dimanche 25 avril 2021

S'identifier aux personnages de romans

Source – Daria Shevtsova

Je rallume mon ordinateur pour partager avec vous une réflexion vespérale (j'avais envie de caser ce mot, ça m'a pris comme ça ! :P) sur les processus d'identification aux personnages de romans. C'est parti d'une petite phrase que j'ai lue sur un sujet du forum d'écriture dont je suis membre et qui, si on voit ça d'un œil pessimiste, a déclenché chez moi un soupir d'exaspération ; et, si on est optimiste, me permet de pousser ma réflexion sur un sujet auquel je n'avais pas forcément réfléchi. Pour placer le contexte : une membre fait un retour à une autre membre sur son roman. Elle lui dit qu'elle n'a pas trop accroché à l'un de ses personnages principaux, qui est une femme. Et elle dit ceci : "Après, je pense que dans un livre, on est toujours plus sévère avec les persos féminins, le reflet de notre belle société...". Alors... Non. Juste, non.

Avant toute chose, si jamais il est bon de le rappeler : je suis féministe. Mais voilà, je pense que l'on gagnerait à arrêter de toujours tout mettre sur le dos du méchant patriarcat qui nous fait voir les choses comme ci ou comme ça. Vraiment. Stop. Évidemment qu'il y a des grandes tendances mises en avant par la sociologie, notamment. Évidemment qu'il y a des réalités de représentations péjoratives, de stéréotypes, de clichés, qui entourent les hommes comme les femmes. Mais quand je lis un livre, je suis plus qu'une femme blanche cisgenre hétérosexuelle. Quand je lis un livre (et dans le reste de ma vie aussi, je vous en parlais d'ailleurs dans mon article sur les sensitivity readers), l'histoire, les personnages, entrent en relation avec toutes mes tensions internes. Avec mes peurs, mes aspirations, mes espoirs, mes faiblesses, mes rêves... C'est tout ça et plus encore qui vibre, qui fait que je me reconnais dans tel ou tel personnage, ou que j'ai plus de mal avec tel ou tel autre. Un personnage réussi par l'auteur peut être un peu agaçant, justement parce qu'il est réussi ! C'est simplement que l'on n'accroche pas avec ce type de personnalité. Comme dans la vraie vie. Comme avec les gens.

Je ne m'identifie jamais vraiment aux personnages des romans. J'ai plutôt tendance à regarder leur histoire depuis l'extérieur. Je plonge avec eux, je souffre, je souris, je ris, mais je suis extérieure. Ils se comptent sur les doigts d'une main, les personnages dans la peau de qui je me suis glissée.

D'abord, le premier d'entre tous, c'est Arekh, dans Ayesha. Il n'arrive pas vraiment à gérer ses émotions, ni à les exprimer, et tout se transforme toujours en colère. Ensuite, il y a eu Amanón, dans Les Enfants de Ji. Chez lui, c'est son côté raisonnable : il est amoureux d'Eryne mais ne veut pas l'admettre, ne veut pas le dire, parce qu'il est en train de sauver le monde et qu'il pense que ce n'est pas approprié, que ce n'est pas le moment, que ce n'est pas raisonnable, et qu'en plus c'est lui le chef de la bande et comme un autre garçon est amoureux aussi, s'il l'ouvre il va tout faire péter... Raisonnable à s'en faire du mal... Récemment, il y a eu Ki dans Ki et Vandien (dont je publierai la chronique dans quelques jours). La saga narre comment elle va apprendre à accepter de se rendre vulnérable, accepter d'avoir besoin de quelqu'un, de faire pleinement confiance. Si vous me suivez régulièrement, vous savez à quel point ces thématiques et ces problématiques me parlent.

Parmi les personnages auxquels je me suis identifiée depuis mon adolescence, il y a donc deux hommes. Parce que le patriarcat fait que même une lectrice s'identifie plus volontiers aux personnages masculins ? Non. Parce qu'il s'agit des tensions internes, des problématiques psychologiques dont on peut chercher des réponses dans les livres. (Ceci dit il est vrai que les adolescents ont plus de mal à se tourner vers des livres portés par des héroïnes, quand les adolescentes n'ont pas de problème à se plonger dans des lectures portées par des héros. Malheureusement je n'ai plus la référence de l'enquête. Je serais tentée de dire que, les problématiques psychologiques étant assez dures à gérer à l'adolescence (prise d'indépendance, corps qui change, renforcement de son identité...) ils cherchent d'abord des personnages qui leur ressemble "vraiment" et donc physiquement.)

Des personnages m'ont aussi agacée. Marikani, vers la fin, un peu, dans le même Ayesha. Eryne, l'amoureuse d'Amanón, par certains de ses côtés superficiels. Gabrielle, dans 21 lames (dont je vais aussi publier la chronique dans quelques jours) pour son côté un peu passif, ou brouillon. Mais aussi Paul, dans ce même 21 lames, véritablement trop sûr de lui et irritant. Un des gamins de Pérismer (très bonne saga, d'ailleurs !). Des filles et des garçons. Plus de filles que de garçons, on pourrait me dire. Mais pas parce que je suis dure avec les personnages féminins ! Il y en a aussi des tonnes que j'ai apprécié ! Les femmes dans Le Secret de Ji, par exemple. Certains personnages m'agacent comme m'agacent certaines personnes dans la vraie vie. C'est tout. Ce n'est pas une question de société, de patriarcat, ou que sais-je : simplement une question d'atomes crochus, de personnalité ; en un mot : une question humaine.

Et c'est parce que c'est une question humaine que les personnages qui fonctionnent le mieux sont ceux qui sonnent vrai, ceux qui pourraient exister parce qu'ils sonnent juste. Qu'on les apprécie ou pas, d'ailleurs. Je ne sais pas vous mais, moi, personnellement, je n'aime pas les personnages manichéens. J'aime les personnages qui me ressemblent, ont leurs failles, leurs tensions et leurs ambivalences. J'apprécie quand un personnage – même si je n'apprécie pas sa personnalité – est vrai.

C'est parce que c'est une question humaine qu'Olivia Kissper nous engageait à nous aimer comme on aime les personnages de roman. C'est aussi pour ça que, quand je crée mes personnages, je m'appuie sur des concepts de psychologie, pour mieux les cerner, au plus près de ce qu'est une vraie personne.

Je pense que l'on gagnerait beaucoup à se détacher des statistiques, des grandes tendances sociologiques, des probabilités et des proportions pour se rapprocher des individus, de l'humain. Surtout quand on parle d'une chose aussi intime que la lecture, qui peut bouleverser un cœur.

Et vous, quels personnages vous ont le plus marqué ?

11 commentaires:

  1. eh bien... faut te suivre lol (c'est lundi hein )....
    alors est ce que j'ai été marqué par un personnage? Oui certainement mais pas au point de m'en souvenir correctement. Comme toi certains je les aime bien d'autres m'énervent... fille ou garçon !
    Franchement dans mes lectures je n'arrive pas à me souvenir, mais je suis sûre que oui, il y a des personnages qui m'ont marqué car ils ont fait écho en moi... Par contre, je peux te dire que deux personnages masculins m'ont profondément marqué dans deux films.... Je suis une femme et c'est vers deux hommes que j'ai trouvé un écho ou une émotion en moi!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Haha désolée x) J'ai écrit hier à 21h au fil de ma pensée donc tout ça n'est pas vraiment structuré...

      J'avoue que moi aussi pour écrire l'article j'ai dû réfléchir un peu parce qu'il y en a qui venaient pas comme ça. J'ai failli raté Ki, par exemple, alors que quand même...

      Tu m'en as trop dit ou pas assez ! C'étaient quels personnages ? *curieuse*

      Supprimer
    2. Oula alors, le dernier c'est dans le film mirage, je ne sais pas si tu l'as vu sur netflix. C'est le policier mais j'ai oublié son nom.
      Ensuite c'est dans un film que j'ai vu il y a longtemps je revois la tête du personnage mais j'ai oublié le nom du film et donc le nom du personnage, je vais chercher je crois que j'en parlais dans mon blog justement, je te dirais du coup !!

      Supprimer
    3. OK ! :)
      Je me suis abonnée au flux RSS de ton blog donc je verrai ! :P

      Supprimer
  2. http://seconfierousexposer.over-blog.com/2021/01/mirage.html là ça parle du film mirage... mais en fait je n'ai pas tant parler de ce personnage pour ne pas spoiler
    l'autre film je n'ai pas encore retrouver.... je cherche plus tard, c'est le rush e fin de journée avec les enfants

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Rien ne presse, ne t'inquiète pas !
      Surtout que j'entendais ce matin à la radio qu'on est plus actif entre 17 et 20h... et les enfants aussi ! D'ailleurs, c'est un excellent moment pour travailler et apprendre de nouvelles choses : le moment de leur faire avancer leurs devoirs de la semaine, peut-être ? niark niark niark :P

      Supprimer
    2. Oula bah je sais pas quel radio tu écoutes mais entre 17h et 20h on est en mode automatique lol, le cerveau a déjà fait sa journée... Mes enfants bossent mieux le matin comme moi et donc en fait pour les devoirs bah ils sont déjà trop crevés à ce créneau là, c'est pourquoi le mercredi et le samedi ils font les devoirs le matin, ça passe mieux que les jours de semaines après l'école pour le lendemain lol
      Après c'est clair qu'ente 17h et 20h avec de jeunes enfants on est encore bien actifs, le rush du soir après le rush du midi et du matin mdr

      Supprimer
    3. Moi aussi je suis plus du matin ! Actuellement maintenant tout de suite très concrètement j'ai les yeux qui piquent et... il est pas 22h x)
      En fait, le rush ne s'arrête jamais...

      Supprimer
  3. ... alors je n'ai pas le contexte exact, mais je trouve la remarque de cette membre d'un forum assez affligeante ^^'. J'avoue avoir du mal à m'identifier au personnage. J'arrive à voir quelque chose de moi dans les personnages principaux de mes romans, mais pas dans d'autres oeuvres. Par contre, il y a certains personnages qui me fascinent depuis toujours. C'est le cas notamment de Heathcliff, dans les "Hauts de Hurlevent": comme c'est mon livre préféré, je l'ai lu plusieurs fois, et jamais, jamais ce personnage ne m'a donné la même impression. Je l'aime passionnément un jour et je le déteste le lendemain. D'autres personnages peuvent me parler parce qu'ils me ramènent à des émotions, des sentiments que j'ai ressentis avec de vraies personnes, et parfois c'est problématique, surtout quand je l'assimile à une mauvaise rencontre ou d'une mauvaise relation passée.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pour préciser un peu le contexte, c'était dans la partie du forum où les membres qui ont publié (en Maison ou en auto-édition) viennent faire un post pour annoncer la sortie (donc sur un roman "fini" et pas sur un bout de texte que tu publies pour avoir des retours).

      Je comprends ton ressenti, moi aussi j'arrive à voir ce qui vient de moi dans mes personnages mais j'ai du mal la plupart du temps à en trouver chez les autres (mais quand j'en trouve, c'est violent !).
      Je ne connais pas du tout ce livre ! Ça m'intrigue, du coup !
      Penser à des gens que je connais avec des personnages ne m'est jamais arrivé, par contre ! Ça doit être un sentiment assez spécial !

      Supprimer
    2. C'est un sentiment violent, je dirais ^^'.

      Supprimer