dimanche 17 mai 2020

Comment je construis mes personnages

Source – Alexas_Fotos
Dans mon dernier journal d'écriture je vous avais proposé de vous faire un article sur la manière dont je construis mes personnages pour le roman que je suis en train d'écrire et comme certaines d'entre vous se sont montrées intéressées : je me lance. Cependant je me dois de préciser que ce n'est pas une méthode comme on peut en voir passer sur des blogs d'écriture. Je ne suis pas là pour vous donner des conseils. Il s'agit simplement de la façon de faire que j'ai choisi d'essayer pour mon roman. J'ai assez peu de recul dessus car je suis actuellement en plein dedans. Je pense aussi qu'il n'y a jamais une méthode, une technique, que ce soit pour les personnages ou tout autre chose, et que chaque auteur doit trouver ce qui lui convient et lui correspond le mieux.

Je n'ai jamais été très friandes des fiches de personnages. Je ne voyais pas trop l'intérêt d'écrire leurs caractéristiques physiques, leurs goûts, leurs centres d'intérêt, leurs défauts, leurs qualités, bla bla bla. Je partais du principe que ses personnages on les connaît. Écrire des caractéristiques me bloquait aussi beaucoup parce que j'avais l'impression que si j'écrivais des choses je m'engageais à les faire et que je ne pourrais plus les modifier après. Aujourd'hui, ma position a un peu évoluée. Je ne fais toujours pas de fiches avec les caractéristiques physiques, les défauts, les qualités, etc., parce que je n'en vois pas l'intérêt. Le physique de mes personnages, leur âge, je les connais. Je peux éventuellement noter les âges si je parle dans le roman d'un événement survenu "vingt-et-un ans avant" histoire d'être sûre de ne pas me gourer dans mes soustractions, mais du coup ça reste vraiment exceptionnel.

J'ai longtemps eu du mal – et je dirais que c'est encore un peu le cas aujourd'hui – à faire à mes personnages des caractères bien différents sans tomber dans la caricature. J'avais soit des personnages représentatifs d'un caractère, un peu comme dans les dessins animés (le colérique, le calme, le drôle, celui qui ne comprend rien, etc.), soit des personnages qui réagissaient un peu tous de la même manière. La maturité aidant, je me suis améliorée sur ce point, je pense. Mais pour m'aider encore un peu et formaliser ce que je ressens de mes personnages, j'ai décidé de partir sur un profil psychologique que j'ai formalisé dans une fiche.

J'ai fait une fiche pour quatre de mes personnages (sachant que le roman doit en compter au moins le triple, à vue de nez). Ceux dont le rôle et la présence est la plus importante, même si on ne les voit pas souvent. Je pense qu'elles sont assez courtes, en tout cas elles tiennent sur une demi-page sachant que j'écris un peu gros. Elles reprennent simplement des concepts de psychologie qui me permettent de placer leur caractère. J'ai choisi de faire comme ça, car je trouve un peu arbitraire de leur attribuer des qualités et des défauts. Aussi parce que l'on a souvent les défauts de nos qualités (aimer le travail bien fait vs. être trop perfectionniste ; aimer passer du temps avec les autres vs. devenir jaloux et ne pas vouloir qu'ils aillent voir ailleurs ; rendre service par plaisir vs. ne pas savoir dire "non" ; etc.). Pour moi, les défauts, les qualités, les manières de réagir, sont inhérentes aux concepts et aux valeurs qui nous ont construits. Pour moi c'était donc plus important de m'intéresser à la cause plutôt qu'à la conséquence.

J'ai commencé par m'intéresser à leurs valeurs, inspirée par un article d'Audrey Payrau sur son blog de coaching en orientation professionnelle (oui, rien à voir avec l'écriture !) Elle y proposait une méthode pour trouver nos valeurs les plus fortes, et j'ai décidé de l'appliquer à mes personnages. J'ai donc consulté les listes de toutes les valeurs et noté les valeurs qui semblaient bien coller à chacun de mes personnage. Au final, ils en avaient tous entre douze et quinze. Comme c'était beaucoup, j'ai choisi et souligné les plus importantes. Ils en sont tous ressortis avec six ! Elles me permettent de déterminer leurs choix, certaines de leurs réactions, étant entendu que l'on agit en fonction de nos valeurs. Les avoir noté m'a aidé quelques fois à ne pas les faire réagir comme moi j'aurais réagi (l'un des plus gros pièges quand on manipule ses personnages, je pense).

Je leur ai aussi attribué des messages contraignants. Je ne leur ai fait passer aucun test de psychologie, je me suis contenté de leur attribuer à l'instinct, on verra si c'est amené à évoluer ! Je ne suis pas non plus allée aussi loin que j'aurais pu le faire. Normalement, les messages contraignants ont un degrés d'influence sur vous. Ça va de "très fortement influent" à "presque pas influent". Je ne le leur ai pas attribué, me contentant de désigner leur deux ou trois messages les plus forts, dans l'ordre d'importance. Mais je ne leur ai pas collé d'intensité d'influence. Si je décide de le faire, je leur ferai passer un test car je pense qu'il serait un peu dur pour moi de choisir arbitrairement là-dessus. Connaître leurs messages influents me suffit pour le moment à compléter leurs valeurs et leur faire prendre des décisions.

J'ai aussi statué sur leur motivation globale, c'est-à-dire le fait qu'ils soient plus facilement motivé par des motivations intrinsèques ou extrinsèques. Étant donné l'intrigue, ça ne me servira pas forcément énormément, mais si ça m'aide à un moment où à un autre je serais contente de l'avoir fait !

Tout ça reste de la formalisation. C'est-à-dire que dans le fond je sens ce que sont mes personnages. Si je peux leur coller quelque chose sans leur faire passer de test, c'est que je les connais bien. Mais ça ne fonctionne pas avec tout.

Pour le coup, les catégories que j'ai complétées hier avec les notes récupérées de ma ville de stage sont des choses pour lesquelles je n'ai pas d'instinct. J'ai donc vraiment encore moins de recul pour savoir si ça va m'aider ou pas, d'autant que je n'ai appliqué ces catégories qu'à des personnages d'histoires que j'appelle mes "juste-comme-ça" dont je n'attends rien et que j'écris un peu pour me défouler.

En lisant un article dans une revue de psychologie (que j'ai été bien incapable de retrouver pour le moment) j'avais pris des notes sur les besoins fondamentaux en me disant que ça me servirait, pour finir par les utiliser sur mes fameux personnages de "juste-comme-ça".

Nous avons six besoins fondamentaux : la volonté de puissance (sentiment de maîtrise en possédant ou apprenant des choses) ; besoin d'accomplissement (faire quelque chose de gratifiant) ; besoin de sécurité (retrouver des situations familières) ; besoin d'excitation (d'adrénaline) ; besoin d'évasion (de couper du monde, de se sortir d'un quotidien stressant ou peu gratifiant) ; et enfin besoin de distinction (de se sentir mieux que les autres).

Comme pour les messages contraignants, je ne suis pas allée très loin dans cette thématique. Je me suis contentée de dire si selon moi ces besoins étaient assouvis chez mes personnages. Je ne l'ai fait que pour deux des quatre personnages qui ont une fiche, car pour le moment je ne sais pas trop si ça me servira vraiment ni si c'est très utile pour des personnages qui sont plus secondaires que principaux.

Je me suis aussi intéressée à cinq "sentiments". Les mensonges que l'on se fait à soi-même, les attachements terrestres (remplis pour aucun personnage), la culpabilité, la honte, et le chagrin. Toutes ces entrées ne sont pas remplies pour chacun de mes personnages car j'ai eu un peu de mal à décider. Mais je trouve qu'elles peuvent aider à cerner un personnage. Par exemple, l'une des miens a pour chagrin le départ d'un oiseau qu'elle avait sauvé et qu'elle aurait bien voulu garder quand elle était enfant. Ça peut paraître idiot et futile, et ça ne sera sans doute jamais mentionné dans le récit, mais je trouve que ça donne une information sur sa sensibilité.

Pour moi, le profil psychologique est la chose la plus importante chez un personnage. Ce n'est pas seulement lui donner corps, lui désigner des valeurs, lui attribuer des chagrins ou des messages contraignants, ou des pensées limitantes, et pouvoir le manipuler à sa guise avec réalisme ou même le faire réagir différemment des autres personnages. C'est surtout que ça permet de montrer qu'il n'y a pas de "méchants" et de "gentils", de "bons" et de "mauvais". Qu'il y a juste des gens avec des bons et des mauvais côtés, qui réagissent selon ce qui est important pour eux. C'est d'autant plus fondamental pour moi de parvenir à faire ressortir ça que c'est tout le fond de mon histoire. Je voudrais pouvoir montrer qu'il n'y a ni "bien" ni "mal", qu'il n'y a pas de personnages qui ont agit correctement ou non ; ceux qui avaient raison et ceux qui avaient tors ; mais simplement des personnages qui ont ait en conscience, selon ce qu'ils pensaient être le mieux.

J'aurais pu aller encore plus loin en leur attribuant une couleur dans le modèle DISC, un ensemble de profil psychologique qui qualifie le comportement et la communication. Peut-être que je finirais par le faire, je ne sais pas encore si ça passera pas un test ou une attribution à l'instinct.

N'étant pas psychologue, je ne sais pas si j'arriverais à me servir au mieux de ces catégories que je leur ai définies, mais en tout cas j'ai l'impression que pour le moment ça m'aide et surtout ça me rassure, puisque j'ai tendance à naturellement les faire réagir un peu tous pareil. Je dirais finalement que ça me cadre.

Comment construisez-vous vos personnages ? Est-ce que certains des outils que je vous présente pourront vous aider ?

6 commentaires:

  1. C'est vraiment très intéressant de voir ta manière de faire.

    J'aime aussi beaucoup ce que tu dis à la fin sur ce qui est important pour toi chez un personnage, car quand je lis un livre, c'est exactement ce que j'aime : qu'il n'y ait pas les "bons" et les "méchants", juste des personnes qui ont une histoire, des valeurs, des peurs, etc. et agissent en fonction de ça... J'avais eu ce sentiment en lisant "Mal de Pierre" de Milena Agus : on comprend petit à petit la manière d'être, la manière d'agir des personnages au vu de ce qu'ils ont vécu, et de ce qu'ils ont traversé comme épreuves.

    Je ne sais pas si je me lancerai un jour dans l'écriture d'un roman (ça me tente, et j'ai une idée, mais pas vraiment le courage pour le moment), mais je ne sais pas comment je m'y prendrai pour construire les personnages. Mais je pense qu'une possibilité pourrait être de penser à une personne que je connais dans la vraie vie, dont certaines caractéristiques correspondraient au personnage (par exemple : une personne super timide et discrète que je connais pourrait servir de base pour un personnage similaire - du coup, je pourrais essayer d'imaginer comment cette personne réagirait face à telle ou telle situation).

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    1. Ravie que ça te plaise ! :)

      Je ne connais pas du tout ce livre, je jetterais sans doute un coup d’œil ! :) En fait, j'ai l'impression que c'est très occidental de faire des méchants vraiment méchant, c'est très manichéen et dans notre tradition chrétienne où t'as Dieu et Satan, point barre. Beaucoup d’œuvres occidentales ont des méchants méchants. Les Marvels, un certain nombre de bouquins avec des gens qui veulent dominer le monde pour être puissants... alors que par exemple dans les mangas (du moins ceux que je connais) les méchants sont un peu plus mesurés. Si je prends Shaman King, Hao veut détruire les humains parce que les humains détruisent la planète et se sont coupés du monde des esprits. J'ai l'impression de trouver ça beaucoup plus souvent dans les créations orientales très influencées par le Tao que chez nous.

      Si tu as une idée et que tu en as envie, je n'ai qu'une chose à dire : lance-toi ! Au pire ça ne fonctionnera pas et tu y reviendras plus tard et il n'y aura aucun mal à ça. Avant de commencer celui-là, je me suis dit deux fois que j'allais "écrire mon vrai premier roman". J'ai terminé les deux projets, mais je n'y avais pas mis en état d'esprit ce qui fallait y mettre pour en faire des romans !
      Partir de gens qu'on connaît peut à la fois être une bonne et une mauvaise idée. Une bonne parce qu'on sait comment les gens autour de nous réagissent. Par exemple encore ce midi je faisais des pronostiques sur ce que dirait une personne de mon entourage dans une situation et une personne qui était là a lancé "oh mais on dirait tellement elle !". On a aussi cette faculté quand on est dans les magasins à se dire "tiens, ça, ça plairait bien/irait bien à telle personne". Après, le risque, c'est de trop faire une copie conforme de la personne que l'on connaît et du coup je pense que ça peut devenir problématique.

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    2. Le problème, c'est que j'ai aussi plein d'autre projets et envies, et ça va être difficile de tout réaliser en même temps. Mais je verrai, si l'envie persiste, si je réussis à m'organiser, je me lancerai peut-être !

      Je n'avais pas pensé à la différence entre les récits d'orient et d'occident, il faut dire que je connais assez peu tout ce qui est oriental. Je n'ai jamais lu de mangas.

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    3. Je comprends tout à fait, c'est toujours une question de choix et de priorité, quel que soit le projet !

      Il y en a des très bien ! Mais il y a de plus en plus d'auteurs et comme ça continue de quand même bien marcher il y a pas mal de choses vues et revues !

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  2. C'est intéressant d'utiliser des valeurs pour définir tes personnages ! Et je découvre aussi les listes de valeurs, à parcourir lorsqu'on se demande qui on est peut-être haha.
    J'ai un peu de mal à construire mes personnages, à les cerner et à imaginer l'impression que je veux qu'ils rendent. Je crois que je suis indécise. Pour le roman que j'ai écris au début je croyais que mes personnages étaient biens mais ils n'étaient "pas assez eux". Vers les 2/3 de l'écriture j'ai eu comme une illumination sur leur caractère, et tout était beaucoup plus facile.

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    1. Quand on cerne bien ses personnages généralement les choses sont beaucoup plus simples à gérer ! Parce qu'on les pensent comme de vraies personnes et du coup on peut plus facilement les appréhender. D'ailleurs je serais curieuse de savoir si les parties du cerveau activées quand on se souvient d'une personne réelle, et celles activées quand on pense à un de nos personnages sont les mêmes !

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