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Source photo – Blue Bird |
Tout à l'heure j'ai posé la voiture chez Mondial Pare-brise : lundi, en allant au boulot, j'ai découvert la vitre arrière droite de ma voiture cassée : ça tenait encore mais on voyait toutes les marbrures (et quand, le soir, j'ai eu la mauvaise idée de fermer un peu fort la portière, des bouts de verre ont sauté… ô joie). Ça me saoule parce que, bien sûr, ma voiture est la seule de la rue. Ça me saoule parce que ça s'ajoute à a mésaventure de la semaine dernière lors de laquelle je me suis retrouvée enfermée à l'extérieur de chez moi et, venant à peine de prendre une chambre d'hôtel, l'agent immobilier m'annonce que, finalement, un serrurier est disponible. Et évidemment ma demande de remboursement de la chambre est toujours à l'étude… et évidemment l'assurance ne prend pas en charge le serrurier (j'ai toujours pas la facture). Ça commence donc à faire beaucoup, ajouté au reste. Mais je crois que dans le fond ce qui m'ennuie vraiment c'est que ça met à mal mon sentiment de sécurité : ou plutôt ça l'empêche de se créer vraiment.
Je vous avais déjà parlé du fait que je me sens en insécurité, intérieure surtout. Du coup, quand je ne suis pas en sécurité à l'extérieur non plus, ça entre en résonnance et ça me fout le bourdon. Le fait que je me retrouve avec une voiture cassée (et qui donc le sera peut-être à nouveau) et des dépenses imprévues au moment où j'avais envie de m'acheter (m'offrir, on pourrait presque dire) des choses sur ma liste depuis longtemps (dont la boîte Morphée pour le sommeil, assez central, comme besoin), ça me trouble aussi. Faut dire que j'aime que les choses se déroulent comme prévu, donc l'imprévu, le changement, c'est déjà la panique à bord. Ajouté aux dégradations matérielles et à l'aspect financier, on a un beau cocktail pour me faire dormir quatre heure la nuit… Surtout que mon cerveau a une tendance naturelle au pessimisme et que, même si j'essaye d'apprendre l'optimisme, il suffit que ça s'accumule pour que la membrane optimiste se dissolve comme si elle n'avait jamais existé. Je sais que c'est beaucoup dans la tête, un jeu de perceptions, mais le savoir n'aide pas forcément toujours à en sortir.
Un membre du forum d'écriture que je fréquente et qui lit mon blog (et donc se reconnaîtra : cooouuucooouu :D), bêta-lit aussi Roman 2, donc a ma vraie identité, donc accès à mes réseaux sociaux, et tout le tintouin. C'est très bizarre mais des fois j'ai ce sentiment que c'est trop, que surtout on ne devrait pas se rencontrer en vrai, que je suis en danger dans… je ne sais même pas dans quoi, d'ailleurs. Comme si on avait franchi une limite dans une sorte d'intimité – mais indéterminée parce qu'après tout tout est public ; si ça se trouve des gens de ma famille sont tombés sur mon blog, ont deviné que c'est moi, et le lisent avec avidité pour mieux comprendre cette fille secrète de leur entourage. C'est le danger d'un journal extime. C'est moi qui ai fait le choix d'envoyer mon roman avec mon adresse mail perso. Mais ce sentiment de trop, d'insécurité, arrive par vagues, dans les moments où je ne suis pas forcément bien, où je m'arque-boute derrière une identité numérique qui cache autant qu'elle montre, dans le sens où, ce que je dis ici, je ne pourrais sans doute le dire à personne en face à face. À la fois, ne pas savoir par qui on est lu (et même si on est lu) est libérateur ; d'un autre, si on y pense trop, on réalise que donc peut-être des gens qui ne devraient jamais avoir accès à ces informations se trouvent de l'autre côté de l'écran. C'est juste un jeu de perceptions, et j'ai l'impression d'arriver de moins en moins à trier mes perceptions de mes analyses.
Il est arrivé un truc, ce midi. Il y a quelques jours, une maison d'édition a contacté la radio locale où je travaille pour nous proposer de parler d'un livre. Il se trouve que le livre en question n'est pas extraordinaire (c'est un euphémisme) et que je l'ai dit sur le forum d'écriture (ça, et les résultats de ma petite enquête de routine pour juger du sérieux d'une maison d'édition) et que, bien sûr, la dame qui m'avait contactée, l'a vu. Tant pis, c'est le jeu. N'empêche, elle a envoyé son message sur Facebook et c'est mon chef qui est venu me demander qui était cette personne qui nous envoyait des messages à la suite. Elle cite le forum dans le message. Cette partie du forum est publique. Mon blog est relié à mon profil sur le forum. Vous voyez le cheminement de mon esprit, n'est-ce pas ? Dans un élan de lucidité, j'ai supprimé cette conversation (après avoir répondu à la dame, quand même), parce que je n'ai pas du tout envie que mon chef aille farfouiller. Je ne pense pas qu'il en ait le temps, loin de là, mais enfin vaut mieux prévenir que guérir. Je me suis aussi dit que si l'auteur, que je reçois en interview, a été prévenu, ça va pas aller du tout. J'ai tout cassé ma sécurité, et en plus sans y penser. Je m'étais dit, bien sûr, que les gens de la ME verraient peut-être mes messages (ceci dit je ne cite pas ma radio ni rien – j'ai pas de chance si mon média est le seul contacté à avoir répondu positivement) mais je n'étais pas allée plus loin dans ce que ça signifiait. Et maintenant j'ai peur, toute fébrile, de me retrouver à m'adresser à qui ne devrait jamais lire ce blog, ni les futurs articles, ni même – et encore moins ! – les anciens.
C'était arrivé une fois, je crois que je vous l'avais raconté. Je regarde par-dessus l'épaule de ma mère sur son ordi à sa demande, et je vois le dernier mail reçu : "le blog de ta fille" (une bête erreur de compte Blogger relié à feu Google+, faut-il être stupide : si ma cousine avait trouvé mon blog d'alors, j'aurais bien dû me douter que d'autres tomberaient dessus aussi ! pas vive d'esprit, Énir !). Panique à bord. Panique intersidérale : toutes mes peurs, tous mes secrets révélés, et en plus confirmation ignoble que je ne peux pas avoir confiance dans les membres de ma famille : ils l'ont trouvé, et ils vont le lire au lieu de simplement passer leur chemin. Personne n'est digne de confiance en ce bas-monde (je le sais peut-être même depuis que j'ai failli me noyer mais je continue d'espérer, encore et encore, entre désir et peur de faire confiance). Bref. Je me retrouve en insécurité extérieure et intérieure. Mon cerveau mouline tout seul sur ses scenarii et pendant ce temps-là je garde les yeux grands ouverts dans le noir.
C'est d'autant plus con que, ces derniers jours, j'avais trouvé la parade. J'écoute l'ASMRiste Samuse et dans certaines vidéos elle dit : "tu es en sécurité", et moi j'essayais ça, de me répéter ça la nuit avant de dormir. Mais ça ne marche pas, parce que je ne me sens pas en sécurité. Alors j'ai remplacé "sécurité" par "sûreté" dans le sens du CNRTL (oui, je suis allée vérifier ! ;P) : "ce par quoi quelque chose est rendu sûr". En gros : la porte de l'appartement ferme bien, les volets des fenêtres sont clos, personne peut entrer, tout va bien. C'est pas la sécurité mais c'est toujours ça de pris. Isolée, fragile et vulnérable, mais en sûreté comme un petit poussin dans un coffre-fort, m'voyez ? Sauf que du coup, trouver sa voiture pétée volontairement le lundi matin, ça ne fait pas très "sûreté". Même si je ne dors pas dans ma voiture…
J'aimerais bien savoir ce que ça fait, le sentiment de sécurité. Ça se ressent ? Ou on sait qu'on est en sécurité mais on sent rien de particulier, pas comme la peur, le stress ou la joie ? Comment vous décririez le sentiment de sécurité ?