jeudi 16 avril 2020

Violence auto-agressive

Source – Emiliano Arano
Ici, j'ai déjà évoqué le fait que je me suis sans doute coupée de mes émotions. Mais qui dit que je me suis coupée de mes émotions dit aussi qu'elles me reviennent en pleine face comme un boomerang et de manière puissante. C'est ainsi que parfois, devant un film pas particulièrement triste mais montrant par exemple une scène où un personnage est accepté comme il est, je vais avoir une montée de larmes. Je les maîtrise (on va quand même pas chialer pour si peu !), mais elles sont là, brusques, et repartent aussi soudainement qu'elles sont venues. À d'autres moments, c'est plutôt la violence qui jaillit, comme une vague qui enfle. Celle-là, j'ai beaucoup plus de mal à la maîtriser. Je peux même dire que je n'y arrive qu'avec l'aide de sentiments et de pensée dans lesquels résident aussi une certaine forme de violence.

Je vous avais déjà écrit mon rapport à mon corps, à la peau et au sang, et à ma santé en général, donc je ne vais pas m'étendre dessus mais pour résumer je peux me mordre l'intérieur de la joue quand je suis angoissée, anxieuse, en un sentiment total d'insécurité et parfois avec tellement de violence que j'arrache des morceaux gros comme une tête d'épingle et que je me fais peur moi-même. Mais je peux aussi me mordre la joue au sang si je suis en cours et que j'ai tellement faim que mon ventre gargouille. Je me triture aussi régulièrement la peau – en ce moment beaucoup les lèvres. Donc, en fait, l'auto-agressivité sur mon corps est quotidienne. Elle se double d'une certaine agressivité sur mon esprit, du genre que l'on a un peu tous : manque d'estime de moi à base de "je suis vraiment trop nulle !" ou "j'y arriverais jamais !". Parfois, les deux se mélangent : je ne suis pas satisfaite de moi, je culpabilise très fort, par exemple, donc je vais laisser mon corps avoir mal. C'est moins sur un mode "je vais te faire mal" que sur un mode "je ne te soignerai pas" (oui, parce qu'en plus je me tutoie).

Mais parfois, beaucoup trop souvent j'imagine, quand les sentiments de frustration et de colère envers moi-même sont trop grands, quand je sens que ça ne va pas comme je veux, que ça m'échappe, et que, en gros, je me retrouve dans l'insécurité psychique la plus totale, ça va un peu plus loin. Par exemple – je crois que j'en avais déjà parlé – je me tape le front avec le talon de la main pendant plusieurs répétitions, au point où une fois ma sœur qui était dans sa chambre à côté de la mienne a cru que je tapais contre le mur. Plus rarement je peux m'enfoncer les ongles dans le dos de la main ou me mordre, ou me pincer, en exerçant une pression croissante, jusqu'à ce que je n'y arrive plus – et avoir cette petite pensée quand j'arrête que quand même je tiens vraiment pas longtemps. De temps en temps, c'est accompagné d'image (genre : tomber du troisième étage devrait m'infliger une douleur suffisante pour me calmer, n'est-ce pas ?) tout en sachant que je ne passerai jamais à l'acte. Il ne s'agit pas de suicide (j'ai des trucs à faire, moi !) mais de calmer la violence de mes émotions par une autre violence. Mais je pense que le processus à l'œuvre fait intervenir un peu les même mécanismes mais que c'est à la fois différent.

Là où je dis que j'éteins ces émotions et ces pensées qui m'assaillent par d'autres qui recèlent aussi une certaine forme de violence, c'est que par exemple je ne pourrais pas me scarifier (pourtant, faire sortir mon sang de mon corps ne me pose pas de problèmes et au contraire je le recherche) parce que, quand j'ai l'image de scarification dans mon esprit (sans que jamais ce soit ma main libre qui en soit autrice, comme si ma peau s'était ouverte d'elle-même), la pensée qui suit immédiatement c'est que, si je commençais, je ne pourrais pas m'arrêter. Comme une drogue. Je trouve que c'est une pensée violente parce qu'elle sous-entend que je suis dans l'incapacité totale de me maîtriser. Je cherche à maîtriser une image, une émotion, en me promettant que je suis incapable de le faire. De la même manière, je me dis souvent qu'il ne vaudrait mieux pas que je finisse dans le coma un jour parce que, à part mes parents (et parfois, quand mes émotions sont pas au top, je pousse en ajoutant "par obligation"), il n'y aurait personne d'autre pour venir me voir. Que mes amies ne se déplaceraient pas pour moi.

Au final, je pense que tout ça c'est une histoire de contrôle. Puisque je cherche à contrôler mes pensées, mes gestes, et jusqu'à mes interactions, il est juste que tout ce que je refoule me revienne en pleine face avec violence. Plus on a peur de ses émotions, dont la colère, et plus elles reviennent fortes. Mais même dans mes accès de violence, quand je voudrais crier et frapper, je maîtrise tout. Si on me mettait face à la mer sur une plage déserte où seule moi pourrais m'entendre et qu'on me disait de crier, j'en serais incapable. Tout est tellement reclus loin que même quand je l'invoque ça ne vient pas. Alors je suis asservie et opprimée (ce ne sont pas les mots que je cherche) par ces émotions que j'ai chassées. D'un autre côté, les montées de larmes devant les films sont aujourd'hui beaucoup plus nombreuses qu'il y a... je dirais deux, trois ans où elles étaient vraiment rares. Et pour des bêtises. Ce qui veut dire que je laisse aussi la porte plus ouverte à mes émotions. Je crois...

Comment parvenez-vous à gérer vos émotions ?

jeudi 2 avril 2020

Qui veut ne rien faire trouve une excuse : les rouages de la motivation

Source – Andrea Piacquadio
Le proverbe complet est : qui veut faire quelque chose trouve un moyen, qui veut ne rien faire trouve une excuse. C'est un proverbe arabe que j'aime beaucoup car j'aime la manière qu'il a de dire une chose très vraie. C'est à ce proverbe que j'ai pensé à la lecture de l'article de Pêche & Églantine sur la procrastination, lorsqu'elle parle des excuses faussement valables que l'on se donne pour ne pas commencer quelque chose. Son article a été le second à me décider à me lancer dans la rédaction d'une idée qui me trotte dans la tête depuis quelques jours. Le premier a été celui d'Ingrid du blog Grass for pillow, "se motiver pour écrire". Je trouvais que les conseils qu'elle donnait correspondaient finalement plus à la problématique "atteindre ses objectifs". Mon regard sur la motivation, depuis que j'ai suivi un cours de psychologie du sport, c'est que c'est à la fois une chose très simple et très complexe.

Qui veut ne rien faire trouve une excuse – être motivé pour agir


Tout ce que l'on fait, on le fait car on y est motivé. Même ce devoir à rendre, ce coup de fil à passer, ce ménage à faire, que vous n'avez pas du tout envie de faire, vous le faites parce que vous avez bien voulu le faire. Si-si ! juré !

Il existe deux types de motivation. La motivation intrinsèque, qui vient de l'intérieur, et la motivation extrinsèque, qui vous est externe. Chacune de ces motivations se divise en trois types. Dans la motivation intrinsèque on retrouve la motivation à l'accomplissement (avoir l'impression d'accomplir quelque chose), la motivation à la connaissance (apprendre quelque chose), et la motivation à la sensation (ressentir une sensation sympa quand on fait quelque chose). Dans la motivation extrinsèque on trouve tout ce qui à trait au fait de faire comme quelqu'un ou de faire avec quelqu'un ; tout ce qui va dans le fait de ressentir de la culpabilité si on ne fait pas une action ; et tout ce qui rentre dans la catégorie bâton vs. carotte, autrement dit le système de récompense et la peur de la punition.

Donc ce devoir, que vous n'aviez pas du toooouuut envie de rendre mais que vous rendez quand même, vous étiez sans doute motivé par le spectre de la sanction du 0 qui planait au-dessus de votre tête dans l'éventualité où votre professeur n'aurait pas reçu votre copie à l'heure dite sur son bureau. Vous aviez donc une motivation.

On s'accorde à dire que la motivation extrinsèque est moins bonne et peut même être néfaste à moyen et long-terme sur l'atteinte des objectifs et la performance, puisque les raisons d'agir ne sont pas suffisantes et n'apportent pas de plaisir à la personne. Par contre, une récompense ponctuelle, comme une prime, peut apporter un coup de fouet à une motivation intrinsèque et venir en renfort.

Chaque personne, sur un plan général, a davantage tendance à être sensible à de l'intrinsèque ou à de l'extrinsèque : ça dépend de son éducation, de sa manière de fonctionner, et peut-être même de son ADN puisque de récentes recherches tendent à démontrer qu'une partie de notre personnalité est influencée par notre ADN.

Qui veut faire quelque chose trouve un moyen – le plan d'action


Dans son article, Ingrid parle de gérer ses priorités, son temps, de mettre en place des routines... ce sont tous ces petits conseils qui m'ont plus fait penser au comment qu'au pourquoi. Or, la motivation répond je pense à la question pourquoi.

Je pense que, d'une manière générale, avec une motivation bénéfique, le comment (la routine, le dégagement de nouvelles plages horaires, etc.) découle tout seul de la volonté d'agir. Je vais prendre des exemples personnels parce qu'en principe je me connais bien et que ce sont des cas concrets.

Il y a quelques semaines, j'ai décidé que j'étais prête à reprendre sérieusement l'écriture et que je voulais commencer puis terminer le premier jet de mon premier vrai roman pour ensuite faire toutes les corrections nécessaires et tenter de le soumettre à des maisons d'édition (on y croit). Je pense que, outre la motivation à la sensation qui sous-tend tout ça – puisque j'aime écrire –, je suis surtout poussée par une motivation à l'accomplissement : quand j'aurais terminé mon roman je me sentirai sans nul doute ultra fière de mon travail et j'aurai l'impression d'avoir fait quelque chose de chouette, de bien, et j'aurai mené un projet de bout en bout.

Depuis ma décision de me lancer, le plan s'est plus ou moins déclenché tout seul dans ma tête. Commencer, oui, mais pas n'importe comment. D'abord, j'ai choisi une date de début de projet qui semblait opportune et qui avait du sens pour moi : un début de mois qui correspondait aussi à un emménagement à un nouvel endroit, ce qui est assez symbolique d'un point de vue "renouveau". Ensuite, je me suis dit que j'allais écrire en rentrant du boulot (ce qui n'a pas été sans difficultés dans les faits), qu'après le premier jet que j'espérais boucler en trois mois, je laisserais reposer d'autant pour reprendre les corrections à la rentrée de septembre – autre moment charnière dans une année. Ce plan, ce n'est pas lui qui me motive : il découle de ma motivation.

Je pense que si j'avais fait le chemin inverse, que j'avais décidé d'écrire tous les jours en rentrant du boulot pour avancer un truc dans lequel je croyais moyennement et pour lequel je ne me sentais pas prête, ça m'aurait vite gavée.

Tendance motivation externe


Quand j'ai commencé l'aïkido il y a deux ans, je ratais beaucoup de cours et j'ai commencé à beaucoup m'en vouloir de ne pas y aller car je savais que j'en avais besoin, et puis le prof et les gens étaient sympa, et je me sentais bien à la fin des cours. Je culpabilisais quand je sautais une semaine, et encore plus si je me promettais d'y aller la semaine suivante et qu'en fait, la semaine venue, j'étais vraiment crevée et décidais de ne pas y aller non plus. Je me disais que j'étais vraiment nulle. Aujourd'hui, ça va un peu mieux même si ce genre de pensées réapparaît trop souvent et que je dois régulièrement me botter le cul pour aller à l'aïkido.

Je pense que, d'une manière générale, je suis plutôt dans une tendance à fonctionner à la motivation externe. La difficulté que je ressens à aller à l'aïkido, je ne la ressens pas avec le volley parce qu'en plus d'apprécier le volley (comme j'apprécie l'aïkido) je suis contente de retrouver chaque semaine mes amis du volley et qu'on l'on pratique ensemble.

J'ai beau crier sur tous les toits que j'ai pris mon stage parce que ça m'intéressais (ce qui est vrai), je l'ai aussi pris si tôt dans l'année pour me débarrasser des formalités, parce que j'avais peur de ne pas trouver à temps un stage davantage dans mon projet professionnel.

Pourtant, je sais aussi que ma tendance à être appâtée par de la motivation externe peut se corriger. J'ai réussi à entamer un travail pour changer ma vision de l'aïkido en insistant dans mes pensées sur le fait que ça me fait du bien, que les gens sont gentils, que j'apprends des choses, etc. Je pense qu'un blocage vient du fait que le truc qui doit sortir ne sort pas et aussi que je n'aime toujours pas trop qu'on me touche, ce qui est problématique pour un art martial. Actuellement, le travail est suspendu jusqu'en septembre car j'ai changé de ville et ai décidé finalement de ne pas m'inscrire dans un nouveau club. Comme la philosophie de l'aïkido c'est que l'on travaille ensemble et pas en combattant, je pense que c'est là-dessus que je dois travailler pour ressentir la même chose que pour le volley, tout en l'associant aux bonnes sensations, sinon je resterais dans de la pure motivation externe.

Pour l'apprentissage puis le passage du code de la route, j'étais motivée de manière très négative. Je le passais par obligation et rien ne rentrait dans ma caboche. J'ai opéré un changement d'état d'esprit en me forçant à voir cela comme une manière d'apprendre de nouvelle choses (motivation à la connaissance) et d'atteindre des objectifs plus généraux comme changer de ville et trouver du travail (motivation à l'accomplissement). Presque tout de suite j'ai commencé à retenir beaucoup mieux les leçons, et j'ai réussi le code de la route du premier coup. Tout ça pour dire que si comme moi vous avez plutôt une tendance à la motivation extrinsèque, et que ça bloque pour certaines choses, il est possible de faire évoluer la direction de votre esprit.

dimanche 29 mars 2020

Journal d'écriture, mois 1

Source – Romuald Le Peru
Le 29 février dernier je vous faisais part du défi que je me lançais pour écrire tous les jours et avancer sur mon roman ou plutôt tout simplement le commencer (puis le finir). Je me suis dit que ça pouvait être bien de faire un point au premier mois pour voir où j'en suis.

Les débuts ont été un peu compliqués pour moi car le lendemain de la publication de l'article j'ai été malade pendant plusieurs jours (ce qui n'avait rien à voir avec le coronavirus) et donc incapable d'écrire. Heureusement que j'avais insisté sur l'importance des vingt-et-uns premiers jours du projet (ahem) ! Ensuite, la réalité m'a frappée de plein fouet : avec les temps de trajet que j'avais le soir, j'arrivais tard, j'étais fatiguée, et après manger je voulais juste dormir. Ça a donc duré comme ça pendant plusieurs jours.

Puis je me suis rendue compte qu'en partant à l'heure du boulot, ou en tout cas pas avec vingt minutes supplémentaires dans les locaux, je pouvais prendre le train d'avant et gagner une demie heure. Fantastique demie-heure gagnée pour l'écriture. Je n'ai pas pu tester ce modèle très longtemps car j'ai été mise en télétravail pour cause de sécurité sanitaire, et qu'ensuite le confinement a été déclenché. Depuis le début du confinement, j'écris donc tous les jours, sans exception.

Je me suis trouvée une heure qui me convient bien, le soir après manger, quand il fait un peu sombre, que la maison est calme, et que je sais que j'ai environ zéro pourcent que l'on vienne m'emmerder. Je m'installe dans mon lit, je mets en route un mantra que nous a partagé l'autrice du blog Alice & Shiva dans sa dernière newletter, et je me lance.

Très sincèrement, je pensais que ce serait vraiment difficile de me mettre devant ma page Word tous les soirs pour me forcer à sortir des choses auxquelles je n'avais pas pris le temps de réfléchir, à écrire des scènes que je n'avais pas visualisées, etc. Au final, après seulement quelques jours, je me suis surprise à interrompre ce que je faisais en me disant "c'est l'heure d'écrire, on y va", et ce sans forcer, avec envie de m'y mettre.

Le premier problème que j'ai rencontré c'est de devoir écrire des scènes que je connaissais déjà dans le sens où une première version existe dans un autre document. D'ailleurs je ne suis pas encore parvenue là où je m'étais arrêtée la dernière fois. Devant la difficulté de réécrire des choses que j'avais déjà écrites très bien (ou en tout cas dont j'étais satisfaite), j'ai copié-collé certains morceaux que j'ai réarrangés ou placés à des endroits différents. Mais j'appréhende beaucoup le moment où je dépasserais le stade où je me suis arrêtée il y a deux ans et demi car je ne suis pas en confinement dans mon logement habituel et, évidemment, quand je suis partie, je n'ai pas pris mon plan ma frise chronologique. Du coup, je vais devoir faire à l'instinct. Ça devrait me réjouir car j'ai toujours fonctionné comme ça, mais comme je suis aussi une maniaque du contrôle et que cet imprévu ne correspond pas du tout à mes plans, je suis très embêtée. Je pense donc qu'au fur et à mesure de l'écriture je vais créer une frise chronologique qui colle à ce que j'ai écrit, afin de pouvoir comparer à terme les deux documents et corriger les choses qui doivent l'être.

Je suis aussi partie sans prendre mon carnet d'écriture – ce qu'il ne faut bien entendu jamais faire – et donc certaines de mes notes (et la possibilité d'en prendre d'autres, ce qui me handicape beaucoup). On pourrait dire qu'on s'en fout et que je peux écrire ce dont j'ai besoin n'importe où, mais ça a de l'importance pour moi que tout soit bien regroupé, donc je réfléchis encore un peu à la façon dont je vais m'y prendre !

J'ai décidé de ne pas me relire. Je ne relis d'une fois sur l'autre que les dernières lignes, pour me souvenir d'où j'en suis. Je ne le fais pas pour respecter les règles de défi d'écriture comme le National Novel Writing Month (NaNoWriMo) – d'ailleurs, je ne me suis pas donnée d'objectif chiffré en terme de chapitres, signes, mot, etc., la performance consistant déjà à écrire tous les jours, ce qui est totalement nouveau pour moi – mais pour ne pas avoir envie de tout effacer.

En fait, j'ai très peur que la nouvelle version soit moins bonne que l'ancienne, d'autant plus depuis que j'ai relu l'ancienne et que très peu de choses m'ont parues être à ne pas reproduire. Du coup, j'ai décidé de ne pas me relire tout de suite, pour ne pas souffrir de la comparaison et avoir un peu plus de recul au moment où je jugerais de mon travail. C'est aussi très nouveau pour moi et très perturbant car d'habitude je relis à chaque séance l'ensemble de ce que j'ai fait à la séance d'avant. Du coup, j'ai peur de persévérer dans un truc mauvais bien que pour le moment j'ai l'échafaudage de la première version pour m'aider (il faudrait plutôt appeler ça béquille, vue le nombre de fois où j'ouvre le document pour vérifier quelque chose). Au début, ça m'embêtait, car j'étais partie dans l'idée de ne pas regarder du tout après l'avoir relu une fois. Mais finalement j'ai décidé de ne pas me couper de ce qui fonctionnait.

Pour le moment, il y a très peu de soirs où je n'ai pas beaucoup écrit ou pas écrit du tout. Je dois dire que je suis assez fière de moi car ce n'était pas vraiment gagné à l'avance. Me mettre une petite routine a aidé, je pense. Mais il faudra surtout voir comment je réagirai quand je serai laissée dans la nature sans l'échafaudage pour appui...

Et vous ? avancez-vous dans vos projets ?

mercredi 25 mars 2020

Le rêve et l'insomnie

Source – Berndnaut Smilde
Aristote avait compris que ce qui arrive au corps pendant la nuit peut avoir une influence sur les rêves, comme quand vous rêvez que vous êtes aux toilettes et que vous vous réveillez avec une envie pressante. Mais ça va encore plus loin. Par exemple, des signes de maladie encore non détectables pendant la phase d'éveil, sont perçus par l'esprit pendant la nuit. C'est ainsi qu'une dame racontait à son psychologue qu'elle avait rêvé être en train de manger de la viande crue et avoir du mal à la digérer, pour déclarer une hépatite vingt-quatre heures plus tard.

On sait aussi que les événements récents ont plus d'impact sur les rêves que les événements anciens. Je m'amuse souvent à décortiquer les souvenirs que j'ai de mes rêves pour savoir pourquoi j'ai rêvé de telle ou telle chose. Comme "ah oui, j'ai vu ça dans un documentaire, l'autre jour". Je trouve la mécanique des rêves super intéressante.

Mes rêves à moi sont un peu bizarres (comme tout le monde, j'imagine), dans une ambiance un peu lourde, un peu glauque. Ce sont des histoires décousues assez souvent malsaines. Régulièrement je retourne dans les lieux imaginaires des rêves des jours d'avant, avec une nouvelle histoire ou la suite de la précédente. Ça ne me dérange pas trop, je m'y suis habituée. Pourtant de temps en temps je me demande si ces histoires glauques n'ont pas un effet sur moi. Il y a quelques semaines, je n'avais pas du tout la même impression que d'habitude en me réveillant. J'ai fini par réaliser que le rêve que je venais de faire ne me mettait pas en scène comme responsable des choses qui s'y déroulaient. J'ai oublié ce qu'il se passait dedans, mais je me souviens que je n'étais pas responsable. Du coup, au réveil, je me sentais presque soulagée, apaisée. Et j'ai réalisé qu'habituellement ça n'arrive pas.

Habituellement, j'ai une part de responsabilité dans quelque chose qui arrive. Par exemple, je peux me rendre compte la veille de la rentrée scolaire que j'ai oublié de faire mes devoirs, où le jour d'un contrôle que j'ai malencontreusement oublié de réviser. Ça reste gentillet, mais le reste du temps, dans les aventures plus sérieuses qui arrivent, j'ai toujours une part de responsabilité, exprimée ou pas pendant le rêve.

Ce que je me demande c'est si ces rêves arrivent parce que d'une manière ou d'une autre je les ai "appelés". Ce que je veux dire c'est que, est-ce qu'en me disant "de toute façon je fais des rêves glauques" cette pensée participe à produire des rêves glauques ? Je ne sais pas si on peut vraiment comparer mais par exemple un thérapeute qui demande à son patient de raconter ses rêves obtiendra plus de rêves qu'un thérapeute qui ne le fait pas, même auprès d'une personne qui déclarait auparavant ne pas rêver. Est-ce que si j'étais moins pessimiste, et que j'avais une meilleure estime de moi, je ferais moins de rêves où ce qu'il se passe est de ma faute ? Est-ce que, si j'accordais moins d'importance aux erreurs que je commets dans le quotidien, et que j'arrêtais de répéter que "je ne suis vraiment pas douée", je ferais plus de rêves où ce qu'il se passe n'est pas ma faute ?

D'un autre côté, j'ai été soulagée d'apprendre que les rêves ont plus souvent une tonalité désagréable qu'une tonalité agréable. Je ne suis donc pas un cas désespéré, juste un cas dans la moyenne. Les expériences stressantes amènent le plus souvent à des rêves anxieux et les expériences heureuses à des rêves heureux. Et comme mon petit cerveau tourne tourne tourne et réfléchit à plein de trucs à la fois jusqu'à me rendre le sommeil difficile, il est assez logique que je fasse des rêves un peu glauques.

J'ai souvent du mal à m'endormir, il me faut du temps pour éteindre mon cerveau (même si ça va mieux ces derniers jours). Je me réveille au moins une fois par nuit mais régulièrement plus, avec difficulté de rendormissement parce qu'à partir du moment où le chou-fleur dans la caboche a commencé à mouliner, il lui faut un peu de temps pour s'arrêter. Je pense que paradoxalement le confinement (qui devrait me rendre anxieuse et m'empêcher de dormir) m'aide. Comme je suis en télétravail je réduis mes temps de trajet mais j'ai aussi moins de travail que si j'étais au bureau, donc moins de stress et de questionnements, et je lâche prise plus facilement. Mais j'ai encore du mal avec le maintien du sommeil et je me réveille dans la nuit. Ça fait plusieurs années, donc je m'y suis habituée. Il y a pourtant des périodes plus difficiles que d'autres, en fonction du contexte dans lequel je suis (comme tout le monde : si un truc stressant me tombe sur la tête, je vais avoir plus de ma à dormir qu'à l'habitude, et comme je dors habituellement assez mal, ça ne fait qu'empirer les choses).

Je n'ai pas refait de rêve où je n'étais pas responsable. En tout cas pas dans mon souvenir. C'est bête, parce qu'au réveil je me sentais vraiment bien. Il faudrait que j'essaye de me conditionner pour changer mes rêves. Par exemple, Daniel Pennac disait qu'il écrivait ses rêves tous les jours depuis très longtemps et qu'à force de les écrire il était devenu conscient de ses rêves et se disait, pendant qu'il rêvait, "tiens, il faudra absolument que j'écrive ça, demain !", voire même de les modifier. Je ne suis pas trop pour le fait de modifier les rêves, dans la mesure où je pense que c'est un moyen de comprendre ce que notre inconscient pense. Mais peut-être qu'avoir davantage conscience que je rêve je permettrais peut-être de prendre mes rêves avec plus de recul.

Et vous ? Comment vous rêvez ?

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♦ Jean-Pol Tassin, et Serge Tisseron. Les 100 mots du rêve. Presses Universitaires de France, 2014
♦ Billiard, Michel. « Chapitre 17. Les états de veille et de sommeil et la conscience », Francis Eustache éd., Traité de neuropsychologie clinique. De Boeck Supérieur, 2008, pp. 223-262.

vendredi 6 mars 2020

Rire de tous pour rire de nous

Source – Julien Tixier
Il y a quelques jours, sur Europe1, une chroniqueuse faisait la promotion d'un festival d'humour. L'invitée présente (dont j'ai oublié le nom, mais ça n'a pas d'importance), intervient pour dire qu'elle n'aime pas trop ça, parce qu'on "se moque toujours des mêmes communauté, des femmes...". La chroniqueuse (je crois) lui répond alors qu'en l'occurrence le festival accueille un monsieur qui fait de l'humour féministe. Bond sur ma chaise. De quoi ?! Je voulais faire un article et puis, finalement, j'ai fait beaucoup d'autres choses (comme commencer mon stage). Mais aujourd'hui, sur Facebook, je tombe sur la publication d'une camarade de lycée hyper engagée, féministe, et tout ce qu'on veut. Dans la publication, une blague. À la fin de la publication, la source de la blague : un site d'humour non oppressif. Sursaut contenu sur ma chaise. Je vais l'écrire, cet article.

Je ne suis pas engagée de manière volontaire et passionnée sur beaucoup de choses. Je pense, ou j'aime à croire, que je suis une fille assez posée dans les discussions. Mais il y a quand même des thèmes sur lesquels je suis intransigeante. L'humour en fait partie.

C'est un thème qui m'intéresse intimement parce que je ne suis pas drôle. J'admire les gens drôles, et j'apprécie aller aux "rodages" des humoristes pour pouvoir voir la différence lors de la "vraie" tournée, un peu plus tard dans l'année, constater comment un sketch, une blague, se construit, comment un détail peut l'améliorer encore. La construction d'un sketch me fascine. Je trouve aussi que l'humour est une formidable arme, pour dédramatiser, désamorcer des situations, mettre à distance, prendre du recul.

Celui dont on parle et qui en fait les frais


Quand on dit que "on se moque toujours des mêmes" et qu'on accuse donc l'humour d'être "oppressif", ça m'agace. Beaucoup de choses m'agacent, me direz-vous, mais celle-ci particulièrement. Ça m'agace parce que j'ai la ferme impression que les personnes qui portent cette accusation n'ont pas compris de quoi on rit.

Freud considérait comme humour la capacité à tirer un effet comique d'une situation difficile. Trois acteurs principaux sont concernés : le producteur d'humour, celui dont on parle et qui en fait les frais, et le complice invité à rire. Je voudrais m'arrêter sur le deuxième. C'est "toujours le même". L'Arabe, le Portugais, le Roumain, le musulman, le juif, le Noir, la femme... De là à dire que c'est oppressif, que c'est la première marche vers le génocide (je l'ai vraiment lu sur un blog, je le jure !), il n'y a qu'un pas. Un pas qu'il serait bien imprudent, je pense, je franchir. Parce que "celui qui en fait les frais" est-il vraiment celui que l'on croit ? S'agit-il de rire contre ? Il faut regarder derrière la blague. Au hasard : Jérémy Ferrari. Se moque-t-il des musulmans, des juifs, des Arabes, ou des racistes ? Il ne s'agit pas de rire contre une communauté, de la rabaisser plus bas que terre, d'inciter à la haine et à la répugnance : il s'agit de rire avec, de rire ensemble.

Ce qui est bien quand on va voir le spectacle d'un humoriste et qu'on ne reste pas le nez collé à son téléphone, c'est qu'on peut regarder un petit peu le public. Dans une salle, même modeste, il y a de tout : plusieurs générations, plusieurs origines ethniques, des hommes, des femmes, des blonds, des bruns, sans doute des homosexuels, des bisexuels, des personnes porteuses de handicaps qu'on ne voit pas forcément... Il y a de tout, et tout le monde rit ensemble. Parce qu'on ne se moque pas d'une communauté.

On rit des clichés, c'est vrai. L'humour fonctionne sur des images communes ; nos images communes, ce sont les clichés. Mais rares sont ceux qui sont des clichés ambulants ! Nous sommes des individus, pas des clichés ! Nous sommes unique, nous sommes nous. Quand on se moque des clichés, on peut décider de considérer qu'on se moque de tout le monde, ou alors on peut décider de considérer que l'on ne se moque de personne, puisque personne n'est un cliché. Renvoie-t-on les individus à leur cliché ? Ou se moque-t-on de l'existence même de ce cliché ?

Celui dont on parle et qui en fait les frais : qui est-il ?


Pas de comédie sans spectateur


Le rire du complice.

Dans un article, Judith Stora-Sandor a écrit que "une comédie qui ne fait pas rire les spectateurs ne fonctionne pas" et que "il n'y a de comédie que par et pour un spectateur". La personne sur scène, et les gens qui la regardent et l'écoutent, sont complices et font communion.

C'est illustré par une chose dite par Jérémy Ferrari sur un plateau d'On n'est pas couché il y a quelques années lors de la promotion de son précédent spectacle et qui m'avait beaucoup marquée. Il venait d'expliquer que dans son spectacle il reparlait de la fameuse phrase "on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui" et concluait sa parenthèse par "il y en a avec qui on ne peut pas rire du tout". Laurent Ruquier lui demande de révéler le nom de la personne qu'il attaque. Jérémy Ferrari répond alors qu'il n'a pas à le faire sur un plateau télé, que c'est entre lui et le public.

S'il n'y a pas communion, il n'y a pas rire. Il y a des humoristes qui ne me font pas rire, que je n'apprécie pas, et avec lesquels c'est un miracle si je décroche un sourire quand d'autres rient à gorge déployée. Le complice de Freud est en fait un moteur de la relation. Or, ce complice n'est pas idiot, il sait lire le sous-texte et il sait lire le jeu du comédien.

La recette magique pour faire rire


Avoir un texte, c'est un bon début. Pourtant, ça ne suffit pas. Je pourrais reprendre à mon compte le meilleur sketch du meilleur humoriste que je ne serais pas drôle : je ne sais pas jouer.

Jérémy Ferrari (encore lui ! promis, j'arrête ! :P) fait passer son texte avec un jeu que je qualifierais de "sur-jeu contrôlé" et qui permet de montrer, d'appuyer le sous-texte et la mise en scène.

Il faut un bon jeu. Il faut un bon texte. Et c'est dingue comme un tout petit détail peut tout changer. Par exemple, le mois dernier, Malik Bentalha a fait son spectacle en direct sur TF1. Je l'avais vu en vrai de vrai, sur scène, quelques jours avant. Eh bien la performance que j'ai vue en vrai de vrai était meilleure que celle à la télé. Sans doute parce qu'il était stressé. Du coup, certaines parties (des bricoles) étaient moins bien amenées et m'ont moins faite rire (alors que je ris très régulièrement à des blagues que je connais déjà, comme à la fameuse histoire du pingouin qui respire par le cul : il s'assoie et il meurt). L'humour, c'est de la dentelle. Une situation "s'amène" parce qu'elle joue sur nos images communes, et que chacun doit avoir la même image dans la tête pour pouvoir rire.

Là où je veux en venir c'est que, quand on accuse l'humour d'être "oppressif", on ne s'intéresse qu'au texte et le jeu, la mise en scène, passent complètement à la trappe alors que par ailleurs ils peuvent dire complètement le contraire (je pense notamment au sketch La Maison de Jaqueline d'Antonia de Redinger). On passe aussi à la trappe les usages et les effets de l'humour. Il peut être un moyen de dédramatiser (à l'échelle individuelle comme sociétale), un mécanisme de défense chez des patients en fin de vie, ou bien un facilitateur pour raconter ou faire face à quelque chose de difficile en prenant du recul.

Censure bien-pensante du XXIème siècle


Je concède la violence de mon intertitre, mais je m'en cogne.

Je ne parlerai ni de Coluche, ni de Desproges ; je ne saurais bien le faire alors que je ne les ai pas connus, bien que je me souvienne avoir vu sur YouTube un sketch à mourir de rire du second sur les juifs.

À vrai dire, avant de lire un article sur la censure des livres de facéties par l'Inquisition italienne autour du XVIIème siècle, je n'avais pas fait le rapprochement, le mot n'avait pas franchi mon esprit. Pourtant, il me semble que l'on est exactement dans cela.

L'Inquisition italienne, à partir des années 1550, a mis en place "une stratégie répressive contre des écrits satiriques et facétieux". L'Église voulait s'assurer que les oreilles pieuses des fidèles ne soient pas heurtées par des plaisanteries inconvenantes, à l'encontre des bonnes mœurs, obsènes, irrespectueuses du clergé... Et ils justifiaient cela par la lutte contre l'hérésie protestante, ce qui leur permettait de prendre des mesures (comme les bûchers de livres interdits, par exemple).

Ici, je trouve qu'il s'agit à peu près de la même chose. Bien sûr, la comparaison est abusive, notamment parce que la censure n'est pas organisée comme l'était l'Inquisition mais, ce que je veux dire, c'est que ça me donne un peu une impression similaire. Des gens qui cherchent à écraser une autre manière de penser en prétendant à la lutte contre les discriminations. Sauf qu'il n'y a pas d'humour "oppressif". L'humour qui parle des minorités ne discrimine pas : il sert à parler de nous, de la société, de ces clichés que nous avons construits, et à les dénoncer. Pour moi, appeler cet humour "oppressif" c'est de l'extrémisme bien-pensant, et c'est dangereux (oui, j'ai bien écrit "dangereux"). C'est ignorer les usages sociétaux qui sont fait de l'humour.

Mon article n'a pas le ton que je voulais lui insuffler à la base – échec terrible à canaliser mon agacement –, mais je voudrais quand même conclure sur deux choses. Premièrement, on peut autant rire aux spectacles de Jérémy Ferrari qu'à l'histoire du pingouin qui respire par le cul. Deuxièmement, les personnes qui se cachent derrière l'humour noir pour faire passer leurs idées ("ça va, je blague !...") ne font pas de l'humour ! Elles le détournent d'une manière honteuse.

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♦ Lavie, François. « Le tribunal du rire. L’Inquisition et la censure de la facétie dans l’Italie post-tridentine (vers 1550-1650) », Revue historique, vol. 693, no. 1, 2020, pp. 131-166.
♦ Stora-Sandor, Judith. « Rire ensemble : la comédie et son public », Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, vol. 44, no. 1, 2005, pp. 15-26.
♦ Forest, Jean. « Groupes, humour et interprétation », Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, vol. 44, no. 1, 2005, pp. 73-86.
♦ Legrand, Camille, et Pascal Le Maléfan. « L’humour comme mécanisme de défense chez les patients en fin de vie », Revue internationale de soins palliatifs, vol. vol. 32, no. 1, 2017, pp. 15-18.

samedi 29 février 2020

Écrire mon roman tous les jours, mon nouveau défi

Source – dr. shordzi
Il y a à peu près un an, j'avais écrit un long article sur le fait que je n'écrivais plus de roman. Je ne me souvenais pas trop de ce que j'avais mis dedans, alors je suis allée le relire et... wouah ! grosse réflexion de remise en question ! Je pense que, si je ne m'en souvenais pas, ce n'est pas parce que je m'en fiche ou que j'ai menti ou que ça n'a pas d'importance mais parce que mon esprit a ingéré, digéré, tout ce qu'il devait travailler, il a mené la réflexion à son terme dans son for intérieur et donc il n'avait pas besoin de sonner la cloche pour me dire que je devais réfléchir dessus. Mon inconscient a fait le travail tout seul, nourri de tout ce qu'il s'est passé depuis un an, mes réflexions sur les émotions, etc., que je vous ai assez partagées ici pour ne pas avoir à vous faire un résumé lourdingue ;)

Changement d'état d'esprit


Je n'écrivais plus parce que je dépensais mon temps ailleurs, que ma tête était bien trop pleine de trop plein de choses et que surtout je me disais qu'écrire des histoires c'était quand même pour qu'elles soient lues ; ce qui n'était pas mon état d'esprit. Mais, depuis quelques semaines (mois ?) ça y est. Je vais m'y remettre. Vraiment. J'ai un plan d'attaque, je vais tester quelque chose. Déjà, écrire cet article fait partie de mon plan d'attaque : paraît que, quand on s'engage à faire quelque chose auprès de témoins, on le réalise plus souvent (ce serait con de perdre la face). Et puis j'ai aussi fait un vœu à une petite chouette porte-bonheur en pierre fichée dans le mur d'une cathédrale, donc c'est sûr que ça va se réaliser (les petites chouettes magiques sont, comme chacun sait, plus efficaces que les témoins). 

Je ne saurais pas trop dire comment ça s'est passé, mais un jour je me suis dit que j'allais profiter de mon déménagement pour mon stage pour me lancer de nouveau dans un roman. Un vrai de vrai, un qui terminera dans les mains des gens. En même temps, profiter d'un déménagement pour impulser quelque chose, je l'ai déjà fait quand j'ai commencé le sport, donc je pense que ça correspond assez bien à ce que je suis et ce dont j'ai besoin.

Une nouvelle méthode


Je n'ai jamais vraiment eu de "méthode" à part laisser décanter mes idées, écrire un chapitre par semaine quand je le sentais bien, écrire quelques trucs comme base (des trucs qui ne changent pas, comme les plans des maisons, les cosmogonies ; la "boîte" de l'histoire) pour pas trop me perdre. Ce n'est pas que je voulais me la jouer à la Victor Hugo à tout écrire d'une traite sans corrections, c'est surtout que les méthodes avec des plans, des fiches de personnage, des fiches de lieux, etc., je ne les ai jamais trop senties. Et comme je fonctionne à l'instinct, et qu'il ne se passe jamais rien de bon quand je ne suis pas mon instinct, alors je ne faisais rien que je ne "sentais" pas.

Imaginez ma surprise quand est né le besoin de faire une frise chronologique pour mon nouveau projet !... D'ailleurs, je m'obstine à dire que c'est une frise chronologique et pas un plan, mais enfin, comme je vais raconter l'histoire dans l'ordre (c'est mieux), toute frise chronologique qu'elle est, elle fera quand même office de plan ! Première incongruité dans ma manière de faire. Figurez-vous que cette frise chronologique est tellement nécessaire, que je l'ai faite rapatrier de chez mes parents où je l'avais oubliée, moi qui ne parle pas avec eux (avec personne, d'ailleurs) d'écriture. Par chance, mon écriture (en pattes de mouches, en plus) est illisible : sauvée !

Et puis, dans mon plan d'attaque, je me suis dit que j'allais écrire tous les jours. Pas forcément un chapitre complet, mais au moins une phrase, voir ce qui sort quand je n'ai pas passé une semaine à toute retourner dans ma tête. Quand même, je couperai bien mon esprit entre ma journée de boulot et ma séance, avec ce qui peut se rapprocher d'une méditation, juste histoire de scinder les moments et de me rendre plus disponible. Moi qui n'ai jamais été partisane de se forcer à écrire quand on le "sentait" pas, je vais vraiment me mettre devant ma page Word tous les jours. Deuxième incongruité dans ma méthode.

Donc, à partir de demain, premier jour du mois de mars, j'écrirai tous les jours jusqu'à la fin du premier jet (que j'espère boucler dans trois mois même si je ne me mets pas de vraies date limite). Ensuite je laisserais en jachère avant de revenir pour la première correction.

Travailler à partir d'un brouillon


L'autre incongruité de ce nouveau projet c'est que pour la première fois je vais travailler à partir d'un truc dont j'ai déjà rédigé le début. La dernière fois je vous avais parlé des projets que j'appelle les "juste comme ça", qui me servent de défouloirs, en un sens. De temps en temps, ces défouloirs prennent un peu corps dans mon esprit, généralement dès les premières pages, et alors j'arrête tout et je laisse de côté pour en faire un roman. Ça fait plusieurs années que ce projet traîne dans mon ordinateur (j'ai d'ailleurs failli le perdre à la défaveur d'un plantage, imaginez mon angoisse !). C'est la première fois que je vais tenter de reprendre quelque chose de déjà existant. Donc je vais devoir relire ce que j'avais fait il y a peut-être deux ans, voir comment je m'y étais prise, ce que je vais garder et ce que je vais changer. Mais je pense que dans tous les cas je vais ouvrir un nouveau fichier pour commencer sur une page blanche.

Questionnements en perspective


Comme tout ça est assez nouveau pour moi (c'est peu de le dire), je pense que des problématiques et des questionnements vont naître de tout ça, et des doutes, et des frustrations, et peut-être aussi des effets secondaires. Par exemple, est-ce que plus je m'habituerai à écrire tous les jours, plus ça me paraîtra facile de le faire ? Ou au contraire est-ce que le fait de devoir écrire tous les jours va me peser ? Est-ce que d'avoir un plan une frise chronologique (héhé :P) va me porter ou au contraire est-ce que je me sentirais bridée ?

Comme le but n'est pas de me dégoûter de l'écriture, si je n'arrive vraiment, vraiment, vraiment pas à écrire tous les jours, je ne le ferais pas, je relâcherais un peu la pression. Mais il faut quand même que j'attende de faire passer les vingt-et-un premiers jours car une habitude (du point de vue des connexions entre les neurones dans le cerveau) se prend en vingt-et-un jours ! Autant dire que je ne devrai sauter aucun jour, sinon je fous par terre mon test. Parce que dans le fond, il s'agit un peu de ça, un test sur ce que je suis capable de faire ou pas, pour aussi mieux me connaître en me mettant en difficulté au lieu de me laisser vivoter dans ma zone de confort. En gros, c'est un défi. Un défi avec un vrai enjeu, comme je veux présenter ce roman à des maisons d'éditions.

Je ne pense pas que ma frise chronologique me pèsera car je l'ai écrite parce que j'en ressentais le besoin pour que tout soit clair et pas pour sortir de ma zone de confort et changer de méthode pour changer de méthode. En plus, elle n'est pas si détaillée que ça, donc elle laisse quand même de la marge de manœuvre et puis il faut quand même la suivre pour que tout soit clair. C'est plus un fil rouge qu'un plan (à ce stade, le lecteur aura bien compris que je n'aime pas le mot "plan").

Mais du coup, tous ces questionnements, je pense que je serais amenée à vous en parler ! :)


Et vous, dans quels domaines vous êtes-vous lancé des défis ?

samedi 22 février 2020

Pessimisme

Source – alainalele
Je pense que l'une des choses que l'on remarque le plus vite quand on m'entend un peu parler, c'est mon pessimisme. "Dis dont, t'es super positive, comme fille !" qu'on me fait sur le ton d'une gentille plaisanterie, même quand je n'ai pas l'impression d'avoir dit quelque chose de particulièrement négatif. À croire que c'est tellement ancré que je ne me rends même plus compte de ma vision fataliste des choses. Ce qui m'y a fait penser ce soir, c'est une vidéo de formation sur la PNL dispensée sur Skilleos. Le préparateur mental qui dispense cette formation expliquait que, pour le cerveau, ce qui est imaginé a le même impact qu'un fait réel. Autrement dit, si on veut monter sa boîte mais qu'on ne pense qu'à toutes les mauvaises choses qui peuvent arriver, ça va invoquer de mauvaises émotions que le cerveau va pomper comme une éponge et nous renvoyer en pleine tronche sans autre forme de pourparlers. Ça tombe bien ! C'est tout moi !

Je sais qu'il faut utiliser l'imagerie mentale pour imaginer de bonnes choses, des moments où on avait confiance en nous, où on se sentait forts, invincibles, même, et je le fais. J'imagine une leçon de conduite où ça se passe bien. Un tournage, un partiel, un rendez-vous où ça se passe bien. Mais toujours, au bout de quelques minutes (secondes ?) mon cerveau déraille. Tout à coup, le scénario change de lui-même, sans aucune provocation de ma part, et les images du pire se déroulent dans ma tête. Quand je ne saurai pas répondre à une question, gérer mon stress, ou que je vais me faire percuter par une voiture et ne jamais arriver à destination. Oui-oui, vous avez bien lu : je vous dis : mon cerveau déraille, il part en vrille, les scenarii parfois ahurissants s'entremêlent, et, quand j'essaye de le ramener à la raison, il finit toujours par quitter la voie sur laquelle j'essaye de le mettre. Autant dire que je ne suis quand même pas aidée ! ;')

C'est dingue, parce que je ne me souviens pas de quand j'ai commencé à être aussi pessimiste et à laisser mon cerveau échafauder des histoires dramatiques, à base d'espoirs inassouvis et de frustrations latentes. Pourtant, dans le fond, je sais que je ne suis pas malheureuse, ou en tout cas que j'ai de la chance – relativement – quand j'en ai besoin. Mais c'est plus fort que moi, les premières pensées qui me traversent sont forcément négatives, bouffies d'abattement. Le pire, c'est que c'est tellement habituel pour moi que je n'ai même pas d'exemple précis à vous donner. C'est une routine. Ah si, par exemple, l'autre jour, mon moniteur d'auto-école était en retard. Je me suis dit : "si ça se trouve, il m'a oubliée". Non. Il était juste plus en retard que d'habitude. Permis toujours : imaginez qu'il m'oublie le jour de l'examen de conduite ! C'est dans plus d'un mois et une pensée-catastrophe s'est déjà frayée joyeusement un chemin jusqu'à ma conscience. Si ce n'est pas ridicule...

Penser de manière positive, ça me demande des efforts, de l'énergie. Comment font tous ces gens pour qui c'est tellement facile ! Ils laissent glisser. Ils prennent le positif parce qu'ils prennent le présent, je pense, et ne sont pas bloqués dans des images déformées et branlantes d'un futur qui n'existe pas puisque, par définition, il n'est pas encore là. Il y a des gens bloqués dans le passé, moi je dirais que je suis bloquée dans le futur, dans l'un des futurs possibles, ou plutôt dans la multitude de futurs imaginables. Et mon petit vélo interne tourne, tourne, tourne, tourne parfois au point que je ne trouve pas le sommeil avant un moment. Parce que je suis pessimiste. Et les mises en garde contre les risques de la pensée positive à tout prix (la culpabilité, pour faire vite) n'ont fait que me persuader un peu plus que se forcer à penser de manière positive, c'est dur.