lundi 4 janvier 2021

Apprendre à être fier de soi

Source – Vlad Bagacian

Je ne sais pas trop comment m'y prendre pour écrire cet article, j'ai l'impression que mon propos va être un peu décousu, mais je me lance quand même parce que j'imagine que ça va me faire du bien, et puis qui se préoccupe de savoir si mon article fait trois parties avec trois sous-parties par partie ? Personne. (Je suis traumatisée : je n'ai jamais réussi, en trois ans d'Histoire, à faire un plan aussi organisé.) En fait, je me suis posée la question de la fierté quand il y a quelques jours j'ai terminé la première relecture de mon roman (ne vous en faites pas, on va pas parler d'écriture tout de temps, je vous ai déjà assez bassiné pour un moment ;P). Je me suis sentie ultra fière. Et je me suis empressée d'étouffer cette bouffée de fierté parce que... je ne sais pas trop, en fait. Je l'ai fait un peu comme un automatisme. La raison rationnelle serait que le roman est loin d'être fini, donc calme-toi, je te laisserais être fière à la fin ; la raison irrationnelle serait que y a vraiment pas de quoi être fière d'en être arrivée que là, et puis aussi c'était la première fois que je me suis sentie fière par moi-même depuis... euh... tellement longtemps que je ne saurais même pas dire ! et donc une lanterne s'est allumée dans ma tête, en mode "ah, c'est de la fierté. Je suis fière ?" et la surprise mêlée d'émerveillement a éteint la magie de l'émotion.

Du coup, j'étais quand même assez contente d'avoir été fière de moi. La dernière fois je ne crois même pas que c'était vraiment de la fierté, en tout cas ce n'était pas la même. Quand j'étais en stage, et que mon chef m'a dit que je bossais bien, je me suis sentie super contente et flattée, mais dans mon souvenir c'était un ressenti très différent de quand j'ai fini de lire mon roman. Peut-être parce que justement ça venait de quelqu'un d'autre. Cette fois-là, je n'ai pas étouffé l'émotion dans l'œuf. Je suis en train de me dire que c'est peut-être parce qu'elle provenait de quelqu'un d'autre, et que donc ce n'était pas moi qui me lançais toute seule des fleurs et que donc puisque ça provenait de quelqu'un d'autre, c'était la vérité et j'avais le droit d'être contente. Tout ça est un peu ridicule. Et un peu triste aussi, parce que dans les secondes qui ont suivi je me suis attachée à démonter le manque de justesse du compliment. En mode "il me dit qu'il s'attendait à ce que je travaille comme ça en fin de stage, mais alors à quoi est-ce qu'il s'attendait en début de stage ?!". En gros, je ne travaille pas spécialement bien, je travaille juste comme j'étais censée travailler. Circulez, y a rien à voir.

Pour mon bac, je n'étais pas fière. Les gens de la classe étaient tous contents, y en a même qui ont pleuré... Moi, je suis allée chercher ma note, c'était celle du reste de l'année, j'ai hoché la tête et... c'est tout. Si, quand même j'étais contente parce que la seule matière pour laquelle j'ai vraiment travaillé – l'Histoire – j'ai eu dix-sept alors c'était cool. Mais par exemple, à la fac, en dernière année de Licence, quand j'ai enfin attrapé quelques dix-huit, j'étais satisfaite mais en même temps je me disais "OK, il suffisait juste de recracher le cours par cœur. Si j'avais su..." (j'avais nourri cette illusion que l'on me demandait de réfléchir...).

Pour mon permis non plus, je n'étais pas fière. D'abord, j'étais persuadée que je ne l'aurais pas. Du coup, quand j'ai reçu mes résultats et que je l'ai eu, de me suis dit que je ne le méritais pas. Et comme mes parents n'ont pas eu l'air plus contents que ça (en même temps, vu que je ne sais toujours pas conduire, c'est normal) : personne pour valider la réussite (pauvre petite chose incapable d'être fière par elle-même !) (je n'ai eu mes amies que par SMS, du coup je trouve que ce n'est pas pareil qu'en face à face). C'est aussi que je n'ai jamais vraiment voulu le passer, et rien que pour me motiver pour le Code de la route j'ai dû procéder à un "changement cognitif" et essayer de rattacher le passage du Code à une motivation intrinsèque pour manipuler mon propre cerveau.

Alors quand j'ai été fière d'avoir passé une étape dans la correction de mon roman, j'ai commencé à me demander pourquoi là et pas dans un autre domaine, et comment fonctionne la fierté, d'ailleurs ? J'avais quelques bouts de réponses soufflés par mon instinct et je me suis mise à chercher des trucs sur le mécanisme de la fierté, comment ça apparaît, etc. Je me suis retrouvée à lire Comprendre les émotions de Silvia Krauth-Gruber, Paula Niedenthal, et François Ric.

En fait, la fierté fait partie des émotions réflexives (avec la jalousie, la honte, la culpabilité et l'envie), ce qui veut dire qu'elles peuvent nous pousser à adopter un comportement, qu'elles ont des implications interpersonnelles, et des fonctions sociales et morales. Ce sont aussi des émotions qui s'apprennent (au contraire des émotions universelles "de base" comme la colère ou la joie). La fierté et la honte sont liées à notre perception de notre valeur (on est fier d'avoir réussi une tâche jugée difficile). Les chercheurs ont découvert que la fierté avait des résultats positifs dans les domaines où la personne est fière, qu'elle permet plus de motivation, un sentiment d'efficacité de soi, favorise la créativité, la productivité, l'altruisme... et permet le développement de son estime de soi !

Je vous parle estime de soi parce que, au fil de mes recherches, je me suis retrouvée à parcourir un petit livre général sur les émotions (un petit Que sais-je de Robert Dantzer, je crois) et suis tombée sur l'échelle de l'estime de soi de Rosenberg. Par curiosité, j'ai répondu aux questions. J'ai eu un score de dix-huit. En dessous de vingt-cinq, on considère que l'estime de soi est très faible. Ah. Mince. Bon, en même temps, je me doutais bien que j'étais pas au top (tellement que je pense que parfois j'ai sous-estimé mes réponses), mais avoir un chiffre-sanction sur lequel me baser m'a fait tout drôle. Du coup, je trouve ça intéressant de savoir que le sentiment de fierté peut aider.

D'ailleurs, c'est ce que je ressens un peu tous les jours quand je travaille sur mon roman. Je ne suis pas fière tous les jours, parce qu'il faut quand même réussir pour être fière, donc terminer quelque chose, et je suis en plein dans mon travail, mais bizarrement l'écriture de ce roman est la seule chose en laquelle j'ai confiance et pour laquelle je suis optimiste. Je dois dire que ça fait beaucoup de bien de se dire qu'on peut y arriver et réussir vraiment ! D'un autre côté, j'ai commencé à me dire que ces sentiments de confiance et émotion de fierté étaient une évolution de mon tempérament naturel qui sert à ma survie. Je veux dire... Si je n'étais pas sûre de mon coup, j'arrêterais là. Je ne passerais pas des heures à corriger mon texte ; je me dirais juste "OK, j'ai mis le point final à mon texte, maintenant on passe au suivant" et c'est tout. Ou alors je corrigerais un peu sans y croire, et j'enverrai aux maisons d'éditions une lettre d'accompagnement un peu mal faite et je me saboterais toute seule. Être contente de moi, c'est m'assurer de faire du bon travail et de me donner les chances.

C'est aussi sauver ce qui reste de mes "digues émotionnelles" dans la mesure où l'écriture est la seule chose que je pense savoir vraiment faire, alors si je me rendais compte que je n'avais aucune chance de réussir, je sombrerais sans doute dans une sorte de cercle vicieux à base de "je n'arriverais jamais à rien". L'écriture est autant un besoin que mon ancre, de ce point de vue-là. (C'est assez triste de me dire que j'ai besoin d'une ancre pour tenir la route, mais enfin passons.) Mais d'un autre côté, une fois que je recevrai refus sur refus des maisons d'éditions (oui parce qu'on s'appelle pas tous Olivia Ruiz ; quand on envoie à douze maisons d'éditions, les douze ne disent pas "oui") je serais déçue mais pas surprise.

En même temps, j'expérimente le fait d'être content de soi, de se trouver efficace, et de vouloir aller au bout pour le plaisir et en pensant pouvoir obtenir de bons résultats et je dois dire que c'est vraiment... reposant ! C'est reposant de ne pas s'inquiéter trop de l'échec, et de penser que "tout va rouler comme sur des roulettes" parce que j'ai la capacité de le faire, etc.

Mais du coup je me demande quand même qui de l'œuf ou de la poule. Je veux dire... Ai-je une mauvaise estime de moi parce que je n'ai pas appris à être fière ? Ou ne suis-je jamais fière de moi parce que j'ai une mauvaise estime de moi ? Ou les deux en un système de vases interdépendants ?

J'aimerais bien aussi trouver une astuce pour empêcher mon cerveau de pirater mes sentiments de satisfaction envers moi-même. Parce que par exemple hier j'ai enfin terminé mon livre en anglais (dont je vous avais présenté les deux premiers tomes de la trilogie) et au lieu d'être contente d'être arrivée au bout, d'avoir appris du nouveau vocabulaire, etc. je me suis retrouvée à me dire que "bah oui mais bon, t'as quand même fini les dernières pages en passant des paragraphes entier dans un traducteur donc c'est un peu de la triche". Mais en même temps je suis satisfaite et j'ai pris du plaisir à lire en VO, donc je vais enchaîner avec le livre des contes mexicains en espagnol qui traîne toujours sur une étagère ! ;P

C'est quand même terrible d'avoir sans cesse une petite voix qui minimise les réussites sous tel ou tel prétexte. Et d'être plus fière quand quelqu'un a validé la réussite que quand on est seul – comme les enfants, quoi, sauf que je n'ai plus cinq ans depuis longtemps donc va falloir mûrir émotionnellement parlant ! x)

Tout ce que je vous dit est décousu et un peu mal construit, j'ai l'impression que ça va dans tous les sens dans un article complètement ébouriffé ! Mais ce que je voulais dire, au fond, c'est que je ne sais pas si c'est que moi ou si c'est quelque chose qui se remarque à grande échelle, mais j'ai quand même l'impression que l'on ne nous apprend pas à être fiers et qu'on ne valorise pas la fierté. Parce qu'avec la fierté vient le soupçon d'orgueil, qui lui est mauvais (et la personne accusée d'une telle émotion peut se voir marginalisée socialement). J'ai l'impression aussi qu'on ne valorise pas les gens. On dit à ceux qui échouent "tu as échoué, tu es nul" et à ceux qui veulent entreprendre quelque chose "mais tu es sûr ? c'est quand même pas très raisonnable". Alors qu'aux États-Unis, même si leur société a ses problèmes, quelqu'un qui échoue est encouragé à recommencer, et quelqu'un qui veut entreprendre est encouragé par ceux qui l'entourent. Nous, on nous descend. Et je pense que dans le fond ça participe de cette mauvaise appréhension individuelle de la fierté (en plus de tout ce qu'il peut se passer à l'échelle d'un foyer et d'un parcours personnel, bien entendu !).

En fait, ce que je voulais dire c'était qu'au final c'est très gratifiant de se sentir fier de soi, fier d'avoir réussi quelque chose, d'avoir réalisé quelque chose, tracé son chemin, etc. et je voulais vous encourager tous à être fiers de vous et à cultiver cette fierté !

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