lundi 2 novembre 2020

Livrovore

Source – Luisa Brimble

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais il y a quelques temps, dans un journal d'écriture, je vous disais que j'avais (enfin) repris la lecture. Je lis depuis mon enfance mais je ne crois pas avoir été un jour une grosse lectrice. Je me souviens avoir lu des journées entières pendant mon adolescence, mais dans ma mémoire c'était quelque chose d'assez rare et ça s'est surtout arrêté avec les études, le développement d'autres centres d'intérêts, et au final je n'ai jamais vraiment lu qu'à raison d'une quinzaine de pages par soir avant de dormir. À ce rythme, trois cents pages me font sans doute presque deux mois (je n'ai jamais fait attention aux dates auxquelles je commençais et finissais mes livres).

Toujours est-il qu'il y a quelques mois je ne lisais quasiment plus. Déjà, je me suis retrouvée sans livres pendant le confinement, ce qui n'a pas aidé. Mais en réalité ça avait commencé bien avant ça... Cette année pendant mes études je ne me souviens pas avoir lu des masses. Finalement, mon article sur mes cinq derniers livres lus, cet hiver, doit bien contenir les seuls livres que j'avais lu depuis un moment (tous lus dans une période assez resserrée, en plus) (c'est un peu triste, quand on y pense). En fait, rien ne m'intéressait vraiment. J'entrais régulièrement dans les librairies à la recherche du bonheur, j'avais envie de lire, vraiment très envie, ça me démangeait, mais rien à me mettre sous la dent. J'ai fini par en avoir ma claque et à me dire que puisque rien ne me bottait dans la fiction, j'allais tenter avec les livres d'Histoire. Et c'est ainsi que j'en ai repris un de ma bibliothèque, que j'en ai acheté trois autres, et que j'ai repris les chemins du livre.

Depuis ce journal d'écriture où j'avais glissé l'information, en Juillet, j'en ai lu neuf. Neuf, c'est sans doute plus que ce que je lis habituellement en un an. La seule chose qui m'a arrêtée, eh bien... comment dire... je n'ai pas pris en compte les délais de livraison avant de passer commande (le jour de l'annonce du confinement, en plus) et je retrouve donc à attendre. Ça va être long. Trèèèèès, très long. Mais au moins, ça a le mérite de m'obliger à lire les National Geographic magazine que j'ai en retard. J'avais laissé en plein milieu celui d'Avril 2020, c'est vous dire... D'ailleurs, je pensais que je n'aimerais pas ça, passer au journalisme après la fiction ou l'Histoire, mais finalement ce n'est pas ce que je lis qui m'importe, c'est de lire. C'est assez nouveau pour moi, enfin, j'ai l'impression de retrouver l'ivresse vague qui subsiste dans les souvenirs de mon adolescence. En ce moment, je n'aspire qu'à passer des journées entières à lire (d'ailleurs, c'est bien parce que je dois économiser ce qu'il me reste à me mettre sous la dent que j'ai fait le ménage dans ma chambre hier, ahem (le pire, c'est que je n'exagère pas tant que ça)). Je commence même à me dire que j'aimerais bien vivre enfermée dans une bibliothèque et qu'une main anonyme me livre à manger par une trappe entre deux étagères. Ou que je serais la plus heureuse des petites filles du monde si je pouvais trouver un métier où je serais payée pour lire toute la journée. J'adorerais travailler entourée de livres. J'adorerais vendre des livres. Mais je n'ai pas fait d'études dans ce domaine et la plupart des recruteurs cherchent des gens avec de l'expérience. Encore une fois, je suis passée à côté de mon orientation. C'est un peu triste mais je vais peut-être tomber sur une opportunité en or, on ne sait jamais !

Pourtant de temps en temps je me dis que c'est une fuite. C'est chercher dans d'autres mondes une échappatoire, c'est mettre des œillères pour ne pas voir, ne pas penser, fermer les yeux, enfoncer sa tête dans le sable et attendre que le temps passe en croisant les doigts pour que demain soit meilleur (et qu'un employeur m'appelle pour me donner du travail ; on y croit très fort, c'est la pensée magique). Et je me dis que c'est un peu triste, ou alors je me demande si ce n'est pas le signe que je vais finir encore plus associable que je ne le suis déjà.

Du coup, entendre hier Thomas Snégaroff, dans sa chronique habituelle pour C Politique sur France 5, citer des études qui disent que lire est bon pour la santé mentale, c'est assez rassurant, quand j'y pense. Par exemple, au bout de six minutes de lecture, les muscles et le rythme cardiaque se détendent. Si on lit plus de trois heures et demi par semaine, l'espérance de vie s'en voit augmentée de vingt pourcents sur douze ans. Pour moi qui ai vraiment peur de perdre la boule (je songe d'ailleurs à m'épancher là-dessus un jour) c'est une bonne nouvelle. Ça veut dire que ma boulimie livresque actuelle n'est pas le signe que je vais m'enfermer dans un monde imaginaire pour toujours (cette exagération habituelle d'une pessimiste de base est assez extraordinaire ! (surtout quand ladite pessimiste se met à parler d'elle à la troisième personne)) mais que c'est un pansement à mes doutes, craintes, peurs actuelles.

Bon, je dois aussi dire que j'ai passé six mois à écrire mon roman et que je pense que j'avais besoin d'être en jachère pendant ma phase d'écriture. Maintenant que je n'écris plus (enfin, plus tous les jours, plus avec le même sérieux), je me remets à lire pour me gaver des techniques des autres.

Je ne sais pas si ça vous le fait aussi, mais quand je lis ça m'arrive d'être tellement plongée que quand je relève la tête je suis saisie le temps d'un battement de cœur d'un étonnement confus et la première pensée qui traverse mon esprit est  : "Ah ! Tiens ?... Mais je suis où ?". Dans ton lit, Enir, tu es dans ton lit. Sur Terre. En France. Nous sommes en 2020. Allez Enir, secoue-toi. Bref. C'est assez amusant d'ailleurs parce que ça ne m'est arrivé à ce point-là d'intensité que pour Ayesha, le livre qui m'a le plus marquée, relu il y a un mois et demi, et seul livre auquel je me suis véritablement identifiée au personnage. La plupart du temps, je ne m'identifie pas vraiment, je regarde comme un petit personnage extérieur ce qu'il va se passer. Peut-être parce que j'ai du mal à laisser parler mes émotions ; et qu'Ayesha a été une telle claque que ça a piraté mes défenses. Bref. Je suis aussi une vraie éponge. S'il me prend de lire de la dark fantasy vous pouvez être sûre que derrière j'ai le bourdon et que si je laisse mes pensées cavaler j'imagine des tonnes de scenarii catastrophes, glauques à souhait.

Toujours est-il que j'aime bien découvrir de nouveaux personnages et de nouvelles histoires. C'est en partie pour ça que les auteurs qui écrivent toujours dans le même univers ont tendance à m'irriter un peu...

J'espère que ma boulimie livresque ne va pas s'arrêter. Et en même temps je recommence à ne plus savoir quoi lire même si j'ai encore deux, trois trucs sur ma liste mentale. C'est qu'il y a des livres d'historiens qui m'intéressent, mais ils ont été publiés il y a "longtemps" du point de vue de la durée de vie d'un livre, et je n'arrive pas à leur mettre la main dessus... Me retrouver encore frustrée va vraiment me frustrer. Mais je ne peux pas me forcer à lire plus lentement pour attendre une sortie. D'ailleurs, Martyrs, tome 3, sort en Janvier, je crois (enfin !), ce qui va me pousser à relire les deux premiers tomes dont je n'ai pas assez de souvenirs (et comme l'histoire est compliquée, il vaut mieux ne pas se lancer dans la dernière partie à l'aveugle). Bref. Je ne pensais pas écrire autant sur la lecture...

À l'heure où j'écris ces lignes j'ai reçu mon colis de chez Mnémos. C'est la fin de toutes mes souffrances (au moins, ahem). C'est surtout que j'ai encore des National Geographic a rattraper. Donc le roman va devoir attendre un peu (je suis obligée, sinon je n'arriverais jamais au bout de ces magazines !).

Quel est votre rapport à la lecture ? Lisez-vous beaucoup ? Utilisez-vous une liseuse ?

lundi 19 octobre 2020

Tomber amoureuse

Source – Andreas Wohlfahrt

Il y a quelques temps, je suis tombée sur une ancienne chronique d'une psychologue sur Europe 1. Elle disait que tout le monde ne peut pas tomber amoureux, mais ne s'est pas étendue dessus parce que ce n'était pas le sujet de son papier. Ça m'a un peu perturbée parce que je me suis dit que je faisais à tous les coups partie de ces personnes ; ça n'a fait que confirmer une crainte que je pense être lucide : pour tomber amoureux, il faut se confier aux autres, être le confident des autres, et être bien avec soi-même. Or, il ne vous aura sans doute pas échappé que je ne suis pas vraiment bien avec moi-même (sans blagues...). Donc, je ne suis jamais tombée amoureuse.

Dans le fond, ce n'est pas ce qui me dérange vraiment. En fait, pour moi, la relation de couple c'est la relation parfaite (on a les stéréotypes qu'on a, hein...) où l'on se fait confiance, etc. J'en avais déjà parlé ici, je crois, d'ailleurs. Du coup, ce qui m'embête vraiment, c'est de ne pas avoir de relation profonde, de confiance, etc. avec qui que ce soit. Et aussi un peu le regard des autres, en quelques sortes.

Quand j'étais en Service Civique il y a trois ans, on parlait du stress avant de commencer une émission avec une collègue, et elle comparait cela à la petite boule au ventre avant un rendez-vous amoureux. Je me suis fendue d'un "je ne sais pas, je n'ai jamais eu de rendez-vous amoureux". Elle n'a pas caché sa surprise, elle m'a fait : "même pas un crush, un coup de cœur ?". Non. Même pas. "Oh... bah, ça arrive..." a-t-elle dit pour me rassurer, se retrouvant devant le fait accompli qu'elle n'avait jamais imaginé avant : que l'on puisse n'être jamais tombé amoureux à vingt-et-un ans.

Donc oui, je ne suis jamais tombée amoureuse. Les papillons dans le ventre, je ne les ai qu'en regardant les anime shojo et autre films, livres (même pas des romances, faut pas pousser), etc. c'est vous dire si je suis un cas désespéré. Du coup, je suis vierge, aussi (enfin, ceci dit évidemment il n'y a pas de lien de cause à effet, je pourrais très bien ne pas être vierge si j'avais déjà eu un sex friend ou un coup d'un soir mais vu mon profil de casanière qui ne fait confiance à personne, le lecteur comprendra que les probabilités que cela ait pu m'arriver restent de l'ordre de l'infime).

D'ailleurs, il y a quelques années, j'ai dû passer un prélèvement vaginal (glamour...). Au début, pour savoir avec quel outil ils vont procéder (je pense) ils posent des questions qui vont crescendo – genre : avez-vous déjà fait ce genre d'examen ? – et si tu réponds non à ces questions, on va à la dernière – avez-vous déjà eu un rapport sexuel ? Inutile de dire que nous sommes donc allées avec la dame qui me faisait le prélèvement jusqu'à cette dernière question à laquelle j'ai bien entendu répondu par la négative. Et alors la réaction de cette dame m'a fait me sentir vraiment mal à l'époque, un rien honteuse (l'agacement à vite pris le dessus, quand même). Elle a soupiré, comme agacée. Je ne me souviens plus de l'année, mais j'étais à la fac pour ma Licence, donc j'avais plus de dix-huit ans. Autant dire que j'avais passé l'âge moyen du premier rapport (qui est de dix-sept ans et des poussières chez les deux sexes, et c'est une vraie moyenne en ce sens qu'on ne l'obtient pas avec des personnes qui le font à douze et d'autres à vingt-deux mais bien avec des personnes qui le font autour de dix-sept). J'ai trouvé ça assez violent et je m'en souviens encore aujourd'hui (ce qui est assez symptomatique chez moi qui ai relativement peu de souvenirs, je trouve).

J'ai donc sept ans de retard sur la moyenne de l'âge au premier rapport en France. Score honorable.

Je crois me souvenir que, quand j'étais enfant, j'étais sortie de chez le médecin avec ma mère et le médecin avait discuté un peu sur le palier à propos des vaccins, je crois, et d'une patiente qui lui avait demandé si elle devait en passer un et à qui il avait répondu que, étant donné qu'elle était encore vierge il n'y avait pas de raison (je ne sais pas si ça a un sens médicalement, c'est un souvenir assez vieux et donc largement reconstitué). Toujours est-il que cette patiente avait à l'époque, si mon souvenir n'est pas trop mauvais, environ l'âge que j'ai maintenant. Ce qui a a fait dire à ma mère qu'elle espérait que je ne serais plus vierge à vingt-cinq ans parce que... je ne sais plus trop pourquoi, d'ailleurs, sans doute un truc du genre "c'est une expérience sympa à vivre", quoi.

Ce qui m'embête avec ce souvenir c'est que, dedans, j'ai les cheveux bouclés. Je les avais bouclés quand j'étais très jeune, or je ne pouvais plus les avoir bouclés à cette époque, ce qui est une marque de la large reconstitution de ce souvenir. J'ai aussi cru remarquer que j'ai tendance à me voir les cheveux bouclés dans mes souvenirs quand je me considère comme une vraie enfant, une petite fille, une gamine, comme une marque que mon inconscient insiste sur ma jeunesse (je ne sais pas si je suis claire). Du coup, je ne sais pas quelle réalité je dois accorder à ce souvenir. D'un autre côté, on s'en fiche un peu, de savoir si c'est vrai, reconstitué, ou monté de toutes pièces à la base d'un rêve chelou : l'important c'est ce que ça a produit sur moi : plus j'avance dans les années et plus j'ai cette barre des vingt-cinq ans qui s'approche. D'ailleurs, je me dis que peut-être mon mauvais rapport à la masturbation sera dépassé quand j'aurais moi-même dépassé ces vingt-cinq ans.

Il y a quelques temps j'étais à la crémaillère d'une amie. Je discutais avec l'une de ses amies qui a balancé comme ça, au détour de la conversation, parce que l'anecdote s'y prêtait bien, qu'elle était vierge, avec naturel. Et personne n'a relevé, personne ne s'est moqué ou étonné. Ça m'a vraiment beaucoup étonnée. Ceci dit mes amies n'en font pas tout un plat non plus. Mais quand même, ça m'a surprise.

J'ai beaucoup dérivé sur les relations sexuelles, dites-moi...
Pour revenir aux relations amoureuses, j'ai remarqué que j'ai tendance à beaucoup me critiquer, me dire que je ne suis pas assez bien, pas assez jolie, etc. alors que chez les autres c'est l'inverse. S'ils ont en couple (ou même s'ils ne le sont pas, d'ailleurs) je trouve toujours des bonnes raisons. Par exemple, Unetelle n'est pas très jolie, c'est vrai, mais elle est très drôle, et positive, un vrai rayon de soleil. Unetelle autre est toujours bien habillée, hyper classe même quand ce sont juste ses vêtements de tous les jours et qu'elle n'a pas fait d'efforts particuliers. Unetelle autre s'assume pleinement, a l'air super bien dans sa peau, etc., etc., etc. Alors que moi je ne suis pas assez. Du coup, je ne cherche même pas à m'inscrire sur des sites de rencontre.

Je veux dire... pour quelqu'un comme moi qui a du mal à rencontrer des gens en vrai, à se confier, etc., passer par le numérique pourrait être une solution. En plus, j'ai une amie qui a rencontré son compagnon comme ça et aujourd'hui ils vivent ensemble et ont un enfant ; je ne manque pas de modèles positifs sur les relations qui commencent par internet. Mais je trouve que ça manque un peu d'authentique (c'est mon côté rêveuse et téléfilm romantique de l'après-midi xD) et j'aurais l'impression aussi je pense que c'est un peu un échec. Regardez-moi cette fille de vingt-quatre ans incapable de rencontrer des gens dans la vraie vie et qui va aller se cacher derrière un écran ! la génération Y est vraiment désespérante, ma parole !

La dernière chose qui m'en empêche, et qui rejoint un peu ce que je disais au-dessus c'est qu'avec la chance que j'ai, et vue que je ne suis pas assez, il y a de fortes chances que les mecs qui me parlent ne cherchent que des plans Q (et je ne pense pas que les mecs qui cherchent des plans Q cherchent des filles vierges à moins d'être fétichistes et un rien malsains (je sais que dire ça démontre que je crois en des clichés sur la gent masculine, je m'excuse donc auprès de mes lecteurs masculins qui pourraient s'en sentir outrés)) ; ou bien pire : l'indifférence absolue. Et puis non, franchement, recevoir des photos de bite ça me tente moyen. D'ailleurs, une étude a été faite et apparemment les mecs qui font ça pensent vraiment que ça nous fait plaisir et qu'ils vont recevoir le même genre de photos en retour. Ou quand la réalité dépasse les clichés... Bref.

Toujours est-il que j'ai trop peur de me "mettre sur le marché" et de constater que personne ne veut de moi. Ma peur du rejet qui s'exacerbe pas mal, en ce moment. Je suis trop prudente pour passer outre. Mes digues multiples tiennent encore mais je ne vais quand même éviter de leur foutre un gros coup de pied dedans. Prudence, prudence.

Du coup, les sites de rencontre ce n'est pas une solution pour le moment.

De toute façon, je ne cherche pas l'amour (quoi que) mais plutôt une relation profonde, de confiance, etc., qui peut très bien se trouver dans l'amitié. Des amis, j'en ai, mais j'ai cette peur de la trahison qui fait que j'ai du mal à m'ouvrir, même si ça va un peu mieux ces derniers temps. Je pense que je vivrais mieux mon célibat si j'étais capable de créer une amitié plus serrée. Y a du boulot. Mais j'ai toujours pas appelé de psy.

dimanche 18 octobre 2020

Ce que l'on fait

Source – Ready made

Cette semaine, j'ai travaillé comme pionne dans un collège, pour remplacer en urgence un surveillant qui a été arrêté pour raison de santé. Je n'avais jamais fait ça avant, et je ne me fait pas beaucoup d'illusions sur le fait que le CPE de ce collège m'a appelée parce qu'il n'y avait personne d'autre de dispo, mais je pense que je ne m'en suis pas trop mal sortie (passées les réticences à prendre les carnets de liaison, seule menace qui fonctionne avec les ados mais que je trouve passablement stupide). Surtout, ça m'a confirmé que j'aime bien bosser avec les jeunes. Certains collègues n'aimaient pas surveiller les heures de permanence : j'adore ça ! D'autres n'aiment faire l'appel de la cantine parce que c'est le bordel avec tous les gamins qui te tournent autour pour passer en premier, mais là encore j'ai bien aimé.

Je dois être un peu maso, parce qu'il n'y a rien de plaisant à être cernée par un banc d'élèves affamés qui te mettent leur carte de cantine sous le nez en espérant que comme ça tu verras mieux leur nom ; ni à passer une heure dans le brouhaha à essayer de faire comprendre à des ado fatigués qui n'attendent que les vacances que baisser d'un ton ne ferait de mal à personne. Ou alors, c'est l'attrait de la nouveauté qui fait ça, et si je devais recommencer, si j'y étais depuis trois ou quatre ans, je serais comme mes collègues et j'en aurais ma claque des disputes stériles et des gamins qui se fichent ouvertement de ta tronche en recommençant à se chamailler dès que tu as le dos tourné. Mais peu importe que ce soit l'attrait de la nouveauté ou bien que je sois complètement maso : le fait que j'ai bien aimé. Ça m'a aussi permis de voir que je ne veux pas être CPE, parce qu'on ne côtoie pas assez les jeunes.

Ça m'a fait repenser à la période où j'avais songé être éducatrice spécialisée, point d'intérêt comme beaucoup d'autres métiers et qui comme beaucoup d'autres métiers à fini au placard. D'ailleurs, cette nuit ou tôt ce matin, la tête dans le gaz, je me suis demandée si je n'étais pas passée à côté de toutes mes occasions. J'aime la jeunesse et j'ai renoncé à être éducatrice spécialisée parce que c'était sur concours. J'aimerais bien voyager et aller dans d'autres pays mais je n'ai jamais eu le courage de partir en Erasmus parce que j'avais peur de ne pas avoir un niveau de base suffisant. Et maintenant, mes parents ne sont pas chauds du tout pour que je fasse un Service volontaire européen parce que, vous comprenez, à un moment donné il va falloir que je travaille et que je gagne de l'argent. Ma mère m'a dit "je comprends bien que tu veux quitter cette vie de con, mais il va falloir que tu gagnes ta vie". Elle se trompe, ce n'est pas "quitter cette vie de con", ce n'est pas fuir : c'est découvrir autre chose, parler à d'autres gens, revenir bilingue avec des expériences et des compétences nouvelles.

Alors moi qui respecte tout bien les règles, qui à douze ans, trois minutes après avoir créé mon blog sur les chauves-souris, avait été prise d'une affreuse culpabilité à l'idée de ne pas avoir demandé la permission et avait de ce pas corrigé cette faute, moi je suis prête à me battre pour me tirer hors des frontières de la France. En même temps, j'ai vingt-quatre ans et le Corps Européen de Solidarité finance le volontariat en Europe, donc j'ai envie de dire...

Je me suis créé un compte sur le portail il y a quelques temps. J'ai suivi un atelier d'information en visio. J'ai pris rendez-vous pour plus d'infos et être aidée dans ma recherche. C'est la semaine prochaine. Et aujourd'hui, je suis retournée voir les offres sur le portail, et j'ai postulé. Dans une asso en Espagne qui fait faire des activités à des jeunes. Tout ce qui me plaît ! (sauf la chaleur du Sud de l'Europe !).

Avec la poisse que j'ai, ça ne se fera sans doute pas. Sans dec' ; le contrat avec le collège n'a pu être signé informatiquement, du coup je ne sais pas quand je serai payée. C'est comme ça tout le temps. Donc je ne me fais pas trop d'illusions. Puis, sans permis (je le passe la semaine prochaine, mais soyons sérieux deux minutes...) et sans voiture, si mes parents ne veulent pas m'amener à l'aéroport et considérant que mes amies ne vivent pas vraiment tout près, ça risque d'être une belle aventure que de me tirer de là toute seule. En admettant même que je sois prise étant donné que l'offre est quand même en ligne depuis déjà un mois.

Je verrai bien, de toute façon.
J'ai cette affreuse propension à faire des plans sur la commette, à me projeter hyper loin dès que j'entreprends le premier pas de quelque chose ; dans le fond, je ne sais pas me laisser glisser. Et tout ce qu'il se passe (le prof décapité, Alice Coffin qui dit des imbécilités, le débat qui se radicalise...) me file le bourdon. Déjà que je ne suis pas optimiste de base, que mes émotions sont quand même rarement positives, là je pense que l'on a atteint le point où voir le positif est quasiment impossible.
Le bourdon.

Je me suis lancée dans cet article sans trop savoir où ça allait me mener. Visiblement, à pas grand-chose d'autre qu'à une sorte de bouée lancée dans la mer informatique juste pour me soulager, et que je ne vais pas pousser encore pour ne pas risquer de vous transmettre mon bourdon !

Comment que ça va par chez vous ?

samedi 3 octobre 2020

Rien du tout

Source – Jeffrey Czum

C'est une période un peu bizarre. C'est la première fois que je n'ai rien à faire en Septembre : pas de rentrée scolaire, universitaire, ou à un boulot. C'est assez perturbant pour moi qui suis du genre à vouloir tout contrôler alors que bon, on sait bien qu'on ne contrôle jamais rien – mais on peut au moins se maintenir dans l'illusion. Des personnes m'ont dit que je devais profiter de cette période pour me poser, faire un peu ce que j'avais envie et voir ce que je voulais pour la suite. Garder mes antennes ouvertes sur les opportunités au lieu de fabriquer, concevoir tout un tas de plans, de stratégies pour aboutir à un objectif improbable. La psychologue du travail que j'ai revu à Pôle Emploi en fait partie. D'ailleurs, j'en ai profité pour lui demander par où je pouvais passer pour avoir gratuitement accès à une consultation psychologique parce que ça fait plusieurs années que je sais que j'en ai besoin et qu'il serait peut-être temps – tant je suis arrivée au bout de ce que je pouvais faire toute seule. Elle m'a demandé de préciser et quand je lui ai parlé de quelques uns de mes problèmes (dont certains que j'ai abordé ici, d'ailleurs) elle a écarquillé les yeux comme si elle se disait "ah oui, quand même !". Ben oui... bref. Cette période de "rien" serait bien propice à devenir une période de "beaucoup" (et de "bien").

Le problème, c'est que sans études ou sans travail je dois m'imposer un cadre toute seule. J'avais commencé à vouloir en profiter pour bosser un peu les langues étrangères, et puis la sortie d'un livre pour l'hindi que j'avais commandé a été une énième fois repoussée et, d'agacement, j'ai annulé la commande et depuis je peine à me remettre aux langues. Je voulais m'imposer un peu un cadre et des choses à faire en faisant du bénévolat dans une radio associative, mais je n'ai pas reçu de réponse à mon mail, même après qu'on m'est assurée au téléphone que j'aurais une réponse "dès que possible" ou une formule du genre qu'on dit pour être poli alors que visiblement on en a rien à battre. Ce que je trouve dommage c'est que dans mon mail je demande juste s'ils ont besoin de bénévoles. Ce n'est pas comme si je demandais un CDI 35h payé au double du smic ; ou que ça demandais beaucoup de recherches avant de me répondre. C'est un oui ou c'est un non, ça prend deux minutes ; il n'y a pas besoin de quinze jours pour répondre à ce genre de mail. C'est ce genre de choses qui me décourage. Comme le fait que beaucoup d'offres sur les sites d'emplois sont des apprentissages et qu'on ne le découvre qu'à la fin de l'annonce parce que l'employeur n'a pas jugé bon de le mettre dans son titre. Du coup, j'ai du mal à m'imposer un cadre.

Ceci dit j'ai épluché la liste des cours de la Licence d'Histoire de ma ville, j'en ai sélectionné quelques uns et je vais squater les amphis pour le plaisir. Je ne sais pas trop si c'est par pur intérêt intellectuel ou parce que je suis dans le déni de ne rien avoir à faire. C'est sans doute quelque part un peu entre les deux extrémités de la corde.

J'avais aussi décidé de reprendre le sport, pour m'occuper et aller mieux dans mon corps, mais ils ont tout refermé et j'ai commencé à me dire que s'ils fermaient un mois après la rentrée ils allaient passer leur temps à fermer-ouvrir-fermer-ouvrir et que ça ne valait pas le coût/coup. Du coup, je n'ai finalement pas pris les licences, y compris au théâtre ce qui m'emmerde un petit peu, et même beaucoup. Le seul bon point c'est que je ne suis plus attachée dans ma ville et que donc je peux chercher un petit peu partout en France.

Je sais que je dois me donner un grand coup de pied au cul pour occuper mes journées (à autre chose qu'à écrire des histoires et à lire, je veux dire (en même temps, est-ce que c'est vraiment mal ? j'ai prévu d'aller au musée, aussi)) et en même temps je me dis que j'ai bien le droit à une petite pause après ces mois (années ?) à fomenter des plans tarabiscotés et à stresser, etc. Juste une toute petite pause. Aller chez le psy m'aiderait pas mal, mais du coup je n'ose pas appeler le numéro que m'a donné la psychologue du travail. Elle m'a dit de bien insister pour pas qu'ils pensent que c'est "juste comme ça" vu qu'ils sont sans doute blindés, mais du coup ça me fait un peu peur parce que je crois que je me dis que ma situation n'étant pas une urgence elle n'est pas assez grave pour mériter un appel. Et je pense aussi que je ne vivrais pas bien qu'on me dise qu'il n'y a pas de place et comme je ne sais pas trop m'affirmer je ne saurai pas insister pour faire comprendre mon problème. Peut-être que je me dis aussi que je ne suis pas légitime pour bénéficier de ce genre de structures. En gros, c'est la flippette. Alors je me suis dit que je me laissais jusqu'à la fin du mois pour appeler.

Je suis attentiste, c'est terrible. Ou plutôt ce qui est terrible c'est que je dise que je fais une pause mais que je considère cette pause comme le fait d'être attentiste.

Je suis aussi vraiment lassée de toutes les attitudes et de tous les propos ridicules des militants radicaux (quelle que soit la cause) qui défendent la misandrie la plus crasse comme une vengeance à la misogynie, vont vous dire que vous êtes "enbyphobe" puisque vous n'êtes pas d'accord avec eux, ou vont vous bloquer de Facebook parce que vous avez osé demander la source des chiffres qu'ils publient (spoiler : non, l'espérance de vie des personnes trans n'est pas de trente ans ! ce n'est pas le sujet de l'article mais on peut en parler en commentaires si mes recherches autour de ce chiffre faux vous intéressent). Ces gens bas de plafond cherchent à diviser toujours plus. Il faut un mot pour tout, pour chaque petite minorité. J'en parlais d'ailleurs à la crémaillère d'une amie avec une personne elle-même LGBT+ qui trouvait assez bête de rajouter des mots pour tout et n'importe quoi, parce que tout le monde veut son mot. Comme quoi, il n'y a pas que les discriminants qui se posent des questions.

Ces militants radicaux cherchent à diviser, à combattre, à lutter. Ils disent qu'il faut passer outre les désaccords pour tous lutter dans le même sens parce qu'on veut la même chose mais ils attendent que vous, vous vous rangiez de leur côté puisque c'est quand même eux qui ont raison. Je suis catastrophée. Je n'ai même plus les ressources pour m'indigner. Je suis de plus en plus confortée dans l'idée que je n'aime pas parler aux militants radicaux, que je n'aime pas leurs moyens d'agir et leur système de pensée "eux contre le monde entier" et en même temps ça me trouble beaucoup parce que je tiens à garder un œil sur la manière de penser des gens avec qui je suis en désaccord (ce qui est bête dans la mesure où c'est admettre que les militants radicaux représentent leur lutte alors qu'on n'a pas besoin d'être radical pour vouloir démonter les discriminations). Bref, je m'éloigne du sujet.

Cette période de rien du tout pourrait devenir une période de beaucoup si je donnais la petite impulsion qui manque, le coup de palme pour avancer plutôt que de me laisser porter par le courant. D'un autre côté, je peux bien me laisser porter encore un peu, juste encore un peu. D'ailleurs, je pourrais aussi prendre comme un signe le fait que l'on ne réponde pas à ma proposition de bénévolat ! ;)

Comment ça va, de part chez vous ?

mardi 22 septembre 2020

"J'espère te trouver aussi féministe que moi" : chercher à convaincre dans les débats

Source – Jopwell

Cette phrase, on me l'a écrite dans un message privé sur le forum dont je suis membre, à la suite d'une incise que j'ai participé à faire à propos de l'écriture inclusive sur une conversation qui n'avait rien à voir. Le but de mon article n'est pas de me livrer à un règlement de compte, de réécrire le débat ici, etc. – parce que c'est privé et que ça se règlera entre cette personne et moi – mais de réfléchir avec vous, en me nourrissant aussi de vos propres expériences, sur l'impact de l'état d'esprit, l'état émotionnel, et des buts poursuivis dans ce genre de débats, qui sont parfois plus importants que les mots.

Au moment où j'ai lu ce message, très cordial, je n'étais pas franchement disposée pour. Je l'ai reçu à un moment où je faisais autre chose et pensais à plusieurs choses à la fois : ce n'était donc pas le moment de m'embêter ; ce n'était pas le lieu non plus, car je ne cherche pas ce genre de discussions théoriques et – il faut bien le dire – souvent stériles, sur ce genre de forum. Et comme je suis incapable de lâcher-prise, j'ai été incapable de me dire que je répondrais plus tard et j'ai répondu tout de suite. Cette erreur est sans doute la cause du fait que le ton de mon message est sans doute moins cordial que je ne l'avais conçu dans mon esprit. Ce qui a probablement incité la personne en face à durcir un peu le ton, même si ce n'est pas la seule raison et j'y viens.

N'étant pas vraiment à ce que je faisais, je n'ai pas su lire le sous-texte de cette phrase qui constitue presque un paragraphe (ce qui m'aurait évité d'écrire certaines choses, générales mais qui tapaient dans le cœur de l'enjeu). Pourtant, il y a quelque chose d'intéressant dedans, qui rejoint le sous-texte de la phrase suivante qui introduit un "texte d'une rare lucidité". Ah bon ? Si on n'est pas d'accord, c'est qu'on n'est pas lucide ? Le décor est planté.

Il y a quelques temps j'avais prévu d'écrire un article sur les débats et finalement je n'avais pas réussi. Mais j'avais quand même fait quelques recherches et était tombée sur un texte du philosophe Alain Cugno pour la Revue Projet en 2019. Il expliquait qu'entendre un avis contraire au sien peut être perçu comme une menace et que, ce qui est en jeu c'est l'image que chacun a de lui-même et la représentation qu'il a de l'image que la société de fait de lui. Et c'est quand cette représentation donne la sensation d'être mis en danger que peut naître la violence. De ce fait, pour Alain Cugno, il faudrait que chacun se dessaisisse de sa prétention a posséder la vérité pour chercher à faire en sorte qu'elle émerge du débat puisque chacun en possède une part.

Qu'est-ce qui me dérange dans cette phrase que j'ai prise pour titre ? Bon, d'abord je suis de ceux qui pensent qu'il y a autant de féminismes que de féministes (et ça vaut pour tous les courants de pensée) et que donc on ne trouvera jamais quelqu'un qui pense exactement comme nous sur exactement tous les items d'un concept comme celui-là. Mais surtout, c'est ce "aussi" que je suis incapable de qualifier n'ayant pas de connaissances en sciences du langage mais qui signifie que, si je ne suis pas d'accord pour employer l'écriture inclusive, alors je ne suis pas "aussi" féministe que cette personne et donc pas "assez" et que donc, en tirant un peu, mon avis a moins de valeur. Si je ne suis pas d'accord, je ne suis pas lucide.

Je ne résiste pas à prendre en autre exemple une phrase qui m'horripile : ouvre les yeux. Ouvre les yeux, comme si je les avais fermé, que j'étais dans l'obscurité et mon interlocuteur dans la lumière, comme si réfléchir à la question avec raison et pragmatisme ne pouvait que mener à penser comme lui, comme si mon avis à moi n'était qu'un embryon indigne d'être exprimé avant d'être devenu une créature semblable à celle de la personne qui me parle, comme si l'autre détenait la vérité, l'Unique, la Seule, la Raison. Bref.

C'est particulièrement intéressant parce que ça sert d'exemple à un biais très commun dans les débats : l'interlocuteur cherche à vous convaincre. Quelle erreur ! Celui qui participe à un débat a un avis suffisamment construit pour le faire. Dans le cas contraire, il écouterait les autres pour se construire son avis, ou bien le préciser. Mais le participant farouche d'un débat possède un avis, une conception des choses, fort bien construite, presque achevée même. Une conception basée sur l'expérience, d'abord. Son expérience propre, à lui, et l'expérience de ses personnes proches ensuite. D'ailleurs, on écoute toujours plus les personnes de confiance de notre entourage que les inconnus ou les internautes : vous pourrez lire des centaines d'avis positifs sur un livre, si un ami vous dit qu'il est nul vous ne l'achèterez pas.

Autrement dit, en participant à un débat, on ne change pas l'avis de son "adversaire" mais bien celui, potentiellement, de ses auditeurs, lecteurs ou spectateurs. Celui qui veut changer l'avis de son interlocuteur a perdu puisque sa cause est inatteignable, et il se trouve dans un état d'esprit qui n'apporte rien de bon à la discussion. Or, dans le cas qui nous occupe c'était un message privé, par nature sans public. Je trouve donc la phrase révélatrice d'un certain état d'esprit plutôt néfaste parce que source de stress et de frustration quand ça ne se passe pas comme prévu. Et d'ailleurs, la réponse à mon message est sans appel : pas de problème, mettons fin à cette conversation, tu pourras garder tes avis enbyphobes pour toi. Réaction épidermique à une agression imaginée (rapport à cette représentation que l'on a de l'image que le société se fait de nous) et alors que je n'ai pas compris ce qui, dans mon message, peut laisser penser que je discrimine les personnes non-binaires (c'est-à-dire qui ne se reconnaissent pas dans les genres "homme" et "femme" tels qu'ils sont définis).

Le problème, quand on veut changer l'avis de son interlocuteur dans un débat, c'est que c'est perdu d'avance, que l'autre peut se sentir braqué par cette attitude et donc encore moins entendre ce que vous dites. Sans compter que le sous-entendu c'est que, puisqu'il faut le changer, l'avis de l'autre est mauvais, fautif. Vous niez donc le droit même à l'existence de cet avis. On part dans la discussion du bon pied !

Comme je voudrais essayer de vous démontrer qu'un débat ne sert pas à changer l'avis d'un interlocuteur, je vais prendre un exemple. Le débat des candidats à l'élection présidentielle, ou plutôt les débats. Vous imaginez un candidat du premier ou du second tour, dire à l'autre sans ironie : "oh mais vous avez raison ! je n'y avais pas pensé ! je suis d'accord avec vous, finalement !" ? Jamais ! Jamais on entendra une chose pareille ! Le but n'est pas de convaincre les autres candidats : le but est de convaincre le spectateur qui ne s'est pas encore fait son avis ! Le but est de convaincre l'électeur indécis !

Depuis plusieurs années, quand je m'engage dans un débat je ne cherche plus à convaincre mais à comprendre. Et ça change tout ! Ça change tout parce que ça permet d'apprendre des choses de l'autre en lui permettant de s'exprimer plutôt que de le braquer en accusant ("tu as tord, j'ai raison ; mais ouvre les yeux, enfin !"). On peut aussi affiner son propre avis, apporter une nuance sur un point que l'on n'avait pas vu. Prendre conscience d'autres expériences et perceptions du monde. C'est en ça que c'est enrichissant. Les émotions sont aussi beaucoup plus apaisées. Un débat n'est en aucun cas une guerre : c'est un partage. Aucune échelle de justesse des avis ne peut exister (excepté tout ce qui concerne le racisme, les discriminations en général, les moqueries méchantes qui sont là pour rabaisser, etc. évidemment).

J'ai l'impression que cet article est un peu en bordel ! Dans tous les cas, je serais très contente d'avoir vos ressentis sur la question ! Comment abordez-vous les débats ? Y a-t-il des phrases toutes faites qui vous énervent ?

samedi 12 septembre 2020

Où je termine mon roman

Source – Leah Kelley

Certes, il est très exagéré de dire que ce roman est terminé mais en un sens, comme je viens de mettre le point final au premier jet, eh bien : il l'est. Un peu frustrée parce que je pensais pouvoir arriver aux cent-cinquante mille mots tout rond et en fait... non. Mais d'un autre côté je sais que j'ai mal mal de choses à préciser, rajouter, détailler, donc ce n'est que partie remise.

En chiffres ça donne : 6 mois et 9 jours de travail, plus de 150h d'écriture, 240 pages, 149 554 mots (si proche du 150 !). Ça donne aussi 3 mois de pause pour laisser couler. J'ai gagné deux semaines sur mes prévisions (ou j'en ai perdu deux, en fonction de comment on se place et de quelle prévision on prend ;P) donc je suis assez contente (profitez : vous ne me verrez pas souvent regarder le verre à moitié plein xD).

Pendant mes mois de pause je pense que je vais me mettre sur des textes pas sérieux, ceux qui me permettent de tester des trucs ou de m'approprier du vocabulaire. Je vais aussi essayer de participer à des appels à textes de maisons d'éditions pour des anthologies, même si le fait que mes "nouvelles" soient plus des contes me handicape sans aucun doute pour une publication ce n'est pas grave parce que je cherche surtout à avoir un retour sur ce qui ne va pas pour pouvoir préparer mes corrections en sachant ce que je dois regarder.

Si je devais faire un bilan je dirais que je me suis pas mal pris la tête. Je sais déjà que je vais devoir redécouper une séquence pour lui donner plus de rythme. Je pense aussi que, sans le coronavirus, je n'aurais pas pu le finir "si vite" parce que ma moyenne de nombre de mots par jour, avant que je ne me botte le cul pour en écrire 1 000, c'était 640. En travaillant à Paris, avec la fatigue induite par les heures de trajet et le fait d'aller au bureau pour ne rien faire, je pense que même 600 mots je n'aurais pas réussi. Donc merci le coronavirus, merci le télétravail. Merci aussi le coup de pied au cul pour écrire 1 000 mots par jour ! D'ailleurs, c'est assez drôle parce qu'au tout début j'avais dit que je ne me mettais pas de quota de mots dans la mesure où écrire tous les jours était déjà un objectif plus qu'ardu pour moi, et au final j'ai terminé en m'imposant un quota, donc je suis assez contente de moi pour ne pas dire très !

J'ai déjà fait une demande à quelqu'un que je connais pour être bêta-lectrice (d'ailleurs je suis un peu frustrée parce que pour le moment dans ma liste de personne à qui demander ce service je n'ai que des femmes) et par bonheur cette personne a accepté donc ça me motive vraiment à aller au bout du bout jusqu'au moment où je le soumets aux maisons d'édition (dans... un an à peu près, selon mes estimations qui comprennent les temps de pause, relecture, corrections, bêta-lecture, corrections...). Je suis aussi supra motivée par les journaux éditoriaux des membres du forum dont je suis membre, même si je ne pense pas que je réussirai à caser mon bébé en deux mois ou en un seul envoi comme certains.

Je sais qu'il y a du potentiel dans cette histoire, même si en la racontant à voix haute à ma première bêta-lectrice j'ai trouvé ça tellement nul... mais en vrai je peux en faire quelque chose de vraiment sympa et le fait d'avoir déjà pris des notes sur des choses à corriger autant en forme qu'en fond qu'en cohérence (comment on peut passer, en première page, à plusieurs dizaines d'orphelinats et finir le roman en disant qu'il n'y en a que trois ?!) ne me décourage pas du tout ! J'ai déjà relu certains passages pour reprendre des infos que j'avais oubliées et je sais que c'est... mal écrit, ou disons maladroit. Il y a du boulot ! J'ai trop hâte de m'y mettre, en réalité. Peut-être que ça vient d'un effet "première fois" ou que je suis complètement frappadingue parce qu'en général je crois que les auteurs n'aiment pas trop le passage des corrections.

Pour les corrections, je sais déjà comment je vais m'organiser. Je vais commencer par faire une copie et annoter la copie, et à chaque nouvelle étape je travaillerai sur une nouvelle copie, pour toujours pouvoir revenir à la version d'origine un peu comme en restauration d'art avec son principe de réversibilité. C'est vraiment super important pour moi de toujours pouvoir revenir à la version d'avant ou à la première version. Je pense aussi fonctionner par thématiques de corrections dans mes annotations (fond, forme, description, dialogue, etc.) pour pouvoir m'y retrouver. Mais je pense que je vous ferai un article spécial sur les corrections quand j'aurais fini d'annoter mon texte, donc vers début-janvier. Ça me permettra d'aborder aussi les corrections orthographiques même si je serai loin d'en être là et de faire un article général sur les corrections (pour changer des journaux d'écrire, ahem).

Voilà.

Mais qu'est-ce que je vais faire demain matin ?!

mercredi 2 septembre 2020

Et maintenant ?

Source – Joshua Welch

Ce matin je me faisais la réflexion que cette année est la première où je n'ai rien à faire à la rentrée ; où la rentrée, pour moi, ne veut rien dire. Je me suis dis que ce n'était sans doute pas étranger à mon état un peu amorphe, en ce moment et bien que je me sois dit qu'en Septembre j'allais prendre des bonnes résolutions (pour m'améliorer en langues, par exemple). Puis je suis passée à autre chose. Jusqu'à ce que ça soit l'heure de mon rendez-vous avec une psy du travail de Pôle Emploi. La conseillère me l'avait proposé à notre premier entretien. J'avais dit oui un peu comme ça sans rien en attendre vraiment. Finalement je ne regrette pas parce que j'ai trouvé ça intéressant. Sans en avoir l'air, elle m'a fait me rendre compte qu'en fait, depuis plusieurs années, je monte des stratagèmes, des plans, des combinaisons et des assemblages pour essayer de devenir préparateur mental en passant par la fenêtre entrouverte puisque je ne peux plus passer par la porte. Sans réfléchir.

Sur son conseil, j'ai envoyé un mail au responsable du Master de préparation mentale que je visais en demandant si, avec un Diplôme Universitaire je pouvais espérer entrer. Réponse diplomatique et cordiale mais claire néanmoins : non. En vrai, ça ne m'a rien fait de particulier. C'est peut-être d'ailleurs la preuve que la psychologue avait raison et qu'en fait je cherche à faire des études pour fuir le moment d'entrer pour du vrai dans le monde du travail. Ce qui est assez paradoxal car je n'ai vraiment pas l'impression de fuir (pour une fois). J'ai bien aimé faire un Service Civique et des stages, être utile, travailler. Mais peut-être que la psychologue a raison. Ou bien peut-être que, comme je n'ai pas trouvé ce que je veux vraiment faire (à part élever des ânes, et encore – est-ce que c'est une fuite, ça aussi ?) je monte des stratégies pour continuer à faire ce que je sais faire : des études, apprendre, m'asseoir sur une chaise et écouter.

Sauf que, maintenant, qu'est-ce que je fais ? Je cherche du travail, bien sûr, mais je me retrouve un peu sans perspective. Et pour moi qui aime les plans, les projets, c'est assez compliqué à gérer. Bon, en vrai, je vais reprendre le sport et j'aimerais aussi commencer à prendre des cours de théâtre. Toutes ces activités devraient m'occuper tous les soirs de la semaine, ce qui est bien. J'aimerais aussi reprendre une activité en radio associative. Tout ça, c'est très bien pour mon développement personnel, mais on ne peut pas vraiment dire que ça remplisse le compte en banque. Ce qui est bien, c'est que j'aurais aussi le temps de gérer mon roman (même si ça non plus, ça ne remplit pas le compte en banque).

Le truc, c'est qu'en fait je trouve que la vie ne sert à rien. Je ne suis pas suicidaire, je vous rassure (promis-juré !), mais dans le fond, si on réfléchit un petit peu, on vient à la vie sans savoir pourquoi, on va jusqu'à la mort sans que rien de ce qu'il se passe au milieu n'ait la moindre importance. Des tas de planètes n'ont pas donné la vie et ne s'en portent pas plus mal. La Vie, dans le fond, n'amène rien. Du coup, sans projet pour garder la tête dans le guidon et faire semblant d'avoir un objectif à atteindre pour remplir la vie, c'est compliqué. Quand on y réfléchit vraiment, la Vie, c'est absurde. Ce n'est pas d'être suicidaire de le dire, c'est remarquer un fait. Bref. Du coup, pour la première fois de ma vie, je n'ai rien à faire à la rentrée quand tout le monde s'agite dans tous les sens. Et ça me donne encore plus envie d'aller vivre en ermite dans la forêt, à cueillir des framboise pour survivre en attendant que ça passe. Cette pensée est assez triste, quand on y pense... Elle dénote surtout d'une grande solitude, vous ne trouvez pas ? N'importe qui se dirait "heureusement, j'ai des amis sur qui compter pour rendre ce passage de la vie agréable". Bref.

En allant voir cette psy du travail je ne pensais pas que ça me conduirait à ça et que ça serait vraiment prolifique. Comme quoi, les préjugés, c'est mal. Je la revois à la fin du mois. Le temps de digérer plus que celui qu'il faut pour prendre des contacts, etc. Quand je l'ai quittée en me disant que j'allais envoyer ce mail au responsable de cette formation je me disais que ça serait mieux, plus simple, que la réponse soit non. Je m'étais préparée, ou bien les réflexions amenées par la psychologue avaient fait leur chemin et je savais d'instinct que ses intuitions à elle sur mon propos étaient justes (même si on peut toujours reconstruire a posteriori).

En fait, cette course pour remplir le mois de Septembre est une idiotie. Ce serait plutôt le temps de profiter de ce moment pour prendre le temps. Faire du sport, écrire, faire du théâtre, régler mes problèmes d'estime de moi et d'affirmation de soi... Pour me pauser. Peut-être que c'est bien là d'ailleurs tout ce dont j'ai besoin, que c'est ce que révèle mon inaction profonde actuelle, ce besoin de faire une pause.