mardi 14 septembre 2021

Journal d'écriture, Roman 2, n°3

Source – Klaudia Ekert

Je sais, nous ne sommes pas le 29 du mois. Mais c'est aujourd'hui que je termine le premier jet de mon roman, avec presque 10 000 mots de plus que prévu et en avance de quinze jours sur le programme (chouette ! ça me laisse le temps de reprendre au moins un livre (oui, un livre mais pour ma défense c'est un intégral de Robin Hobb, y a presque mille page et s'est écrit tout petit – puis bon, je ne suis pas une lectrice bien rapide xP) avant de déménager et de commencer le travail (j'en reparlerai héhé :P)). Je suis assez contente de moi, en vrai, mais je sais aussi que je vais avoir pas mal de travail. J'ai déjà une page et demi de notes de probables corrections à faire ; je sais que je dois enlever certains passages, j'ai des doutes pour d'autres ; je sais que je dois ajouter certains trucs. Au final, entre ce que je dois enlever et ce que je dois mettre et tous les détails, je devrais être à l'équilibre au final et ne pas trop dépasser les 160 000 mots (ça a son importance parce qu'il paraît que les maisons d'éditions n'aiment pas trop les gros pavés – bon, 160 000 c'est déjà un gros pavé xP – quoiqu'on pourrait dire que d'ici-là j'aurais casé Roman 1 donc l'éditeur me prendra le 2 huhuhu :P).

J'ai aussi un peu peur que la fin soit trop différente du début et du milieu et que mon choix de ne pas tenir au courant sur le devenir de tous les personnages soit mauvais. Mais d'un autre côté, là-dessus, c'est que ce n'est pas le propos de mon livre : le vrai propos du livre c'est le parcours de mon héroïne (même si je pense que ça ne se sent pas trop). Le fait que la fin tourne en romance mièvre va me desservir auprès les éditeurs, je pense. Mais je suis encore très loin d'en être là ! Je dois laisser poser un mois et demi, relire, corriger, relire, corriger, envoyer en bêta-lecture... Je table sur un mois pour la première relecture, contre quinze jours pour Roman 1 étant donné que je serai salariée donc que je n'aurais pas "que ça à faire" au contraire de l'été dernier…

Même si je trouve que ma fin colle pas trop, je suis contente de l'avoir écrite, et je suis contente qu'elle existe… En gros, mes appréhensions sur ce roman font les montagnes russes, c'est un peu n'importe quoi ! Certains passages sont clairement mal écrits… bon, bref, y a du boulot !

On notera aussi que je suis super nulle pour estimer la longueur de mes histoires parce que quand j'étais à 135 000 mots je pensais qu'il me restait moins de 10 000 mots à écrire. Hahaha, c'te bonne blague ! x) N'empêche, je retiens de cette expérience que 1) je suis capable d'écrire beaucoup en peu de temps (dans un contexte où j'ai rien d'autre à penser, donc trop facile) et 2) plus jamais je ne me mets de quotas et de délais ! Ce n'est vraiment pas pour moi ! 3) écrire en trois mois plutôt qu'en six, ça permet aussi de mieux repérer les incohérences pendant l'écriture, et ça, c'est top !

Je n'ai pas trop envie de laisser poser avant de relire, en réalité, et je dois un peu me forcer pour le faire. Mais c'est super important de revenir avec un regard neuf, et en plus la période correspond aussi à ma prise d'emploi, ce qui fait que j'aurai un mois pour me caler sur le nouveau rythme et voir où sont les moments de libre pour écrire/relire/corriger et voir comment je peux m'organiser, comme ça tombe tout pile comme il faut, c'est cool !

De votre côté, comment avancent vos projets ?

dimanche 29 août 2021

Journal d'écriture, Roman 2, n°2

Source – Mikhail Nilov
C'est toujours un carnage mais au moins, maintenant, je sais ce qui a cloché (oui, alors que j'ai entamé ce matin mon avant-dernier chapitre, il était peut-être temps !).

Je pense en fait que c'est un ensemble de choses, mais le fait de m'être imposé un quota minimum de mots journaliers m'a pas mal bloquée, en fin de compte, parce que je pense que j'étais pas mal incertaine ou stressée de savoir si l'histoire allait rentrer dans le truc, sans compter les trous dans ma frise, pour pas dépasser trop et mettre plus de trois mois à écrire le premier jet, et du coup au début j'ai beaucoup sauté d'une scène à l'autre sans mettre les détails qui donnent en fait du relief à une histoire. Maintenant que je suis à la fin et que je sais que ça va rentrer, je maîtrise mieux le truc. Une autre chose qui me fait dire que les quotas c'est vraiment pas pour moi c'est que ce matin je me suis dit : "ma p'tite Énir, laisse tomber, écris juste et si t'écris 500 mots ben tant pis, hein", et ça m'a libérée, en fait. Du coup j'ai écrit 4 000 mots. Donc je suis quand même contente d'avoir tenté le quota et d'avoir fait cette expérience parce que ça me permet de me connaître mieux, mais très clairement : plus jamais.

Mais il n'y a quand même pas que ça.

Vous vous souvenez je vous ai parlé plusieurs fois du fait qu'en parallèle des romans j'ai aussi des projets exploratoire/exutoire pas sérieux dans lesquels je testes des trucs et qui me permettent aussi de me libérer psychologiquement. Eh bien en fait, Roman 2 est issu de ça. Je n'en avais pas conscience en 2017 quand j'ai commencé à écrire, mais le texte était destiné à sans doute devenir ce genre de texte un peu nul. En tout cas, je retrouve dans mon histoire tous les marqueurs habituellement présents dans mes projets pas sérieux : la thématique du corps couvert de cicatrices qui ferait que le personnage est rejeté, la thématique de la confiance en les autres, des personnages assez archétypaux dans leurs caractères, une fille un peu paumée et un garçon qui la "sauve" en lui faisant comprendre qu'il l'aime comme elle est, une histoire d'amour, d'ailleurs, et puis des personnages principaux de mon âge, un personnage étranger, qui n'est pas dans son pays d'origine ou a une origine étrangère… Tout ça était absent de Roman 1 et sera absent de Roman 3 et par contre se retrouve toujours, ou presque, en ces termes et dans ces quantités, dans les projets pas sérieux. On pourrait se dire que ça ne change pas grand-chose mais en fait, si, ça en change beaucoup.

L'écriture de mes projets exutoire/exploratoire n'est pas la même. Elle est plus simple et aussi plus dans l'énumération ("il se passe ça, puis ça, puis ça"), avec des dialogues partout. Les thématiques traitées et la manière de les traiter, un peu "trop", en fait clairement du Young Adult et pas de la fantasy adulte. La fonction psychologique pour moi est aussi différente. Dans un projet exploratoire/exutoire je me lâche, je symbolise ou pas, je pose des inquiétudes, c'est comme une thérapie chez un psy, et j'ai remarqué à quel point ça me fait du bien d'écrire certaines scènes, comme je me sens plus stable après. Alors que les romans, même si j'y suis liée psychologiquement et que j'y mets de moi, restent collés au principe de raconter une histoire à d'autres gens. Du coup, les deux types de textes sont super différents et ça demande un vrai travail d'adaptation. Quand je me suis lancée dans l'écriture pour moi le défi conscient était de caser une histoire d'amour alors que je suis jamais tombée amoureuse et que donc c'est un peu compliqué. Mais en fait, le vrai défi, c'est de faire un travail d'adaptation : de maîtriser ce que je mets dans l'histoire pour que ça ne déborde pas en exutoire, que ça reste dans les lignes.

Un autre problème aussi c'est que pour écrire je m'appuie beaucoup sur mon inconscient. La nuit quand je me réveille, je profite de l'état d'entre-deux pour mettre mes pensées sur les rails de mon roman et laisser mon esprit dérouler tout seul. Mais en ce moment je dors mal, quand je me réveille je suis très lucide très vite et j'ai du mal à me rendormir. Du coup je ne peux pas utiliser ça, et je me retrouve à réfléchir consciemment à ce que je vais écrire, ce qui est très perturbant pour moi, à vrai dire.

Au début, j'étais aussi beaucoup collée au souvenir que j'avais de Roman 1 (et aussi de Ayesha, comme l'influence est assez forte) et je me demandais beaucoup : "comment j'avais fait dans Roman 1 ?" alors que… on s'en fiche. J'écris une nouvelle histoire, avec de nouveaux personnages, un nouveau rythme. Donc ce qui a été fait avant, par moi ou par les autres, on en a rien à cirer.

Je suis troublée aussi par le fait que mon univers est très marqué par une seule région du monde alors que mon univers précédent et le suivant auront des influences beaucoup plus riches. Je crois que c'est aussi un trait des exploratoires/exutoires, quand j'y pense.

Mon cerveau a aussi décidé de changer tout seul la fin en plein milieu de la rédaction x) Mon personnage principal devait mourir, et finalement mon petit vélo intérieur a tout fait pour la sauver et je me suis demandé si la tuer avait vraiment du sens. En fait, je pensais que c'était la fin logique, nécessaire, inéluctable. Mais en fait, une fin a aussi rapport à ce que l'on veut donner comme message, et pas seulement à la logique des personnages. Je crois que dans une chronique littéraire je vous avais dit que je pense qu'un auteur peut faire gober n'importe quoi à ses lecteurs si c'est bien fait. Donc il ne tient qu'à moi de sauver mon personnage principal. En fait, cette histoire, par son origine exutoire/exploratoire, m'est tellement liée que je lui ai collé mon pessimisme naturel. Mais en fait je n'en ai plus envie. Je n'ai pas envie de raconter une histoire fataliste et triste. Je veux du bonheur, des sourires et de l'amour, donc la fin sera heureuse, avec de l'espoir et de l'optimisme, voilà ! Surtout que faire une fin triste aurait un peu trahi l'origine de l'histoire vu que toutes mes histoires exploratoire/exutoire terminent bien !

Là, j'arrive à la fin, que je maîtrise mieux que le reste maintenant que je suis libérée de tout ce qui me gênait jusqu'à présent ou à peu près. Mais je sais que le début et une grosse partie du milieu va demander beaucoup de corrections et je pense même faire une première relecture destinée à ajouter les détails-à-reliefs pas mis jusque-là parce que mon cerveau était bloqué.

Ça s'annonce ardu mais je vais m'en sortir !

Pour le point statistique : j'ai plus de 20 000 mots d'avance sur le programme donc ma foi tout va bien dans le meilleur des monde, mais enfin j'aurais préféré écrire mieux dès le début plutôt que d'avoir l'impression de faire des trucs tout nuls…

Et de par chez vous, comment avancent vos projets ?

samedi 21 août 2021

L'esprit ample

Source – Julia Volk
Il y a à peu près un an et demi – je pense que c'était en mars 2020 parce que j'étais encore dans ma ville de stage mais je me souviens avoir mis du temps à le finir parce que je lisais peu à ce moment-là donc j'ai dû le commencer avant, surtout que ça m'a servi pour la conduite – j'ai lu Le Traité des Cinq Roues, et autres textes ; l'œuvre complète du samouraï Miyamoto Musashi dont une partie traduite en français pour la première fois. En fait, c'est un ensemble de textes d'apprentissage destinés aux jeunes aspirants samouraïs. Apparemment, c'est aussi un texte utilisé par les préparateurs mentaux. Je pense que je le relirais un jour, mais dans tous les cas certains passages m'ont beaucoup marquée. Dans le deuxième rouleau du Traité des cinq roues, il écrit :

« Votre esprit doit être ample et déterminé, sans tension ni désinvolture excessives. Il doit rester centré et se mouvoir rapidement, librement, sans jamais s'arrêter, afin de ne pas rester figé lorsque la situation change. » – Miyamoto Musashi, Le Traité des Cinq Roues, traduction en français : Laurence Seguin, Synchroniques éditions, 2019.

Ça m'a beaucoup marquée parce que j'avais déjà pas mal de déboires avec la conduite, dont l'impression de ne pas "voir", de ne pas savoir réagir, ou de regarder un écran de jeu vidéo ; et d'avoir du mal à me concentrer parce que mes pensées partaient dans tous les sens. Donc j'avais appris cette phrase par cœur et j'essayais de me la répéter pour "étendre mon esprit". Puis à un moment donné j'ai laissé cette phrase de côté, je ne l'ai plus su par cœur mais je n'ai jamais oublié le message. Ni le début : votre esprit doit être ample. Absolument tout ce que je ne suis pas : ample, spontanée, rapide, libre.

Après les Jeux Olympiques, Netflix a sorti Shaman King, la nouvelle adaptation du manga, pour fêter les vingt ans. Je suis redevenue une vraie gamine ! J'avais déjà vu les épisodes en streaming illégal (pas bien, mais comme je les ai aussi regardés par la voie légale, ils n'ont pas perdus une spectatrice ! :P) mais la traduction des pros était parfois un peu plus précise. Notamment lors d'une discussion entre Yoh – le héros – et son fantôme gardien/esprit allié. Et Yoh dit que "tout ira bien". Ce n'est pas de la naïveté ni de la désinvolture, mais juste une manière de dire que ça ne sert à rien de s'inquiéter de ce qu'il peut se passer puisque ce n'est pas encore là. Et le fantôme enchérit en disant que, quand on essaye de tout prévoir, on se retrouve incapable d'agir face à une situation imprévue. C'est tout moi !

Pendant très longtemps quand je devais appeler quelqu'un je réfléchissais à ce que j'allais dire, à la réponse, à ma réponse, à la réponse de l'autre personne encore, puis je réfléchissais au message que j'allais laisser si jamais je tombais sur la boîte vocale (pire que tout ! et je ne suis toujours pas à l'aise !). Faire un Service Civique en radio m'a soignée un peu ou du moins m'a permis de m'améliorer là-dessus parce que le téléphone on doit le décrocher un peu tout le temps. Sauf que je ne suis toujours pas spontanée : c'est juste que je répète plus vite, j'ai des automatismes pour les messages, et puis voilà.

Je ne suis pas quelqu'un de spontanée : je prévois ce qu'il va se passer et, évidemment, comme ça ne se passe jamais comme prévu, je me retrouve bien embêtée. Parfois, je veux dire quelque chose, mais je ne veux pas le balancer comme ça, alors je crée une situation qui me permette de le dire : en gros, je pousse la personne en face à me poser une question, et comme ça la scène se déroule comme prévu (ne vous avais-je pas dit que je suis un peu maniaque du contrôle sur les bords ? x'P). Là-dessus aussi je me suis pas mal améliorée et je le fais beaucoup moins qu'avant. Mais c'est toujours difficile d'aborder parfois un sujet de but en blanc. Ou si j'ai une nouvelle à donner, au lieu d'aller dans le salon exprès pour ça, je "profite" d'être venue chercher un verre de lait. Je crois que ma mère n'est pas vraiment dupe mais ça me rassure de le penser donc ne détruisez pas mes dernières illusions, siouplaît xP

Je repensais à ça hier, en répondant au mail d'une copinaute qui me demandait des nouvelles, et en lui disant que j'évitais de trop réfléchir à ce que je ferais après mon entretien de la fin du mois, si j'ai plusieurs réponses en même temps, alternance et CDI confondues, parce qu'au final ma décision dépendra du cas ; si le courant est bien passé, quelle réponse j'ai en premier, si j'ai le choix entre les postes, tout simplement… Et comme il y a trop de possibilités qui se mélangent, tout prévoir est de toute façon épuisant : voilà un exercice facile pour faire lâcher-prise à mon cerveau : tout ira bien, attends et vois ce qui te tombe dessus. Je crois que finalement je n'ai jamais été spontanée parce que je n'ai jamais cherché à l'être.

J'aime bien penser que, même si ce cas-là est un exercice facile, je ne l'aurais pas géré comme ça il y a quelques années. Ça me fait quand même plaisir de voir le chemin parcouru, même s'il m'en reste encore un peu (beaucoup) à parcourir parce qu'on arrête jamais d'apprendre. Valider mon apprentissage de l'optimisme ne ferait pas de mal, par exemple. Et aussi arrêter de toujours vouloir avoir le dernier mot dans les débats (j'apprends, pour le moment j'arrive assez bien sur internet) – ce qui revient à lâcher-prise ; la boucle est bouclée. Arriver à dire à une personne, en face et pas seulement sur les forums, "je vais souffler un coup, je te réponds plus tard". Arriver à prendre soin de moi, aussi.

C'est marrant parce que j'ai eu quelques déboires, ces derniers jours, sur le forum d'écriture. On s'est un peu pris la tête, j'ai jamais su lâcher-prise donc forcément j'en ai perdu le sommeil alors que c'est déjà pas bien folichon, mais en même temps pas autant que j'aurais pu le craindre donc je suis un peu contente de moi. Comme quoi, peut-être même que j'arriverais à obtenir le lâcher-prise ! (Bigger victory ever !) Mais d'un autre côté, une membre m'a aussi dit par message privé qu'elle me trouvait, pour résumer, un peu imbue de ma personne, comme si je savais tout mieux que tout le monde, que je ne voulais pas comprendre, me remettre en question, etc. Ça m'a fait un choc parce que, adolescente, j'étais comme ça. J'ai eu peur que tout le chemin fait jusqu'à présent ne soit que du vent. Alors j'ai demandé à une autre membre si j'avais donné cette impression, histoire de me rassurer un peu. Rassuration opérée ! (Enfin, vous me direz peut-être le contraire, vous !) Mais mine de rien ça m'a fait un peu bizarre de me prendre ces critiques en sachant que ça aurait pu être vrai, que la membre qui les a formulé n'était pas si loin de la vérité.

Du coup, je lui ai répondu sereinement, posément, comme j'ai appris à le faire, et j'ai lâché le morceau. Elle peut me voir comme elle veut, après tout.

L'esprit ample, on vous dit ! :D

Et vous ? Arrivez-vous à lâcher-prise pour vous adapter à une situation ?

samedi 14 août 2021

Apprendre l'optimisme

Source – Steve Johnson
Ces derniers temps, je me trouve plus optimiste. Déjà, je râle moins – enfin plutôt j'ai l'impression que je gueule moins mes jurons préférés (et vraiment trop vulgaires pour être réécrits ici, parce que c'est pas "scrogneugneu" (même si "scrogneugneu" est un super mot qu'on devrait dire plus souvent ! :D)). J'ai aussi l'impression que je suis plus positive d'une manière générale. Pourtant il y a un an et demi quand je vous ai écrit précisément sur mon pessimisme je le voyais comme une fatalité, ça faisait partie de ma personnalité et je ne pouvais rien y changer à part vivre avec. Et aujourd'hui, je constate certains changements.

Je ne saurais pas trop dire quand ça a commencé, mais je pense que le fait d'avoir découvert et écouté les vidéos ASMR de Samuse m'a beaucoup aidée. Samuse était un vrai petit soleil, toujours souriante, toujours positive, bienveillante, gentille… Vous allez me dire : "oui, mais Énir, se sont des vidéos, hein, on peut tous être gentil le temps d'un tournage". Certes. Mais Samuse faisait aussi des directs de quatre ou cinq heures d'affilées sur Twitch au milieu de la nuit, et pour le coup je ne pense pas qu'on puisse jouer un rôle pendant cinq heures d'affilée, pendant trois ans, sans que ça finisse par se voir. Donc Samuse était comme ça, gentille, bienveillante, lumineuse. J'avais même fini par m'inscrire sur Twitch juste pour elle, et par rejoindre son Discord. L'un des salons du Discord s'appelle "nos petites victoires". Je pense que les bourgeons de mon optimisme je les ai fait pousser là.

Il y a trois, quatre ans, quand j'étais en Service Civique, c'était la mode des "trois kiffs par jour" : trouver trois trucs cools à la fin de sa journée pour cultiver la gratitude. Autant dire qu'avec mon pessimisme indécrottable et mon niveau émotionnel instable c'était mission impossible. Puis je trouve ça bête, aussi, de se forcer à trouver trois trucs positifs dans une journée. Déjà, quand t'as passé une sale journée et que rien ne va, trouver un truc positif c'est grave relou, mais trois ! O.O Insurmontable. Du coup, j'ai vite laissé tomber cette idée saugrenue de chercher absolument du positif là où je n'en voyais pas, parce que je me retrouvais à culpabiliser de ne pas y arriver alors que les autres, eux, y arrivaient, ou à me dire que c'étaient vraiment des tout petits trucs pas du tout à la hauteur pour concurrencer la fatalité qui me tombait sur la tête. Donc vraiment, les trois kiffs par jour, non merci. Mais les petites victoires des autres, ça, en revanche !...

Lire ces petites victoires un peu tous les jours c'est vraiment super motivant ! Il y a des toutes petites choses toutes bêtes et des choses carrément grandes ! Du coup, ça m'a donné envie de partager aussi des petites victoires pour participer à cette grande opération de positivité ! J'ai aussi commencé à suivre le fil des points positifs du jour sur le forum d'écriture dont je suis membre. Je crois que les vidéos de Samuse et les petites victoires ont commencé à saper mon pessimisme…

Je m'en suis rendue compte à l'annonce de la mort de Samuse, d'ailleurs, je pense, quand j'ai réalisé tout ce que je tirais de ses vidéos et de son énergie !

L'autre grande source de mon apprentissage de l'optimisme, c'est l'écriture, je pense. Déjà, elle répond à à une bonne partie de mes besoins fondamentaux d'être humain (que je mentionne au détour de cet article), et écrire, relire, corriger Roman 1 m'a aussi permis de voir que je suis capable de terminer quelque chose, de le réussir, de faire un truc qui me plaît et est susceptible de plaire aux autres. Même si je doute encore sur Roman 2, même si ma recherche de maison d'édition pour Roman 1 est très loin d'être terminée, écrire m'a quand même permis de réaliser quelque chose. Et puis aussi en parallèle des romans j'écris mes histoires exutoire/exploratoires et j'en ai terminé deux, actuellement (sur une dizaine de commencées, à peu près). Ça se termine toujours bien, et sans doute qu'amener mes personnages à arranger les choses m'a aussi aidée, d'une certaine manière !

Je ne pense pas que je puisse conquérir l'optimisme comme j'ai conquis la bienveillance parce que mes émotions sont trop instables, encore, et que je me trouve parfois dans des tourbillons violents où je me répète que je n'y arriverai jamais, que personne ne voudra jamais de moi que ce soit pour mes romans, en amour, que je ne serai jamais le premier choix, que je suis moche, insuffisante et inadéquate et que tous les autres sont mieux que moi. Le point positif du jour (héhé) c'est que ce sentiment s'insuffisance peut être expliqué par mon profil de personnalité : le médiateur, qui a de grands espoirs pour lui-même et croit très fort en son potentiel mais est du coup très frustré quand sa vie ne correspond pas à ce qu'il se pense capable de faire. Savoir ça, ça m'aide un peu. (Si ce test de seize personnalités vous intéresse vous pouvez le faire ici : il est en français avec les premiers résultats en français aussi, mais les détails sont en anglais (Google traduction a été assez performant sur les passages où je l'ai utilisé)).

Mais même si je n'arrive jamais à être entièrement optimiste (on notera donc qu'il y a encore du boulot puisqu'un optimiste n'aurait pas pu commencer cette phrase de cette manière :'P) je vais essayer de continuer à cultiver l'optimisme pour affronter mon pessimisme naturel, mon cerveau qui déraille sur les pires catastrophes, et parce que pour pouvoir inspirer les autres dans le sens de les soutenir dans leurs projets, etc. et qu'ils nous croient quand on les encourage, c'est mieux en étant optimiste ! Je pense aussi que l'on est plus heureux quand on est optimiste. Sans compter la loi de l'attraction. Et puis en ce moment, quand les personnes de mon entourage me répondent je remarque quand c'est négatif et je remarque ce qui aurait pu être dit de positif et comme j'aurais aimé qu'on me dise cette chose positive. Mais comme personne n'a l'air de vouloir me les dire et que je dois aller les chercher auprès des gens sympa d'internet (merci à ceux qui passeront par-là héhé :P) je me dis que me les dire à moi-même plutôt que de les attendre des autres ne serait pas plus mal.

Ah oui, et aussi je pense que le titre olympique de nos volleyeurs a pas mal aidé à mon optimisme actuel ! Ces mecs sont GÉANTS ! :D (C'était ma parenthèse de fan attitude ; il fallait bien que je le dise quelque part, c'est tombé sur vous.)

Et vous ? Plutôt optimisme ou pessimisme ?

jeudi 29 juillet 2021

Journal d'écriture, Roman 2, n°1

Source photo – Tatiana Syrikova

C'est un carnage. Au début, j'étais vraiment perdue, maintenant ça va un peu mieux mais je suis quand même déboussolée.

Quand je vous ai présenté le projet le mois dernier, j'avais mis comme défi supplémentaire (comme si écrire un roman n'était pas déjà en soi un truc un peu compliqué et prise de tête, ahem) d'écrire 50 000 mots par mois (soit l'équivalent d'un NaNo (mois de l'écriture, qui se déroule en Novembre)) pendant trois mois. Je m'étais basée sur mes statistiques de Roman 1 où j'avais écrit un premier jet de 150 000 mots, à peu près. Il me fallait donc 1 667 mots par jour sur trente jours. Comme pour Roman 1 j'étais à peu près à 800 mots par heure, dans mes souvenirs, je savais que j'en aurais pour deux heures par jour, ce qui est quand même loin d'être insurmontable, surtout quand on est jeune diplômée au chômage comme moi. Donc je me suis lancée. Et j'ai explosé les stats.

Au début, je tournais sur du 1 000 ou 1 200 mots par heure, voire un peu plus, soit la vitesse que j'atteins dans les projets exploratoires/exutoires ou je n'écris que pour le plaisir, sans chercher vraiment la belle phrase, juste pour me vider la tête, et donc un peu mal. Mais je ne m'inquiétais pas trop parce que je mettais ça sur le fait de réécrire mon vieux brouillon de 2017, du coup j'étais "téléguidée", je n'avais pas besoin de réfléchir : toute ma trame était déjà là. Sauf que ça a continué quand j'ai dépassé l'endroit du récit de mon brouillon. Ça m'a beaucoup perturbée parce que pour moi écrire aussi vite d'habitude c'est écrire mal, et plus on écrit vite ou beaucoup d'un coup, plus on écrit mal et donc plus il y a de corrections à faire à la fin. Or, si je voulais écrire mon premier jet en trois mois, c'était pour essayer d'éviter les incohérences qui étaient nées au fil du récit dans Roman 1 à force de ne pas me souvenir de ce que j'avais écrit trois semaines avant, et aussi pour terminer mon roman en un an plutôt qu'en quinze mois. Donc si je tartine plus vite le premier jet mais que je passe trois fois plus de temps à corriger l'intérêt est nul (ce serait quand même ballot).

Donc soit j'écris vite mais mal et quand je vais relire mon premier jet je serais vraiment dans la mouise et je pleurerai toutes les larmes de mon corps ; soit l'accélération de mon rythme d'écriture est due au fait qu'à force d'écrire tous les jours (même des bêtises plus grosses que moi) je me suis améliorée, notamment ma capacité à réfléchir vite à l'endroit où j'allais emmener l'histoire, et que j'ai pris des automatismes. Actuellement, je penche plus pour cette explication, parce que j'ai pu repérer des incohérences pendant l'écriture (ce qui n'est pas très agréable d'ailleurs parce qu'on se dit : "oh lala qu'est-ce que je suis nulle", alors que quand on les voit en relecture on se dit plus : "roooh oh oh mais c'est n'importe quoi xP", du coup ça passe mieux (même quand des phrases n'ont pas le moindre sens xD)), et aussi parce que j'ai regardé mes stats.

J'ai fait la moyenne du nombre de mots par heure sur mon premier jet (sachant que ce n'est vraiment qu'une indication parce que sur deux, trois jours j'avais oublié de fermer le document donc il est resté ouvert sans que j'écrive pendant au moins dix heures) et je suis tombée sur 930 mots par heure. Actuellement, je suis à 1 129 de moyenne. Donc j'ai gagné environ 200 mots par heure. Je trouve ça un peu flippant, en fait. Je suis à la fois plutôt contente, voire fière (et être fier de soi, c'est bien !), mais en même temps je trouve ça carrément flippant, parce que je m'étais attendu à galérer à écrire mes 1 667 mots par jour, étant donné que je bloquais à 800, environ, par jour pour Roman 1. Je m'étais déjà préparée à sauter des jours, ou à ne pas arriver au bout, et à galérer à atteindre mes cinquante milliers de mots. Or là, en fait, je suis à un peu plus de 57 000 mots. On est que le 29, et il y a trois jours où je n'ai pas écrit du tout parce que j'étais fatiguée et n'arrivais pas à me concentrer, ou bien mon créneau d'écriture a été utilisé pour regarder un certain match de volley contre l'Argentine (que les Bleus ont perdu à un cheveu T.T), ou encore parce que j'avais utilisé mon créneau à mieux cerner mes personnages.

Parce qu'il y a ça aussi. Au-delà de mes considérations statistiques je me suis retrouvée à me sentir complètement perdue : je n'aimais pas trop ce que je faisais mais je sentais bien que c'était quelque chose de plus profond que : "je n'aime pas mes phrases, c'est moche". Et en fait j'ai réalisé que je ne tenais pas mes personnages.

Pour Roman 1, une bêta-lectrice m'avait reproché d'avoir donné des petits anecdotes historiques sur tous les personnages, même les figurants (et à la relecture après sa remarque, j'ai réalisé que ah oui quand même xP). Là, je ne l'avais pas fait du tout. Pas parce que je me suis retenue : mais parce que je n'avais même pas pensé. Je ne savais pas moi-même ce que mes personnages foutaient là. Ils étaient des rôles, des pions, et pas des gens. Or pour moi les personnages, avant d'être des créatures fictives, sont des gens, des vrais gens avec des aspirations, des peurs, des doutes, etc. Même les figurants. On manipule des gens. Et moi, j'avais des marionnettes. Pas glop.

Donc j'ai pris deux heures pour faire un truc que préconise la méthode flocon (je ne suis aucune méthode particulière, j'ai juste pioché ça parce que je trouve ça intéressant) : j'ai écrit un synopsis du point de vue de chacun de mes personnages principaux, pour mieux les cerner. Quelques jours plus tard, une membre du forum d'écriture sur lequel je suis demandais comment on s'y prenait pour nos personnages, parce qu'elle cherchait des trucs pour mieux les cerner psychologiquement et bien les distinguer. Du coup, je l'ai renvoyé vers l'article que j'avais fait. C'est bien tombé parce que j'ai réalisé que je n'avais moi-même pas suivi ma méthode : en remplissant mes fiches, j'avais omis volontairement les besoins fondamentaux, notamment, en me disant que je n'en aurais pas besoin. Ha. Ha. Ha. Du coup j'ai pris le temps d'y réfléchir et comme par magie ça fonctionne beaucoup mieux ! (Comme c'est étrange… ahem).

Je pense que ce mois d'écriture m'a permis d'apprendre que, même si on a réussi un premier roman (ou un premier projet, de manière générale) ce n'est pas pour ça que réaliser le deuxième sera plus facile. À chaque projet son défi, ses problèmes. Et je pense aussi que dans ma tête je me voyais écrire dès le premier jet un truc de la qualité du manuscrit fini de Roman 1, ce qui est impossible pour moi (peut-être dans dix ans, et encore). Donc je devais bien revenir au fait que un premier jet n'est jamais parfait.

Du fait que j'écris plus vite, je me retrouve à un peu devancer le point auquel j'en suis dans ma tête, et du coup je dois parfois retoucher ce que j'ai pu écrire avant parce qu'une idée me vient qui correspond plus (ça peut être un truc tout bête comme changer une coupe de cheveux). Mais je me retrouve aussi à me laisser surprendre davantage par mes personnages et aussi à réfléchir plus vite : ce matin j'arrivais au moment où des personnages font changer une autre d'avis et l'incitent à désobéir. Au début j'avais prévu des garçons pas sages qui l'obligent un peu. Puis arrivée là j'ai réalisé que ça rendrait un truc affreusement manichéen, que ça ferait les méchants garçons molestant la pauvre petite gamine fragile… pitié. Plus manichéen que ça, tu meurs. Et comme le manichéisme est ce que je reproche le plus dans les romans que je lis, c'est pas pour m'amuser à faire pareil. Donc au final ce sont tous une bande de gamins paumés en recherche d'eux-mêmes (ce qui fait écho à mon personnage principal, en réfléchissant, donc c'est pas plus mal).

Je suis contente de ce que j'écris, je pense que je peux arriver à en faire un truc vraiment bien.

Pendant la majeure partie du mois, j'ai complètement arrêté de lire, même mes National Geographic et mon catalogue d'expo sur les dragons. Puis j'y suis un peu revenue. Sur ça je dois vraiment écouter mon instinct, parce que je pense que la lecture et l'écriture prennent les mêmes parties de mon cerveau et donc de ma créativité.

Pour revenir à des considérations statistiques, je suis flippée. Parce que je suis, en nombre de mots, un peu plus loin que le tiers prévu du premier jet. Sauf que quand je regarde ma frise chronologique, je ne suis pas du tout au tiers ! Alors certes, ma frise n'est pas à l'échelle. mais ma frise a aussi beaucoup de trous. J'ai essayé de me rassurer en allant voir où j'en étais de l'histoire au même nombre de mots pour Roman 1 et ça m'a un peu apaisée mais plus ça va et plus je me dis que le roman va être plus long que prévu. En soi ce n'est pas très grave, je pourrais toujours couper plus tard (même si j'aime pas ça T.T) mais s'il fait plus que 180 000 mots (en partant du principe que je vais pondre 60 000 mots en août et septembre) ça veut dire que je n'arriverais pas à le finir en trois mois, et ça, ça m'emmerde.

J'essaye de me rassurer en me disant que je mets des choses en place et que le récit va s'accélérer, mais je suis quand même moyen-sûre. Surtout que Roman 1 et ses 160 000 mots est déjà long du point de vue ce certaines maisons d'éditions, dont imaginez mon gros bébé de 180 000...  (Mais bon, d'ici à ce qu'il soit fini j'aurais signé Roman 1 et mon éditeur me prendra bien Roman 2, n'est-ce pas ? xP)

Donc voilà où qu'est-ce que j'en suis ! Grosse frayeur sur les personnages, et crainte lancinante à cause de mes statistiques difficiles à analyser ! (Tout en sachant que se focaliser dessus est mauvais, et que ça doit s'utiliser comme des indications.)

Et de par chez vous, comment avancent les projets ?

dimanche 25 juillet 2021

Langue de vipère et bienveillance

Source photo – Lisa
C'est un article que j'ai essayé de publier hier mais finalement en relisant mon ton ne me convenait pas et j'ai eu peur d'avoir trop visé une personne en particulier alors que ce n'était pas le but. Je ne sais pas si c'était juste une affaire de perception ou pas, et je crains que ma nouvelle tentative soit semblable à la première, mais on verra bien ! :)

En fait, c'est une réflexion que je nourrie depuis un moment mais que des événements ces derniers jours ont particulièrement relancés.

Il y a sur le forum d'écriture que je fréquente une membre que je trouve dans une attitude passive-agressive perpétuelle, même à l'égard de membres qui ne sont pas méchants, tête de mule, mais juste stressés et en manque de confiance en soi. Elle utilise toujours l'ironie, le cynisme, la pique acide parfois même sans fond, une attaque gratuite. Du coup, elle en voit aussi dans les propos des autres là où il n'y en a pas (personnellement, si je veux dire quelque chose, je le dis…). Elle se qualifie elle-même de "vache" ou de "harpie" et semble s'en satisfaire (s'en glorifier ?). Même la question (redondante) d'une jeune fille de treize ans très stressée attire une pique. Et je dois admettre que je ne comprends pas ça. C'est comme si ses relations avec les autres – ou avec l'Autre – se résumaient à se sentir attaquée, en danger, et donc en situation de défense perpétuelle, pour arracher sa place. Elle m'a laissé entendre être impressionnée par ma patience avec certains autres membres, mais je crois que c'est moins proche de la patience innée que de la bienveillance cultivée.

Dans la vraie vie, je suis une langue de vipère. La petite phrase ironique, le petit sous-entendu un peu bas, vicieux, acide peut me venir aussi rapidement que la morsure d'un serpent en bord de chemin. Mais, comme certaines morsures de serpent, sans venin. Je ne suis pas méchante : j'ai l'esprit agile et acide. Je ne parle jamais pour blesser, et de manière à ce que les personnes visées ne puissent pas m'entendre (les personnes dans la télé ne m'entendent pas, je crois :P), et sitôt dite ma petite provocation pleine de malice, je reviens à ma recherche de compréhension des autres, de leurs raisons d'agir, et à ma bienveillance.

En disant ça, j'ai un peu l'impression d'être une sorte de gourou illuminée qui veut montrer la voie de la Sagesse à de pauvres ères égarés sur le chemin de la Conscience, mais pourtant je pense que la bienveillance, la recherche de la compréhension des autres et de ce qui est important pour eux devraient être à la base des relations entre les gens.

Un jour, j'ai eu un entretien d'embauche où le recruteur – d'à peu près mon âge, c'était pour une radio estudiantine – m'a demandé ce qui était selon moi le plus important dans la gestion de bénévoles. J'ai répondu : "la bienveillance", et à sa tête j'ai compris que le jeune homme ne s'attendait pas du tout à cette réponse. Et pourtant, il faut de la bienveillance pour gérer les bénévoles amateurs d'une radio associative, bénévoles qui n'ont pas forcément tout le temps du monde pour préparer leurs émissions, répondre rapidement aux mails, même urgents, etc. Il faut aussi de la bienveillance avec les gens, d'une manière générale, parce qu'avant de leur demander quelque chose, il faut comprendre pourquoi ils font autrement.

C'est sans doute bête, mais quand je vois des membres d'un forum d'écriture en agresser d'autres sans raisons, je me demande comment c'est possible. Écrire, se mettre dans la peau de personnages aux parcours et aux ambitions divers aurait dû les rendre plus empathiques à l'égard de l'humain. Surtout qu'un auteur lit en général beaucoup, et que la lecture favorise l'empathie. Ça doit être mon côté candide, j'imagine…

L'autre jour, je me baladais en ville, et j'ai surpris des gens en train de faire des reproches agressifs aux personnes qui les accompagnaient. Et je me suis dis : "mais comment les gens se parlent…" ; tout en songeant à la manière dont je parle moi-même aux gens. Parce qu'en plus d'être une méchante et vicieuse langue de vipère je suis une râleuse invétérée et incurable avec une tendance à me montrer agressive quand une remarque ne me plaît pas, me renvoie à mes peurs, mes insuffisances, mes craintes, mes doutes, la mauvaise image que je crois donner aux autres, etc. Alors, même si je comprends ce que ces remarques me font, et que je comprends la réaction des autres à mes propres réactions, je suis incapable de réfléchir avant de dresser ma barrière : je suis un animal blessé et je mords pour me défendre. Je crois qu'au fond, on ne sait pas se parler.

Très tôt, j'ai admiré les animaux, d'ailleurs. Les chats, les chiens, quand on les caresse à un endroit qu'ils n'aiment pas, nous préviennent, redressent les babines, secouent des oreilles, grimacent une fois, deux fois, trois fois avant de griffer ou mordre. Les humains ne font pas ça. Les humains croient être civilisés alors les humains gardent leurs reproches à l'intérieur d'eux-mêmes et ça gonfle, gonfle, gonfle comme une voile sous le vent jusqu'au moment où il y a trop de vent pour la voile et où ça craque, pète, explose sans que bien sûr la personne en face soit capable de comprendre, puisque jamais auparavant on ne lui a demandé d'arrêter de faire telle ou telle chose, de dire telle ou telle autre. On aurait beaucoup à apprendre des animaux, je crois.

J'admire aussi beaucoup Laurent Tillie, l'entraîneur de l'équipe de France masculine de volley-ball. Son équipe peut être en train de perdre deux sets à zéro avec six points d'écart à chaque fois un match éliminatoire d'une grande compétition, lui reste calme, serein. Je ne l'ai jamais vu élever la voix contre ses joueurs. Quand la caméra est sur lui pendant un set on peut le voir soucieux, embêté, mais il ne s'emporte jamais. Et pendant les temps-morts, il ne crie pas, il parle calmement, comme s'il n'y avait rien de grave et que tout allait bien se passer. Je ne sais pas comment il fait. Pour moi, c'est incroyable. Et c'est ce à quoi j'aspire, quand j'aurai résolu mes problèmes de gestion des émotions et donc de la colère. Pour le moment, je suis davantage comme Earvin Ngapeth qui tape dans un ballon pour évacuer sa frustration ! xP (P'tit poussin…)

Un jour, il y a quelques temps, ne même pas ressentir de colère à l'intérieur m'est arrivé. C'est une impression très étrange. J'avais reçu un reproche injuste, hors de propos, et pourtant tout à coup mon indignation s'est effacée, avec la soudaineté de la mer redevenue calme après la tempête. C'était comme un temple intérieur. Je n'ai pas fait exprès, et je n'ai jamais pu le refaire jusqu'à maintenant. Pourtant, c'est assez incroyable comme sensation. Tu es très calme tout en sachant que tu "devrais" être énervée et même cette pensée n'arrive pas à te sortir de ton calme. J'aimerais arriver à faire ça tout le temps.

La plupart du temps, les gens réagissent à la forme de ce que vous dites, pas au fond. Surtout si la forme est agressive, moralisatrice, colérique. C'est pour ça qu'il est inutile de se mettre en colère : le message ne passe pas, vous réussissez juste à braquer la personne en face, et vous vous desservez. (Mais ne le dites pas aux féministes radicales ; elles pensent que leur reprocher leur colère est sexiste, parce qu'elles se sont tues trop longtemps.) Donc garder son calme, c'est primordial. Celui qui garde son calme a un peu plus raison que celui qui s'énerve aux yeux des spectateurs. Du coup, j'ai commencé à m'intéresser un peu à la communication non violente : faire passer le message sans que la personne en face se sente agressée. C'est intéressant parce que c'est une autre manière de réfléchir la tournure de ses phrases, et ça demande une gymnastique, au début, tant on n'est pas habitués. Mais c'est assez valorisant quand on arrive à en tirer quelque chose !

C'est toujours dur pour moi de l'utiliser en direct, parce que je suis un volcan, que je m'énerve avant de réfléchir, et que c'est dur de dire à quelqu'un : "écoute, ça va m'énerver donc je te réponds demain, si ça te va". Par contre, c'est plus facile sur internet.

Sur internet, forum ou réseaux sociaux, il n'y a aucune obligation de répondre dans l'immédiateté, en dépit de ce que les plateformes tentent de vous faire croire en vous envoyant des notifications. On peut lire le message, fermer la page, réfléchir posément à sa réponse, et revenir plus tard, comme une fleur, comme si on découvrait tout juste la réponse d'Untel. C'est simple, efficace, net et sans bavure.

Si je peux comprendre que l'on utilise l'ironie mordante contre une personne, un membre de forum, tête de mule, obtus, fermé à la discussion, je ne comprends pas qu'on l'emploie à l'encontre d'une jeune fille de treize ans un peu perdue, en recherche de confiance en elle, au point de la faire se sentir obligée de dire qu'elle est autiste Asperger pour tenter de capter un peu de compréhension artificielle de la part de ses bien peu élégants interlocuteurs. La pique pour la pique, sans remarque de fond derrière, je ne comprends pas. Attaquer pour attaquer, je ne comprends pas. Je ne comprends même pas comment des membres d'un forum d'écriture, d'entraide, où aucun sujet n'est vraiment grave, peuvent se taper dessus. Si un lieu où les gens doivent s'aider est le théâtre d'agressions, d'algarades gratuites, alors comment espère-t-on apaiser le reste d'internet ?

Une amie me dit souvent : "Urgent ? Es-tu en train de te vider de ton sang sur le sol ? Donc, ce n'est pas urgent.". Je la paraphraserais en : "Si tu n'es pas en train de te vider de ton sang sur le sol, alors ce n'est pas grave.".

Je crois que l'on oublie que les idées ne tuent pas les gens. Les actes le font. Les idées peuvent donner lieu à des actes qui tuent des gens, mais à l'origine une idée ne tue pas les gens. Donc c'est inutile de s'écharper pour des idées. D'autant que les gens ont construit bien davantage leur avis sur l'expérience, donc ils ne changeront pas d'avis en vous écoutant parler. Un débat ne change jamais l'avis des débatteurs – il peut, éventuellement, permettre aux auditeurs de se positionner.

Par contre, il est vrai de dire que des vies sont en jeu : celles des personnes agressées. Une jeune fille de treize ans malmenée sur des forums va avoir du mal à fonder sa confiance en soi. Pouvez-vous imaginer ce que l'on ressent quand on se retrouve obligée d'avouer ce qui est largement considéré comme une faiblesse pour essayer de gratter un peu d'indulgence à défaut de bienveillance ? Moi oui, parce que je l'ai vu en vrai.

J'étais au tout début de ma première année de Licence quand un camarade de classe a fait répéter le prof plusieurs fois sur quelque chose. Il avait une façon de parler qui pouvait laisser croire à un demeuré. Le prof (très gentil et plutôt pédagogue par ailleurs) s'est un peu irrité. À la fin du cours, mon camarade, rangeant ses affaires tandis que tout le monde était presque sorti, a dit au prof qu'il était désolé, que parfois il avait un peu de mal à comprendre, parce qu'il est autiste Asperger. La manière dont il a dit ça m'a brisé le cœur. Il n'aurait jamais dû avoir à dire ça.

De même, ce collégien auquel j'ai parlé quand j'assurais un remplacement comme assistante d'éducation, et qui avait du mal à formuler ses idées, de sorte que sa phrase avait difficilement du sens, n'aurait jamais dû avoir à me dire : "je suis désolé, j'ai un peu de mal à m'exprimer, des fois". Et pourtant, je ne lui avais fait aucune remarque : j'avais juste gardé le silence le temps de remettre toutes les idées dans l'ordre. Je me sens très coupable de l'avoir fait se sentir mal, insuffisant, au point de le pousser à s'excuser. J'espère que ça ne m'arrivera plus jamais.

Je crois que, sur internet, beaucoup oublient que derrière l'écran il y a des humains. Et que sous la chair et les os il y a une conscience qui peut être blessée, avoir mal, souffrir.

Dans un de ces récents articles, Virevolte a rappelé les trois filtres de Socrate :
Es-tu absolument certain que ce que tu vas me dire est vrai ?
Ce que tu vas me dire, est-ce quelque chose de bien ?
Ce que tu vas me dire va-t-il me servir ?
Si ce que tu souhaites me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, pourquoi voudrais-je le savoir ?
Je pense que certains gagneraient à répondre à ces questions avant de partager leurs piques acides, méchantes, sans fond et donc sans intérêt autre que de mater, brimer, intimider d'autres personnes en tentant de les tourner en ridicule ou de les rabaisser (pour se remonter à leurs propres yeux).

Quand j'étais au collège, j'ai eu le déclic : on ne peut pas plaire à tout le monde (aujourd'hui j'aime aussi dire le contraire, qui est tout aussi vrai mais que l'on ne dit jamais : on ne peut pas déplaire à tout le monde). Ces dernières années, mon déclic s'est fait sur la bienveillance. Je ne sais pas comment s'est arrivé. Ça doit être à force de toujours chercher à comprendre les autres, ce qui est important pour eux, le contexte dans lequel ils agissent, leurs valeurs… En tout cas, ce que je sais, c'est que ce n'est pas inné, ce n'est pas mon caractère : c'est quelque chose que j'ai gagné. Malgré mes défauts, ma langue de vipère, le fait que je ne suis "pas une gentille" comme je me dis parfois à moi-même tant j'ai la mesquinerie facile, malgré ma nature de râleuse et mes problèmes de gestion de mes émotions. J'ai conquis cette bienveillance. Si moi j'y suis arrivée, tout le monde peut le faire.

Peut-être qu'un jour, je dirais à cette membre dont je parlais plus haut que je n'aime pas sa façon de s'adresser aux autres. Je tournerais bien ma phrase, et je m'armerais de ma carapace la plus dure en l'attente du contre-coup xP (Je suis incapable de lâcher-prise, et j'ai moyen envie de me retrouver à gamberger toute seule au milieu de la nuit.) En attendant, je vais m'évertuer à continuer d'apaiser les tensions, même si c'est plus dur quand c'est moi qui suis dedans (les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés, comme on dit).

P.-S. : Soyez gentils dans ce monde de brutes. (Au cas où l'article n'était pas clair ;P)

samedi 10 juillet 2021

Conduite, dyspraxie et autres nouvelles

Source – Nubia Navarro

Depuis l'article où je vous parlais de mon appréhension à conduire et de mes problèmes de conduite, j'ai fini par réaliser que j'étais sans doute simplement incapable de conduire. Ça me demande vraiment beaucoup d'énergie rien que pour changer les vitesses (que je ne visualise toujours pas, donc je dois sans cesse jeter un œil sur le levier pour savoir en combien je suis ou ce que je fais). J'ai appris qu'il y avait des tests psychotechniques pour savoir si on avait le droit de conduire ou pas. Mais dans les articles que j'ai lus, ils parlaient toujours d'une demande faite par un préfet, donc j'ai demandé à Line Mourey, de La Parenthèse Psy, si elle savait si un particulier pouvait en faire la demande. Elle n'a pas du me répondre, mais elle m'a dit que tous mes problèmes lui faisaient penser à de la dyspraxie et que je pouvais voir avec un neuropsy pour un diagnostic.

Du coup, je me suis renseignée et effectivement, le fait que je doive penser au geste pendant que je le fais et que ça me coûte de l'énergie, ma lenteur que ma mère et ma sœur relèvent tout le temps (même si moi je ne me sens pas plus lente que les autres), ma nullité en sport, le fait que j'ai du mal à me repérer dans l'espace (et pour ce qui est de là voiture, à savoir si la voiture "passe" et comment elle bouge quand elle recule), que faire plusieurs choses à fois est difficile (par exemple, en conduite, je me fixe devant, je regarde rarement dans le rétroviseur du milieu, je n'y pense pas, pour moi c'est comme s'il n'y avait personne derrière, en fait), le fait que je sois une mauvaise lectrice, et nulle en math, etc. ; tout ça tend plutôt à me faire me dire que je suis effectivement sans doute dyspraxique (et si je ne le suis pas, eh bien retour à la case départ : je ne pourrais que me qualifier de boulet).

Donc, j'ai sauté le pas. Ce matin, j'ai appelé un neuropsy pour savoir s'il faisait ce genre de diagnostic. Je suis tombée sur la messagerie, ce qui ne me rassure pas trop parce que j'ai tendance à ruminer et j'aurais voulu pouvoir faire avancer les choses vite.

Apparemment, un test coûte deux cents euros, et c'est ce qui m'a fait regimber, puis ensuite je me suis dit que je devrais quand même, mais quand même il ne me reste pas beaucoup d'économies de mon dernier stage… Je crois que j'étais tellement dans tous mes états après mon heure de conduite d'hier que mon insécurité financière a joué un duel contre mon insécurité intérieure.

Entre-temps de tout ça, je suis passée sur boîte automatique après qu'un tour avec la voiture de mon père m'ait beaucoup trop stressée. C'est mieux. J'ai l'impression d'avoir de la place de cerveau disponible maintenant que je ne dois pas gérer les vitesses. Mais du coup, tout ce que je ne faisais pas avant (comme bien regarder autour de moi) je n'arrive pas à le faire parce que je n'en ai pas l'habitude.

Hier, j'ai fait une heure de conduite mais je dois me rendre à l'évidence : je n'y arrive pas. Je ne vois pas la moitié des choses que je suis censée voir. Je m'arrête pour analyser un endroit alors que je devrais juste ralentir ; je frêne sans regarder derrière moi avant et surtout quand de toute façon je suis prioritaire et que ralentir suffirait… Je ne suis juste pas faite pour conduire. Donc quel que soit le résultat du test pour la dyspraxie, j'essaierai d'avoir un rendez-vous pour un test psychotechnique (et je pense qu'il reviendra négatif et que je serais réformée de la conduite haha xP).

Si d'ici-là des entreprises me contactent pour l'alternance (on y croit pas trop, mais bon), je serais transparente sur les tests en cours, pour pas qu'ils me proposent un contrat alors que si ça se trouve je pourrais pas travailler puisque j'aurais pas le droit de conduire (l'écrasante majorité des postes de journalistes sont des postes pour lesquels il faut le permis pour partir en reportage). Et même si je ne suis pas dyspraxique et que je ne suis pas interdite officiellement de conduire, soyons sérieux trente secondes : je suis un danger public et je n'arrive à rien. Ça m'empêche de dormir tellement je rumine. (Déjà que mon sommeil n'est pas des plus paisibles…) Donc j'arrêterai.

Et je ne serai pas journaliste (à moins de trouver un poste avec seulement du studio : interviews, journaux et flashs), et ce ne sera pas grave. Il y a suffisamment de choses qui m'intéressent pour je puisse faire une croix là-dessus.

Mardi, je dirai à ma monitrice que c'est ma dernière heure "au moins jusqu'aux résultats des tests". Je n'annule pas le rendez-vous parce que je trouve ça plus respectueux de lui dire directement plutôt que par SMS. Et je veux quand même me laisser une dernière chance d'y arriver – et aussi ne pas prendre de décisions alors que je suis dans un état émotionnel super instable.