samedi 30 juillet 2022

Le toucher

Source – Anna Shvets
J'ai rattrapé tous mes National Geographic. Dans un des derniers numéros, ils parlaient de l'importance du toucher, du fait que les scientifiques découvrent à peine la complexité de ce qu'il se passe dans le cerveau quand une autre peau entre en contact avec la nôtre. La journaliste disait que, pendant le confinement, sa fille avait étendu une bâche entre elles pour qu'elles puissent quand même se prendre dans les bras et que ce contact lui avait fait autant de bien qu'un vrai câlin malgré la sensation du plastique. Le scientifique lui avait expliqué que c'était en raison de son "état de besoin". Alors imaginez le mien, d'état de besoin, si je vous dis que je n'ai pas eu de câlin depuis qu'une amie au collège demandait régulièrement des accolades ! J'étais en Quatrième, je pense, donc j'avais treize ans. J'en ai (presque) vingt-six.

Quand j'étais encore chez mes parents, ma sœur essayait parfois de me prendre dans ses bras. Je déteste ça. Je déteste qu'on me touche. À l'aïkido ça va parce que le prof montre l'enchaînement que l'on va faire. (Et encore, au tout début, j'étais très mal à l'aise, et j'ai encore du mal quand il faut toucher le visage ou le flanc.) Donc je sais que mon partenaire va me toucher le poignet, par exemple, et que je vais prendre le sien. Mais quand un jour on revenait s'asseoir à la fin du cours, que je discutais avec l'une des personnes, et qu'elle a mis sa main sur mon épaule, je l'ai senti. Une espèce d'alerte rouge s'est allumée dans ma tête. Danger.

Quand je réfléchis sur la raison pour laquelle je n'aime pas qu'on me touche, c'est le mot qui vient. Danger. Après tout, rien n'empêcherait la personne de sortir un couteau et de me blesser. Ce n'est pas ce que je me dis au moment où je suis touchée – sur l'instant, c'est juste une sensation qui traduit "danger" –, mais c'est la première idée qui me vient quand je commence à réfléchir. Et pourtant je rêve d'un peau à peau.

Comme il y a trop de capteurs dans la main, et qu'on ne sent du coup que ce qu'il y a sous les doigts, des fois je passe mon avant-bras sur mon ventre. C'est au fond assez pathétique, alors j'essaye de ne pas trop y réfléchir. Avant, je ne pouvais pas dormir nue. Ça fait partie des choses qui ont changé dans mon rapport au corps. Je ne pouvais pas parce que je n'aimais pas sentir ma propre peau, et je ne me sentais pas à l'aise. J'avais aussi cette peur absurde que des insectes entrent dans mon corps. Maintenant, je crois que je ne supporte plus mes vêtements (parfois même en pleine journée) parce que je suis mieux avec mon corps et mes émotions, mais aussi parce que je recherche le contact de la peau. Ce n'est pas une chose que j'ai abordé avec la psy pour le moment. Mais ça devra forcément venir. J'ai parlé du fait que je ne suis jamais tombée amoureuse.

Souvent je me dis que je ne trouverais jamais personne parce que je ne suis pas assez bien. Et que, même si ça arrive, je ne pourrais quand même pas faire l'amour à causes de démangeaisons qui me gênent depuis huit ans mais que les médecins ne soignent pas (la plupart du temps, ils me filent juste une crème à la cortisone et démerde-toi avec ça). Puis, je n'aime pas qu'on me touche, alors faire l'amour, imaginez ! Je rêve d'un câlin, je crois que j'en ai besoin, qu'on me tienne et qu'on me dise que ça va aller – mais je n'aime pas qu'on me touche.

Les capteurs qui font qu'on se sent plus liés aux autres sont dans le dos et les bras (je laisse ça là, servez-vous-en ! :D). Il faut des câlins de minimum vingt secondes, cinq à dix minutes par jour. Une psychologue états-unienne dont je n'ai pas noté le nom a déterminé qu'il faut quatre câlins pour survivre, huit pour fonctionner, et douze pour croître. Mais je n'aime pas qu'on me touche. J'ai l'impression qu'on m'enferme, je crois, quand ma sœur essayais de me prendre dans ses bras. Mais même une main sur l'avant-bras ou sur l'épaule, ça me gêne. Souvent je me dis aussi que je ne veux pas un câlin d'une personne qui en veut un de moi parce que je n'ai pas d'énergie à donner. J'ai besoin qu'on m'en donne, qu'on me "rattrape". Je n'ai pas d'énergie à transmettre. Si j'accepte un câlin de quelqu'un qui l'attend, en veut un, j'ai l'impression que je vais être pompée de mon énergie. D'ailleurs, dans mon souvenir, l'accolade avec un collègue qui s'en allait quand j'étais en stage ne m'avait pas plus gênée que ça. Il y a peut-être de l'espoir ? Mais en même temps ce n'était pas un câlin à proprement parler.

Ma mère et ma sœur sont venues la semaine dernière. Je m'étais attendues à ce qu'elles réclament des bisous ou des accolades en partant, mais non. Je n'en voulais pas, mais en même temps j'aurais aimé savoir si, comme mon rapport au corps change un peu, je l'aurais mieux supporté ou pas que l'année dernière. Mais en même temps je crois que je suis soulagée qu'elles aient respecté mes besoins et n'aient pas insisté. Je ne sais pas si le terme de "soulagée" est le mieux. Je crois juste que c'est comme ça et puis c'est tout. Comme une émotion neutre, si c'est possible.

Les émotions, c'est un peu dur à déterminer, je trouve.

En attendant, je me touche moi-même. Je laisse traîner mes mains sur mes cuisses, ou mon ventre et j'ai toujours mes peluches contre moi, la nuit. Mais je sais que c'est très loin de la sensation que l'on a avec un autre être vivant.

Quand les chats étaient encore là, la minette montait sur mon lit, voire sur moi, tous les soirs et au milieu de la nuit. J'aimais bien sentir son poids et un peu sa chaleur – même si elle arrêtait pas de bouger ! Un soir, elle était roulée au pied du lit. J'ai mis la plante de mon pied contre elle, au travers du drap. Dire que j'ai adoré serait très loin de la réalité. Je me suis dit "ah, ça fait ça de toucher un être vivant et pas une peluche ?". Je me sentais reliée. Je ne sais pas trop à quoi, d'ailleurs. Au Vivant, à la Terre, au Monde – appelez ça comme vous voulez. À quelqu'un. Et quand j'enlevais mon pied, je me voyais toute seule dans le noir, isolée sur mon îlot dans une mer à l'horizon de laquelle il n'y avait aucune terre. C'était un chat. C'était à travers d'un drap.

Imaginez mon état de besoin.

samedi 9 juillet 2022

Journal d'écriture, Roman 3, n°1

Source – Luis Quintero
Quand j'ai commencé Roman 2 et que je l'ai dit à l'une de mes bêta-lectrices, je ne sais plus ce qu'elle a répondu exactement mais je me souviens qu'en gros elle me disait que j'avais repris vite et que je les enchaînais. À ce moment-là je n'avais pas du tout cette impression ! J'avais eu l'impression au contraire d'avoir fait une pause. Et en fait, en comptant, effectivement, c'était assez rapproché avec la fin du premier (quelque chose comme deux, trois mois, je crois). Cette fois, j'ai aussi compté. Et ça fait aussi deux mois de pause entre la fin du deuxième et le début du troisième, au premier juillet. Pour le coup, j'ai trouvé le temps long mais j'ai moins eu l'impression de faire une pause parce que j'ai dû pas mal gamberger pour trouver ma ligne directrice, mes péripéties. Sur le forum dont je suis membre, quelqu'un a ouvert un sujet pour demander s'il fallait faire des pauses dans ses projets, pour écrire mieux et tenir sur la longueur. Je crois que je suis littéralement incapable de faire une pause. Quand je n'écris pas un roman, j'avance un projet exutoire-exploratoire. Mon esprit a besoin de tout sortir pour laisser se développer les histoires suivantes. Comme un champ qu'il faudrait récolter pour que les plantes suivantes poussent avec toute la lumière dont elles ont besoin. Il faut vider la casserole. Alors j'écris.

Cette fois, j'ai retenu les leçons de Roman 2, donc je ne me mets pas de quota en nombre de mots journaliers. De toute façon, comme je travaille, et que le soir je suis fatiguée, ça n'aurait pas grand sens vu que je ne me pense pas capable de suivre le rythme ainsi. D'ailleurs, il n'y a qu'à voir les statistiques de cette première grosse semaine pour s'en rendre compte : les jours où j'ai le plus écrit sont les jours où j'avais le temps, les samedi et dimanche (aujourd'hui, 4 000 mots). Les jours où je travaille, je tire difficilement sur le millier. Donc ma foi, me mettre un quota de 1 667 mots par jour (la base d'un NaNo) serait du suicide. Ceci dit, comme j'ai écrit cet hiver un petit roman de 70 000 mots en deux mois à raison de 40 000 mots le premier mois, je sais que je suis capable, en travaillant, d'écrire à un bon rythme, ce qui me permet d'estimer la fin du premier jet à fin-octobre. Mais c'est une estimation, et non un objectif.

En revanche, je pense que je me suis mis involontairement la pression sur un autre plan. Je me suis rendue compte que j'ai beaucoup de mal à imaginer mes scènes quand je suis le soir dans mon lit, ce qui me perturbe beaucoup et me rends l'écriture très compliquée. J'ai aussi remarqué que j'oublie beaucoup de choses pendant l'écriture de ce que j'avais prévu. Je pense que c'est en partie à cause de ma peur de ne pas y arriver (alors que pour les deux premiers j'étais persuadée que j'irai au bout et que j'étais capable d'écrire ces histoires), d'avoir perdu ma capacité à faire des descriptions, et en partie parce que j'ai commencé en me disant que ce serait chouette d'écrire un chapitre à chaque séance. Mais comme j'écris forcément moins les jours où je travaille, je me demande si ça n'a pas des répercussions sur ma manière d'écrire : aller au bout plutôt qu'écrire en pensant à tout (descriptions, etc.). Donc il va falloir que je me remette les idées en place et aussi que je réalise que je suis capable d'écrire cette histoire. Je me demande aussi si le fait de ne lire que des National Geographic depuis plusieurs semaines n'a pas un peu enrayé la machine : à force de lire des textes sans style et d'écrire aussi mon exutoire-exploratoire en cours sans style, j'ai perdu le chemin d'accès à une vraie écriture. À voir si les livres en cours de livraison vont m'aider !

Pour le devenir des autres romans, ma foi, j'abandonnerai les recherches en octobre (sauf pour Roman 1 que je pourrais peut-être envoyer à L'Alchimiste s'ils rouvrent effectivement et s'ils rouvrent la collection fantasy). On sait bien que, même si les maisons d'édition annoncent des délais de six mois, les réponses positives tombent à la moitié ou aux deux-tiers de ce délais. Donc au 1er octobre ce sera fichu. En même temps, vu comment est en train d'évoluer le monde de l'édition et les paradigmes de recherche de manuscrits dans beaucoup de maisons d'édition, à moins de connaître quelqu'un qui peut mettre le manuscrit en haut de la pile, ou de faire la lèche-bottes sur un salon en allant me vendre directement à un éditeur (certains osent, moi je pense que je ne pourrai jamais), les chances d'être publiée sont quand même super réduites. Donc tant pis. Peut-être que je mettrais ça sur une plateforme quelconque, mais je ne sais pas encore trop… En attendant, je vais écrire tranquillement Roman 3 !

Et de votre côté ? comment se portent les projets ? (Projets d'écriture ou pas !)

jeudi 7 juillet 2022

Croire au divin

Source photo – Nikko Tan
Une amie m'a dit qu'elle était Témoin de Jéhovah. Elle m'avait déjà parlé de sa chrétienté, au détour de conversations, mais là cette partie de son identité prenait une importance plus prégnante. C'est très étrange car, d'habitude, la religion me met très mal à l'aise. Je ne rejette pas le droit de croire aux individus, d'avoir la foi, que ce soit en l'hindouisme, en le shintoïsme, en le christianisme, l'islam, une autre, une "à soi" que l'on ressent comme ça, peu importe, mais c'est vrai qu'entendre parler d'amour de Dieu, etc., pour moi, ça me renvoie très vite, même évoqué par des personnes tout à fait censées et modérées, à un côté illuminé, et j'ai cet instant, en moi, de méfiance, de recul. D'habitude, ça me fait ça. Avec cette amie, ça ne l'a pas fait.

Je pense parce qu'elle est mon amie et que l'amitié a pris le pas sur ma méfiance intrinsèque (ce qui est plutôt rassurant, je trouve). Du coup, j'ai profité de l'occasion pour évoquer les questions qui me taraudent (par exemple, un dieu, quel qu'il soit, qui dit : "si tu ne fais pas telle chose, je ne t'aime plus", je trouve que c'est un dieu avec un sacré melon, quand même ; ou bien le fait que l'on fait dire ce que l'on veut à Dieu, en fin de compte, et même les gens qui se disent proches de la Bible, comme les Protestants, je crois, qui ont été les premiers à dire : "on va revenir au Texte", se retrouvent à interpréter). Mon amie a été très pédagogue, m'a expliqué ses ressentis, m'a parlé des règles et du pourquoi, du Père qui guide et sanctionne ses Enfants pour les éduquer, comme des parents qui priveraient leur enfant de dessert après une bêtise et auxquels on n'aurait pas le droit de faire des reproches. Je crois que, à la fin, j'étais censée me dire : "aaaaah mais oui !" et avoir une grande révélation, sinon sur la religion, au moins sur la manière dont cela fonctionne. Ce n'est pas arrivé. Plus elle m'explique, plus je réfléchis, et plus je rejette les religions – et non la foi, je tiens à insister sur ce distinguo.

Le fait est que je ne viens pas d'une famille croyante, même si l'une de mes grands-mères l'était, que je ne suis pas allée au catéchisme, à la messe, etc., et que la religion est, d'une manière générale, à des années lumières de ma culture. J'aime beaucoup, paradoxalement peut-être, en apprendre plus sur les mythologies des diverses cultures – et j'aime particulièrement ce que je comprends de la mythologie égyptienne antique. Je suis aussi très méfiante des extrêmes, qu'ils soient politiques, sociaux ou religieux, et le fait est que certains versets, certaines tournures de phrases des croyants-pratiquants, sonnent pour moi très vite comme extrême, même quand ce sont des gens par ailleurs ouverts d'esprit. Du coup, les explications de mon amie ne m'ont pas donné de révélation sur comment fonctionne la religion. Je comprends encore moins.

Jusque-là, je ne m'étais jamais vraiment posé de questions. Pour moi les choses étaient assez simples : le divin, quelle que soit la forme qu'on lui donne, existe ou pas ; certains y croient, d'autres non ; ceux qui y croient suivent des règles parce que c'est comme ça, c'est tout. Maintenant, je me dis que c'est incroyable que des gens acceptent de Dieu des choses qu'ils n'accepteraient pas des autres humains. Un homme qui vous dit : "c'est le chien ou moi", il prend ses valises, ses clics, ses clacs, et il a intérêt de dévaler très vite les escaliers. Je garde le chien. Parce que le chien, lui, ne me posera jamais un ultimatum comme celui-là. Mon amie m'a expliqué que les restrictions (alimentaires, sexuelles, autres) ne sont pas vécues comme des restrictions mais plus comme des concessions, par amour pour Dieu qui nous aime. Mais, si je ne sais pas ce qu'est l'amour, je sais ce que ce n'est pas : ce n'est pas un type qui vous dit : "si tu es comme ça, ou que tu ne fais pas ça, je ne t'aime plus". Et ce n'est pas un gars qui vous encourage à ne pas rencontrer de gens différents pour éviter la tentation (bonjour la confiance ! s'il croit qu'un simple contact avec l'Autre, pécheur, peut venir à bout de la sincérité et de la profondeur de ta foi). Du coup, plus mon amie me parle, et plus j'ai l'impression que les Hommes ont fait de Dieu un pervers narcissique, qui conditionne son amour. L'amour n'est pas quelque chose que l'on conditionne.

J'ai dit tout cela à mon amie, et plus encore. J'attends sa réponse – c'est une discussion très intéressante, qui me pousse à réfléchir, sortir de ma zone de confort, jouer dans les frontières où je suis mal à l'aise. Ce n'est peut-être pas plus mal même si ce n'est pas très agréable.

En fait, je disais que je ne rejette pas la foi. Je pense que la foi, comme la non-foi, devrait être quelque chose de très intime, dont on peut parler aux autres, mais que l'on vit personnellement, intimement, pour se chercher soi-même, être bien dans son rapport à soi, au vivant, à l'Autre, sans personne pour édicter des règles. Mon amie me disait que les règles servaient à maintenir l'intégrité de la communauté : bien sûr ! les lois du Code Civil et du Code Pénal n'ont pas d'autres objectifs. Les règles et lois servent à réguler les communautés pour éviter que tout le monde se tape dessus. Mais voilà : ce sont des règles établies par des Hommes pour la bonne marche d'une communauté : ce n'est pas Dieu, ce n'est pas la foi : c'est la religion, construite par des gens qui voulaient établir un contrôle sur d'autres (pour leur bien, sans doute (ou pour l'argent et le pouvoir, si l'on veut être cynique)).

C'est très bizarre, et je sais que c'est une impression qui va me passer, mais depuis qu'elle m'a dit être Témoin de Jéhovah (je précise que je n'avais pas d'a priori sur eux, pour moi c'étaient juste les types avec des présentoirs avec des livrets dans la rue), je n'ai plus l'impression d'avoir mon amie. Ce qui est très con, parce qu'en fait j'ai toujours eu mon amie Témoins de Jéhovah, simplement, je ne le savais pas : elle n'a pas changé d'une seconde à l'autre, elle est toujours la même. Mais maintenant, je ne sais pas, j'ai l'impression de ne plus avoir une personne tout à fait libre, mais une personne bercée de dogmes en tout genre. Ce qui est complètement idiot, car elle reste un individu à part entière. En fait, ça a trait à mon rapport de méfiance à la religion, à ma préhension du monde, et pas du tout à elle. C'est pour ça que je dis que l'impression va passer, ou que je saurai faire avec. C'est comme quand, à la fac, une amie m'avait dit qu'elle avait fait le catéchisme quand elle était enfant. Juste ça, ça m'avait "choquée", électrisé le cerveau. Il m'en faut peu, ça dit assez mon rapport compliqué au religieux. Donc ça passera aussi ici, ça se résorbera quand j'aurais trouvé un nouvel équilibre entre le point d'avant et le point d'après les réflexions enflammées de mon esprit.

En fait, j'ai deux peurs : que mon amie ne me considère pas vraiment comme une amie vu que je ne suis pas Témoin et que les Témoins encouragent à ne fréquenter que des Témoins ; et qu'elle me juge parce que je me masturbe alors que pour elle c'est impur. Je n'ai pas envie qu'une personne que je considère comme une amie me trouve impure… Je pense que cet aspect est important pour moi et pas les autres (je ne m'inquiète pas de son jugement si je mangeais de la viande saignante, par exemple) parce que dans mon histoire personnelle, dans mon histoire à mon corps, j'ai moi-même culpabilisé de me masturber quand je découvrais mon corps, et ça a duré plusieurs années. J'ai dépassé ça, mais du coup, la possibilité que peut-être je sois jugée par les autres alors qu'aujourd'hui ça va, me renvoie forcément à cette histoire. Le reste, en fin de compte, de mes réflexions, ne concerne pas notre relation à nous deux, mais ma relation à moi avec le religieux.

Relation assez étrange, d'ailleurs, complexe, car par ailleurs j'apprécie visiter cathédrales et églises, regarder les vitraux, profiter de la fraîcheur, de la beauté des lignes élancées. J'aime les mythologies, actuelles ou anciennes, les découvrir. Je crois moi-même ne pas être athée, plutôt agnostique, parce qu'après tout on ne peut pas savoir si le divin existe, ça nous dépasse, et je crois aussi que ce qui se rapproche le plus d'un dieu pour moi, c'est Dame Nature, même si je ne sais pas trop dire ce que je mets exactement derrière, à part l'immense toile de la vie, où chaque espèce vit en interconnexion avec les autres.

Parler à ma collègue de ces questions religieuses m'a aussi fait du bien. Elle est de la même génération que moi, a suivi le catéchisme car elle vient d'une famille croyante parfois pratiquante, et qu'elle-même ne se reconnaît pas dans les religions. Elle m'a dit que le Dieu qu'on lui avait présenté ne ressemblait pas au Dieu de mon amie, parce qu'il ne punit pas (mais peut-être aussi que j'ai mal compris ce qu'a voulu dire mon amie, ou qu'elle a été imprécise, ou tout ça à la fois). Je crois que ça m'a offert une respiration, dans mon cerveau prompt à tenir sa prise et à ruminer, de me dire que Dieu n'était pas considéré de la même manière partout.

Dans tous les cas, comme je le lui ai dit, je n'ai aucune intention d'arrêter d'être son amie juste parce que nous n'avons pas la même culture, le même rapport au monde. Ça n'aurait pas de sens (d'autant moins que je me retrouverais quelque part à faire ce que je reproche à son dieu). Je trouve juste assez incongru d'avoir d'un côté une amie Témoin de Jéhovah qui interprète certains versets de la Bible comme étant contre l'homosexualité (ce qu'a battu en brèche le Père Matthieu sur TikTok), et de l'autre une amie pansexuelle. Il va me falloir un peu de temps pour trouver un nouvel équilibre dans mon rapport au religieux, mais ça va se faire. J'ai rendez-vous avec la psy dans le mois. Peut-être que j'en parlerais – je dis peut-être parce que je ne sais jamais ce qui va sortir de ma bouche ; même quand je prévois quelque chose, c'est autre chose qui sort.

Du coup, ce soir, longtemps après avoir écrit l'article, on a pu s'appeler, pour parler de complètement autre chose, et c'était très bien parce que ça a achevé de la démystifier et de lui rendre son individualité (ce qui avait commencé quand, en lisant des listes d'interdits des Témoins de Jéhovah, y avait plein de trucs que je sais qu'elle fait, comme jouer aux jeux vidéos). Donc c'est bien ! Toute cette affaire ne me trouble que sur mes propres fondations.

mercredi 1 juin 2022

Femme

Source – Jill Wellington
Depuis quelques jours je réalise un truc assez troublant : c'est que je ne parle jamais de moi comme d'une femme. Dans ma tête, je dis des trucs comme "ce n'est pas pour les filles comme moi". Fille. Mais ça marche aussi pour les autres. Par exemple, je parlais à une copinaute de Kpop et elle a parlé "d'hommes", et j'ai eu ce moment d'arrêt parce que moi j'étais restée à "garçon". Quand je pense à des relations amoureuses, je me dis que j'aimerais rencontrer un "garçon" de mon âge. Alors qu'à vingt-cinq ans, ben, on est un homme. Quand une amie avec laquelle je discutais par SMS a parlé de moi en utilisant le mot "femme" j'ai relu plusieurs fois tellement ça m'a surprise. Je ne me vois vraiment pas comme une femme. Je ne sais même pas ce que c'est, une femme. Une peu une question d'âge, mais sinon… Je crois que dans ma tête je suis restée au lycée, j'ai l'impression que c'était hier, et que je ne suis pas adulte. Souvent je vais parler des impôts, de l'administration, etc. comme "des trucs d'adulte responsable" comme si je n'en étais pas une. Comme si j'étais une lycéenne projetée dans une vie de jeune adulte, de femme.

J'ai un peu fureté sur Cairn.info et j'ai trouvé un article qui développe le concept de post-adolescence. Il y a quelques paragraphes avec pas mal de termes techniques donc j'ai pas tout pigé mais je me suis un peu reconnue dans certaines choses. En gros, les post-adolescents peuvent avoir des difficultés à être bien dans le monde du travail, notamment, parce qu'ils se prennent la réalité en pleine face, nécessairement différente des projections d'adolescents. Mais ça a trait aussi aux relations amoureuses et à tout ce qui fait le "devenir adulte". L'autrice dit qu'à "la post-adolescence, l’idéalisation vient faire obstacle à la rencontre amoureuse, elle est donc vécue douloureusement par les sujets" et de fait c'est le thème de plusieurs articles par ici. Oui, j'idéalise, et oui, je sais que c'est pas bien, mais comme j'ai jamais rien vécu, y compris à l'adolescence, et que ce n'est pas vraiment le genre de sujet dont je parle et a fortiori ai parlé avec mes amis, ben je n'ai pas vraiment le choix, en fait.

En fait, c'est très bizarre parce que, quand j'étais étudiante et en stage, j'aimais travailler. Là, je n'aime pas. Je me disais que c'était parce que mon travail actuel est décevant par rapport à ce que l'on m'a promis, mais peut-être qu'il n'y a pas que ça, peut-être qu'il y a ce côté "principe de réalité" qui me cogne en pleine face. Le fait est que je ne me sens doublement pas à ma place dans mon travail : d'une part, je sais qu'il me manque des compétences basiques (bien articuler, poser sa voix, etc.) ; et d'autre part, dès le premier jour, mon chef m'a dit que si j'avais dit à l'entretien que je n'avais pas une bonne culture musicale, je n'aurais pas eu le poste. Du coup, même si maintenant il dit que je travaille bien etc., une part de moi est restée là-dessus : je n'aurais pas dû avoir le poste. J'ai aussi beaucoup de mal à m'adapter au département où les gens sont très particuliers, et où il n'y a pas de goélands. Du coup, je crois que je suis rentrée dans une espèce de cercle vicieux où : je ne suis ou ne me crois pas bien, donc mon esprit voit tout ce qui ne va pas pour me confirmer que je ne suis pas bien, donc je fais encore plus de bêtises, oublie des choses, etc. qui me confirment encore plus dans mon sentiment d'échec et d'inaptitude.

Je me demande aussi si le fait qu'il me manque des compétences de base dans mon travail n'a pas une petite part de responsabilité dans mon sentiment de ne pas être adulte : comme si j'étais une étudiante en année de césure et qu'il restait quelque chose en suspend quelque part.

Je ne me sens pas adulte. Et en même temps c'est bien de garder son âme d'enfant. Mais je ne me sens pas femme non plus. Je ne sais même pas ce qu'une "femme" est censée être. Dire "fille" c'est dire que je ne suis pas grande, et dire "meuf" c'est un peu générique et comme c'est du verlan, c'est un mot qui, je trouve, a un sens flou, on ne sait pas trop à qui on fait référence, en terme de classe d'âge, par exemple. Je ne pense pas que pour moi une femme soit forcément le cliché de la femme fatale bien habillée, bien maquillée et en talons. Je ne sais pas ce qu'il me manque pour "me sentir femme". Peut-être le désir de l'autre, faire l'amour. Je veux dire… j'ai un corps fonctionnel mais personne ne s'en sert sauf moi (dit comme ça c'est un peu bizarre, mais c'est quand même un peu l'idée). Et en même temps je ne vais pas me trouver un plan-cul juste pour "passer à l'âge adulte", ça n'aurait aucun sens. C'est juste que du coup c'est quelque chose qui "manque", je pense.

Ça me fait penser à l'un des romans du Cycle de Ji de Pierre Grimbert ou l'un des personnages féminins, qui vit une sorte de remise en question de son identité puisqu'elle est soupçonnée d'être en train de se transformer en déesse, après avoir fait l'amour avec le deuxième garçon homme, songe qu'elle se sent plus femme que jamais (et que ces histoires de déesse, c'est n'importe quoi).

Alors, sans doute ça joue un peu. Mais il ne peut pas y avoir que ça.

Je suis restée bloquée au lycée, ou à la fac, et alors que ces périodes n'avaient rien d'idylliques. Comme s'il y avait quelque chose de pas réglé, encore en suspend, un truc à finir, une page à fermer, et je ne me sens pas femme. Pourtant, j'ai le travail, le boulot, et l'indépendance. Mais je ne me sens pas femme.

Mais si je suis une "fille", je suis nécessairement impuissante, puisque je suis une enfant dépendante et fragile. Du coup, pas étonnant que j'aie du mal à me lancer vraiment dans mes projets, à les mener à termes, à m'ouvrir à l'extérieur et que je m'enferme chez moi et en moi, comme je disais l'autre jour, puisque, en tant que "fille", je ne peux pas affronter le monde dans lequel on m'a jetée toute seule. (Petite Ombre va encore dire que je réfléchis trop :P) Alors que, si je suis une femme, je suis adulte, forte et indépendante, et donc je peux venir à bout des choses desquelles je dois venir à bout. D'ailleurs, rien que d'écrire "je suis une femme" ça me fait un truc très bizarre, une espèce de sentiment de puissance. Ça vous le fait, à vous ?

Mon défi sera donc de me corriger à chaque fois que j'utilise "fille" pour parler de moi.

dimanche 29 mai 2022

Mettre le nez dehors

Source – Marie Lemaistre
Moins je mets le nez dehors, moins j'en ai envie et plus j'ai peur, donc moins je mets le nez dehors. Une amie m'a quand même convaincue de faire l'effort d'aller dans un bar vendredi, mais je n'y suis pas allée à l'heure où elle pensait que j'irai (l'heure évidente pour rencontrer des gens : le soir), du coup, il ne s'est rien passé de particulier et j'ai même dû lui demander ce qui était censé se passer (des gens qui viennent te voir, tout ça…). De base, je ne suis pas très sociable, et en plus je suis une vraie introvertie mal à l'aise quand il y a plus de quatre personnes autour d'elle. Du coup, c'est assez compliqué. Sans compter que je ne sais pas comment on fait pour rencontrer des gens, comment on aborde les autres. Et comme je ne suis pas du tout spontanée, il faudrait avant de me lever que j'imagine une conversation, mais imaginer une conversation badine avec des inconnus dont on ne peut pas anticiper les réactions, c'est perdu d'avance. Donc vendredi je suis sortie et il ne s'est rien passé, bien sûr. Je devais sortir aujourd'hui aussi pour aller voir une compétition de break danse mais j'ai finalement renoncé pour traîner. Je pourrais vous dire que je suis fatiguée et que j'avais un peu mal au crâne mais comme dit le proverbe arabe : qui veut faire quelque chose trouve un moyen, qui veut ne rien faire trouve une excuse. Le fait est que je trouve ça dur de sortir, d'aller dans un endroit inconnu, de parler à des gens ou même juste d'être au milieu d'autres gens. Je trouve ça dur aussi de me rendre à des endroits en espérant qu'il se passe quelque chose, et que finalement il ne se passe jamais rien.

J'avais imaginé qu'en allant à cette compétition de break danse je pourrais repérer et aborder quelqu'un qui s'y connaît pour me commenter la compèt' en mode commentaires sportifs parce que même si c'est très beau à regarder mon esprit analytique aime qu'on lui explique le pourquoi du comment (telle figure très technique, par exemple, ou rien que le nom des mouvements, j'en sais rien, pour apprendre des trucs et pas juste regarder bêtement). Dans ma tête, on se croirait un peu comme dans un film avec des rencontres hyper écrites entre gens seuls. Mais les gens ne sortent pas seuls. Déjà cet hiver en allant à une visite au flambeau d'un château j'avais imaginé que je pourrais parler à quelqu'un. Ben non. Les gens sortent en famille, entre amis. Parler à quelqu'un tout seul c'est déjà dur, mais alors me taper l'incruste dans un groupe, laisse tomber ! Du coup je crois que ça m'a un peu découragée aussi, de me dire que je sortais avec une espèce d'espoir que je n'ai pas su juguler et que j'allais forcément être déçue sur ce plan-là, même si les danseurs étaient top et le moment sympa.

Même sur internet, je trouve ça dur. Mon amie, je l'ai rencontrée sur internet et ça s'est fait hyper naturellement, en fait. Mais c'est pas moi qui ai fait le premier pas. Tout comme avec cette membre du forum (qui se reconnaîtra si elle passe par-là, coucou ! :D) qui est venue me parler en MP parce qu'elles pensaient qu'on pourrait être amies. Elle a dit ça avec un naturel très déboussolant pour moi. Une lumière de méfiance s'est allumée dans mon cerveau comme si j'avais gardé une sorte de méfiance de mes mauvaises expériences et qu'une partie de moi ne pensait pas que quelqu'un puisse vouloir être ami avec moi. C'est très bizarre. D'un côté, il y a cette méfiance, et à la fois je suis parfaitement envieuse de cette capacité à aller vers les autres sans détour de cette manière. Sur ce forum, il y a un membre pour lequel je me dis souvent qu'on pourrait bien s'entendre, et j'attends l'occasion de lancer la conversation. Je ne me vois pas du tout envoyer un message privé pour dire de but en blanc : "j't'aime bien, soyons amis", en gros. Trop risqué.

Mon amie dit que je me mets trop de barrières ; je pense que d'un certain point de vue, elle a raison. Mais comme je ne suis pas spontanée et que je dois avoir l'impression de contrôler ce qu'il se passe pour pas trop flipper, j'ai besoin de la ligne de sécurité que me procure le fait d'imaginer comment ça va se passer. Sauf que je sais que ça ne se passe jamais comme "prévu". Je pense aussi que je ne suis pas en assez grande sécurité intérieure pour être bien dans un environnement "non contrôlé". Ça m'a un peu fait ça avec les chats. C'était très bizarre parce que je savais que je les avais voulu et que c'était moi qui les avait fait entrer et en même temps en les regardant, régulièrement, j'avais cette impression très bizarre d'une intrusion, comme l'intrusion de je sais pas un fantôme ou une créature malveillante, enfin… une intrusion. Et puis comme ils faisaient tomber des trucs la nuit et qu'il n'y a pas d'isolation sonore dans mon vieil immeuble, j'ai commencé à me dire que les voisins (qui sont pas toujours commodes) allaient vraiment finir par s'énerver et ça avait tendance à m'angoisser. Et ça s'est mélangé au reste.

Le problème, c'est que moins je me confronte à un environnement "non contrôlé" et moins j'ai envie ou me sens capable de m'y confronter, tout en sachant que c'est mieux pour la santé, de sortir marcher en ville, de parler à des gens, tout ça. Quand je sors, je préfère aller me balader toute seule en forêt. Là, je suis bien. Je suis dehors et je décide de où je vais, j'explore des endroits que je ne connais pas, je parle toute seule sans risque de croiser un regard d'une personne qui trouve ça chelou (même si dans le fond je m'en fous, mais parler tout seul en ville avec tous les stimulii c'est pas facile pour se concentrer). Mais pour aller dans la forêt il faut prendre la voiture. Et conduire reste assez compliqué. Et je tourne en rond comme ça.

Je trouve aussi que je m'enferme en moi-même en plus de m'enfermer chez moi. Ce long week-end j'avais le temps de travailler sur une recherche hyper grisante sur des gens dont j'ai trouvé les tombes du XIXème siècle dans le petit cimetière d'un hameau paumé, mais au final je n'ai travaillé dessus qu'une petite demi-heure. Faut dire que j'ai pas bien dormi ces dernières nuits et que je me prends de gros coups de barre l'après-midi. Mais n'empêche, mes pensées tournent en boucle sur l'écriture, sur la peur de sortir, sur l'envie de découvrir l'amour, sur mon travail pas à la hauteur de mes attentes. Et c'est tout. Et je m'enferme en moi-même au lieu de reprendre l'apprentissage du japonais, par exemple. Je sais que je dois en sortir et en même temps je n'y arrive pas. Il va bien falloir, pourtant. Je ne sais pas si j'essaye inconsciemment de me protéger, ni de quoi j'essaye de me protéger, mais il va falloir que je trouve.

Ou alors c'est juste que je ne suis pas habituée à faire des efforts (alors que c'est l'un de mes messages contraignants), vue que j'ai une bonne mémoire et que j'ai toujours eu des facilités en classe. Du coup mon esprit n'est pas habitué à devoir ramer pour faire quelque chose et il ne sait pas comment s'y prendre. C'est possible, ça ?

Bref.
Je ne sors pas de chez moi et c'est une mauvaise chose.

vendredi 22 avril 2022

Chat va plus

Source – Min An
Mon titre est nul mais c'est pas grave.

J'ai rendu les chats. Même pas deux semaines mais je suis en dette de sommeil à un point où ça devient un peu dangereux (en rentrant tout à l'heure j'ai pas vu un feu rouge (heureusement qu'il n'y avait pas grand monde), et j'ai roulé un peu près de la barre de sécurité de l'autoroute l'autre jour). Pourtant, ce sont deux bestioles très gentilles qui font assez peu de bêtises et foutent pas le boxon. Le problème, c'est moi. Je suis lente à m'endormir, mon esprit ne lâche jamais prise, et quand je me réveille au milieu de la nuit je peux mettre entre une demie heure et deux heures (voir plus parfois) à me rendormir. Du coup, ajouté à des chats joueurs, avec vieille maison pas insonorisée, ça fait des nuits très courtes. Or, moi, j'ai besoin de neuf heures pour être vraiment bien. À huit, je tourne ; à sept je me défends ; à six c'est la merde ; en dessous je décède. Du coup, après des crises de larmes et de détestation de moi-même, j'ai rendu les chats.

La psy dit que je ne parle pas assez de mes sentiments. Du coup, je vais essayer de tourner l'article autour de mes sentiments. Ce sera toujours plus facile à l'écrire que face à quelqu'un.

Je culpabilise beaucoup. Parce qu'ils sont trop gentils et qu'ils ont rien fait de mal, que je les ai sorti d'une pièce de peut-être quatre mètres carrés pour les foutre dans mon grand appartement où ils avaient la place de courir, et les ramener finalement dans leur toute petite pièce. J'ai l'impression de les avoir abandonnés. Et en plus, les bénévoles de l'asso les ont remis dans leur petite pièce pendant que j'allais chercher le reste des affaires dans la voiture, du coup j'ai même pas pu les saluer avant de partir et m'excuser. Du coup, j'ai encore plus l'impression de les avoir abandonné.

Je suis épuisée et je me sens trop nulle. Tout ça parce que je sais pas dormir. C'est dingue, quand même, de pas savoir dormir. Les bébés dorment. C'est quand même pas compliqué, de dormir… Et comme je suis fatiguée, j'ai pas bien géré les trucs que j'avais à faire (même si j'ai rattrapé artificiellement le retard en travaillant moins bien). Si je n'arrive pas à récupérer mon sommeil dans les deux jours et demi qui viennent, je vais arriver au travail lundi encore plus fatiguée qu'avant les vacances. Mes prochaines vacances sont en août, ça va faire loin ! Et du coup, pour rattraper ce sommeil, je dois faire une croix sur la deuxième journée de formation sur les contes parce que lever 5h30 et train en gare à 19h alors qu'avec un lever 7h30 je flanche largement à 18h, ça va être compliqué. Sans compter qu'être devant, sortir de sa zone de confort, ça prend une énergie monstre !

Je me sens nulle aussi parce qu'avoir des animaux, c'était mon rêve depuis que je suis gamine. J'en ai toujours voulu. Et en fait, je suis inapte.

J'ai rendu les chats et je suis soulagée. Pour mon sommeil mais pas seulement. Je peux de nouveau fermer les portes quand je quitte une pièce ou après y être entrée. C'est bête, mais ça change beaucoup de choses, parce que les portes entrouvertes, ça m'angoisse. Les portes de placard aussi. Il y a toujours comme cette impression qu'un monstre peut surgir de l'autre côté (c'est stupide, mais que voulez vous). Je l'ai dit à la psy, ça. Ça a dû lui apprendre quelque chose mais elle n'a fait aucune remarque. Ne pas avoir la responsabilité d'une autre vie, ça me soulage aussi. Et en même temps, ils me manquent déjà.

Je crois juste que, finalement, je ne suis pas assez bien avec moi-même pour vivre avec quelqu'un. Les chats, j'avais anticipé le budget, anticipé les dégradations, anticipé la litière, anticipé même le fait que je devais laisser les portes ouvertes tout en sachant que ça me poserait problème. Mais je n'avais pas anticipé le sommeil, ni le fait que leur présence allait être pour moi comme la présence d'autres personnes. Difficile de se ressourcer dans sa solitude quand on considère les chats comme de vrais individus.

La psy m'a fait remarquer que tout est lié, en fait. Savoir être fier de soi permet l'estime de soi qui permet d'avoir confiance en soi ; avoir confiance en soi permet d'être spontané et donc de ne plus avoir à se reposer sur des maniaqueries ou des rigidités. Et donc tant que ma boucle est pas réglée, je ne peux pas être bien avec moi et tant que je peux pas être bien avec moi, je ne peux être bien avec personne.

Juste personne.

jeudi 21 avril 2022

Journal d'écriture, Roman 2, n°6

Source – Monstera
C'est fini ! Correction orthographique achevée hier, avec un jour et demi de retard sur le programme (que je vais rattraper en faisant ma relecture de Roman 1 en diagonale, juste pour identifier les passages que je dois corriger ensuite pour régler mon problème de point de vue – je pense que je vais prendre le parti de corriger le problème de point de vue sur les scènes d'action, et laisser les "sauts" aux scènes plus lentes). J'attendais de ressentir de la fierté, comme le premier, mais il s'est rien passé. Je crois que c'est parce que je suis épuisée. Les chats sont très gentils, même la nuit, mais je n'arrive pas à dormir, du coup, en faisant la relecture de ce roman, j'ai dû m'accrocher, et je trouvais ça trop nul, raté… juste mauvais. Pas comme une histoire que je pouvais améliorer, mais plus comme une histoire que je n'aime pas. Quand je suis fatiguée je vois tout en noir, de toute façon…

Maintenant, je dois écrire mon synopsis, le résumé complet pour les maisons d'édition. J'ai déjà une première bouture, une bêta-lectrice va me filer un coup de main, une amie qui n'a pas lu le roman, et deux autrices du forum dont je suis membre (j'ai déjà un retour super utile, qui va me demander de plus me concentrer sur mon héroïne et ses sentiments (les sentiments, c'est compliqué, c'est ce qui est ressorti de mon rendez-vous chez la psy…)).

Ensuite j'enverrai aux maisons d'édition. Je pense que je ne vais pas fonctionner par vagues comme la première fois. Normalement, c'est conseillé : d'abord les grosses maisons d'édition ou les préférées, puis les moins voulues quelques mois plus tard, et enfin les petites. Sauf qu'on sait que de toute façon généralement les réponses positives arrivent en trois ou quatre mois, alors autant envoyer d'un coup à toutes les maisons d'édition qui ont ouvert leurs soumissions. Et puis, sur le forum, on s'est amusé à faire des petits calculs, et, en passant par les soumissions, on a environ 1% de chance d'être édité. Donc perdu pour perdu… De toute façon mon roman est considéré comme une brique (160 000 mots), le point de départ est un cliché (personnage amnésique), et l'héroïne est une Mary Sue. Donc là je pense que je coche toutes les cases pour pas entrer dans le pourcent sélectionné x) Je le sais mais ça m'empêche pas d'espérer haha ! Et le savoir m'empêchera pas d'écrire Roman 3.

Mais avant d'écrire Roman 3 je dois relire et corriger Roman-presque-3, un petit roman que j'ai écrit cet hiver et début de printemps. J'aimerais pouvoir le soumettre lui aussi. En plus, comme il est plus petit et qu'il coûte donc moins cher à produire, j'ai plus de probabilités de pouvoir le placer. Bref.

J'ai donc fini Roman 2 !

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