas de modèles positifs sur les relations qui commencent par internet. Mais je trouve que ça manque un peu d'authentique (c'est mon côté rêveuse et téléfilm romantique de l'après-midi xD) et j'aurais l'impression aussi je pense que c'est un peu un échec. Regardez-moi cette fille de vingt-quatre ans incapable de rencontrer des gens dans la vraie vie et qui va aller se cacher derrière un écran ! la génération Y est vraiment désespérante, ma parole !
La dernière chose qui m'en empêche, et qui rejoint un peu ce que je disais au-dessus c'est qu'avec la chance que j'ai, et vue que je ne suis pas assez, il y a de fortes chances que les mecs qui me parlent ne cherchent que des plans Q (et je ne pense pas que les mecs qui cherchent des plans Q cherchent des filles vierges à moins d'être fétichistes et un rien malsains (je sais que dire ça démontre que je crois en des clichés sur la gent masculine, je m'excuse donc auprès de mes lecteurs masculins qui pourraient s'en sentir outrés)) ; ou bien pire : l'indifférence absolue. Et puis non, franchement, recevoir des photos de bite ça me tente moyen. D'ailleurs, une étude a été faite et apparemment les mecs qui font ça pensent vraiment que ça nous fait plaisir et qu'ils vont recevoir le même genre de photos en retour. Ou quand la réalité dépasse les clichés... Bref.
Toujours est-il que j'ai trop peur de me "mettre sur le marché" et de constater que personne ne veut de moi. Ma peur du rejet qui s'exacerbe pas mal, en ce moment. Je suis trop prudente pour passer outre. Mes digues multiples tiennent encore mais je ne vais quand même éviter de leur foutre un gros coup de pied dedans. Prudence, prudence.
Du coup, les sites de rencontre ce n'est pas une solution pour le moment.
De toute façon, je ne cherche pas l'amour (quoi que) mais plutôt une relation profonde, de confiance, etc., qui peut très bien se trouver dans l'amitié. Des amis, j'en ai, mais j'ai cette peur de la trahison qui fait que j'ai du mal à m'ouvrir, même si ça va un peu mieux ces derniers temps. Je pense que je vivrais mieux mon célibat si j'étais capable de créer une amitié plus serrée. Y a du boulot. Mais j'ai toujours pas appelé de psy.